Découvrez l’histoire d’un couple sérodifférent dans « L’espoir au corps », écrit par Anaïs W

, par Sandra

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Découvrez l’histoire d’un couple sérodifférent dans « L’espoir au corps », écrit par Anaïs W

Sandra : Vous êtes à l’écoute de l’émission Vivre avec le VIH, la seule émission qui donne la parole aux séropositifs et à ceux qui les aiment. Vous êtes avec Mohamed, Christian et Anaïs W, qui va maintenant nous parler de son livre “L’espoir au corps”. C’est votre 3ème livre c’est ça ?

Anaïs W : Oui, tout à fait.

Sandra : Vos deux livres précédents parlaient de quoi ?

Anaïs W : Ils parlaient plutôt de l’adolescence, même si j’ai un public très large qui s’intéresse à ce sujet également. C’était plutôt des histoires d’adolescents qui tournaient pour le premier roman “Au-delà des tours” paru en 2015, c’était plutôt les conflits familiaux, la recherche d’identité de sa place au sein de la société avec une jeune fille qui vivait dans l’univers de la cité. Et puis le deuxième roman paru en 2016 qui s’appelle “Débolis Héyavé” qui est le nom du personnage, c’est aussi sur l’adolescence avec plutôt un traumatisme familial où c’est un jeune qui se fait abandonner successivement par ses deux parents. Donc aussi une forte recherche d’identité, de place, beaucoup de colère. A travers mes romans, je veux vraiment montrer qu’on trouve le courage de s’en sortir et de trouver l’équilibre et le bonheur, ce que je fais également à travers “L’espoir au corps” sur des thématiques avec le deuil et le VIH.

Sandra : La première fois que vous avez entendu parlé du VIH, c’était quand, comment, par qui ? Est-ce que vous vous en souvenez ?

Anaïs W : Pas du tout ! Je sais juste que c’est une maladie qui m’a intriguée pendant longtemps. Ne me demandez pas pourquoi. C’est toujours quelque chose qui m’a, je pense que j’en parle depuis une dizaine d’années, alors que je ne sais pas d’où ça sortait mais c’est quelque chose d’assez mystérieux. Je me posais beaucoup de questions à ce sujet sans vraiment mettre de vrais mots dessus. Et je pense que, quand j’ai commencé à étudier la virologie à la fac, en bio, là, je me suis rendu compte que j’aimais les virus. Je trouvais ça vachement intéressant la dynamique qu’ils ont pour des organismes qui ne sont pas vivants, d’être capables de s’adapter de cette manière. Et puis finalement, en étudiant les virus on étudie le virus du VIH et je ne m’étais pas destinée à faire une carrière spécifiquement sur le VIH mais quand j’ai eu l’opportunité de travailler sur cette maladie en 2015, 2016, ça a été avec grand plaisir, même si je n’ai pas fini ce projet de recherche.

Sandra : Quelle image vous aviez des personnes qui vivaient avec ce virus avant de vous documenter davantage pour écrire ce livre ?

Anaïs W : C’est vrai que je suis très littéraire, beaucoup d’imaginaire et je ne sais pas, je ne me figurais pas vraiment, je ne me posais même pas encore cette question avant de publier “L’espoir au corps”. L’histoire de Daniel qui est séropositif dans ce roman, je l’ai purement inventée mais je ne me suis jamais demandé comment je me comporterais si je le rencontrais, étonnement. Même s’il y a forcément une jeune femme qui le rencontre, etc. mais c’est totalement détaché de ma propre perception. Et quand je suis venue par exemple pour cette émission, je me suis dit, je vais rencontrer des personnes séropositives, j’en ai peut-être rencontrées avant mais sans le savoir et je me suis demandée si ça me faisait quelque chose. Finalement, pas forcément. Il ne se passe rien de particulier, il n’y a rien de spécial, tout va bien. Je n’avais pas de perception des personnes séropositives, un petit peu de tristesse pour la vie qu’elles ont, les difficultés qu’elles rencontrent, j’éprouve de l’empathie mais comme pour les personnes séropositives comme pour n’importe quelle personne atteinte d’une maladie difficile à supporter au quotidien et d’autant plus incurable.

Sandra : Du coup, comment vous est venu l’idée d’écrire un livre qui parle du VIH ?

Anaïs W : Justement, c’est un peu cette envie, cet intérêt que j’avais pour le VIH depuis longtemps, le fait de faire des études dessus et c’est vrai, j’ai bien conscience de cette méconnaissance, de toutes ces réticences qu’on a par rapport aux séropositifs, une envie d’informer et de prévenir, de sensibiliser. C’est pour ça que j’ai écrit un roman sur le VIH mais ça ne parle pas que du VIH. Le but c’est de pouvoir transmettre ces informations au plus grand nombre. Ce n’est pas un simple documentaire en disant on va parler de VIH ici et absolument que de ça. Comme ça, les gens peuvent découvrir une histoire entre un homme et une femme, une histoire d’amour et potentiellement à travers cette histoire je vais découvrir des choses sur la séropositivité, sur ce que c’est d’avoir le VIH, comment il se transmet, qu’est-ce que c’est la vie avec les traitements et toutes les difficultés psychologiques liées à cette maladie, comme on en parlait avec le témoignage de Betty. Le fait que Daniel, séropositif ne croit plus du tout en l’amour. Il ne pense pas du tout que ce soit possible qu’une personne l’aime, de manière inconditionnelle et s’offre à lui ou toutes ces choses-là. Et c’est ce qu’on découvre au fur et à mesure du roman aussi. Cette évolution psychologique de retrouver l’espoir, l’envie.

Sandra : Mais comment vous avez fait pour écrire cette histoire alors que vous m’avez dit qu’avant vous n’aviez pas rencontré de personnes séropositives, pour être au plus proche de la réalité, comment vous avez fait pour écrire ce livre ? Vous avez mis combien de temps d’ailleurs ?

Anaïs W : Si je ne me trompe pas, en 6 mois. Et comment est-ce que je l’ai écrit ? Je ne connais pas de personne séropositive, je pense que c’est ce qui fait que je suis un auteur de roman réaliste, c’est que j’ai une très forte capacité à m’imprégner de mes personnages, à me mettre à leur place, à m’imaginer ce qu’ils ressentiraient dans telles ou telles circonstances. Donc c’est comme ça finalement que je me mets à la place à la fois de la jeune femme qu’ils rencontrent et à la fois du séropositif. J’ai pris très peu d’informations sur Internet en matière de vie de séropositif. Je ne suis pas aller lire des témoignages. C’est vraiment purement une expérience que j’ai vécu personnellement dans mon imaginaire et après j’ai juste pris des informations, enfin, j’ai vérifié des informations concernant les traitements pour être sûre de ne pas dire de bêtise, la parentalité et toutes ces choses-là auprès de Sida Info Service. Psychologie du personnage, c’est purement de l’imaginaire et au plus proche de la réalité de ce qui était ma réalité, je me rends compte qu’elle n’est pas si loin de la réalité des séropositifs finalement et j’en suis très contente.

Sandra : Et pourquoi l’amour ? Parce qu’on peut écrire des histoires sur le VIH qui parlent d’autres choses.

Anaïs W : Je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Je n’ai pas écrit un roman en disant je vais écrire une histoire d’amour. Je pense que la séropositivité à travers la relation sociale et amoureuse, c’est extrêmement important aussi. J’avais envie d’écrire sur deux personnages, un homme et une femme, alors autant les faire se rencontrer et faire relever des défis. Donc ça fait partie du décor, on va dire ça comme ça, leur relation amoureuse. Je suis très contente qu’elle puisse mettre en avant des questions autour de la séropositivité aussi, comme la parentalité ; ça fait partie des questions qui sont soulevées dans le roman, les rapports sexuels et toutes ces choses là. A travers les questions que se posent la jeune femme, le lecteur apprend aussi le raisonnement qu’il pourrait avoir en tant que séronégatif qui rencontre un séropositif.

Sandra : Et finalement, dans l’histoire que vous proposez, il n’est pas tellement question de l’annonce de la séropositivité puisque cette annonce va lui échapper à Daniel, le personnage qui est séropositif et donc Kalinda, c’est la femme qui est séronégative, elle ne va pas fuir parce qu’il est séropositif et elle ne va pas se poser tant de questions que ça. Je me suis dit c’est peut-être un message que vous donnez aux personnes séropositives qui hésitent à se lancer dans une histoire avec une personne séronégative.

Anaïs W : Oui, voilà. Comme disait Christian par rapport aux messages de Betty, il y a beaucoup de barrières psychologiques chez les séropositifs, par rapport à tout ce qu’ils ont vécu, la stigmatisation, les quêtes amoureuses vaines et pas forcément faciles. Kalinda, ce qu’elle voit avant tout c’est un homme et elle a même particulièrement du mal à envisager qu’il soit séropositif parce que c’est quelque chose qui lui échappe. Elle n’envisage pas comment est-ce qu’il vit avec, l’impact que ça peut avoir sur lui. Elle est assez innocente finalement par rapport à la séropositivité comme je l’étais peut-être moi aussi avant. Donc oui, c’est un message aussi pour les séropositifs, à la fois pour les séronégatifs qui ont peur du VIH et de la séropositivité et aussi pour les séropositifs dans le sens où on ne les voit pas forcément que comme ça. Il lui dit “est-ce que le fait que tu saches que je sois séropositif ça a brisé le charme ?” Elle dit : “J’ai été sous le charme avant de savoir que tu étais séropositif”.

Mohamed : C’est bien ça !

Anaïs W : C’est ça aussi qui est important, ne serait-ce que pour le témoignage de Betty, puisqu’on en parlait tout à l’heure. Finalement, elle a certainement été amoureuse avant de le savoir, et quand bien même, ça dépasse cette séropositivité.

Mohamed : L’amour est plus fort.

Sandra : Ca te plait, Mohamed. Tu vas le lire ?

Mohamed : Bien sûr, avec plaisir. Ca doit être une belle histoire, qui surmonte les préjugées.

Sandra : Et puis leur histoire de couple va connaitre quelques turbulences mais en fait ce n’est pas du tout le VIH qui en est la cause. Ca me fait penser à ce que je dis à certaines personnes qui veulent absolument se mettre en couple avec une femme ou un homme vivant avec le VIH et qui pense que l’histoire va forcément marcher puisque, tous les deux sont séropositifs mais, il n’y a pas que le VIH dans la vie. Et heureusement.

Anaïs W : C’est ça qui est intéressant aussi. Daniel pense que si Kalinda cache des choses, ment, est un petit peu distante par rapport à sa propre histoire, il pense que c’est parce qu’elle a peur du VIH. Finalement Kalinda a son propre vécu, elle a des secrets qu’elle cache qui n’ont strictement rien à voir avec la séropositivité. C’est ce combat un petit peu, des deux appréhensions qui se voient à travers ce roman et c’est intéressant, en effet.

Sandra : Mohamed et Christian, souhaitez-vous intervenir ? Quelques commentaires ? Une question ?

Christian : En tant que chercheur…

Sandra : Ah là tu veux qu’elle change de casquette...

Christian : En tant que chercheur, est-ce que vous avez trouvé la provenance de ce fameux virus du VIH ? Pourquoi sa mutation continue-t-elle aujourd’hui ?

Anaïs W : Déjà je vais être franche, j’ai été chercheuse, j’ai fait des études sur le VIH à travers les connaissances biologiques que j’ai pu apprendre à la fac. J’ai fait quelques études sur le VIH pendant un début de test qui a duré 8 mois. Seulement, j’ai appris beaucoup d’informations biologiques, pas forcément sur cette réponse. Je n’ai pas forcément réponse à votre question. Moi, ce que j’étudiais, c’était la transmission du VIH dans le pénis, la réaction du système immunitaire. C’était quelque chose d’extrêmement spécifique et je n’ai pas du tout étudié la maladie assez longtemps pour connaitre, avoir le rôle d’experte sur cette maladie. Donc, je ne peux pas vraiment répondre.

Sandra : Mais on pourra te répondre Christian parce qu’il y a beaucoup d’études sur la mutation du virus, tout ça, on pourra, à l’occasion, faire une émission là-dessus.

Anaïs W : Désolée de ne pas pouvoir te répondre.

Mohamed : Ce qui est bien dans ce livre, ce que je retiens, c’est que ça rebondit sur l’histoire de Betty et comparativement à ce que les gens peuvent penser dans la majorité, je me rends compte que l’amour est toujours plus fort et qu’on ne peut pas continuer à perdurer le mensonge. Une fois que l’amour est établi, je pense qu’il n’y a plus qu’à le cueillir. Je vois ça dans son roman. Ils dépassent la maladie pour pouvoir s’aimer plus et encore. C’est beau, je trouve.

Sandra : Un mot qui m’a fait plaisir à voir dans le livre, c’est “indétectable”. J’ai l’impression que vous avez compris l’importance de cette nouvelle pour les personnes séropositives. Là aussi, ce n’est même pas le personnage de Daniel qui va lui en parler, c’est une notion que Kalinda va comprendre assez facilement. Je me suis dit que c’est peut-être un message pour que les personnes vivant avec le VIH se disent ce n’est pas si compliqué pour les personnes séronégatives de comprendre ce que c’est être séropositif, avoir une charge virale indétectable.

Anaïs W : Oui, c’est une véritable question mais.. en effet, c’est important de savoir dire indétectable. On vit avec le virus comme on vivrait avec un foie ou un rein. Il est présent, il est là et on ne peut pas s’en débarrasser. A partir du moment où il est indétectable, on peut vivre une vie quasiment normale. C’est vrai qu’il y a tous les traitements et toute la stigmatisation, plein d’autres problèmes autour de la séropositivité mais, concernant la vie de couple et l’amour tout simplement, une discussion avec une personne séronégative, voilà. Je te touche, je te fais une bise ou plus. Il n’y a pas de problème. Ca ne se prend à travers les pores de la peau.

Mohamed : Ca, c’est plus les modes de transmission. Mais quand tu dis indétectable, les gens voient, enfin moi c’est comme ça que je le vois et la majorité des séropositifs aussi, ils voient non-contaminant.

Anaïs W : Oui.

Mohamed : C’est un peu comme ça qu’ils voient le truc. A partir du moment où ils sont indétectables, ils disent non-contaminant. Ca veut dire qu’ils peuvent avoir des rapports avec une partenaire ou un partenaire et savoir qu’ils ne peuvent pas contaminer l’autre.

Anaïs W : Oui.

Mohamed : C’est déjà un acquis assez important pour quelqu’un qui est malade et qui sait que sa charge virale est indétectable, les CD4 ça va, pour celui qui sait lire son bilan. A partir de là, il peut se prétendre non-contaminant. Et c’est comme ça que les médecins voient la chose aussi.

Anaïs W : Je me mettais aussi du point de vue la personne séronégative en fait.

Mohamed : Ah oui.

Anaïs W : Parce que c’est vrai que pour une personne séronégative, j’ai le VIH, très bien, mais on ne sait pas forcément ce que ça veut dire. Peut-être que ça va juste surgir comme ça. Alors que si on ajoute un terme indétectable derrière, ça donne une notion de, il est là mais il n’est pas vraiment là. Je vis simplement avec. Pour une personne séronégative qui ne connait pas forcément, elle va se dire, s’il est indétectable, je ne le vois pas et je ne peux pas le sentir, le toucher en quelques sortes puisqu’il n’est pas présent.

Christian : Ici, indétectable, vraiment, c’est bien expliqué et peut-être, normalement suivi par les uns et les autres, ceux qui sont concernés. Mais je comprends pourquoi chez nous en Afrique, au Cameroun, les médecins gardent un peu le secret, n’en parlent pas beaucoup. Une fois que quelqu’un sait qu’il est indétectable, vraiment je m’excuse du mot, il y a plein de désordonnés sexuels au pays, du fait que nous soyons déjà, de part les coutumes, les rites, polygames. Chez nous, la polygamie existe. Un homme a 7 femmes, 50 femmes, beaucoup de femmes et tout. Le bonhomme, une fois que le gars sait qu’il est indétectable, il ne peut plus contaminer, aller, ça y est, c’est la saga, la fiesta ! Pourtant, il faut faire très attention parce que toi tu es indétectable, tu ne peux plus transmettre ce fameux virus mais maintenant, la personne avec laquelle tu vas avoir une relation sexuelle peut être victime d’une autre pathologie qui peut te contaminer. Donc indétectable, aux polygames au pays, faites attention, je sais que cette émission est écoutée partout. Faites attention parce que si vous avez 7, 10 femmes, 3 femmes, deux autres ne peuvent rien avoir mais la troisième ou la dixième peut te contaminer. Il faut faire très attention, franchement.

Sandra : Merci Christian pour ce message que tu adresses tout particulièrement aux personnes qui vivent en Afrique.

Anaïs W : Et qui sont polygames.

Sandra : Non, mais t’as raison, faut en parler. Ici en France aussi. La polygamie n’est pas autorisée mais bon, il y a des maîtresses, des amants. C’est caché. (rires)

Anaïs W : Ca va bien au-delà de la polygamie.

Sandra : On ne va pas stigmatiser mais bon, vu que c’est toi qui le dit !

Anaïs W : C’est juste ne pas avoir de comportement…

Mohamed : A risques. D’avoir des partenaires multiples.

Anaïs W : Pour avoir des relations sexuelles, il n’y a pas besoin d’être mariés… (rires)

Sandra : Dans votre livre, le personnage de Daniel considère qu’il n’a pas choisi sa maladie. Il dit même, “je suis tout ce qu’il y a de plus normal, je te rassure, pas de relation avec les hommes, pas de drogue, de partenaire infidèle, du moins pas à ma connaissance”. Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce qu’il y a des personnes séropositives qui choisissent leur maladie ? Si quelqu’un contracte le VIH à cause d’une infidélité ou parce qu’il y a eu une relation sexuelle à risque comme on dit, est-ce que ce sera de sa faute s’il a le VIH ?

Anaïs W : Non, pas du tout. Je ne pense pas qu’on choisisse d’avoir le VIH. Il y a deux choses. La première, c’est que quand Daniel dit qu’il n’a pas choisi d’avoir le VIH, c’est parce qu’il l’a contracté à la naissance. Donc c’est une forme d’injustice qu’il vit doublement. Mais ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir des comportements à risque, etc. Les personnes qui ont des comportements à risque ne sont pas nécessairement bien informées ou conscientes de ce qu’elles font par rapport au VIH. Donc je ne pense pas qu’on choisisse d’avoir le VIH. Et ensuite, par rapport à cette phrase où il dit qu’il est tout à fait normal, ce que j’essaye de mettre en avant aussi dans ce roman c’est que justement, les personnes séropositives ne sont pas forcément des personnes déviantes, enfin, ce qu’on considère comme déviant. J’ai encore des gens qui me disent, être séropositif c’est que tu as dû prendre de la drogue ou tu as dû aller à des trucs sexuels pas commun. Tu as dû avoir des comportements à risque, qui pourraient être considérés comme n’étant pas dans les moeurs. Ce que je veux montrer à travers “L’espoir au corps” c’est qu’une personne séropositive c’est aussi une personne tout à fait normale qui peut avoir été contaminée à la naissance ou lors des problèmes du sang contaminé, qu’il faut rappeler, pas forcément issu d’un problème déviant. Quand une personne annonce sa séropositivité, ce n’est pas forcément montrer du doigt, “mais qu’est-ce que tu as pu faire de mal pour avoir le VIH”. Ce n’est pas nécessairement ça, c’est ce que j’ai voulu mettre en avant dans cette phrase.

Sandra : Mais est-ce qu’un personnage du livre n’aurait pas pu dire à un moment “au fait, si une personne est séropositive, ce n’est pas de sa faute, peu importe la manière dont elle a été contaminée”.

Anaïs W : C’est vrai que je ne l’ai pas dit clairement, peut-être que je n’y ai pas pensé dans le sens ou pour moi, comme je le dis, ce n’est pas qu’on est fautif. Après Kalinda l’exprime aussi à sa manière, dans la manière dont elle l’aime et dont elle se moque un petit peu de l’état sérologique de Daniel. Ca aurait pu être dit mais je pense que c’est aussi un message global, un message de tolérance qu’il y a dans ce roman.

Sandra : Je sais qu’il y a beaucoup de personnes séropositives qui le vivent mal, “je suis séropositif c’est parce que j’ai eu un rapport sexuel”. Et les personnes séronégatives vont dire c’est ta faute, tu n’avais qu’à faire attention. Et puis peut-être qu’il y en a qui vont avoir, j’ai entendu, plus de compassions pour quelqu’un qui va être contaminé par sa maman ou à cause de l’affaire du sang contaminé. Je me suis dit, c’est juste mon petit bémol, il faut être prudent sur les mots, parce que ça peut faire mal en fait.

Anaïs W : Oui, bien sûr/

Sandra : Et surtout aussi, c’est difficile de savoir comment on a été contaminé, parfois c’est difficile, on ne sait pas. Et en fait, au final, ce n’est pas important, on s’en fiche, le plus important c’est que j’ai ce virus en moi, je vais apprendre à vivre avec et c’est ce qui est important, de penser au futur. Savoir comment on a été contaminé, je sais que c’est une question, en général, une personne séronégative va peut-être poser la question “mais au fait, comment as-tu eu le VIH”, c’est des questions qui parfois dérangent les personnes séropositives. J’ai déjà entendu ça en tout cas.

Mohamed : En général, ce sont des questions délicates, surtout à l’âge où présente Anaïs, c’est un peu l’adolescence ou la pré-adolescence, donc c’est un peu délicat, complexe de parler d’une maladie dont on découvre et qu’on ne connait pas encore l’ampleur…

Sandra : Là, ils ne sont pas adolescents dans le livre.

Mohamed : Lui, il l’apprend par l’âge, pas par son comportement. C’est avec l’âge qu’il apprend qu’il a le VIH.

Sandra : Oui.

Mohamed : Il n’a pas été déviant, ceci, cela, donc lui-même se pose la question comment cette maladie a pu venir.

Anaïs W : C’est aussi le but de “L’espoir au corps finalement”. Il y a une forte mésinformation. Des gens qui se contaminent, qui ne sont pas du tout déviants, qui ont juste un rapport sexuel une fois non protégée ou j’ai entendu parler de séropositifs qui avaient juste une lassitude par rapport au préservatif et qui se sont dit, il y a des traitements aujourd’hui donc on va faire sans et qui se retrouvent séropositifs. Des gens qui s’aiment d’une nuit et qui ne font pas forcément attention. Donc, voilà après c’est sûr, le VIH on peut l’aborder de bien des manières sous une tonne d’angles. J’ai fait un choix.

Sandra : Non mais ça ouvre le débat, la discussion.

Anaïs W : Je suis d’accord avec vous. Tout à fait, quand j’en parle autour de moi ça peut valoir le coup que j’en parle un peu plus de cette manière-là aussi.

Sandra : Et si ce livre était proposé en lecture dans le cadre scolaire à des collégiens ou des lycéens ? Qu’en pensez-vous ? Ce serait intéressant non ?

Anaïs W : Oui, j’ai déjà mes premiers lecteurs qui ont participé soit au partenariat pour la sortie du livre, soit à la relecture, qui m’ont dit clairement que c’était intéressant d’avoir ce type de livre à portée de main pour des jeunes, pour les sensibiliser sur ce type de choses, à travers une histoire qui n’est pas un documentaire, qui change un peu l’approche.

Sandra : Oui, les jeunes, enfin moi je trouve et on trouve aussi au Comité des familles, finalement le VIH aujourd’hui maintenant on en parle moins que dans les années 80-90 où là il n’y avait pas les traitements tout ça. Maintenant le VIH, et c’est bien, avec les progrès c’est devenu une maladie chronique, une maladie comme beaucoup d’autres, mais les gens se protègent moins, y pensent moins. Il y en a qui pensent encore que voilà, tu prends une contraception donc c’est bon. Il y a vraiment des choses parfois on se dit, c’est juste pas possible ! Je ne sais pas si vous avez déjà taper à la porte de lycée pour proposer ce livre ? Qu’il soit en bibliothèque, ce serait vraiment intéressant.

Anaïs W : Il sort que le 23 septembre mais je mets pas mal de choses en place pour qu’il soit disponible auprès des librairies. C’est-à-dire que n’importe quel lecteur qui entend parler de ce livre puisse aller auprès de son libraire et commander le livre. Après il y a le site internet aussi. Et concernant les bibliothèques et lycées, ils sont parfois sous contrat avec certains organismes auprès desquels je me suis rapprochée, parce qu’ils ne peuvent pas acheter le livre directement à moi mais via ces organismes. Du coup, ça demande beaucoup de temps. En tant qu’auteur indépendante, on n’a pas toutes les portes qui s’ouvrent aussi facilement que quand on arrive avec un éditeur. Je ne baisse pas les bras et j’y travaille à diffuser et je suis là aujourd’hui pour parler de ce roman, diffuser le message qu’il porte sur le VIH.

Sandra : On arrive à la fin de l’émission. Mohamed et Christian, avez-vous des dernières remarques à faire ?

Christian : Ca fait beaucoup de plaisir, tout comme on a reçu Didier Roth Bettoni, ça fait plaisir Anaïs de savoir que vous vous intéressez aussi à cette pathologie. Vraiment, tout le temps que vous y mettez, la compassion, la sincérité dans les écrits, donc moi je suis content de vous savoir ici avec nous aujourd’hui.

Anaïs W : Merci Christian.

Mohamed : Pareillement, je suis assez satisfait, je suis content de ce que fait Anaïs. Elle ne connaissait pas très bien le coeur du problème mais quand même, malgré sa petite formation de biologiste, elle a réussi autour du VIH à construire une petite histoire qui ressemblerait à toutes celles qu’on pourrait avoir aujourd’hui. Donc j’encourage tout le monde à lire ce livre et en même temps à marteler le message de prévention, qu’il faut que le combat continue par rapport au VIH et à d’autres maladies et aux pathologies que ça engendre et qu’il faut que le message continue auprès des jeunes, des ados et des plus âgés aussi.

Sandra : Une dernière question, vous avez déjà eu des critiques de la part de vos lecteurs et qu’est-ce qu’ils vous disent ? Ils aiment le livre ? Ils sont contents d’apprendre des choses ?

Anaïs W : Alors, je vais toucher du bois (rires) jusqu’à présent, sur mes romans en général et sur “L’espoir au corps” j’ai eu de très bons retours, des lecteurs très heureux de leur lecture. J’ai des lecteurs qui m’ont dit qu’ils avaient appris des choses sur le VIH qu’ils ne savaient pas, qui sortaient un petit peu de la vie médiatique de d’habitude. Donc ça leur avait ouvert l’esprit. J’ai eu un témoignage très fort d’une de mes lectrices qui m’a dit qu’elle avait rencontré pendant une soirée quelqu’un, ils parlaient de choses et d’autres, d’allergies ou je ne sais pas quoi et ils parlaient de prendre des antihistaminiques et la personne lui dit “Oui moi j’ai l’habitude, il faut que je regarde bien les notices avec le traitement que je prends tous les jours”. Et elle me dit : “Je ne sais pas s’il était séropositif mais c’est la première fois que je me pose vraiment la question de savoir qui j’ai face à moi” Pas dans un sens négatif du terme mais avoir conscience aussi que c’est présent, que ça existe, que c’est là. Et c’est finalement le but de mes romans, de manière générale, c’est d’ouvrir les consciences à la fois sur soi-même dans la recherche de soi et sur les autres. Donc là, avec “L’espoir au corps”, les autres c’est les séropositifs aussi, ouvrir les consciences, ouvrir l’esprit avec un message d’espoir, puisque c’est le titre. Et d’amour !

Mohamed : Voilà, c’est surtout d’amour. C’est ça que j’allais dire, que j’allais le souligner.

Sandra : T’es un lover Mohamed.