Forum des auditeurs : « J’ai rompu avec ma petite amie car elle ne peut pas mener une vie amoureuse avec un séropositif »

, par Sandra

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Forum des auditeurs : « J’ai rompu avec ma petite amie car elle ne peut pas mener une vie amoureuse avec un séropositif »

Sandra : Je vais prendre le message de Bdou. Pour mémoire, Bdou habite au Sénégal à Dakar et il avait besoin de nos conseils parce qu’il est tombé amoureux d’une fille mais qui n’est pas séropositive comme lui et il avait des soucis pour annoncer sa séropositivité. Si je résume bien, il y avait plutôt Mohamed et aussi Frank qui nous avait écrit, qui encourageait Bdou a annoncer sa séropositivité puisque tous les deux vous disiez que dans une relation, il faut être sincère et qu’il faut pouvoir annoncer sa séropositivité si on veut que la relation dure. Christian toi tu étais un peu plus réticent parce que tu disais que quand même, c’est difficile d’annoncer, les gens peuvent fuir et que tu comprenais la situation de Bdou. Et donc Bdou a pris sa décision, je vais vous lire son message.


C’est avec intérêt que j’ai écouté les interventions des uns et des autres et je vous en remercie du fond du coeur. J’ai malheureusement rompu avec ma petite amie car je sens qu’elle n’est pas prête à mener une vie amoureuse avec un séropositif. Indirectement, j’ai ouvert une conversation avec elle sur le VIH et les personnes séropositives et sa réaction n’a pas été la plus tendre et je pense que j’ai bien fait de ne pas avoir avoué ma sérologie. Pour répondre à Christian, ici, on n’a pas un seul médecin qui te suit et avec qui tu as une certaine complicité ou confiance. A chaque rendez-vous, tu trouves un nouveau médecin ce qui fait que c’est un peu difficile de s’ouvrir à tant de médecins, tant les médecins changent. Je prends correctement le traitement et si j’ose le dire, je le respecte à la seconde près. Je suis indétectable depuis plus d’un an maintenant. S’il n’y a pas de risque de transmission en étant indétectable, je crois que garder le secret est le meilleur moyen car ici tout le monde craint le VIH comme on craint la peste et on n’hésite pas à te fuir quand on sait que tu es porteur du virus. Je suis preneur pour toutes autres informations sur la vie de couple sérodifférent, notamment comment avoir des enfants sans contaminer son partenaire. Comme on dit, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. En attendant je souris à la vie dans l’espoir qu’elle me rende mon sourire.

Sandra : Voilà le message de Bdou, l’histoire se termine mal malheureusement pour lui, parce qu’il était vraiment amoureux et la fille aussi, et finalement, il n’a pas trouvé les ressources nécessaires pour pouvoir annoncer sa séropositivité. Je ne sais pas si vous avez un message pour lui Christian et Mohamed ? Et Anaïs W, si vous souhaitez réagir, c’est avec plaisir.

Christian : Franchement, en toute sincérité, avouer sa séropositivité comme ça, ce n’est pas très évident. C’est difficile même. Mais lorsqu’on a déjà quand même cheminé avec une personne pendant un certain temps, est-ce qu’on a besoin d’attendre forcément 6 mois, 3 mois, je ne sais pas. Mais pendant un certain temps et que la personne est sérieuse avec vous, vous avez des projets… vous avez utilisé les préservatifs plusieurs fois et puis on ne peut pas s’éterniser sur les préservatifs. Parfois ça explose, ça se casse, ça sert le zizi, ça dérange, on veut mettre à côté et puis on veut passer à chaud. Maintenant, si ça arrive, comment faire si tu gardes ce mutisme ? Au bout d’un certain temps, on finit par trouver la bonne méthode pour faire comprendre à son partenaire que moi je suis porteur du VIH et je ne peux pas te contaminer même si le risque zéro n’existe pas. Je suis séropositif oui, et ma charge virale est indétectable. Il y a des méthodes qu’on peut utiliser. On peut se rapprocher d’un conseiller hospitalier qui est bien placé pour pouvoir amener ton vis-à-vis à comprendre qu’effectivement, cette maladie ne tue plus comme ça, comme la peste où bien comme le choléra au Cameroun ou comme avant, Ebola. Il y a des méthodes aujourd’hui, la technologie a évolué, même si elle n’a pas évolué partout, surtout en Afrique, mais il y a des possibilités, des méthodes pour qu’on ne soit plus contaminé par cette maladie. Vous pouvez dans un foyer mener une sexualité normale. Ce n’est pas facile d’avouer mais au bout d’un certain temps, on finit toujours par avouer, quitte à ce qu’on nous abandonne. Ce n’est pas facile mais il y a des possibilités.

Mohamed : Je suis particulièrement désolé mais bon, il faut croire qu’il tenait à cette partenaire. Maintenant, si elle n’était pas apte à comprendre qu’il a des problèmes de santé et que ça pouvait se traiter et qu’elle avait des préjugés assez radicaux, je pense que c’est mieux ainsi et qu’ils se quittent en bon terme. J’espère que pour Bdou, ça va s’arranger quand même et qu’il ne désespère pas et il faut qu’il se dise que la vie continue avec ou sans elle, le combat continue aussi.

Sandra : Anaïs W, souhaitez-vous réagir ?

Anaïs W : Oui, pourquoi pas. Je suis d’accord avec Christian, comme il dit, je pense qu’il arrive un moment où dans la relation il va falloir en parler. C’est certainement une bonne idée d’essayer d’aborder le sujet de manière globale quand on a un partenaire dont on ne connait pas vraiment les opinions. Ca permet de voir un petit peu comment il réagit et quels sont ses a priori, puis aussi éventuellement d’arrondir un petit peu les angles avant d’annoncer sa séropositivité, ça peut être une approche vraiment intéressante. Et puis malheureusement, tout le monde en effet n’est pas forcément ouvert à être dans un couple sérodifférent, comme dit Christian, le risque n’est pas nul même si pour l’instant, d’après ce qu’on m’a dit, on ne trouve pas encore de cas de contamination.

Sandra : Non, il n’y en a pas en fait mais c’est que les scientifiques ne peuvent pas dire…

Anaïs W : Voilà, ils n’arrivent pas à prouver le contraire. On reste toujours dans un cadre où il faut faire confiance à son partenaire séropositif pour qu’il prenne bien son traitement et que le risque reste vraiment proche de zéro.

Sandra : Et puis il faut que le partenaire séronégatif aussi ne fasse pas de vague.

Anaïs W : Tout à fait, j’en parle dans mon roman aussi. C’est important que les deux partenaires séropositifs ou non soient au courant de leur sérologie, c’est très important. C’est un peu malheureux de ne pas réussir à trouver des gens qui se fassent confiance, parce que même si elle n’acceptait pas cette jeune fille d’avoir des rapports non protégés, ça n’empêche pas d’avoir une vie tout à fait normale. Le stade de la relation sexuelle non protégée n’est pas obligatoire finalement même si ça doit être lassant de porter un préservatif tout le temps.

Sandra : Et puis ça peut évoluer.

Anaïs W : Voilà, ça peut évoluer dans le temps. D’ici quelques années se dire en effet, j’en ai marre, je t’aime assez, on arrête le préservatif et on envisage la parentalité, ce type de choses.

Christian : L’approche de Bdou est très bonne. Je conseille ça aussi, tu engages avec ton partenaire un sujet comme ça sur le VIH et tu présentes certains cas de figure, pour voir comment la personne peut accepter les séropositifs et puis généralement ça marche aussi parce que, lorsque dans la causerie, tu présentes plusieurs cas de figure, tu peux lui parler du cancer qui est très dangereux, des différentes hépatites, au Cameroun ça tue beaucoup, le médicament n’existe pas, il faut l’importer, il faut beaucoup d’argent. Quand tu parles de tout ces cas, cancers et tout ça, finalement le partenaire se rend compte que le VIH même n’est pas assez violent. Si on suit bien son traitement. L’approche de Bdou n’est pas mauvaise, d’ailleurs il a beaucoup fait, félicitations.

Sandra : Courage Bdou, j’espère que la prochaine sera la bonne et que tu tomberas sur quelqu’un d’assez ouvert pour t’aimer entièrement. N’hésitez pas chers auditeurs à laisser vos messages sur le site comitedesfamilles.net pour réagir à cette discussion.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE