Luc Barruet, à Solidays 2017 : « On va avoir besoin de plus d’argent pour pouvoir maintenir nos efforts de développement »

, par Sandra

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Luc Barruet et Antoine de Caunes au festival Solidays 2017
Luc Barruet, à Solidays 2017 : « On va avoir besoin de plus d’argent pour pouvoir maintenir nos efforts de développement »

Sandra : Je vous propose maintenant d’écouter Luc Barruet, directeur-fondateur de Solidarité Sida qui existe depuis plus de 20 ans. On écoute l’interview, ça dure un peu plus de 7 minutes et on en parle après.

Début de l’enregistrement.

Luc Barruet : Pour cette édition, a priori, nous serons moins performants que les dernières années. Il nous reste 2 jours et demi de vente donc il y a encore des choses qui ne sont pas arrêtées mais on fera moins de fréquentation que ces deux dernières années. Ca, c’est une première chose. La deuxième chose, c’est que de fait, si on fait moins de fréquentation, nous allons faire moins de résultat. Et donc si on fait moins de résultat ça veut dire qu’il y aura moins de programme en France et à l’international qui seront financés.

On a invité, il y a 3 semaines de ça, le président de la République à Longchamp. Donc on se bat. Moi, j’ai eu au moins 5 fois l’Elysée cette semaine. Et a priori, il ne va pas venir. Et donc j’ai exprimé notre déception parce qu’on a le sentiment qu’aujourd’hui la jeunesse est rentrée en force à l’Assemblée Nationale mais elle est aussi toute l’année sur les champs solidaires et on aurait trouvé intéressant que si dans l’agenda on trouve du temps à la fois pour le salon du Bourget, même si on peut comprendre pourquoi c’est important pour le président de la République d’aller au salon du Bourget, en tout cas, si on trouve le temps d’aller au Bourget, c’est bien de trouver le temps d’aller à Longchamp.

Sandra : Il y a quand même pas mal de jeunes, même si bon, vous n’êtes pas satisfaits de la fréquentation. Ils vont repartir avec plein de musique dans la tête, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus important à Solidays. C’est aussi l’occasion pour parler du VIH, du sida, de la différence entre le VIH et le sida. Donc du coup, quels sont les messages que vous voulez que cette année les jeunes retiennent par rapport à cette maladie ?

Luc Barruet : Je ne sais pas si, pour être très honnête avec toi, s’il y a des messages particuliers. Il y en a qui manque d’originalité parce qu’on les répète depuis bien longtemps. C’est que, 1, le préservatif reste le seul moyen de se protéger du sida. Que bien évidemment connaitre son état sérologique, aller se faire dépister, c’est un vrai enjeu dans une sexualité responsable. On est là pour leur dire aussi que malgré ce que certains peuvent penser, on ne guérit pas du sida et qu’aujourd’hui, même avec des antirétroviraux, le quotidien pour la plupart des malades est meilleur ou en tout cas un peu plus facile qu’il y a quelques années. Ca reste des traitements difficiles à supporter et qu’il n’existe pas de pilule du lendemain même s’il y a des traitements d’urgence. Des messages basiques. On est là aussi pour leur rappeler qu’une grande partie des malades à travers le monde n’ont pas accès aux antirétroviraux et que même s’il y a des efforts qui ont été faits dans ce domaine, ils ne sont pas suffisants. On est là pour leur rappeler notamment au travers du village et des rendez-vous qu’il y a quand même un vrai sujet auprès des enfants, parce que, c’est une réalité, c’est que les formules pédiatriques sont peu développées par l’industrie pharmaceutiques, parce qu’il n’y a pas de marché au Nord. Donc c’est une réalité, les enfants sont les grands oubliés de la lutte contre le sida et de tous les systèmes de prise en charge grâce aux traitements. Et, on est là pour leur rappeler aussi que la France doit rester malgré les difficultés économiques très engagés sur les questions de financements multi-latéraux, avec le Fonds Mondial, notamment sida, tuberculose, palu. Donc ça, c’est pour la partie sida.

Et favoriser aussi la rencontre avec des acteurs de terrains, parce qu’on est là pour favoriser le passage à l’acte militant, citoyen. Je pense qu’avec cette édition de Solidays, il y a certainement des dizaines et des dizaines, peut-être même des centaines de jeunes qui vont se dire c’est ça que j’ai envie de faire dans ma vie ; ou je vais peut-être arrêter la natation et puis je vais aller aider, je ne sais quelle association à faire… oui, ou faire les deux, aller à la piscine et gérer une banque alimentaire juste après. On est là aussi pour ça. Donc il n’y a pas de chose spécifiquement sur le sida. On est là pour rendre aussi hommage aux personnes décédées au travers des cérémonies. Donc voilà, il n’y a pas de message particulier à part ceux qu’on connait déjà. Et comme je le disais, ici, on ne prend personne en otage. On n’est pas là pour imposer les contenus de prévention. On est là pour essayer de créer un environnement suffisamment favorable et propice au fait que les gens aient envie d’aller un peu plus loin. On laisse le choix. Donc c’est pour ça que j’assume pleinement qu’il y ait une programmation riche musicalement dont on pourrait penser qu’elle fait de la concurrence aux associations. Bah non. Tout ça vit ensemble et c’est aussi ça Solidays. Donc on est ouvert à tout le monde et il y a des gens qui ont acheté des billets Solidays et dont la priorité ce n’est pas la lutte contre le sida au quotidien et ils sont les bienvenus.

Il y a une vraie discussion dans le village tout à l’heure, très animée ! Et j’ai trouvé, de vous à moi que, que ce soit la ministre de la Santé ou que ce soit Valérie Pécresse, présidente de la Région, elles y vont. Et donc je trouve ça bien. J’ai connu des visites où les ministres évitent le village. Bah elles, elles y vont, c’est déjà bien. Donc elles assument le fait d’être d’accord ou pas, de défendre leurs arguments et je trouve que déjà, c’est à signaler parce que ce n’est pas toujours le cas. Donc je trouve ça courageux d’y être allé, c’est aussi un espace de discussion et de débat et je trouve bien que les politiques jouent cette carte.

Pour parler franchement avec vous, on va avoir besoin de plus d’argent pour pouvoir maintenir nos efforts de développement. C’est une réalité et c’est chaque année un peu plus difficile. Déjà maintenir ces subventions. Donc ça va être le vrai sujet. Il va falloir que dès septembre, on aille chercher, rencontrer de nouveaux mécènes parce que c’est ça l’avenir pour nous, il n’y a pas d’autre sujet. Parce que, dépenser aussi peu d’argent pour organiser Solidays, dégager autant de résultat pour financer les programmes, maintenir les prix aussi bas pour assister au festival, parce qu’on reste quand même très accessible, tout ça, c’est des équations qui au bout d’un moment, ne fonctionnent pas ensemble. Donc il va bien falloir qu’on arrive à dégager des marges sur 1, 2 ou 3 aspects de l’organisation. Je pense qu’il va falloir que le milieu associatif et les professionnels de santé se battent pour qu’on arrive à défendre le territoire parce que pour l’instant les premiers signes ne sont pas toujours très encourageants, dans le domaine de la santé notamment.

Un journaliste : Là, vous êtes en train d’inviter toutes ces associations à se battre encore plus aujourd’hui pour recevoir encore plus de fonds ?

Luc Barruet : Il va falloir se battre et d’ailleurs elles se battent. Elles n’ont pas attendu 2017 pour se battre au quotidien, et encore, sincèrement Solidarité Sida est loin d’être la plus mal placée. On est médiatisé, on fait des événements plutôt importants. On a accès aux cabinets des ministères, ce qui est déjà pour une association un privilège. C’est plus difficile pour un ministère de baisser ou de sucrer une subvention à Solidarité Sida ou à Solidays qu’à des centaines et des milliers d’autres associations. Donc c’est aussi ça la réalité. Donc maintenant, notre rôle, c’est aussi d’essayer de les accompagner sur ce terrain et notamment sur le terrain du sida parce que c’est notre quotidien. Donc certainement qu’on aura des batailles sur la CMU, sur le droit aux soins, voilà.

La réalité, c’est qu’aujourd’hui, les financements d’Etat alloués à la prévention auprès des jeunes, les programmes éducatifs au sens initiation, au sens sensibilisation, à l’école on n’a pas beaucoup progressé, soyons clair. Quand ça se passe, c’est souvent des acteurs extérieurs au monde éducatif. Solidarité Sida, Aides et plein d’autres associations qui font ça au quotidien. Donc non, il y a beaucoup d’efforts à mener dans ce domaine. Maintenant, j’ai le sentiment qu’on a notre rôle à jouer. On le fait plutôt pas mal mais que ça sera jamais assez dans ce domaine. J’ai le sentiment qu’il y a aussi des choses qui se comprennent. La réalité du risque sida aujourd’hui, la perception, cette réalité, ce n’est plus exactement la même qu’il y a 20 ans. Et donc c’est assez normal que les programmes de sensibilisation éducation ne soient pas exactement les mêmes non plus qu’il y a 20 ans. Donc il faut aussi qu’on le reconnaissance en tant que militant associatif, et qu’on s’adapte à cette situation. Donc à la fois je le regrette et à la fois, je le comprends. A nous de nous adapter aussi pour aussi aller plus loin sur le contenu à apporter dans une situation qui est la nôtre aujourd’hui.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Luc Barruet, directeur-fondateur de Solidarité Sida au micro de l’émission Vivre avec le VIH. A travers tous ses propos, vous avez pu comprendre que Solidays, c’est à la fois festif, puisqu’il y a 80 concerts durant ce festival qui dure 3 jours, mais c’est aussi politique, puisque les politiques sont invités à venir à ce festival et donc notamment, il a cité la ministre de la Santé, qui s’appelle Agnès Buzyn et la présidente la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui sont venues se balader au village associatif, où effectivement vous avez pu écouter la semaine dernière la petite interview avec Valérie Pécresse. Puis c’est aussi parler de la santé, de prévention, etc. Je ne sais pas si vous avez quelque chose à dire Christian et Mohamed après avoir écouté cette interview ?

Christian : Non, vraiment pas grand-chose à dire. Sincèrement que la lutte s’intensifie, que ça ne s’arrête pas ici en France ou en Europe. Avec la pléthore des associations qu’on a au Cameroun, que cela va aussi, que ce soit au Cameroun, au Maroc, au Nigéria, un peu partout, qu’il y ait Solidays ! Parce que franchement là-bas aussi dans tous ces différents pays, il y en a qui sont dans le besoin, ça aidera certainement beaucoup de personnes là-bas. Voyez-vous, quand je vois comment ça se passe ici, c’est très beau. Solidays génère beaucoup d’argent et cet argent ne part pas dans les poches de personnes, c’est là pour aider les malades que nous sommes. Et vraiment, si cela est étendu dans d’autres pays en Afrique, ça pourra aider beaucoup de personnes. C’est vraiment mon souhait. Tel que je vois l’affaire évoluer, c’est merveilleux ! Je n’avais jamais vu ça auparavant quand même.

Mohamed : Je crois qu’il a tout résumé. Je pense qu’avec le temps, il a souligné qu’il y avait un manque criant de moyen, que le gouvernement s’arrangeait pour bien faire en sorte que, s’il n’aidait pas les associations, ils faisaient en sorte de moins soutenir les malades, comme ça c’était le biais pour dire, n’allez pas voir les associations. Et que lui-même a bien dit qu’il fallait aussi qu’ils s’adaptent en fonction, parce que la maladie a évolué et de s’adapter au temps quoi.

Sandra : Je ne dirai pas que le gouvernement soutient moins les malades…

Mohamed : Les associations qui soutiennent les malades quoi.

Sandra : C’est vrai, il y a une baisse de subvention…

Mohamed : Un manque criant d’argent il a dit.

Sandra : Oui, c’est vrai.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE