Lutte contre le VIH/Sida : votre maire a-t-il le guide Action, Prévention, Information (API) ?

, par Sandra

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Lutte contre le VIH/Sida : votre maire a-t-il le guide Action, Prévention, Information (API) ?

Sandra : Maintenant nous allons parler politique avec les élus de votre ville. C’était pendant le mois de juin. J’avais rencontré quelques élus locaux de différentes villes parce qu’ils sont venus assister à la présentation du nouveau guide d’Elus locaux contre le sida. Le guide API, Action Prévention, Information. C’est un guide qui parle de ce qu’on peut faire dans sa ville pour lutter contre le VIH, pour faire de la prévention. La prévention primaire, donc pour le public qui n’est pas séropositif et puis aussi, ce qu’on peut faire pour les personnes séropositives de sa ville. Vous l’avez compris, ça s’adresse aux maires de vos villes, aux adjoints aux maires. Je vous propose d’écouter deux élus locaux et puis on en discute après, ça dure un peu moins de 10 minutes.

Début de l’enregistrement.

Elisabeth Ramel : Bonjour, je suis conseillère municipale de la ville de Strasbourg.

Patrick Teissaire : Bonjour, adjoint au maire du Havre, conseiller départementale de la Seine-Maritime.

Sandra : Aujourd’hui, c’était la présentation du nouveau guide API. Est-ce la première fois que vous découvrez ce guide ?

Elisabeth Ramel : La version 2017 oui, parce qu’elle est sortie de presse aujourd’hui. Et sinon, pour les autres éditions, j’ai vu des sorties des autres éditions. Mais 2017, oui, comme vous, on le découvre tout de suite.

Patrick Teissaire : Comme dit très bien Elisabeth, on le découvre tout de suite. Mais ce que je dis tout de suite c’est un document que chaque élu doit avoir sur son bureau, dans sa mallette ou à la maison, parce que c’est un document qui reprend des chiffres, qui reprend des thérapies, qui reprend tout ce qu’un élu doit savoir autour de ce monstre qu’est le sida. Aussi pour l’aider à appréhender les rencontres avec ces concitoyens pour en parler normalement d’une façon claire et nette. Ce document est très bien fait et je vous invite à contacter ELCS pour justement en bénéficier. Mais je me chargerai aussi d’envoyer à mes élus en Seine-Maritime ce document de n’importe quelle tendance qu’ils peuvent être, dans la mesure qu’au bureau des élus locaux contre le sida, il n’est pas question de partie politique. On est tous unis contre cette maladie. Le sida ne se soigne pas uniquement par des médications mais il se soigne aussi par la politique.

Sandra : Du coup, vous voulez dire que ce livre, vous l’utilisez vraiment. Il ne reste pas là posé sur le bureau. Non, vous l’ouvrez, vous surlignez. Qu’est-ce que vous avez pu… bon là, on ne va pas dire toutes les mesures qu’il y a mais en quoi ce livre a pu vous aider au quotidien pour agir contre le sida pour votre ville ?

Elisabeth Ramel : En fait, on croit toujours que parce qu’on est déjà impliqué dans la lutte contre le sida, on sait tout, alors que c’est totalement faux. Moi, j’ai beau être dans la lutte contre le sida depuis 20 ans, je ne suis pas forcément au fait de tout et surtout en tant qu’élu, si je veux faire avancer les choses, je cherche les idées chez les autres et les informations chiffrés souvent m’échappent parce qu’on n’a pas la mémoire de tout, parce qu’on n’a pas le temps de tout suivre et je m’intéresse à d’autres sujets évidemment. Surtout, même si c’est celui que je défends aujourd’hui, c’est un sujet multiple, varié et compliqué. Par exemple, sur les soins de conservations pour les personnes séropositives, qui est quand même une mesure pas du tout normale, c’est un des combats de ELCS…

Sandra : Pour les personnes décédées…

Elisabeth Ramel : Voilà, les soins de conversations c’est dans le cadre d’un décès d’une personne séropositive, n’a pas le droit aux soins de conservations en France. Une mesure qui a été créée après l’arrivée de l’épidémie de sida, ce qui est très bizarre. Et ça n’a juste pas lieu d’être et on fera tout pour que comme c’était promis, ça ne soit plus le cas l’année prochaine et on fera en sorte de vérifier. Mais souvent les explications, les informations, les dates, des événements très factuels, je me réfère effectivement au guide API pour ça, pour d’autres choses, pour les pays dans lesquels on ne peut pas aller parce qu’on est séropositif, parce que ça change, parce que je ne me souviens pas toujours. Je sais qu’il y en a beaucoup et qu’ils ont certaines particularités. Le Qatar, c’est facile, c’est niet. Mais il y en d’autres. C’est compliqué de se souvenir de tous les pays quand on me pose la question. Mon petit guide et sinon, le site Internet parce que parfois on est pris par surprise on n’a pas toujours un sac. Du coup, je vais aussi sur le site elcs où on peut retrouver le guide. Ca me permet de trouver par ce biais-là.

Patrick Teissaire : Quand on lit “36 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. 2 millions de nouvelles infections dans le monde. Une personne sur deux dans le monde n’a pas accès aux traitements. 1 million de décès par an soit 2 personnes par minute dans le monde”. Quand on lit “La PrEP”, l’élu ne sait pas forcément ce que c’est la PrEP, “la prophylaxie pré-exposition VIH qui est une stratégie de prévention basé sur la prise d’un médicament antirétroviral qui permet à une personne séronégative à haut risque d’acquisition du VIH à réduire ce risque”. Voilà, alors il y a plein de choses là-dedans qu’on ne peut pas appréhender sans avoir consulter ce document et que l’on peut redonner à une personne qui poserait des questions lors de réunions politiques et autres. Parfois il y a des questions qui sont difficiles à appréhender, là, vous avez une réponse tangible. Chaque élu doit avoir dans sa mallette ce document.

Sandra : Si dans chacune de vos villes, il y a quelqu’un qui vient d’apprendre sa séropositivité, est-ce que vous savez vers quelles associations il ou elle peut se tourner, est-ce qu’il y a selon vous assez d’associations à Strasbourg et vous au Havre ? Est-ce que vous savez à peu près comment ça se passe ?

Elisabeth Ramel : Moi à Strasbourg je ne suis pas très embêtée. On a la chance d’avoir un tissu associatif, notamment sur la lutte contre le sida où la réduction des risques des personnes qui consomment des produits ou autres, vraiment large et avec qui la ville travaille aussi depuis longtemps. En tant que membre moi-même d’associations, c’est plus facile. Donc oui, je sais orienter une personne qui découvre sa séropositivité à Strasbourg. Ce qui est compliqué, c’est que cette personne la découvre à Strasbourg mais n’est pas de Strasbourg et donc quand on va en campagne, c’est là où les élus sont des relais, c’est que justement quand vous êtes à 40 km de Strasbourg, même si un hôpital ce n’est pas là où vous allez vous faire dépister potentiellement de peur d’être connu ou reconnu et donc là, les associations sont malheureusement trop basées à Strasbourg ville centre, et après les relais sont compliqués. Peut-être que les élus, on a toute notre place à jouer là, à relayer autour des grandes villes centres pour faire en sorte que les associations puissent y aller, commencent à faire le travail aussi et que surtout, les personnes n’aient pas à faire 40, 50, 60 kilomètres pour venir, à voir un interlocuteur et il y a aussi Sida Info Service par téléphone qui permet aussi certaines choses. Il y a heureusement des associations multiples et en terme de réponse numérique, téléphonique, physique, et puis les médecins. Je crois que le travail sur la formation des médecins reste important et les rendre attentifs aux jeunes et aux moins jeunes médecins et aux jeunes et aux moins jeunes patients et ne pas oublier que le sida, il n’y a pas d’âge non plus pour se contaminer, malheureusement.

Patrick Teissaire : Tout est dit par Elisabeth. Strasbourg, le Havre, ce n’est pas la même ville. Mais d’un autre côté, que ce soit un élu à Strasbourg ou au Havre, et qui appartient au bureau de ELCS, on a un devoir de regarder ce qui se passe dans la ville. Ce que vient de dire Elisabeth est très juste. Entre AIDES et d’autres associations, le milieu est bien pourvu pour être à l’écoute de personnes qui s’interrogent et qui voudraient discrètement pouvoir être consultés. Je dirai même, un pendant à cela, parce qu’il n’y a pas de rapport mais dans le domaine associatif et dans ce domaine-là, on va ouvrir au Havre Le Refuge. Le Refuge de Nicolas Noguier au niveau national, une antenne du Refuge au Havre pour accueillir les jeunes qui seraient mis à la porte de chez eux dès l’âge de 18 ans, sous critère qu’ils seraient homosexuels. Alors il n’y a pas de lien mais, c’est tendre la main vers l’autre comme on tend la main vers aussi vers ceux qui seraient atteints par cette maladie et qui ne sauraient pas où aller.

Sandra : Ici à Paris, il y a beaucoup de personnes qui viennent d’Afrique subsaharienne, beaucoup d’étrangers qui ont un peu de mal à s’insérer dans la société. Je ne sais pas si au Havre ou à Strasbourg, vous rencontrez ces mêmes problématiques ?

Elisabeth Ramel  : A Strasbourg on a beaucoup d’épidémie aussi, alors, les personnes d’origine d’Afrique subsaharienne oui, on a beaucoup de suivi et de personnes concernées et on a aussi beaucoup de personnes de pays de l’est, de par notre situation géographique mais ça fait très longtemps en tout cas moi qui était à AIDES il y a 20 ans et qui suit encore de près ce que fait AIDES localement. On accueille beaucoup de personnes, notamment sur des questions de papiers, de droit de séjour et autre. C’est une des grosses activités à Strasbourg. Vraiment, de part la particularité de ce qu’est Strasbourg, capitale européenne et de la proximité des pays de l’est où on a ces deux problématiques-là pour les questions au niveau des personnes étrangères.

Patrick Teissaire : On a accueille bien sûr tout le monde mais je n’ai pas de cible privilégiées si je puis dire entre guillemets à l’écoute sur le Havre. Il faudrait se positionner peut-être sur l’ensemble de la Normandie ou de la Seine-Maritime pour voir qu’il y a des populations… De l’est, je ne sais pas aujourd’hui si c’est le cas mais il est vrai qu’on est très attentif à tout ça et qu’on est à l’écoute surtout.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Deux élus au micro de Vivre avec le VIH, deux élus de différentes villes, un de Strasbourg et l’autre du Havre. Donc moi je lance un défi à toutes les personnes séropositives qui nous écoutent ou toutes celles qui se sentent concernées par le VIH, c’est d’aller commander ce guide API que vous pouvez recevoir gratuitement et donc d’aller demander à votre élu, à votre maire ou un adjoint, peu importe, s’il a ce guide et qu’est-ce qu’il compte faire pour lutter contre le VIH. Je pense que c’est possible pour tout le monde et c’est une façon aussi de faire bouger les choses parce que si vous êtes plusieurs dans votre ville à dire à votre maire je trouve qu’il ne se passe pas grand-chose pour les personnes séropositives ou qu’on ne parle pas assez du VIH, peut-être que dans votre ville on parlera du VIH un peu plus souvent et pas qu’à la journée mondiale de lutte contre le VIH qui est le 1er décembre ou au moment du Sidaction par exemple.

Mohamed, que penses-tu de ce que tu viens d’entendre ?

Mohamed : Je trouve que c’est une assez bonne idée. J’approuve ces gens-là qui sont élus, qui font partie des élus locaux contre le sida (ELCS). J’ai surtout côtoyer Jean-Luc Romero…

Sandra : Qui est le président d’ELCS

Mohamed : J’approuve ce qu’ils font et ça ne peut être que bénéfique surtout dans des villes comme ça de province où, comme elle expliquait, géographiquement ils sont confrontés à des vagues de migrants ou de nationalité autre qui ne connaissent pas les problèmes de santé et puis aussi pour l’accès aux droits et aux soins. Moi, je trouve que c’est bien que les élus s’impliquent pour cette dynamique-là qui est de se battre contre le VIH.

Sandra : N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE