Témoignage de Bienvenu : Centrafricain, professeur et séropositif depuis 2000

, par Sandra

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Témoignage de Bienvenu : centrafricain, professeur et séropositif depuis 2000

Sandra : Et maintenant nous allons écouter le témoignage de Bienvenu, qui est une personne séropositive. Je l’ai enregistré il n’y a pas longtemps, on a discuté ensemble. Son témoignage dure à peu près 20 minutes. On écoute ça et après on en parle avec Mohamed.

Début de l’enregistrement.

Bienvenu : Je suis de Centrafrique, j’ai l’âge de 37 ans. Je suis venu en France depuis 2016.

Je commence d’abord à te dire que je remercie d’abord toute ma famille qui a fait que je suis aujourd’hui comme je suis. Je dis ça pourquoi ? Je commence d’abord à t’expliquer ma généalogie pour ma séropositivité.

J’ai connu ma séropositivité depuis l’an 2000, en Centrafrique. Le moment là, c’est un moment vraiment très difficile pour moi. Je dis ça pourquoi ? Parce que lorsqu’au début-là, je commence à être vraiment dans le stade de sida, si je dis stade sida, pourquoi ? Parce que je commence maintenant à maigrir, à avoir vraiment des difficultés. J’étais partie à l’hôpital, c’est ma famille qui m’a dit qu’il faut aller à l’hôpital. Et le moment là, je te dis Sandra, je pèse 35 kilos ! Je pèse 35 kilos. Donc j’étais parti maintenant à l’hôpital, on commence à faire tous les examens, tout ça, tout ça. Et tous les examens, c’est bon. Dernier examen maintenant, mon médecin m’a dit, est-ce que c’est possible que je peux faire mon test de VIH. Je lui ai dit, ça me plait, c’est bon. Chez nous le test du VIH est gratuit. Elle m’a donné la fiche pour aller faire le test et j’étais parti maintenant faire mon test. Directement, 2 jours après pour aller prendre maintenant le résultat. On commence comme chaque fois par des petites questions pour dire que bon, si tu es séropositif, est-ce que tu veux prendre les médicaments. J’ai dit que pour moi, si je suis séropositif, je suis disponible pour des médicaments. Et effectivement, on m’a remis mon résultat, séropositif. Et lorsqu’on m’a remis mon résultat séropositif, je dois ramener ça à mon médecin. Lorsque j’étais venu avec ça, avec mon médecin, il me dit : “Ecoute Bienvenu, est-ce qu’avec ton résultat, dans la famille, est-ce que je peux en parler ?”. Avant je ne voulais pas. Je ne voulais pas. Je commence à réfléchir longtemps. J’ai dit oui, j’ai confiance en ma famille. Je dois leur dire tout ça. Le médecin m’a dit ok. Va dire à ta famille, c’est encore mieux. Et comme ça elle va voir comment elle va procéder pour me mettre vraiment dans les conditions pour prendre mes médicaments. Et de là, j’étais parti directement, j’ai parlé à ma famille. D’abord l’annonce, c’est vraiment un choc dans la famille. Et après la famille a pris ça vraiment sportivement et j’ai dit que la famille a pris ça sportivement pourquoi ? Parce que chez nous là-bas, dès que, premièrement si tu es séropositif, on ne peut pas te mettre directement sous traitement de l’hôpital gratuitement. La famille a pris la charge de payer mes médicament pendant 5 mois à la pharmacie. Donc le coup ça fait 45 000 francs cfa. Pendant 5 mois, en attendant que le médecin commence à me mettre maintenant sous traitement de l’hôpital. Et lorsque automatiquement le 6ème mois, le médecin m’a dit que c’est maintenant bon, au lieu de payer le médicament à la pharmacie, tu es maintenant au niveau de l’hôpital pour qu’on puisse te prendre en charge. J’ai dit ok. Pour prendre ces médicaments chez nous au Centrafrique, c’est vraiment très pénible. Et à un moment, quand je vais là-bas, j’arrive à 5h du matin, parfois dans la journée je peux prendre ce médicament ou soit je dois attendre 2 à 3 jours pour avoir ça. Mais à un moment, j’ai été découragé pour aller prendre ce médicament. J’ai commencé à ne pas prendre ce médicament. Je commence à maigrir encore. Et toute ma famille maintenant commence à dire que : “Bienvenu, c’est comme si que ça ne va pas. Avant là, ça allait quand même un peu, maintenant ça ne va pas. Pourquoi ?” Parfois j’ai menti pour dire que non, je suis en train de prendre le médicament alors que moi-même je ne prends pas ce médicament. La famille est toujours là, en train de m’encourager. Et à un moment, j’ai dit que bon, la prise de médicament, ça ne va pas. C’est eux-même qui commencent à m’encourager, à être à côté de moi, à me soulager. Je me retrouve maintenant, je commence à prendre mes médicaments.

J’ai mon grand frère qui est ici en France, pour ma venue en France, mon grand frère a essayé de demander à la famille. Là où je suis, comme la prise de médicament c’est un peu difficile, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Les personnes au Centrafrique ont dit que mon état ne va pas. C’est mieux qu’on m’envoie l’argent pour manger seulement avec, parce que si je viens ici là, on va seulement ramener mon cadavre au pays. Donc pour reprendre mon cadavre ici, pour le ramener au pays, c’est vraiment très difficile. Donc c’est mieux que je reste là-bas au pays. Le grand frère réfléchit longtemps. Il a dit qu’il va prendre sa responsabilité, comme ça, il va faire tout pour que je puisse venir ici. Et lorsque j’étais venu ici là, c’est lui maintenant qui commence maintenant à m’encourager pour me dire que bon, va dans cet hôpital, commence maintenant à faire ton test, tout ça. Et lorsque j’étais partie à l’hôpital, je commence à faire mon test et j’ai fait une semaine à l’hôpital et de l’hôpital maintenant, on commence à me mettre sous traitement.

La personne qui peut écouter cette émission qui dit que c’est un montage, moi je leur dis tout simplement, si cette personne-là peut venir te voir Sandra au niveau du Comité des familles, j’ai même la photo où je pèse 35 kilos. C’est même avec moi. Donc si la personne vient maintenant te voir pour dire que la personne qui a fait cette émission, lui aussi il est de cette situation-là, il veut voir cette photo-là, moi je suis prêt à témoigner de ça. Donc j’encourage vraiment les personnes présentement qui ont cette maladie, de ne pas se décourager et de faire leur test pour qu’ils puissent vraiment prendre en charge.

Sandra : Avant qu’on t’apprenne ta séropositivité au VIH, qu’est-ce que tu connaissais de cette maladie ? Quelle image tu avais du VIH ?

Bienvenu : Avant de connaitre ça d’abord, on dit que, cette personne-là, il est séropositif, on dit tout simplement que cette personne-là est vraiment morte déjà. Donc c’est pour dire que cette personne-là, on ne peut pas le tenir dans la famille. Il est rejeté. Mais chez moi, par rapport à mon expérience, par rapport à ma famille, je vois que ma famille m’a beaucoup encouragé si je suis maintenant aujourd’hui comme ça. Aujourd’hui je pèse 75 kilos, c’est grâce à ma famille que je suis maintenant là. Sinon actuellement, je ne pourrai même pas vivre comme je suis là.

Lorsque j’étais au pays, lorsqu’on m’a annoncé ça, automatiquement je prends 5 minutes pour répondre et après j’ai dit que bon, c’est la vie, je ne sais pas même comment j’ai eu ça mais Dieu va faire ce qu’il peut faire pour moi. Moi-même j’ai pris ça sportivement. D’abord 5 minutes pour réfléchir sur l’annonce et après j’ai dit, je suis vraiment à la disposition de Dieu.

Sandra : Tu m’as dit qu’à l’hôpital au Centrafrique, il a fallu que tu attendes 6 mois pour pouvoir bénéficier gratuitement des médicaments, pourquoi ça se passe comme ça ?

Bienvenu : Pour ça là, je ne sais pratiquement pas. D’après ce que mon médecin m’a dit, dès qu’on découvrait ça, c’est maintenant une procédure que le médecin doit aller voir maintenant, comment me mettre maintenant sous traitement au niveau de la prise en charge. Donc c’est par rapport à ça que ça fait déjà 6 mois maintenant qu’elle a vu la procédure, je suis maintenant dans la norme. C’est de là que maintenant on m’a mis sous traitement.

Sandra : Quand tu as quitté ton pays, j’imagine que tu avais une situation au pays, tu avais un métier. Ca a dû être difficile pour toi de tout quitter pour venir en France ?

Bienvenu : Effectivement, au pays, comme je t’ai dit, je suis d’abord intégré comme fonctionnaire. Je suis professeur donc pour venir ici là, d’abord pour ma venue ici, je n’aime pas venir parce que j’ai mon petit boulot, ma bricole, tout ça. On me paye chaque mois. Et mon grand frère qui est ici, il veut me faire venir ici là, il constate que je ne veux pas sortir du pays, parce que par rapport à mon travail là, je ne veux pas. Il a appris que mon état ne va pas. Et chaque fois, il veut commencer à faire mes papiers, tout ça je commence à lui rouler comme ça, comme ça et il voit que vraiment que ça ne va pas. J’ai décidé de venir là c’est parce que le grand-frère m’a dit : “Ecoute Bienvenu, apparemment c’est comme si tu ne veux pas sortir. Dis-moi” parce que lui, il a d’autres choses à faire “ Si tu ne veux pas venir, dis-moi oui, tu ne veux pas venir. Si tu veux venir, dis-moi oui, tu veux venir. Parce que je veux clôturer avec ton dossier pour cette année. L’année 2016, je vais clôturer avec ton dossier pour penser à d’autres choses devant”. C’est de là que j’étais obligé maintenant d’abandonner ma profession au pays pour venir ici, pour ma santé.

Sandra : Et aujourd’hui, tu fais quoi comme profession en France ?

Bienvenu : Présentement, comme je suis ici là, je n’ai pas encore de profession mais a priori c’est d’abord ma santé mais j’attends d’abord mon papier pour avoir des papiers ici. Il faut d’abord des procédures mais dès que j’ai, j’aurai d’abord mon papier et je serai automatiquement intégré pour commencer maintenant mon petit bricole ici.

Sandra : Tu fais comment pour vivre ? Rien que pour te loger, te nourrir ? Comment ça se passe ?

Bienvenu : Effectivement, ici en France, nous avons des associations, C’est eux m’ont logé dans un centre d’hébergement d’urgence et dans ce centre d’hébergement d’urgence on nous donne à manger, on nous donne le petit déjeuner tout ça et c’est cette association-là qui me paye les tickets de transport. Cette association s’appelle Aurore.

Sandra : Quand tu es arrivé en France, tu as tout de suite été hébergé ?

Bienvenu : Effectivement, je ne suis pas hébergé directement. Je suis venu directement d’abord chez mon grand frère. J’étais chez lui et après chez lui c’est lui qui m’a orienté à Aurore. C’est de là-bas qu’Aurore veut maintenant me mettre dans cet hébergement d’urgence pour que je puisse être là où je suis maintenant. Si je n’avais pas été hebergé par mon grand-frère, je devais être dans la rue parce qu’ici il y a beaucoup de gens qui dorment dans des gares, des rues, tout ça.

Sandra : Tu dis que l’association Aurore te paye ton ticket de transport mais là dernièrement, Aurore n’a pas renouvelé ton pass navigo.

Bienvenu : Effectivement, parce que, le mois d’août, Aurore a dit qu’ils sont sur le plafond de leur dépense. Donc ils ne peuvent pas vraiment recharger les navigo. Mais ils donnent seulement le carnet de transport. C’est-à-dire que le carnet de transport ça fait 10 tickets.

Sandra : Comment tu occupes tes journées ?

Bienvenu : Par rapport à l’association, ils m’ont laissé dans le centre d’hébergement d’urgence, ils me donnent le petit déjeuner, du midi et le soir. Et c’est par rapport à ça que je vis. Parfois je vais chez mon grand-frère aussi, je mange.

Sandra : Tu ne t’ennuies pas ?

Bienvenu : Non. Et il y a une chose que je voulais te dire. Lorsque j’étais à Aurore, Aurore m’a parlé d’une association qui s’appelle Le Comité des familles. Mais avec ce Comité des familles, je suis venu, je te dis Sandra, je me retrouve maintenant parce qu’avant, je ne connais pas ce qu’on appelle la vie des séropositifs ici en France et quand j’étais venu au Comité des familles, vraiment je me retrouve maintenant pour savoir qui je suis et avec maladie-là, qu’est-ce que je peux faire maintenant.

Sandra : Aujourd’hui tu prends ton traitement, tous les jours, ça se passe bien ?

Bienvenu : Oui, chaque jour je prends mon traitement et le médecin me donne mon ordonnance pour 3 mois. On se retrouve pour faire mon bilan et avec ce bilan, voir comment l’évolution de la maladie, tout ça, tout ça.

Sandra : Qu’est-ce que tu penses de la France ? Aimes-tu ta vie en France ?

Bienvenu : Ce que je peux dire de la France, vraiment, la France est un pays avec vraiment ce qu’on appelle le social-là, vraiment, ils sont les premiers. La santé, présentement, je ne paye rien. Les médicaments, je n’ai rien à payer. J’ai l’AME, je vais dans une pharmacie, je prends les médicaments sans donner 1 euro. Donc vraiment, ce qu’on appelle social ici en France, ça me plait beaucoup.

Sandra : Au Comité des familles, est-ce qu’il y aurait selon toi des choses à améliorer ?

Bienvenu : Je te dis, quand je suis venu au Comité des familles, ça m’a beaucoup plu. Moi avant, je ne connais pas ce qu’on appelle Comité des familles. C’est l’association des personnes vivant avec le VIH. Je me retrouve maintenant avec des personnes qui vivent avec le VIH. Maintenant ici, ce qui m’a beaucoup plu ici, c’est une formation qu’on appelle ETP ici. Et grâce à ce ETP là, parce que pour moi, je pense que des personnes qui ont des maladies de VIH, ils ne peuvent pas faire des enfants, ils vont rester comme ça, mais grâce à cette formation de l’ETP, l’éducation thérapeutique, je connais ce qu’on appelle… un séropositif peut être détectable et indétectable. Avant, je ne connaissais rien de tout ça. Je rends beaucoup grâce au Comité des familles. Je connais encore plus davantage ce que c’est de vivre avec le VIH.

Ce que je peux dire d’abord à tout le monde, ils doivent aller d’abord à l’hôpital faire leur test de VIH. Et s’ils font leur examen VIH, si cette personne est séronégative, c’est bien. Mais s’il est séropositif, c’est-à-dire qu’il peut vivre sa vie. Il ne faut pas qu’il pense que c’est fini pour lui. Donc, avec les associations, on va leur montrer maintenant comment vivre avec le VIH. Mais, quand j’étais venu en France, j’ai vu que, si tu es séropositif, tu peux faire ta vie, tu peux faire une famille, tu peux faire des enfants, tu peux faire l’amour comme tu veux. Je t’ai parlé de détectable et indétectable. Indétectable, c’est pour dire que tu ne peux pas transmettre ce qu’on appelle maintenant le VIH. Effectivement le virus est endormi, comme le virus est endormi, tu ne peux jamais transmettre le VIH maintenant à quelqu’un qui est séronégatif. Donc tu peux faire des enfants, tu peux faire ta vie, tu peux faire l’amour comme tu veux. Donc là où je suis là, je suis dans l’attente pour faire ma famille.

Sandra : Ah oui ? Tu veux une famille ici en France.

Bienvenu : Oui, je veux une famille ici en France.

Sandra : Je te souhaite de trouver. Donc tu es à la recherche d’une femme ! (rires)

Fin de l’enregistrement

Sandra : Que dire sur ce magnifique témoignage ? Je remercie chaleureusement Bienvenu d’avoir partagé une partie de sa vie. Si certains veulent venir le voir, vous avez entendu qu’il est prêt à vous rencontrer donc n’hésitez pas. Vous pouvez appeler au Comité des familles, 01 40 40 90 25. Bien sûr, laissez un message sur le site comitedesfamilles.net. Mohamed, qu’as-tu à dire ?

Mohamed : Je trouve son esprit assez courageux. Il se bat, pour une personne qui est arrivée récemment d’Afrique, il connait bien le problème du VIH, il suit ses médecins et je suis très ravi qu’à travers le Comité des familles, il ait pu retrouver à travers des personnes VIH, leur mode de vie de vivre avec la maladie, et que ça lui ait fait beaucoup de bien et j’en suis très ravie.

Sandra : Donc vous voyez, il ne faut pas rester seul.

Mohamed : C’est vrai ce qu’il dit parce que moi aussi, à travers ça, j’ai pu sentir une petite évolution. Et c’est pas que ça me fait plaisir mais hélas, à travers des gens malades, on a tous le même problème et on peut tous discuter autrement. Sans tabou, sans préjugé. On sait qu’on est concerné par la maladie et à partir de là on peut envisager d’autres choses et voir d’autres projets. C’est pour ça que j’encourage tout le monde à participer à la lutte.

Sandra : Tout est dit. Magnifique conclusion.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE