Cameroun : une association de lutte contre le VIH/sida qui responsabilise les mototaximan

, par Sandra

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Cameroun : une association de lutte contre le VIH/sida qui responsabilise les mototaximan

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, maintenant nous allons à nouveau parler du festival Solidays. On va essayer de ne pas faire de répétition par rapport à l’émission de la semaine dernière. Si vous ne savez pas ce que c’est le festival Solidays, je vous invite à réécouter l’émission précédente où nous avons parlé des différentes choses, notamment l’hommage aux personnes décédées du sida ou encore, on a aussi écouté une interview de 3 festivaliers qui venaient pour la première fois à Solidays et qui ont appris différentes choses sur le VIH, comment le VIH se transmet, qu’est-ce que ça veut dire avoir une charge virale indétectable, tout ça, tout ça. On a aussi écouté un membre du Comité des familles, Bienvenu, qui avait participé pour la première fois au festival Solidays, qui était très content d’être là et très content de pouvoir dire “oui je suis séropositif et je suis en bonne santé” et de pouvoir transmettre ses connaissances à toutes ces personnes qui n’ont jamais entendu parler du VIH ou très peu. Voilà, plein de choses.

Là aujourd’hui, on va découvrir deux associations. L’association Moto Action et l’association Sida Paroles. On commence par Moto Action, ça dure 6 minutes.

Début de l’enregistrement.

Moto Action : Nous, nous sommes l’association Moto Action. On est basé en France et au Cameroun et on travaille depuis 10 ans dans la prévention du VIH/Sida, en particulier auprès des jeunes mototaximan en Afrique.

On avait remarqué depuis longtemps que les mototaximan sont des gens qui transportent tout le monde, parlent à tout le monde, vont partout et connaissent tout le monde. On s’est dit que c’était intéressant de travailler avec ces jeunes garçons parce qu’ils pouvaient être à la fois des relais de sensibilisation mais on pensait aussi qu’ils pouvaient être exposés au VIH de part leur taux de fréquentation de jeunes filles beaucoup plus élevé que la moyenne puisqu’ils transportent à peu près 50 personnes par jour dont au moins la moitié sont des filles. On vient de terminer une étude comportemental sur les mototaxi au Cameroun qui montre en effet que ces jeunes garçons sont plus exposés à des multi-partenariats et à des relations, voilà…

Sandra : Occasionnels.

Moto Action : Occasionnels et en même temps, ils sont quand même à la croisée de toutes les populations donc c’est vraiment un lien social incontournable en Afrique aujourd’hui. C’était intéressant pour nous de travailler avec eux. En plus, on les trouve dynamiques, volontaires et c’est une population qui a été un petit peu oubliée dans les segmentations qu’on fait actuellement sur le VIH/Sida. Donc on travaille avec depuis 10 ans maintenant.

En fait, on travaille sur plusieurs volets, on fait des campagnes itinérantes de sensibilisation. Et on travaille avec eux pour mobiliser les populations qui sont isolées géographiquement ou socialement. On fait des stands de prévention combinés, prévention routière et prévention sexuelle parce qu’on les attire plus facilement quand on leur parle de leur moto, quand on leur montre que quelque part ils sont responsables même sans le savoir parce qu’ils transportent plein de monde, ils font attention à leur partenaire. Donc du coup, on travaille vraiment sur toutes les thématiques de sensibilisation. On fait du dépistage, on crée des outils de sensibilisation spécifiques, des boites à images, tout ce qui nous permet de travailler avec eux en prévention combinée.

Quand on dresse ces villages associatifs dans les villes, on les rassemble avant, on discute avec eux, on les forme et ensuite on leur demande de nous aider à aller chercher les populations qui sont isolées, qui n’ont pas les moyens de venir. Donc ils les transportent gratuitement et puis là on est en train de mettre en place un programme dans lequel on pourrait les former comme des paires éducateurs et ils pourraient à ce moment-là intervenir de manière plus approfondie avec leurs clients, pourquoi pas aller nous aider à apporter des médicaments, se rapprocher des personnes qui sont touchées. Ils arrivent vraiment dans un quartier à connaitre tout le monde, c’est intéressant s’ils sont bien reconnus de pouvoir travailler avec eux dans ce sens-là.

L’étude nous a un peu étonnée parce qu’on s’est rendu compte que c’était des jeunes garçons, au Cameroun en tout cas et dans les grandes villes, parce que ce n’est peut-être pas le cas dans les pays d’Afrique, que c’était des garçons qui étaient plutôt éduqués. Comme ils disent, on tombe dans la moto par “que faire”. Ce sont des jeunes qui ont fait bac+2, +3 qui ne trouvent pas de boulot et ils se mettent dans la moto parce qu’ils sont assurés d’avoir un peu d’argent chaque jour. Donc c’est des garçons qui ont une assez bonne connaissance des moyens de transmission et de prévention. Ils se sont pratiquement tous déjà fait dépisté au moins une fois. Donc on les a trouvé assez ouverts et avertis sur le VIH. Ils avaient de bonnes connaissances.

Il y a un problème d’accessibilité des médicaments. Les médicaments sont gratuits donc ça, c’est très bien, mais il y a beaucoup de gens qui n’ont pas les moyens d’aller jusqu’au centre de santé. D’autres qui n’osent pas s’y rendre parce qu’ils ont peur de la stigmatisation et beaucoup de gens qui abandonnent les traitements en cours de route et c’est avec ces gens-là que c’est compliqué, parce qu’on les perd de vue, il faut aller les retrouver chez eux et aller entamer un dialogue pour petit à petit les amener à reprendre confiance et à reprendre leur traitement. Pour toutes ces raisons, les moyens de transports sont vraiment essentiels pour leur permettre de se rapprocher des centres de santé.

Sandra : Il n’y a pas un problème aussi de rupture de médicaments ou ce n’est plus le cas aujourd’hui ?

Moto Action : Il y en a eu. Je trouve que depuis quelques temps ça devient de moins en moins fort mais ça arrive parfois qu’il y ait des ruptures de stocks. Mais le gros souci, c’est les ruptures d’observance. Beaucoup de gens commencent avec le test and treat, les gens commencent le traitement sans vraiment comprendre ce qu’ils sont en train de faire et après en plus il faut qu’ils s’habituent à l’idée de prendre un médicament à vie et la culture ne les a pas vraiment aidé à ça, à voir un médecin, etc. Donc les gens abandonnent au bout d’un moment.

Sandra : Il y a des personnes camerounaises dans notre association qui nous ont dit, après c’est peut-être parce que maintenant elles ne vivent plus au Cameroun, mais qu’elles devaient quand même payer leur médicaments. Je ne sais pas si c’est partout…

Moto Action : C’est vrai qu’en fait, on ne paye pas les médicaments mais on paye les examens biologiques. Les examens qu’on fait au départ, la charge virale, les CD4, tout ça, c’est payant. Ca, ça peut être aussi un frein. Après comme partout, il y a des hôpitaux qui faisaient payer. Bon maintenant, je pense qu’ils ont mis en place des observatoires vraiment bien faits. Les traitements ne se payent plus mais tout ce qui va autour se paye et parfois c’est simplement le transport pour aller à l’hôpital que les gens ne peuvent même pas payer. Rien que ça, c’est assez rédhibitoire.

Sandra : Avez-vous un message pour les personnes séropositives au Cameroun, qui viennent d’apprendre leur séropositivité, parce que malheureusement c’est encore associé à la mort, du coup n’osent pas en parler à leur famille, à leurs amis et restent seules.

Moto Action  : Je leur dirai volontiers de vraiment prendre confiance et de contacter le plus vite possible une association de personnes vivant avec le VIH parce que ces associations qui sont sur le terrain depuis des années, elles connaissent bien le sujet, les gens sont passés par les mêmes épreuves et surtout vraiment, de ne pas rester seul et de pouvoir au moins parler à une ou deux personnes de confiance pour ne pas garder le poids de ce secret avec elles, parce que c’est souvent ça qui fait chuter, c’est que les gens n’osent plus, se renferment et n’osent pas parler. Il faut qu’elles arrivent à trouver une personne de confiance, et si ce n’est pas dans leur entourage, qu’elles le fassent par le biais des associations qui sont vraiment là pour les aider et qui peuvent leur permettre d’aborder ça avec sérénité parce qu’après tout, voilà, quand on est bien pris en charge et bien traité, ça devient presqu’une maladie chronique qu’on peut gérer simplement et c’est beaucoup plus léger que ce qu’elles imaginent.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Vous venez de découvrir l’association Moto Action. Avant de découvrir l’association Sida Parole, quelques réactions peut-être de la part de Mohamed ou Christian ?

Christian : Moto Action, si c’est Moto Action qui est situé à Yaoundé au quartier omnisport, je connais un peu. J’y suis quand même allé là-bas. J’avais été invité pour monter, filmer un documentaire concernant cette structure. Et donc je connais, ils sont sur le terrain. C’est vrai, la cible qu’ils ont choisi, celle des mototaxis, on la connait très bien au Cameroun. Ils ont choisi une très bonne cible. Voyez-vous au Cameroun, dans tous les coins de rue il y a des motomen partout pour vous accompagner et à moindre coût. Donc ces gens-là sont extrêmement vulnérables et ils sont vraiment presque des laissés pour compte. La plupart des jeunes se lancent dans le métier de mototaxi et je crois qu’ils ont choisi une très bonne cible pour sensibiliser.

Mais, vois-tu, j’ai écouté deux, trois choses là, quand elle parlait de la prise des médicaments des uns et des autres, c’est vrai qu’elle reconnait que ce n’est pas très évident pour tout le monde, parce que quand quelqu’un sort de Yoko par exemple, et tout est concentré à Yaoudé ou Douala et c’est vrai qu’il y a des hôpitaux dans des environs mais ces hôpitaux ne sont pas toujours aguerris. C’est-à-dire que les gens ont du mal à prendre des médicaments et je peux citer un hôpital, je peux lui dire que si elle va à Yaoundé, elle va à l’hôpital militaire, moi je cite cet hôpital, il y en a qui vendent des médicaments là-bas. Et vous arrivez, parfois on vous dit qu’il y a pénurie de médicaments. Aujourd’hui on vous donne une boite et vous attendez encore 3 mois, vous n’en avez pas. La vieille dame qui sort d’un village très éloignée, pour venir prendre son médicament à Yaoundé, ne le reçoit pas. Parfois elle a rendez-vous demain, toute la nuit elle va passer du temps à voyager, le voyage est d’abord très pénible et dès qu’elle arrive, si elle trouve qu’il n’y en a pas… Ces gens-là, qu’ils continuent vraiment à mener des investigations. A l’hôpital central aussi, qui est un très grand hôpital du Cameroun, à Yaoundé, des gens continuent à trouver des complications. Peut-être qu’eux, comme ils sont une association plus ou moins connue quand même, donc on leur ouvre les portes. Parce qu’au Cameroun, il y a bien la corruption et tout, la corruption, ça marche à 100% donc quand on sait quand même que vous représentez certaines filiales et structures, on vous ouvre les portes, tout le monde est content. Donc eux, peut-être à ce niveau-là, ils ne trouvent pas de problème mais les concernés, ceux qui sont victimes ont beaucoup à dire.

Sandra : On écoutera au mois de septembre une interview avec un sénateur du Cameroun, dont j’ai oublié le nom là, mais je lui ai posé la question par rapport à la corruption et puis il parle aussi des difficultés des personnes pour aller se soigner. Donc, on en reparlera au mois de septembre. Mohamed, as-tu quelque chose à dire ?

Mohamed : C’est une idée assez originale et une bonne idée en Afrique de faire circuler ça en moto. Comme elle dit, en moto ils peuvent passer partout, ils connaissent tout le monde donc comme c’est africain le message passe. Après pour les soins, ça demande plus de cohésion mais bon, c’est déjà une avancée pour la prévention, de pouvoir informer les gens et pouvoir diffuser les informations concernant les problèmes qui sont liés autour du VIH

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE