Un médecin pour la suppression de l’AME... mais pour une couverture médicale universelle

, par Sandra

JPEG - 38.1 ko
Un médecin pour la suppression de l’AME... mais pour une couverture médicale universelle

Sandra : Vendredi 24 février, je suis retourné sur les bancs de la fac pour assister à une conférence organisée par La Chaire UNESCO Santé sexuelle & Droits humains, à l’université Paris Diderot. Le thème était : Diversité culturelle, l’approche de santé sexuelle dans la cadre de la lutte contre le VIH ". C’est le professeur Willy Rozenbaum, spécialiste du VIH depuis le début puisqu’il fait partie de l’équipe qui a découvert le virus du VIH. C’était très intéressant. Théorique et à la fois concret puisqu’il a raconté des anecdotes. Par exemple, au cours de sa carrière, il a été amené à rencontrer des patients qui venaient d’Afrique ou d’ailleurs et qui refusaient de se soigner, de prendre le traitement. Ils se sont dit, on va faire venir des marabouts ! On va travailler avec eux et comme ça, bah ça va marcher. Donc ils prennent contact avec des marabouts et puis arrive le cas d’un patient qui refuse de prendre son traitement. Ils se disent bah monsieur on va vous faire rencontrer un marabout, peut-être que ça vous aidera à accepter le traitement. Et là le patient lui dit : si je voulais voir un marabout, vous pensiez vraiment que je serai venu à l’hôpital ? Et c’est là qui se sont rendus compte que faire de la médiation, ce n’est pas simple. Willy Rozenbaum disait qu’il a appris vraiment au cours de sa carrière à changer un peu sa manière de travailler et à prendre en compte l’expérience des gens, à les écouter vraiment, pour les soigner tout simplement.

Yann : C’est pour ça qu’il y a des services où il y a des ethnologues qui encadrent les personnes migrantes et c’est vraiment très bien.

Sandra : Oui. Au cours de cette conférence, Willy Rozenbaum a parlé de l’importance de lutter contre la pauvreté, de permettre l’accès aux soins pour tous… et ça m’a donné envie de parler politique, je vous propose d’écouter la question que je lui ai posé.

Début de l’enregistrement

Sandra : Vous avez dit que pour promouvoir une bonne santé sexuelle, il faut lutter contre la pauvreté, donner l’accès aux soins, du coup la suppression de l’aide médicale d’Etat, ce n’est pas du tout compatible pour promouvoir une bonne santé sexuelle.

Willy Rozenbaum : Pour promouvoir une bonne santé tout court. C’est une monstruosité cette démagogie totale, bien entendu, si vous voulez que je vous développe tout l’argumentaire pour notifier, enfin, ce n’est pas l’AME qui est nécessaire. Parce que l’AME est un dispositif dérogatoire qu’il faudrait supprimer de mon point de vue. Il faut supprimer l’AME mais donner l’assurance maladie universelle. Il faut qu’un seul dispositif qui est l’assurance maladie qui couvre l’ensemble des populations qui sont malades. L’AME est un dispositif dérogatoire, c’est un alien. C’est pour ça qu’il est attaqué d’ailleurs. On n’aurait jamais dû le mettre en place. C’est en fait la couverture médicale universelle qui doit être mise en place, ce n’est pas l’AME. Oui, il faut supprimer l’AME pour la remplacer par la couverture médicale universelle parce que l’accès aux soins protège les individus mais protège la collectivité. Les maladies transmissibles en sont sans doute l’exemple le plus flagrant. Supprimer la gratuité de la vaccination contre la rougeole, ne pas vacciner les enfants roms contre la rougeole, c’est entrainer des épidémies de rougeole en France, pour toute la population, y compris adulte. Donc voilà, je vous donne cette exemple-là, je pourrai vous en donner plein d’autres. Pour le VIH c’est encore plus évident.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Voilà, Willy Rozenbaum au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH, donc lui qui est pour la suppression de l’AME mais, ne vous inquiétez pas, en fait il est pour une couverture médicale universelle. Qu’en pensez-vous dans l’équipe ?

Yann : Bah après je me demande pourquoi on a mis en place du coup cette AME ?

Sandra : Pourquoi ? Il faudrait réécouter l’émission du 3 janvier je crois où on avait reçu Caroline Izambert qui travaille à AIDES et en fait, pourquoi ça a été mis en place, c’est à cause des divers lois. Ils s’en sont pris aux étrangers en fait. Les associations ont été obligées de dire bah non, les étrangers, il faut faire attention, tout ça et a été mis en place cette AME. Mais au départ, la santé, l’accès aux soins était pour tous. Et puis ce sont les politiques d’immigration qui se sont mêlées à ça et du coup des systèmes ont été créés pour contourner. C’est pour ça, faut remonter dans le temps. D’autres réactions dans l’équipe ?

Christian : Si on venait à supprimer l’AME et qu’on mettait en place une carte médicale universelle, parce qu’avec l’AME, nous n’avons pas vraiment 100% dans la prise des médicaments pour nous qui utilisons l’AME. Voyez-vous, une simple petite pommade de 3 euros, vous allez avec votre AME pour la récupérer, on vous refuse la pommade. A plus forte raison, pour ceux qui ont des problèmes de prothèses et ainsi de suite. Alors si cette carte pouvait être à 100%, nous permettre de prendre les médicaments vraiment sans qu’il y ait de complications, vraiment c’est louable. Je trouve que c’est bien.

Sandra : J’ai été très contente de poser cette question puisque derrière moi il y avait des étudiantes qui après m’ont demandée “mais qui est-ce qui veut supprimer l’AME ?” Et donc j’ai dit bah c’est Fillon. François Fillon. Je me suis dit, si ça peut éveiller la conscience politique, c’est important de voter, pour ceux qui peuvent voter, voter bien ! (rires).

Yann : Il n’est pas tout seul, il y a Pécresse…

Sandra : Oui mais qui se présente à l’élection présidentielle…

Yann : Ca me permettait de rappeler qui était dans la brochette.

Sandra : Oui, la droite en gros. Je suppose que Marine Le Pen aussi serait ravie si l’AME était supprimée. Je n’influence pas votre vote mais informez-vous parce que mine de rien, les gens ont un programme mais ils n’hésiteront pas à l’appliquer.

Yann : Oui mais moi, si j’étais président… (rires)

Sandra : Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as un souvenir amer ? (rires)

Yann : Complètement.

Sandra : Oui je sais, même à gauche, ils font des promesses et parfois ne les tiennent pas.

Yann : Bah tu sais, je te l’ai dit, c’est la première fois de ma vie que je n’ai pas été voter aux primaires.

Sandra : Aux primaires de gauche oui.

Yann : En plus, voyant déjà qu’ils faisaient payer 2 euros à la primaire de droite, mais alors que la gauche fasse la même chose en faisant payer 1 euro, ce qui était quand même…

Sandra : Bah, ça permet de payer après la campagne…

Yann : Non ! Ca détruit la démocratie du droit de vote qui a toujours été un acte gratuit. Donc je suis déjà contre si tu veux.

Sandra : Moi aussi, j’étais contre, mais j’avais envie de…

Marco : C’est un acte symbolique…

Yann : Non mais toi c’est normal Sandra, ça fait à peu près 10 ans que tu votes. Moi, ça fait perpète et là je suis gavé de voir que chaque vote en plus c’est pour éviter l’autre de passer, donc ce n’est plus un vote de conviction réel, donc là je me suis dit on va voir ce que le Français qui vote, le pourcentage le plus énorme, on va voir. Je vais peut-être choquer mais si les Français qui ont le droit de voter, parce que ça aussi, “Moi président, les étrangers qui payent leurs impôts auront le droit de voter au moins aux municipales, aux régionales”, bon bah ça, c’est encore une promesse de… voilà. Je pense que je vais aller voter au deuxième tour…

Sandra : Au deuxième tour seulement ?

Yann : Au deuxième tour seulement, oui… Non, au premier et au deuxième, parce qu’au deuxième, on risque d’avoir le pire contre le pire, mais ça me fait vraiment chier quoi d’en être là. Et je ne suis pas le seul, donc qu’est-ce qu’on fait ? On se bat pour que les votes blancs soient pris en considération, on se bat pour que les non-votants soient aussi entendus ? Je ne sais plus.

Christian : Si ce n’est pas indiscret, qui est-ce que tu vas voter ? Il y a Emmanuel Macron, Fillon, Marine Le Pen… qui est-ce que tu vas voter ?

Yann : Je voterai peut-être blanc. Effectivement, s’il y a Hamon contre une droite, je vais peut-être avoir tendance à voter Hamon mais avec un sentiment de carriérisme, qu’on ne va rien changer beaucoup, parce que ses promesses me rappellent d’autres promesses qui ne sont pas réalisables. Mais là où ça me ferait plaisir, c’est de me dire non, je vais les laisser se démerder et puis… les laisser se démerder ça veut dire aussi voir plus loin et se dire que si à un moment le Front National passe et qu’il faut aller dans la rue, et bah, ne pas rester devant la télé mais au contraire devenir acteur d’une révolution entre guillemets. Mais je crois qu’à un moment pour la prise de conscience, on va être amené à ça.

Sandra : L’avenir nous le dira, c’est bientôt, c’est au mois de mai.

Yann : Puis il y a le printemps, tu sais, on avait été au Zénith avec tous les groupes associatifs, il y a aussi ce printemps, comment ils appellent ça ? Tu y étais aussi Christian…

Emma : Le printemps solidaire.

Yann : Dont on pourra en reparler à l’émission de radio mais qui est quand même un mouvement citoyen qui permettrait de s’aider entre nous et de moins attendre des carriéristes et pontes politiques quoi.

Sandra : Oui, faut apprendre à faire sans eux, c’est clair.

Yann : Il y en a qui arrivent déjà, dans un microcosme déjà, on le voit dans certaines régions françaises. Je me rappelle d’un village où un maire a… en fin de compte, ils ont repris la mairie et la mairie a été ouverte aux citoyens. Toutes les décisions se prennent ensemble. Alors effectivement c’est un village qui doit faire 15 ou 20 000 habitants donc c’est beaucoup plus réalisable qu’une grande ville. Mais comme quoi, quand tous les efforts intelligents se mettent ensemble, il y a moyen de faire des choses.

Christian : Mais tu as dit quelque chose qui est quand même assez important…

Yann : Toujours, toujours (rires).

Christian : Que je soutiens, toi président, vraiment, si tu faisais voter les migrants qui payent les impôts, qui ne sont pas français, bah c’est très bien. Vois-tu, nous autres, nous brûlons d’envie de voter mais…

Yann : Mais il faudrait d’abord que pour le Cameroun vous fassiez quelque chose avec Papi Billa…

Christian : Non ! Non ! Mais tu ouvres quelque chose… c’est très intéressant. Vois-tu, vraiment, tout ce qu’il manque à monsieur Billa, c’est de porter la couronne et de transformer le Cameroun en une véritable monarchie. Nous ne sommes plus en république. Quand vous voyez des gens qui sont là depuis longtemps, depuis 50 ans, ainsi de suite. Aux Etats-Unis, nous sommes au 45ème président. Et en France, ça change tout le temps. Mais ces gens-là, comme ils ont le goût, la soif, l’appétit, un goût très aiguisé du pouvoir, ils ne peuvent pas abandonner ce bifteck. Ce n’est pas facile en Afrique…

Yann : Et quand Billa a pris goût au chocolat suisse, c’est difficile de… tu comprends ? Parce qu’il habite plus en Suisse qu’il habite au Cameroun. Donc…

Christian : Peut-être que c’est moi qui irait délivrer le Cameroun en 2020. En 2020 je prendrai le pouvoir et je vais…

Yann : Toi, président au Cameroun, moi je dis oui ! (rires)

Sandra : Aller, c’est beau de rêver ! N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net. Et la prochaine conférence santé sexuelle, ce sera “Comment penser la santé sexuelle à l’hôpital à partir du concept de dignité humaine”, vendredi 17 mars. Et donc c’est une philosophe qui va venir faire cette conférence. Si vous ne pouvez pas y assister, il y a une chaîne Youtube qui s’appelle Santé sexuelle pour tous où vous pouvez visionner en direct et vous pouvez déjà visionner les autres conférences qui ont eu lieu déjà par le passé.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE