Forum des auditeurs : amoureuse d’un homme séropositif... il refuse de le croire

, par Sandra

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Forum des auditeurs : amoureuse d’un homme séropositif... il refuse de le croire

- Message de Betty

Bonjour, je suis séronégative et j’aime un homme depuis 10 ans qui est séropositif en charge virale indétectable. Celui-ci ne veut pas continuer notre relation malgré notre amour si fort. Il pense que je suis avec lui par simple pitié en me sortant des excuses sur la vie de famille plus tard qu’il ne sera pas capable de me donner alors que je suis persuadée qu’il sera un bon papa. Moi je l’aime vraiment. Sa maladie le bloque mais moi je travaille en milieu médicale et je connais tout ça. Mais il est borné alors voilà, comment lui faire comprendre qu’il se fausse par mes sentiments. Est-ce qu’il y a des personnes vivent la même situation pour m’aider ? Je suis très amoureuse de cet homme merci de m’apporter des réponses. Je vous en serez très reconnaissante, du fond du coeur

Sandra : Voilà, alors là, c’est un autre cas de figure, une femme séronégative qui aime un homme séropositif et puis… mais ça m’a étonnée parce que depuis 10 ans… ou alors c’est un homme qui est séropositif depuis 10 ans. Je ne sais pas depuis combien de temps ils sont ensemble. Mais donc du coup, est-ce que vous auriez des conseils à donner à Betty. On n’a pas l’habitude de ce genre de message mais qu’en pensez-vous ?

Christian : C’est merveilleux !

Sandra : T’es ému là !

Christian : Ohlala, c’est merveilleux ! D’ailleurs, les uns et les autres souhaitent vivre ça. Qu’elle comprenne aussi que les séropositifs ont été et continuent d’être stigmatisés, traumatisés par le mal et c’est difficile de croire à la sincérité du partenaire qui n’a rien et qui avoue manifester le grand amour. C’est ce qu’on veut mais c’est des cas rares parce que vraiment, dans le jargon des personnes qui sont malades, il faut toujours à tout prix trouver la personne qui vit avec le VIH pour vivre avec. Et pourtant, il y a des non-séropositifs qui voudraient vivre avec les uns et les autres et voilà l’occasion qui est donné à notre frère et le monsieur, vraiment, c’est sûr qu’il vit autre chose, il est traumatisé et tout ça. C’est des cas rares mais juteux !

Sandra : Je ne sais pas si c’est rare, parce que peut-être que les gens n’en parlent pas. Mais je disais juste que nous, on n’a pas l’habitude de recevoir ce genre de messages mais à l’association, on connait des couples sérodifférents. Ce n’est pas si rare que ça.

Christian : Ils ont déjà fait 10 ans, c’est déjà beaucoup.

Sandra : Je ne sais pas, parce qu’elle dit, j’aime un homme depuis 10 ans qui est séropositif, donc je pense en fait que c’est lui, l’homme qui est séropositif depuis 10 ans. Sinon, ça m’étonne un peu qu’ils soient ensembles depuis 10 ans et que… je pense qu’elle a mal écrit sa phrase, sans vouloir te dire que tu écris mal Betty, mais il manque une petit virgule. Mais ça veut dire que toi Christian, si jamais il y a une fille séronégative qui est amoureuse de toi, tu ne vas pas la croire alors ? Tu auras du mal ?

Christian : Je serais ému…

Sandra : A ce point ? Pour toi, c’est un truc de fou ?

Christian : Je serai très ému. Voyez-vous, il faut toujours se mettre à la place de l’autre. Si je n’avais pas le VIH et que j’entre en contact avec une dulcinée qui est victime de cette maladie, mais… c’est une responsabilité d’être sûr que tôt ou tard, il n’y a pas de risque zéro, je peux avoir la maladie, je peux être contaminé. Si je l’aime, je me jette à l’eau et je dis, tôt ou tard, au bout d’un certain temps, 10 ans, 15 ans, 5 ans, je peux être contaminé. C’est accepté tôt ou tard cette maladie…

Sandra : Pas forcément.

Christian : Non mais ce que les uns et autres se disent. Moi, je me mets un peu à la place de celui qui n’a pas la maladie. Mais Sandra, je te jure, ce n’est pas facile.

Mohamed : Moi, je lui conseillerai surtout de garder l’espoir. Je ne sais pas la vie commune qu’ils ont ensemble avec son partenaire, si c’est de longue durée mais je pense que l’amour finira par triompher et qu’il va passer au-dessus. Il va comprendre que le sentiment est plus fort que la maladie. Je pense qu’il y a quelque chose à faire avec cette personne. Maintenant, c’est à elle de voir et de discuter et de faire voir ses sentiments pour qu’ils puissent avoir une suite en commun.

Anaïs W : Ce message contraste complètement avec le précédent et aussi, c’est marrant l’écho que ça fait un petit peu au roman que j’ai écrit.

Sandra : Tout à fait.

Anaïs W : J’ai écrit ce roman par pure imagination et d’entendre ce type de message, ça me conforte dans l’idée que tout ça c’est bien vrai. Je trouve ça vraiment formidable de la part de Betty qu’elle ait envie de s’investir émotionnellement et de se battre aussi pour sa relation parce que, si elle envoie ce message aujourd’hui, c’est qu’elle le souhaite plus que tout. Comme disent Christian et Mohamed, on n’est pas vraiment auprès d’eux tous les jours pour savoir exactement comment se passe leur vie de couple, quelle est la psychologie exacte de son conjoint par rapport à sa séropositivité et à l’amour. Mais peut-être qu’elle peut jouer sur la rareté de ce qu’il a. Il a trouvé une femme qui est prête à se battre pour lui et qui n’a pas l’air d’avoir peur, qui n’a pas l’air de se poser de questions plus que ça concernant sa séropositivité et à savoir comment est-ce qu’elle peut faire pour lui faire prendre conscience de cette rareté, je ne sais pas, et c’est ça le plus difficile mais en tout cas, s’accrocher tant qu’elle le peut certainement et passer par beaucoup de communication et d’amour.

Sandra : Je fais appel à tous les couples sérodifférents, si vous pouviez prendre le temps de répondre à Betty, de partager votre expérience, ce serait super, pour qu’elle et son chéri puissent se rendre compte qu’ils ne sont pas les seuls couple sérodifférent. Oui, c’est possible qu’une personne séronégative aime une personne séropositive, ce n’est pas si extraordinaire que ça.

Anaïs W : Les sentiments vont parfois bien au-delà du statut sérologique.

Sandra : Bah oui, l’amour c’est tellement fort que…

Christian : Ca brise les barrières.

Sandra : Voilà, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE