Lola, maman séropositive heureuse : « On fait des beaux enfants, on a la belle vie comme tout le monde »

, par Sandra

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Lola, maman séropositive heureuse : « On fait des beaux enfants, on a la belle vie comme tout le monde »

Lola : Bonjour, j’ai 31 ans et je vis en France depuis 2011.

Sandra : Peux-tu raconter aux auditeurs le jour où tu as appris ta séropositivité ? Est-ce que tu t’en souviens ? Comment ça s’est passé pour toi.

Lola : Oui, je m’en souviens très bien. C’était le 12 juin 2012. A 17h. J’étais mariée, je vivais en couple. Et j’étais dans le désir d’avoir un enfant. Et donc c’est comme ça, je faisais les examens et on a découvert que je suis infectée par le VIH et en même temps, ça coïncidait avec ma séparation avec mon mari. Du coup, on ne s’entendait plus, les problèmes ont commencé entre nous et je suis partie. Je me suis retrouvée tout de suite à l’hôtel, d’abord par une association et ensuite à l’hôtel grâce au samu social. Pendant ce temps, je me faisais suivre à l’hôpital depuis 2012. Tout de suite on m’a mis sous traitement parce qu’ils ont vu que j’étais déjà que j’avais des CD4 faibles. Et au bout d’un mois, j’ai été indétectable. J’ai eu ma grossesse après. En 2013 j’ai eu ma grossesse, tout s’est bien passé. Pendant ce temps j’étais toujours au 115. Je vivais toujours au 115 jusqu’à ce que je croise l’association du Comité des familles. Avant, j’étais vraiment seule, j’étais à l’hôtel avec mon fils et ça n’allait pas. Mais quand j’ai connu le Comité des familles franchement, ça m’a beaucoup aidé, j’arrivais à sortir, je croisais beaucoup d’hommes et tout, pendant les réunions, les rencontres et du coup, ça m’a fait du bien. C’est dans cette association que j’ai rencontré quelqu’un aujourd’hui avec qui je suis. On vit ensemble, on attend un enfant et voilà, tout se passe très bien et ça a changé ma vie.

Sandra : Quand tu as appris ta séropositivité, qu’est-ce que tu connaissais du VIH ? Comment tu en avais entendu parler ?

Lola : Je savais ce que c’était, une maladie sexuellement transmissible, enfin contagieuse (ndlr le VIH/Sida n’est pas une maladie contagieuse mais transmissible). Ce n’est pas forcément par le sexe. Pour moi c’était une maladie qui était destinée aux personnes qui n’étaient pas… les personnes qui ne prenaient pas vraiment soin d’eux, de leur vie, qui avaient une vie de désordre et tout, qui allaient d’hommes en hommes. Pour moi, c’était ça. Je n’ai jamais pensé qu’un jour je devais être infectée par cette maladie. Donc, quand on m’a annoncé ça, ça a été vraiment un choc. Tout de suite je dis non, ce n’est pas moi. Donc à la clinique, ils m’ont fait plusieurs fois les examens, pour m’amener à accepter, ils ont vu plusieurs médecins. D’abord c’était à la clinique, plusieurs médecins qui m’ont convaincue, j’ai toujours refait les examens. Après, ils m’ont conduit à la Pitié-Salpétrière et au service infectiologie. Ils m’ont aussi fait des examens et par la suite, malgré ça, je n’acceptais pas. Je n’acceptais pas et c’est un infirmier qui vient du Burkina Faso qui m’a vraiment convaincue. Il m’a rassurée sur tous les plans et depuis lors, j’ai accepté.

Sandra : Qu’est-ce qu’il t’a dit pour…

Lola : Il m’a donné un miroir en fait, pour que je me regarde en face. Et il a dit : “Est-ce que si on disait aux gens que j’étais malade, est-ce qu’on allait croire ?” Parce que moi, franchement, dans ma tête, quand tu as le VIH, tout de suite tu es maigre. Donc c’est l’image que j’avais de ça. Alors que moi, j’étais bien en forme, je n’avais pas de problème, ça ne se voyait pas. Même maintenant ça ne se voit pas. On n’a jamais vu. Avec tout ce qui me disait franchement, j’ai pris confiance en moi. J’ai commencé le traitement mais même pendant la grossesse, il y a eu des moments où je refusais de prendre. Parce que quand j’ai su que j’étais malade, c’est là que je suis tombé enceinte. Mais malgré ça, je n’étais pas sûre de moi. Je n’étais pas sûre de la maladie. Je me disais que… pour moi, c’était un plan de mon mari peut-être. Je pensais que c’était possible en fait, qu’il s’est entendu avec les médecins et tout, vu que c’est lui qui m’a accompagné dans la clinique, c’est là-bas que j’étais suivie, c’est là-bas que j’avais mon médecin traitant. Donc pour moi, toutes les idées me passaient par la tête. Et donc, je ne voulais pas accepter. Donc après avoir vu l’infirmier, franchement c’est lui qui m’a beaucoup rassurée. Il me téléphonait chaque fois pour m’encourager. Et puis après avec le temps c’est passé.

Sandra : Tu te souviens de ta première prise de traitement ?

Lola : Oui, je me souviens vraiment. C’était difficile parce que j’avais 3 comprimés par jour. Et quand je pensais que chaque fois il fallait prendre des médicaments, c’était difficile quoi. Je ne me sentais pas malade en fait. Donc je ne comprenais pas pourquoi il fallait avaler les comprimés. Pour moi, ce n’était pas logique. Ce n’était pas logique. Je me disais on veut nous renvoyer dans notre pays, c’est pourquoi il y a tout ça. Franchement, c’était plein d’idées qui me venaient dans la tête. Plein d’idées comme ça. Mais bon. Après, c’est passé.

Sandra : Aujourd’hui maintenant ton traitement ça va ?

Lola : Oui, ça va. Après l’accouchement, je suis passé à 1 comprimé et là comme j’attends un autre enfant, je suis repassé aux 3 comprimés.

Sandra : Ah oui, c’est ce traitement là qui correspond pour mieux protéger ton enfant. Quand tu as appris ta séropositivité, as-tu pu te confier à quelqu’un dans ton entourage ?

Lola : Ici en France non. Mais à ma mère, en Afrique oui.

Sandra : Et, comment ça s’est passé ?

Lola : Elle, elle a mal vécu ça. C’était ce que je craignais en fait. Elle compte beaucoup sur moi. On est très proche elle et moi, on se dit tout. Et franchement, elle ne s’attendait pas à ça. Donc depuis lors, elle fait des crises de tensions et tout ça. Du coup, je culpabilise, je me dis que ce n’est pas ma faute et tout mais bon après... ce qui fait qu’aujourd’hui on n’en parle plus elle et moi. Je préfère ne plus en parler avec elle comme ça, elle est tranquille. Je me dis qu’elle ne pense pas à ça. Chaque fois qu’on revient là-dessus, elle est un peu triste. Elle ne sait pas comment aborder le sujet. Elle se dit peut-être qu’elle va me perdre et tout alors que j’ai confiance en moi. Donc du coup, je préfère ne plus en parler avec elle, comme ça, elle est bien. Et moi aussi je suis bien.

Sandra : Mais elle t’a revu depuis non ? Elle voit que tu vas bien…

Lola : Mais oui, mais oui. Elle voit bien que je vais bien.

Sandra : En fait, elle a du mal à accepter.

Lola : Oui. Du coup on n’en parle pas.

Sandra : Hormis ta maman, dans ton entourage, tu en as parlé à personne ?

Lola : Personne.

Sandra : Et comment tu as fait pour supporter cette nouvelle parce que ça ne doit pas être facile de tout garder pour soi.

Lola : Oui mais heureusement qu’on est quand même en France. D’abord, quand j’ai connu, ils m’ont conseillé d’aller à Ikambéré. Je suis allée à Ikambéré mais… je ne me suis pas senti à l’aise. Parce que là-bas, j’ai vu que les gens se connaissaient déjà entre eux. Donc c’est tout le temps les mêmes personnes qui sont entre eux. Donc, quand tu es une nouvelle personne, tu n’es pas à l’aise. Tout de suite je me suis senti isolée quand je suis allée. Je me suis retirée et franchement moi, comme je dis, c’est l’infirmier de l’hôpital à la Pitié qui m’a beaucoup soutenue.

Sandra : Et aujourd’hui, maintenant que tu vas mieux dans ta tête, maintenant que tu as accepté, est-ce que tu arrives à en parler à ton entourage ?

Lola : Je n’en parle pas à mon entourage. J’ai choisi de ne pas en parler à mon entourage.

Sandra : Pourquoi ?

Lola : Tout simplement pour ne pas être discriminée c’est tout. Aujourd’hui, quand tu parles de ça, il y a encore un retrait. Les gens ont encore un peu de retenu. Pour ne pas se sentir un peu à l’écart, je préfère ne pas en parler. Je préfère ne pas en parler. J’ai essayé d’en parler à la crèche de mon fils mais là-bas, le médecin m’avait dit c’était confidentiel mais depuis je lui ai dit, je ne suis pas à l’aise. Je sais qu’il ne va pas le dire mais après… depuis quand je mets les pieds à la crèche, j’ai l’impression que tout le monde est au courant. Après je culpabilise, je me suis dit : “Mais pourquoi je lui ai dit ?” Je m’en voulais quoi. Mais bon après…

Sandra : Il a réagit normalement ?

Lola : Oui, il me dit le dossier reste dans le bureau de la directrice. Mais le bureau de la directrice, tout le monde y va. Donc après j’ai regretté. Mais après je me dis je m’en fous. Voilà quoi. Sinon, je préfère en parler avec des gens concernés. Les gens qui ne sont pas concernés, je n’ose pas. Parce que même quand on essaye de parler dans un cadre général, quand tu vois leurs réactions, tout de suite ça te bloque. Parce que quand toi tu essayes de trop défendre le cas du VIH, il te pose les questions, pourquoi est-ce tu défends ?

Sandra : Ca t’est déjà arrivé ?

Lola : Bah oui. Moi, j’étais en formation parce qu’avec le professeur, ils ont commencé à parler de ça ils disent, quand on a le VIH, on peut pas avoir d’enfant. Et moi, ça m’a choqué. J’ai dit non, ce n’est pas vrai. Mais j’étais la seule dans la classe en train de me débattre. J’ai dit mais non. Mais je ne peux pas dire, je suis l’exemple quoi. Je ne peux pas leur dire ça mais en même temps, je suis choquée, j’ai envie de pleurer et de leur dire mais voilà, moi j’ai eu un enfant et tout. Comment est-ce qu’un professeur ne peut pas savoir ça ?

Sandra : C’était un professeur de quelle discipline ?

Lola : C’était la formation aide à la personne. ADVF, assistant de vie aux familles. Pour un prof qui donne des cours pour quand même enseigner sur la prise en charge des personnes âgées. En plus, il y a des personnes âgées malades. Donc parmi les personnes âgées, il y a aussi des gens qui sont malades du VIH. Donc ça me surprend qu’un professeur ne puisse pas savoir tout ça. Et du coup, ce jour-là, je n’étais pas bien. Ca m’a énervé et je n’ai même pas terminé le cours.

Sandra : Qu’est-ce que tu penses de ta vie en France ? Est-ce que tu es contente de ta vie en France ?

Lola : Mais moi je dirai oui. Oui parce que franchement je dirai que je vais beaucoup mieux depuis ma séparation avec mon ex-mari. Etant mariée, ce n’est pas parce que j’étais mariée que j’étais bien. Donc la séparation a fait que j’ai pris ma vie en main, je me suis pris en charge, je me suis débrouillée toute seule. Moi, j’ai toujours travaillé de gauche à droite. Je me sens bien aujourd’hui. J’ai une formation. J’ai des revenus, je suis avec mon enfant, je vis avec quelqu’un. Tout se passe vraiment bien. Je ne me plains pas. J’ai une vie normale comme tout le monde.

Sandra : Aurais-tu un message pour les personnes qui nous écoutent ? Notamment les femmes. Peut-être il y a quelqu’un qui vient d’apprendre sa séropositivité, qui a tout plein de questions. Quel est le message que tu souhaites dire à cette personne ?

Lola : Moi, je dirai à toutes ces femmes, à toutes ces personnes qui viennent d’apprendre leur séropositivité, de ne pas… ce n’est pas la fin du monde en fait. La vie ne s’arrête pas là. C’est vrai que dans un premier temps, on est tout de suite choqué, on pense à tout et n’importe quoi. Mais il suffit de comprendre la chose, d’essayer de comprendre. Tout de suite, on ne peut pas comprendre. Mais il faut vraiment être fort, faut vraiment être fort. Faut même pas chercher à réfléchir comment j’ai attrapé, d’où ça vient et tout, faut vraiment se retenir et prendre son calme. Mais sinon ce n’est pas… je dirai qu’il y a d’autres maladies plus grave. Aujourd’hui, je sais qu’il y a d’autres maladies plus graves. Depuis qu’on a découvert que je suis malade, que j’ai le virus, je n’ai plus été malade. Or avant je tombais beaucoup malade. Mais depuis on a découvert que j’ai le VIH. Franchement, les autres maladies c’est fini. C’est vrai que j’ai le virus en moi mais je ne tombe pas malade du tout.

Sandra : Ah oui ? Tu penses c’est grâce au traitement que…

Lola : Bah je dirai que je suis mieux suivie même par rapport à avant. Franchement j’ai un suivi et tout se passe vraiment très bien. Franchement les petites maladies par-ci, par-là, c’est fini. Il faut y croire c’est tout donc même si tu viens d’apprendre que tu es malade, ça ne veut pas dire que tu vas mourir aujourd’hui ou demain. Non. Il y a la vie. On fait de beaux enfants, on a tout, la belle vie comme tout le monde.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Lola au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH que je remercie beaucoup pour avoir pris la parole à l’émission, merci pour ton courage. Je lui souhaite une belle histoire d’amour, elle est enceinte, prochainement elle va accoucher, je suis sûre que ce sera encore un beau bébé ! Peut-être avez-vous un message pour Lola ? Je sais qu’elle écoutera l’émission donc allez-y, si vous avez un mot pour elle.

Alexandre : Je pensais, c’est un bel état d’esprit. Beaucoup de courage, bel état d’esprit qu’elle affiche déjà. Je lui souhaite tout le bonheur pour la suite.

Princess Erika : Ce que j’ai entendu surtout, comme disait Alex, une femme très positive. J’entendais beaucoup d’émotions, parce que certainement c’est aussi impressionnant d’être interviewé sur sa vie et tout, et que c’est un truc très intime et que je trouve qu’elle en parlait super gaiement. J’entendais beaucoup… comme j’ai l’oreille exercée aux sonorités, je trouvais qu’il y avait vachement de gaieté et quelque chose de très positif, très joyeux, très gai. Ca m’a beaucoup touché dans le sens positif du terme, le contraire de l’accablement. Et comme elle dit, ce n’est pas la fin du monde. Il faut savoir, comme elle dit, je trouve ça très intéressant qu’elle dise qu’elle est beaucoup mieux suivie maintenant, parce qu’il faut savoir que les femmes séropositives sont bien prises en charge et qu’elles sont moins malades que des femmes qui n’ont pas une pathologie lourde comme celle-ci. Je trouve ça vachement bien de le dire qu’on vit mieux, les femmes sont suivies, sont traitées et que la vie continue comme elle l’a dit, c’est très positif.

Audrey Aboab : Effectivement, c’est un beau témoignage parce qu’on sent qu’elle a cheminé très vite finalement dans sa tête, qu’elle a eu les ressources qu’elle avait certainement en elle déjà, des ressources très importantes pour réagir assez rapidement et effectivement du coup, on sent qu’il y a plein de vie.

Mohamed : Ouais moi aussi, j’ai vu qu’elle était assez enthousiaste et optimiste. Par rapport aux progrès qui ont été faits, il n’y a pas lieu de considérer qu’elle ne doit pas garder l’espoir et je l’encourage à rester comme ça, à optimiser sur sa vie.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE