La baisse du prix du traitement hépatite C n’est pas un rêve impossible

, par Sandra

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La baisse du prix du traitement hépatite C n’est pas un rêve impossible

Alexandre : Vous vous en souvenez peut-être, la semaine dernière nous vous parlions de l’hépatite C avec les nouvelles thérapies révolutionnaires qui sont disponibles depuis quelques années. Disponibles d’ailleurs ou pas puisque leur prix est absolument démentiel en fonction des pays. Plus de 40 000 euros en France, 2 fois plus aux USA. Médecins Sans Frontières (MSF) s’était insurgée contre les prix de ces traitements, puis contre le dépot du brevet du laboratoire Gilead sur le Sofosbuvir empêchant la création de médicament générique moins cher en Inde. Lors de la conférence AFRAVIH, il y a tout juste 1 mois à Bruxelles, le rendez-vous majeur du monde francophone dans la lutte contre le VIH et les hépatites, notre reporter d’un jour, Inoussa, a questionné Isabelle Andrieux-Meyer médecin à MSF sur le sujet. On écoute ça tout de suite.

Début du son.

Isabelle Andrieux-Meyer : Ce que nous essayons de faire dans le domaine des hépatites c’est de non seulement comprendre mieux sur les terrains d’intervention MSF quelle est l’importance de la maladie, en terme de nombre de personnes atteintes, qui est à risque, qui porte une hépatite B ou C, qui a une co-infection HIV Hépatite B/Hépatite C et puis comment on peut développer des modèles de soins simples et très efficaces pour traiter les personnes rapidement ou mettre le virus sous contrôle s’il s’agit d’hépatite B et éviter aussi dans le cadre de l’hépatite B, la transmission de la mère à l’enfant si possible puisque là c’est quand même un enjeu extraordinairement important et très faisable.

Dans le domaine des hépatites C ce qui se passe actuellement, c’est une révolution en terme de médicaments extrêmement efficace, de l’ordre de 95% des personnes qui vont être guéries en prenant 3 à 6 mois de traitement. Un traitement qui est simple qui est bien toléré. Donc vraiment quelque chose qu’on a envie de faire.

Pour le faire, il faut pouvoir acheter ces médicaments, c’est là où les choses deviennent compliquées parce que ce sont des médicaments aujourd’hui très honéreux puisque le Sofosbuvir a été mis sur le marché à 1000 dollars le comprimé. C’est tellement cher, et pas seulement ce médicament mais toute la gamme, que ça a été mis sur le marché au prix d’une transplantation hépatique donc de l’ordre de 90 000, 100 000 voire 150 000 dollars le traitement. Alors que quand on regarde le coût de production de ces produits-là, ça revient à 2 dollars par jour. Donc on est vraiment complètement sur une échelle de prix folle entre le coût de production et le coût sur le marché pour les personnes.

Ce qu’on veut, c’est que finalement on obtienne un coût pour la personne qui soit très proche du coût de production. On s’est rendu compte qu’en 4 ans déjà, qu’on peut y arriver et là, les génériqueurs, qu’ils soient égyptiens ou indiens, aujourd’hui, présentent des combinaisons donc 2 très bons médicaments ensemble et le prix peut être à moins de 300 dollars pour la cure. Ca veut dire pour 12 semaines de traitement. Or, 300 dollars au lieu de 100 000, ça peut faire une sérieuse différence, en particulier pour les personnes qui vont devoir acheter le traitement elles-mêmes. Qui vivent dans des pays où il n’y a pas la sécurité sociale, où il n’y a pas un système de santé gratuite pour tout le monde. Or, ça c’est quand même vraiment la majorité des pays. Notamment les pays à bas revenus ou les pays à moyens revenus. Donc c’est vraiment la cible pour nous d’obtenir un traitement, une cure, qui va guérir, à moins de 300 dollars.

Et on se rend compte que c’est complètement faisable. Donc on n’est pas juste en train de rêver à un truc qui se passera dans 50 ans, mais que c’est vraiment quelque chose qui peut arriver très rapidement maintenant. Évidemment, ce n’est pas la seule considération, il faut que l’accès au testing soit dans les pays et que les testing soient de bonnes qualités. Là, il y a beaucoup de progrès à faire encore. Ensuite quand il y a beaucoup de molécules, il faut que le processus de qualité ait été validé. Qu’on soit sûr que la personne achète un bon médicament. Et donc investisse aussi correctement son argent pour être guéri. Et ça, c’est des choses qui prennent encore du temps, mais on est quand même sur des fenêtres de passage en réalité terrain qui sont pour cette année. Il ne faut pas lâcher l’affaire. Il faut que chaque individu, chaque société civile, chaque groupe de patients ait dans l’esprit que c’est pour maintenant et que c’est faisable. Et donc la vertu de revendiquer ce droit finalement à ce traitement là, où qu’on soit, c’est tout à fait la chose à faire.

Fin de l’enregistrement.

Alexandre : Des propos recueillis par Inoussa Sawadogo que l’on remercie. C’est vrai que le traitement hépatite C, on en avait longuement parlé, ne serait-ce que la semaine dernière, du coup, autour de la table, qu’est-ce que vous pensez de ces paroles ? Pensez-vous qu’un traitement hépatite C abordable, puisse être envisageable par n’importe qui d’ici quelques années ?

Yann : Bah moi je le souhaite si vraiment les politiques veulent le faire, ça peut se faire. Si on arrête les lobbies et qu’il y a une décision politique vraiment pour que ces traitements soient vendus à un prix normal et non pas une escroquerie.

Alexandre : Ca passerait du coup par la production des génériques efficaces et à moindre prix.

Yann : Oui, parce que c’est prouvé que ces médicaments génériques ont l’efficacité et surtout comme disait le médecin, 300 euros au lieu de 100 000…

Sandra : C’est ça, je pense qu’il faut que les politiques se mêlent vraiment, mettent la pression aux labos, et puis c’est tout.

Yann : Je crois que déjà en France elle avait réussi à faire une petite… une baisse. Tu te rappelles, comment elle s’appelle ?

Sandra : Marisol Touraine, la ministre de la Santé.

Yann : Voilà, parce que de 70 000 il est passé à 40 000 déjà. Pour la France je parle.

Alexandre : Aux Etats-Unis c’est toujours à plus de 70 000.

Sandra : Et d’ailleurs, Marisol Touraine participera demain mercredi 25 mai, à une conférence sur l’hépatite C, parce que demain c’est la journée de lutte contre les hépatites. Donc peut-être qu’elle fera encore des annonces, je ne sais pas, en tout cas, elle sera de nouveau interpellée sur ce sujet.

Alexandre : On espère qu’il y aura du concret. Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net, sur Twitter, @vihradio ou sur Facebook Comité des familles.