Jean Spiri, président du CRIPS Ile-de-France : « Il y a des messages à faire passer pour l’acceptation des personnes vivant avec le VIH »

, par Sandra

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Jean Spiri, président du CRIPS Ile-de-France : « Il y a des messages à faire passer pour l’acceptation des personnes vivant avec le VIH »

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, nous sommes en compagnie de Christian, Mohamed, Ilaria et moi-même Sandra. Nous allons maintenant écouter Jean Spiri qui va nous parler du CRIPS. On écoute et on réagit après.

Début de l’enregistrement.

Jean Spiri : Je suis le président du CRIPS Ile-de-France, c’est-à-dire le centre régional d’informations et de prévention du sida pour la santé des jeunes.

Alors en fait, il y a deux bus d’informations et de prévention.

C’est un bus qu’on peut installer au milieu des villes, parfois aux abords des lycées, dans des cours des lycées qui nous permet de faire passer des messages de prévention sur deux domaines importants, la vie affective et sexuelle et la lutte contre les addictions et toxicomanie. A côté de ça, on a un deuxième bus pour le TROD, le test rapide d’orientation de diagnostic du VIH/Sida et en fait ce bus aujourd’hui, on a des partenariats avec des associations notamment communautaires qui n’ont pas forcément les moyens d’avoir un bus pour elle-même mais ça leur permet d’aller faire du dépistage rapide à proximité des endroits où elles sont implantées. Par exemple on travaille avec Afrique Avenir notamment, beaucoup pour faire du TROD.

En dehors du bus, on intervient dans les lycées, alors là pour le coup sans le bus avec les animateurs de prévention. Donc le CRIPS il faut que savoir que c’est plus de 3000 interventions, à peu près 120 000, selon les années, jeunes touchés, donc concernés par une formation, et donc là, nos animateurs interviennent sur les sujets éducation à la vie affective et sexuelle et lutte contre les toxicomanies.

Sandra : Avez-vous des difficultés à rentrer dans les collèges, dans les établissements scolaires pour faire de la prévention sur le VIH et les autres IST parce que nous aussi on a un programme de prévention qui s’appelle le projet Madeleine où ce sont des personnes séropositives qui vont témoigner de leur vie avec le VIH et parfois on se retrouve heurter à des profs, plutôt les profs, parce que les infirmières scolaires en général sont à fond là-dessus, puisqu’elles sont dans le vif du sujet évidemment, mais les profs ont peur qu’on choque les élèves. Avez-vous entendu encore aujourd’hui ce genre de discours ?

Jean Spiri : Le CRIPS est un organisme associé de la région Ile-de-France qui s’occupe des lycées donc en fait, on n’a pas de difficulté particulière à entrer dans les lycées en fait. Aujourd’hui on intervient à peu près dans la moitié des lycées franciliens. On est même obligé de refuser des demandes d’interventions parce qu’on n’a pas les capacités de couvrir toutes les demandes d’intervention. C’est vrai que c’est toujours des sujets sensibles mais le travail qu’on a entrepris depuis longtemps avec les infirmières scolaires notamment, vous avez raison, ce sont de très bon relais, fait qu’en général les équipes du CRIPS sont très bien accueillis. C’est vrai qu’aujourd’hui on constate que selon les lycées, il y a des différences. Il y a des lycées qui sont très axés santé ou lutte contre la discrimination par exemple, d’autres au contraire qui font d’autres choses où la problématique santé est moins avancée et aujourd’hui, on aimerait bien travailler et on travaille d’ailleurs avec l’agence régionale de santé Ile-de-France pour essayer d’avoir une meilleure couverture de l’ensemble des lycées, ça nous semble très important que tous les lycées d’Ile-de-France puisse avoir accès à la même information.

Sandra : Quels sont les sujets où il est essentiel que les acteurs de la lutte contre le sida interviennent encore dans les établissements scolaires ?

Jean Spiri : Tous. La prévention, vous voyez bien que l’usage du préservatif stagne, pour ne pas dire pire. Il y a plein d’idées reçues sur le VIH/Sida qui demeurent. Le dépistage là aussi n’est pas au niveau où il devrait être. C’est pour ça qu’on a lancé avec le CRIPS justement une campagne d’information sur les nouveaux modes de dépistage. Aujourd’hui, c’est vrai qu’entre le CEGGID, le test en laboratoire, l’autotest, il y a plein de manière, il y a plein de tests et donc c’est important justement de se dépister. Et puis on a un axe qui nous tient vraiment à coeur depuis longtemps, c’est la lutte contre la sérophobie. Et là, il y a beaucoup trop de préjugés qui demeurent sur les personnes séropositives, et puis il y a une méconnaissance terrible mais qui n’est pas seulement des jeunes lycéens. Si c’était que les jeunes lycéens, mais même des journalistes. Moi, pour la journée mondiale de lutte contre le sida, j’ai fait pas mal d’interventions dans les médias. A chaque fois que j’expliquais qu’une personne séropositive sous traitement peut avoir une charge virale indétectable, j’avais l’impression que je révélais quelque chose de totalement nouveau et de totalement inédit, etc. Donc il y a encore des messages, et c’est vrai que le TASP, c’est important, on n’en parle pas assez, il y a vraiment des messages à faire passer pour l’acceptation des personnes vivant avec le VIH. Aujourd’hui, je suis effrayé parfois de ce qu’on peut encore entendre.

Sandra : Et dernière question, par rapport à l’autre bus du coup que vous mettez à disposition des acteurs de lutte contre le VIH/Sida, quelles sont les conditions ? Si nous, Comité des familles, on a envie de faire une action de prévention, comment on fait ? On a juste à vous contacter et hop on prend le bus ? (rires)

Jean Spiri : Pas tout à fait. Le bus de prévention, ça c’est toujours le CRIPS mais on peut le faire avec d’autres associations, donc on peut le faire avec le Comité des familles. Le bus TROD dépistage, donc là pour le coup il faut que ce soit une association qui ait l’habilitation TROD. Donc ça, c’est quand même la première condition et après il y a juste un contrat, une convention de partenariat à signer et ce qui est normal, avec des questions de responsabilité et puis savoir si on le fait dans le cadre d’un accompagnement au CRIPS aussi puisque toute la partie conseil est importante aussi au moment du dépistage. Ce n’est pas seulement on fait un dépistage et puis c’est terminé. Il y a toute une partie discussion, réflexion sur la prévention qui est à communiquer. Mais oui, ça peut se faire très rapidement et très simplement à partir du moment où c’est une association qui a une habilitation TROD.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Jean Spiri au micro de l’émission Vivre avec le VIH. Qu’en pensez-vous ?

Mohamed : C’est bien, je connaissais cette initiative de prévention mais c’est désolant que ce ne soit pas assez élargi, qu’ils sillonnent toute la France pour que ça touche un plus grand nombre de jeunes.

Sandra : Il y a peut-être d’autres choses qui se font en province et puis on n’est pas au courant.

Mohamed : Oui. Mais je trouve que l’idée du bus n’est pas assez diffusée.

Ilaria : Une institution comme le CRIPS, ce sont des institutions qui rendent la santé en pratique. On peut enfin trouver vraiment sur le territoire des actions concrètes, qui agissent au niveau des jeunes, à côté d’eux, à côté de leur lieu, parce qu’ils passent la plupart de leur journée dans le lycée donc quand ils sortent, ils voient un bus, c’est du concret. Déjà, l’approche du bus c’est sympa. Ca nous fait sourire, ça peut donner de la curiosité à un jeune d’en savoir plus. J’aime bien cette façon de mettre aussi l’accent sur cette sérophobie sur le fait qu’il y a des méconnaissances et pas forcément au niveau des jeunes. Donc ça permet vraiment de donner des informations et de faire de la prévention en même temps. Avoir des gens qui rendent l’information plus accessible, plus facile, avec une compréhension de jeunes, ça fait du bien au niveau de la société, ça fait du bien à nous tous. Je suis toujours très ravie d’écouter des témoignages comme ça et je partage le même espoir de pouvoir élargir de plus en plus au niveau d’Ile-de-France, au niveau de la France des réalités comme le CRIPS.

Christian : Je suis franchement étonné de tout ce que je continu à voir dans cette Europe, dans ce pays. Une nouvelle façon de faire, les bus, les cars, oh vraiment c’est bien ! C’est très bien cette façon de faire. Nous savons que, et ce qu’on a eu à dire toujours, on continue à le marteler, seule la sensibilisation et l’accès aux soins peuvent résoudre franchement le problème. Ce qu’ils font est vraiment magnifique.

Sandra : Merci pour vos réactions, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE