Prévention VIH/Sida auprès des primo-arrivants soudanais

, par Sandra

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Prévention VIH/Sida auprès des primo-arrivants soudanais

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, vous êtes avec Yann, Forized et Mohamed, et puis moi-même. Nous allons parler d’une action de prévention réalisée par le Comité des familles, je vous explique. Mamadou et moi sommes allés à l’association FTCR, une association qui s’occupe des étrangers, plus particulièrement ceux qui viennent du Maghreb, mais évidemment, ils sont ouverts à toutes communautés. Chaque année, on va dans leur association pour faire une action de prévention. Une personne du Comité des familles témoigne de sa vie avec le VIH. Cette année, Mamadou l’a fait pour la première fois. A l’issue du témoignage, pas mal de questions, une bonne discussion et puis j’ai décidé d’interviewer 3 personnes, volontaires. Je vous propose de les écouter. Il y aura une traduction, parce qu’il y a deux personnes qui ne parlent pas français mais le président de l’association, Mohamed, était là pour traduire. Donc on écoute, ça dure 5 minutes et on réagit après.

Début de l’enregistrement.

Ousmane : Je suis du Soudan, j’ai 28 ans. Je suis en arrivé en France en 2017.

Aboubacar : Je viens du Soudan, j’ai 26 ans. Je suis en France depuis 2017.

Saliha : Je suis venue en France en 1999. Là, j’ai 39 ans.

Sandra : Aujourd’hui, vous avez écouté Mamadou, qui a parlé de sa vie avec le VIH. Qu’avez-vous appris sur le VIH ? Est-ce que vous saviez ce que c’était le VIH avant ?

Saliha : J’ai appris beaucoup de choses. Je ne connaissais pas le nom, je connaissais que SIDA, maintenant je connais cette maladie, comment elle dort, elle vient à cause de quoi, comment la traiter. Avant je connaissais avec les drogues, j’ai vu dans les films, ils disaient que le SIDA vient des piqûres avec les trucs. Je ne connaissais pas avec le sexe et tout. Aujourd’hui, j’ai appris beaucoup de choses avec Mamadou.

Sandra : C’est la première fois que tu voyais une personne avec le VIH ?

Saliha : Première fois.

Sandra : Tu avais peur ?

Saliha : J’étais choquée un petit peu, après je me suis calmée comme j’ai vu que lui ça va. Avant, je me disais même de loin je peux attraper sa maladie.

Sandra : Et maintenant, tu as compris…

Saliha : Maintenant, même je serre la main, je dis bonjour monsieur.

Sandra : Super.

Aboubacar : En Afrique, dans les hôpitaux, une personne atteinte, au bout de 6 mois, elle maigrit, elle est malade, elle devient comme une loque. Quand j’ai vu Mamadou, j’étais rassuré. Je souhaite que Mamadou n’ait plus le virus. J’ai fait le test deux fois pour le VIH et pour les infections sexuellement transmissibles. Je suis rassuré. J’ai appris des choses nouvelles aussi.

Ousmane : Je remercie Mamadou et je vous remercie aussi. Je connais la maladie, comment ça s’attrape, mais il y a beaucoup d’informations, comment on peut se soigner, etc, que je ne connaissais pas. Donc aujourd’hui, j’ai appris comment me protéger, comment me soigner, les préjugés aussi par rapport à la salive, etc, embrasser quelqu’un, etc, tout ça, je ne connaissais pas.

Sandra : Si un membre de votre famille, votre enfant, votre tonton, votre cousin, bref, quelqu’un de votre famille, vous apprenez qu’il a le VIH, comment allez-vous réagir ?

Saliha : Je vivrai avec lui normalement. Avant, non. Avant, je ne pouvais pas. Jamais je n’avais vu quelqu’un qui a cette maladie. Comme aujourd’hui, j’ai vu, je pourrais vivre avec lui normalement.

Aboubacar : Bien sûr, c’est triste d’apprendre une nouvelle pareille. Il faut se comporter d’une manière claire, ne pas utiliser les mêmes seringues par exemple si on se drogue, etc. Par exemple, si on est blessé, il ne faut pas que ça se touche pour qu’il n’y ait pas infection. A part ça, il n’y a pas de problème.

Ousmane : Il ne faut pas lui faire sentir qu’il est malade, etc, pour qu’il ne sombre pas dans la dépression. Moralement, il faut le soutenir. Il faut l’aider à surmonter cette épreuve. Il faut l’accompagner à l’hôpital pour qu’il se soigne, qu’il suive correctement le traitement. Il est un membre de la famille et donc il faut être solidaire avec lui pour qu’il puisse surmonter ces épreuves.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Et voilà, l’interview s’arrête là. Ce n’est pas génial ça ? Des gens qui au début avaient peur des personnes séropositives, par méconnaissance et puis là, finalement, on vu Mamadou en pleine forme et puis ils considèrent que c’est une maladie comme les autres. Qu’en penses-tu Forized ?

Forized : En vérité, dans les pays islamiques, il y a un sérieux problème de tabou. Tout ce qui est lié au sexe est un problème très peu expliqué en public. Donc, il y a un problème d’information, de sensibilisation et d’éducation de la population par rapport à cette maladie qui donne beaucoup plus de mystères autour de la maladie. Il y a un problème d’infection, ce n’est pas toujours dit qu’il y a un problème de maladie. Par exemple, je me sens à l’aise sur le plan physique, mental mais quand on n’est pas informé de ce que c’est la maladie, il y a tout un mystère. Donc à ce niveau, je crois qu’il y a un grand problème des autorités qui doivent s’en saisir pour prendre l’information et la diffuser au niveau de la population pour une éducation de la population. Celle qui pense qu’à distance, elle peut attraper la maladie, vous voyez qu’il n’est pas informé. Au niveau de la population générale, il y a beaucoup de personnes qui ont la même perception qu’elle. Comment transformer cette situation ? C’est un problème sur lequel nous devons réfléchir.

Yann : Pour ce qui est du Soudan, je ne pense pas que ce soit une des priorités, étant donné que ce n’est pas un des pays malheureusement qui va le plus s’occuper des minorités ou des personnes qui pourraient avoir ce type de pathologie quoi.

Mohamed : Comme on sait que c’est un pays en guerre, c’est difficile de faire le message de prévention. Mais on voit dans d’autres pays en Afrique, où maintenant ils ont compris, mais c’est vrai qu’il y a du retard. Ils savent qu’il y a un traitement, qu’on peut guérir…

Yann : Guérir, oui bon, je comprends ce que tu veux dire, on peut vivre avec.

Sandra : Voilà, attention avec les mots.

Yann : Ce qui nous fait le plus mal comme dit Forized, c’est quand même le manque d’information et du coup, toute cette part de mystère, donc de rejet, de peur, tout ce que ça implique quoi.

Sandra : Il y a encore du boulot.

Yann : On attend que le Comité des familles nous missionne pour partir dans ces pays-là, hein ?

Sandra : Ah ouais, carrément, j’allais dire, on pourra retourner à la FTCR pour faire des témoignages, toi, tu veux qu’on parte directement au Soudan ou ailleurs. En tout cas, c’est sûr que si des membres du Comité des familles partaient dans les pays d’Afrique pour faire de la prévention, ça aurait un impact considérable, j’en suis sûre !

Yann : Il faudrait, un gay, un Africain, un blanc hétéro, la brochette représentative, un Tibétain…

Sandra : Pourquoi pas ! Il y a des Tibétains à l’association FTCR.

Yann : FTCR, avec qui on est partenaire et qui font un travail remarquable. Je pense à l’alphabétisation, c’est vraiment eux qui s’occupent des arrivants. Je me rappelle aussi quand ils se rassemblent pour apporter des couvertures ou autres aliments à ces personnes qui étaient pour la plupart sous la porte de la chapelle, big up à tous !

Sandra : Toutes les personnes que vous avez entendu parler, la plupart, dorment sous les ponts encore. Ce sont des gens qui sont dans une situation extrêmement difficile mais qui ne se découragent pas. Ils avaient tous le sourire, aucune plainte, une leçon de vie aussi. C’était vraiment un échange, un partage, c’était super. Gros bisous à ces 3 personnes qui ont bien voulu participer à l’émission radio, normalement ils nous écoutent. A très bientôt pour de nouvelles aventures !

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE