Princess Erika : « Les femmes séropositives n’ont pas besoin de se cacher »

, par Sandra

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Princess Erika : « Les femmes séropositives n’ont pas besoin de se cacher »

Sandra : On va terminer l’émission en musique, avec Princess Erika. Je vous laisse découvrir son titre.

Diffusion d’un extrait du titre “La vie sans Sida”

Sandra : Ca rentre facilement dans la tête je trouve. Moi tout à l’heure, en venant à l’émission, je le chantais et je me suis dit “eh ça marche !” (rires).

Princess Erika : On l’a fait pour que les gens puissent croire d’abord à ce message. C’est ça l’intérêt.

Mohamed : C’est surtout pour la prévention ?

Princess Erika : Voilà, pour arriver à ça, il faut de la prévention, il faut du soin ensuite…

Mohamed : Pour vivre mieux avec le Sida, il faut la prévention…

Princess Erika : Voilà, ce n’était pas du tout dire oui la vie sans… non. La vie sans, comme c’est un message d’espoir, on va jusqu’à ce que l’espoir se réalise.

Sandra : Oui, il faut espérer. Princess Erika, la première fois que tu as entendu parler du VIH, est-ce que tu te souviens ?

Princess Erika : Il se trouve que j’ai une amie, la première fois que j’en ai entendu parler de façon très proche, c’est parce que j’avais une amie qui venait de l’apprendre, sa séropositivité. Donc en 1993. Ca fait déjà un moment. Et donc elle l’a appris alors que c’était une fille voilà, comme disait Lola dans son témoignage, qui ne pensait absolument pas qu’elle pouvait être malade, etc. Et donc qui a été très cobaye, qui a beaucoup testé des nouvelles thérapies et qui est toujours vivante d’ailleurs, qui a eu deux enfants, qui vit assez bien. Qui a eu des moments très durs dans les premières années de sa maladie et qui maintenant vraiment, ça va beaucoup mieux. Et c’est vrai que ça m’avait interpellé parce que c’était une fille qui était très jeune à l’époque, qui était vraiment démunie face à ça. Mais très bien entourée. Je pense que ça, c’est primordiale. Personne ne l’a laissée tomber, personne ne l’a rejetée…

Mohamed : Au début de l’épidémie, il y en a beaucoup qui étaient exclus, montrés, discriminés…

Pricess Erika : Voilà. Et elle, ça n’a pas du tout été le cas c’est vrai que ça l’a beaucoup aidé. Ensuite après ce cas qui était très proche, j’ai rencontré des jeunes femmes via l’association Ikambéré que j’ai connu disons une dizaine d’années plus tard, parce que j’avais une association qui s’occupait des enfants et des femmes. On s’est rencontré avec Bernadette et j’ai fait quelques petites actions on va dire pour cette association et c’est là que j’ai rencontré vraiment des femmes subsahariennes, beaucoup souvent. Et ça m’a touché évidemment parce qu’en tant qu’Africaine, j’ai trouvé que c’était très concentré, sachant que le VIH était très concentré en Afrique de toute façon. C’est pour ça que je me suis dit… c’est vrai qu’on est venu me chercher, ce n’est pas moi-même qui ai dit “je veux vous aider”. On est venu me chercher mais peut-être parce que aussi cette sensibilité là étant en moi et les gens l’ont ressenti et m’ont demandé de venir. J’ai remarqué que beaucoup de gens sont concernés mais pas forcément engagés. A l’époque, je connaissais assez bien Clémentine Célarié qui était quelqu’un qui… bon. Maintenant, elle n’en parle plus du tout, parce que ce n’est pas glamour.

Sandra : Ah ! Ce n’est pas sexy le VIH, c’est sûr.

Princess Erika : Comme moi je m’en fous de tout ça (rires). Moi, je ne pense pas vraiment… enfin, ce n’est même pas que j’y pense ou pas mais c’est que ce n’est même pas… ça ne fait pas partie des choses que je regarde quand je m’engage dans une cause, pour une cause aux côtés de gens qui auraient besoin de moi. Et ça s’est fait très naturellement. Je n’ai même pas cherché. Après bon, il s’est trouvé qu’on est venu me chercher pour faire des conférences il y a deux ans maintenant, dans certaines villes pour un peu, comme je disais, détabouïser, je ne sais pas si ça se dit, mais rendre la maladie plus… ce n’est pas la montrer mais dire aux…

Mohamed : Etre tolérant…

Princess Erika : Voilà et puis surtout expliquer aux femmes qu’elles n’ont pas besoin de se cacher, etc. Mais on a remarqué que certaines villes où on allait, comme par exemple Bordeaux, et sachant qu’on voulait s’adresser à ces femmes-là spécifiquement et bah aucune femme n’est venue. Alors que Lyon, on a cartonné, c’était vraiment…

Mohamed : Marseille…

Princess Erika : Marseille.. moyen. Parce que ça dépend aussi où tu fais les conférences. Bordeaux, on a fait ça dans la salle de la mairie…

Audrey Aboab : C’est trop visible.

Princess Erika : Trop visible, elles ne voulaient pas venir. Alors qu’à Lyon, on a fait ça dans une salle de cinéma, c’était beaucoup plus sympathique et elles sont beaucoup venues. Et maintenant, je tiendrai à signaler qu’il y a une nouvelle application..

Sandra : Oui, j’en ai parlé la semaine dernière.

Princess Erika : Pour le moment, il faut aller sur le site pour la télécharger. C’est une application qui va pouvoir mettre en contact tous les gens concernés…

Sandra : Toutes les femmes.

Princess Erika : Toutes les femmes, c’est très féminin mais il y aussi des hommes qui peuvent…

Sandra : D’accord, on ne va pas les exclure.

Mohamed : La parité ! Faut arrêter ! (rires)

Sandra : Non mais c’est vraiment pour les femmes pour qu’elles sortent de l’isolement…

Princess Erika : C’est pour ça que ça s’appelle Entr’L. Moi, j’avais un peu peur d’une chose. C’est est-ce que toutes ces femmes qui sont porteuses du virus, est-ce qu’elles vont avoir leur téléphone smartphone ? Comme elles sont dans une situation de précarité, est-ce qu’il n’y a pas une espèce de dissonance entre le fait d’avoir son smartphone hyper branché connecté et le fait d’être dans une situation précaire ?

Sandra : Je me suis posé cette question.

Princess Erika : Bon, je me suis dit, tout le monde a un téléphone maintenant.

Mohamed : Tu peux laisser l’accès au site et puis ceux qui veulent y aller y vont.

Sandra : Non mais le but de cette application c’est que, tu as ton application, tu as envie de parler avec quelqu’un, avec une femme séropositive, tu regardes dans ta région, dans ta ville s’il y a des femmes séropositives. C’est pour permettre l’échange. Mais j’ai une question pour Audrey, est-ce que les femmes que vous suivez, est-ce qu’elles ont un téléphone portable, un smartphone ?

Audrey Aboab : Oui, je crois que ça, ça marche toujours les smartphone, ça marche en Afrique, on le sait d’ailleurs. Même là-bas, en Guinée où il n’y pas de route… en revanche oui, peut-être la question qui va se poser c’est est-ce qu’elles vont oser télécharger une application qui du coup, bon, on aura une icône qui sera affichée sur le téléphone, qui peut être visible. Bon. C’est plus la confidentialité éventuellement. Mais en tout cas, je ne suis pas très inquiète sur la question de l’accès à l’outil technique.

Princess Erika : C’est vrai ce que tu dis, parce que je l’ai téléchargé pour voir… bon après les gens ne sont pas censés savoir. C’est seulement les gens concernés qui devraient savoir. Mais s’il y a un petit peu de promotion sur l’application, là, forcément les gens vont être au courant.

Audrey Aboab : C’est un peu le risque. Mais en même temps, il faut promouvoir aussi.

Mohamed : Elles peuvent rentrer avec un pseudo je pense.

Sandra : Oui, oui.

Princess Erika : C’est totalement anonyme ! Non, ce qu’elle dit Audrey c’est le fait d’avoir l’application sur ton téléphone, les gens savent que…

Alexandre : Après pour le coup, pour avoir regarder sur Internet de quoi il s’agissait exactement, il faut vraiment taper VIH / Application - sur google pour trouver les informations sur l’application. Donc au niveau de la promo, faut vraiment avoir envie de chercher des informations sur cette maladie pour pouvoir trouver les informations sur l’application. Donc n’importe qui ne va pas forcément se dire…

Princess Erika : Et moi je trouve que c’est ça qui est dommage. A un moment donné, si on veut les choses marchent, il faut les mettre en grand. Parce que si tu les laisses confinées, effectivement ça concernera peut-être un petit nombre de personnes qui sont concernées parce que ça ne touchera pas toutes les personnes concernées. Tu sais bien que pour avoir 10 personnes, moi je sais que quand j’ai un concert, pour que 10 personnes viennent, il faut en toucher 100. Je pense que c’est pareil pour ce genre de choses. Il faut étendre…

Mohamed : Que ça devienne moins tabou surtout. Faut dire les choses comme elles sont, faut avancer. Comme tu dis, il faut avancer. Ils font du progrès dans la médecine, nous aussi on doit avancer. Comme tu dis, une application, un réseau...

Princess Erika : Voilà, et puis, bon là c’est pour les femmes séropositives, mais que ça touche les hommes aussi, que ce soit un truc de partage.

Mohamed : Voilà, ça c’est équitable !

Sandra : Ok. On a compris (rires). Audrey, je crois que vous vouliez rajouter quelque chose ?

Audrey Aboab : Dans le sens d’Erika, je pense qu’effectivement… de toute façon, quand la peur est là, que ce soit un tout petit public ou que ce soit plus médiatisé, moi j’ai des patients qui ne peuvent même pas ressortir de mon bureau avec le moindre petit prospectus. Même un bouquin. Donc de toute façon, quand ils en sont à ce stade de la peur, rien ne passe. Donc autant diffuser l’information je pense sur ce type d’application qui va quand même pouvoir à mon avis servir à pas mal de monde.

Princess Erika : J’espère que dans un mois, deux mois, il y aura beaucoup de gens qui vont la télécharger parce que sinon, si ce n’est pas maintenant que ça part, ça risque d’être un peu plus difficile.

Alexandre : Et donc, pour le télécharger, il faut aller sur le site Internet ?

Princess Erika : Ensuite après, effectivement, on te donne un code et tu peux aller sur l’application. C’est très anonyme pour le moment. Moi je pense qu’il va falloir qu’ils passent à un niveau plus… un peu de marketing.

Sandra : On arrive à la fin de l’émission. Princess Erika, as-tu quelque chose à rajouter ?

Princess Erika : La lutte continue. En même temps je suis heureuse d’en faire partie, en même temps, plus on progressera, moins la lutte sera ardue et ce sera quand même bien que la lutte diminue. Moi ce que j’ai envie, c’est de bien-être pour ces femmes. Je trouve que tout le monde a le droit au bien-être. Moi qui connais la maladie parce que j’ai un enfant qui est malade, il n’est pas séropositif, il a une maladie mentale. Et c’est aussi isolant, et c’est aussi excluant et discriminant. Je trouve qu’il a le droit d’être bien comme tout le monde. C’est ça qui me touche dans la vie, c’est l’égalité des droits. Le droit à l’accès au bonheur pour tous.

Mohamed : Faudra qu’on fasse une émission là-dessus pour essayer de sensibiliser sur les maladies orphelines…

Sandra : Pourquoi pas. Après l’émission c’est Vivre avec le VIH, on ne peut pas tout faire Mohamed. Mais on peut en parler.

Princess Erika : J’aime beaucoup cet homme, il est dynamique (rires).

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE