Prévention VIH/Sida en Guyane : c’est avec les personnes séropositives qu’il faut travailler !

, par Sandra

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Prévention VIH/Sida en Guyane : c’est avec les personnes séropositives qu’il faut travailler !

Sandra : De retour à l’émission radio Vivre avec le VIH, vous êtes avec Mohamed, Christian et moi-même, Sandra. Et là, nous partons en Guyane à nouveau. Nous allons parler de la prévention en Guyane. La semaine dernière pour ceux qui n’ont pas écouté, nous avons eu le plaisir d’entendre Leila, qui est médecin coordinatrice du COREVIH Guyane et Justine, assistante sociale en Guyane. Et donc elles nous ont parlé de comment ça se passe pour les personnes vivant avec le VIH, comment se passait leur suivi, quelles étaient les difficultés qu’elles rencontraient. Donc je vous invite à écouter l’émission de la semaine dernière pour découvrir tout cela. Là, on va s’intéresser à la prévention. C’est parti, on écoute Leila et Justine et on réagit après.

Début de l’enregistrement.

Sandra : Qu’est-ce que vous pensez de la prévention qui est faite en Guyane ? Est-ce que vous en êtes satisfaite ?

Leila : La prévention primaire ?

Sandra : Oui, la prévention grand public.

Leila : D’accord. Je pense qu’en Guyane, on manque d’outils spécifiques à des groupes, des groupes à risque. La grande difficulté, c’est qu’aujourd’hui les campagnes de prévention grand public, elles sont par exemple sur du visuel avec des messages écrits alors que beaucoup de personnes ne savent pas lire. Elles sont sur du français alors que nous sommes dans une région multi-ethnique. Elles passent insuffisamment par des canaux de diffusion qui ont un grand impact. Par exemple, à la radio, la radio en Guyane, c’est un canal de diffusion d’informations très populaire, très utilisé et on a insuffisamment, alors que les campagnes sont ciblées que sur du visuel, que sur de la télé alors que dans les communes, il n’y a pas forcément tout le temps la télé, il y a des endroits où il n’y a pas d’électricité ou très peu. Je pense qu’il y a une grande réflexion en Guyane et elle est déjà menée, sur quels outils, quels messages on veut cibler, quelles populations on veut cibler, comment, avec quels moyens, avec qui ? Tout ça, il va falloir le consolider. Il y a un bruit de fond, il n’y a pas rien en Guyane, mais il est insuffisamment impactant sur la population je pense. Comme je vous l’ai décrit tout à l’heure, on manque d’outils, on manque de certaines choses. Après, ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Guyane, le gros frein à tout ça, sur les actions de prévention qu’on a en place, c’est le turnover des gens. On va former des gens qui vont être sensibilisés, qui vont connaitre la Guyane, quand on arrive, on ne connait pas forcément la Guyane, il faut du temps. Et ces personnes-là, quand elles sont opérationnels, elles repartent. Elles repartent en métropole ou ailleurs. Et ça, c’est vraiment très en défaveur de campagne de prévention construites sur la durée. Je vais vous donner un exemple, qu’on mène dans une des associations, avec qui je travaille, on veut mettre en place des séances à la radio, d’espace de parole où on fait des programmes de prévention mais aussi on parle de la maladie et aussi on fait intervenir des personnes qui vivent avec le VIH pour ce que je vous ai dit, lutter contre la discrimination. Elles vont parler de la maladie, de leur soin, elles vont parler qu’elles vivent bien aussi, que ce sont des personnes comme tout le monde qui ont une maladie certes mais beaucoup de gens aujourd’hui ont une maladie. Et le VIH, pourquoi ce serait une maladie moins bien ou plus défavorable que les autres ? Non. Ce n’est pas vrai. On va j’espère réussir avec ces radios et ces espaces de paroles à déconstruire beaucoup en Guyane.

Justine : C’est vrai que par rapport aux campagnes de dépistage en Guyane, au niveau de la communication, je pense que ce n’est encore très clair. Pour toucher certaines populations, il faut aller sur le terrain, il faut aller avec des camions, il faut aller parler à la population directement. Les affiches, le côté un peu design, je ne suis pas sûre que ce soit… ça peut fonctionner pour une partie de la population mais pour les publics à risque, je pense qu’il faut développer d’autres stratégies d’approches.

Sandra : Leila, vous disiez qu’il y a beaucoup d’ethnies en Guyane. C’est-à-dire ? Il y en a combien et qui sont-elles ?

Leila : Ouhlala ! Alors euh…

Sandra : A peu près (rires).

Leila : Donc il y a les créoles. Il y a ce qu’on appelle les métro, c’est les français de l’hexagone qui viennent en Guyane les métropolitains. Il y a une population brésilienne, il y a une population haïtienne, il y a une population amérindienne. Il y a une population chinoise, il y a une population noirs marrons, qu’on appelle de façon synthétique, les Bushinengue. Et parmi les Bushinengue, il y a plusieurs ethnies, les Saramacas, les Djukas, les Bonis. Qu’est-ce que j’oublie ? Les populations Hmong, la population libanaise. Aujourd’hui, on reçoit des populations syriennes, il y a des populations d’Amérique du sud telle que le Pérou, la Bolivie, le Venezuela, la République dominicaine, etc, etc. C’est la force de la Guyane.

Sandra : Waw ! Je ne savais pas que c’était autant, dis donc !

Leila : Oui ! Et c’est pour ça que c’est très compliqué la prévention. Ok, il y a une prévention grand public mais il faut aussi avoir une proposition adaptée avec des messages adaptés avec des langues locales pour toucher tout le monde. Parce que le VIH, c’est l’affaire de tout le monde. Ce n’est pas une ethnie plus qu’une autre. C’est tout le monde qui est impacté de la même manière. Il y a des populations aussi d’Afrique, de Guinée Bissau, du Sénégal, il y a des Maliens, c’est vraiment une grande richesse pour la Guyane.

C’est un endroit complexe, avec des enjeux particuliers mais on peut arriver à faire des choses qui sont très impactants sur l’épidémie. Je pense qu’aujourd’hui, en Guyane, on a beaucoup d’éléments pour lutter contre cette pathologie. Et je pense que la grande force qui va arriver dans ces prochaines années, c’est les personnes qui vivent avec le VIH. C’est elles qui vont nous permettre de mieux cibler nos campagnes de prévention, de mieux accompagner dans le soin nos patients, de mieux faire partager aux politiques les enjeux et stratégies. Et je pense que ça va passer par les personnes qui vivent avec le VIH. On commence en Guyane, petit à petit. On lutte contre les discriminations. On commence à avoir des personnes qui vivent avec le VIH qui peuvent. Parce que le vouloir, elles le voulaient depuis très longtemps, mais qui peuvent maintenant grâce à des associations qui les mettent en avant et qui les accompagnent, qui peuvent travailler avec nous. Elles nous apprennent beaucoup, beaucoup. Parce que, je vous ai dit tout à l’heure, en Guyane, ce qu’on appelle les professionnels, il y a un turn-over au niveau des professionnels. Mais en revanche, les personnes qui vivent avec le VIH, elles, elles sont là. Elles ne tournent pas. Elles restent ici. Donc c’est avec elles aussi qu’on doit travailler si on veut être pérenne dans nos actions.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Leila et Justine au micro de l’émission radio Vivre avec le VIH, qui travaillent en Guyane. Mohamed et Christian, qu’avez-vous à dire suite à l’écoute de leur propos ?

Christian : Leila, on a toujours un grand plaisir d’écouter cette vaillante femme qui ne cesse de pleurer, d’essayer de nous décrire la Guyane que je ne connais pas trop mais d’après les petites investigations quand même que j’ai essayé de faire, disons que, la Guyane, ils sont dans la précarité, dans la galère vraiment, la misère. Et voici une Guyane totalement envahie par une prolifération de différentes ethnies. Donc, en réalité pour mieux leur parler du sida, comme elle disait, il faut pouvoir parler du sida en langues vernaculaires ! Comme il y a plusieurs ethnies, ils peuvent utiliser ce système là, parler, utiliser les langues locales de chaque ethnies pour que les uns et les autres puissent se comprendre. Parce que, si vous employez le français qu’ils ne maitrisent pas trop, c’est un peu comme, j’essaye de voir, c’est un peu comme chez nous au pays, au Cameroun. Vous allez dans les villages un peu reculés, si vous allez à Yoko ou Yokadouma ou Bertoua, vous allez trouver des pygmés là-bas, des riverains, des villageois qui ne comprennent pas véritablement le français. Si vous voulez mener une bonne sensibilisation, il faut parler à ces gens dans leur langue maternelle. Là, ils pourront au moins comprendre quelque chose. Leila a tout dit. Ce que Leila fait, c’est simplement un cri d’alarme. Elle essaye d’appeler à l’aide, n’est-ce pas ? Aux autorités compétentes, que ces derniers puissent tourner un véritable regard vers eux pour comprendre le véritable problème dans la lutte contre le VIH, parce que c’est très important.

Sandra : Merci pour ta réaction Christian. Mohamed, as-tu quelque chose à rajouter ?

Mohamed : Je trouve leur travail assez louable et généreux. Ils rencontrent d’énormes difficultés. Je pense que la Guyane est un peu oubliée par rapport à d’autres pays de la métropole…

Sandra : C’est un département, j’insiste, parce que c’est important de le dire. Un département de la France, 973.

Mohamed : Oui, mais comparé à la Guadeloupe ou à la Martinique, c’est un personnel soignant qui est là, qui est disponible et qui a une charge de travail assez relative. En Guyane, d’après ce que fait comprendre Leila, ça ne se passe pas de la même façon. Des professionnels de santé restent un laps de temps et puis ils s’en vont. Ce n’est pas comme ça je pense que la maladie…

Sandra : Je ne sais pas comment ça se passe en Martinique et en Guadeloupe, je ne sais pas s’il y a un turnover…

Mohamed : Je crois qu’en Guyane c’est un peu délaissé par rapport aux moyens de prévention, délaissé au sens de la population. C’est une population qui concentre pas mal d’ethnies, de communautés et qu’il faudrait quand même un dispositif où tout à chacun puisse comprendre comment se prémunir contre cette maladie. Sinon, leur travail est courageux mais c’est désolant le problème de turn-over. Une épidémie comme ça, ce n’est pas comme une grippe saisonnière ou autre chose. Il faut la suivre sur la durée.

Sandra : Merci pour vos réactions. N’hésitez pas chers auditeurs à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE