C’est dur dur d’être un chercheur / La vérité sur les faux médicaments

, par Sandra

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Extrait de l’article de Léa Gasquet "Labos et trafiquants, même combat ?”
C’est dur dur d’être un chercheur / La vérité sur les faux médicaments

Sandra : De retour à l’émission de radio Vivre avec le VIH, Léa Gasquet tu es donc journaliste pour Siné Mensuel. C’est un hebdo ?

Léa Gasquet : Un mensuel.

Sandra : Bah oui ! Je suis bête (rires). Je suis fatiguée…

Léa Gasquet : C’était un hebdo avant…

Sandra : Ah c’est pour ça ! J’étais restée sur l’ancienne version, voilà. On va dire ça ! Et donc, on t’a invité pour que tu nous parles de deux très bons articles que tu as écrits. Un qui s’appelle “La rentabilité tue l’innovation” et l’autre “Labos et trafiquants, même combat ?”. C’est Yann qui m’a parlé de ces articles mais il n’a pas pu être là aujourd’hui malheureusement donc j’espère qu’il sera satisfait de l’émission. Dans l’article “Quand la rentabilité tue l’innovation” tu parles du boulot de chercheur et donc on découvre qu’au quotidien, bon, certes le boulot de chercheur c’est se creuser la cervelle pour trouver le fameux remède tant attendu d’une maladie, mais c’est aussi courir après les financements. Est-ce que tu peux expliquer cela ?

Léa Gasquet : En fait, je me suis intéressée dans cet article essentiellement à la recherche publique. Et je me suis rendu compte que l’argent dans la recherche publique, c’était d’une part les salaires en fait des chercheures, ça, c’est une chose. D’autre part, ce qu’ils appellent les financements récurrents, l’argent qui est donné aux laboratoires tous les ans, pour mener à bien leurs activités. Et puis, une autre partie, qui a pris de plus en plus d’importance, c’est les financements sur appel à projets. Donc en gros, un chercheur, et c’était un chercheur de Montpellier qui m’expliquait ça très bien, il expliquait que pour bien comprendre comment était financée la recherche, il fallait s’imaginer un employé de la DDE qui avait un salaire tous les mois et puis pour refaire une route, il devait aller toquer à la porte de toutes les maisons du voisinage pour trouver assez de sous pour refaire la route. En gros, il m’expliquait que la recherche publique c’était un peu ça. On avait un salaire en tant que chercheur, on avait un peu d’argent en dotation de l’Etat pour payer l’électricité, le papier, les photocopies, etc. Et puis que pour faire des projets de recherche en soi, concrètement, faire son boulot et bah il fallait aller courir après les sous. Et pour ça il faut répondre à des appels d’offre. En France par exemple c’est l’agence nationale de recherche qui peut dégager des dotations assez importantes en général à des projets qui sont sélectionnés. Au niveau européen il y a la même chose. Le problème de ces appels d’offre, c’est que 10% de ces projets qui sont retenus. Donc pour tous les autres, ils ont bossé des semaines, des mois pour rien. Pour finalement ne pas avoir de dotation et donc pas pouvoir faire concrètement leur boulot de recherche.

Sandra : Tu as interrogé Joëlle Le Marec, co-fondatrice de Indiscipline. Elle dit : “La recherche est considérée comme un instrument au service de l’économie libérale. On n’attend plus des chercheurs qu’ils réfléchissent, qu’ils produisent du savoir mais de l’innovation et de la croissance” Peux-tu commenter cette phrase ?

Léa Gasquet : Ce constat de Joëlle Le Marec qui est assez engagée, c’est une critique vis-à-vis du choix de financement des projets. Donc je reviens à ces histoires d’appels d’offre. Finalement, quel projet on va sélectionner pour les financer ? C’est des choix qui sont assez politiques et qui sont généralement liés à… on va choisir des projets davantage qui vont permettre de faire avancer des technologies ou en tout cas des choses qui sont in fine industrialisables, par exemple, d’où sa remarque sur les chercheurs au service de l’économie libérale. On accepte de donner des sous à la recherche pour qu’in fine ça puisse être industrialisable, commercialisable. Ca, c’est un premier aspect.

Sandra : Patrick Lemaire, que tu as aussi interrogé, biologiste dit : “Ce que nos politiques ne comprennent pas, c’est que seul un projet sur mille aura un impact sociétal direct, mais tous les autres servent à comprendre le monde incroyablement complexe qui nous entoure. Ce n’est pas en finançant uniquement des laboratoires qui travaillent sur le cancer que l’on soignera le cancer !” (...) Albert Einsten n’imaginait certainement pas que l’on pratiquerait des opérations grâce à des lasers.

Léa Gasquet : Alors en fait ce que m’expliquait ce chercheur, c’est que ce n’est pas simplement en finançant un groupe de recherche en leur disant “trouver un traitement pour cette maladie, trouver un traitement contre le cancer” qui vont le trouver. Pour réussir à comprendre ne serait-ce qu’une maladie, il faut comprendre un nombre d’éléments incroyablement complexe. Il m’expliquait que par exemple, la recherche sur le cancer a fait un bond quand on a fait des découvertes non pas en cancérologie mais en embryologie. Donc sur les embryons. On a fait des découvertes sur des gènes responsables du déclenchement du cancer sur les embryons et pas directement en cancérologie. Donc en fait, eux ils sont partisans de l’idée que si en finançant des projets de recherche sans but utilitariste, sans objectif directe de trouver des traitements, qu’on arrivera en fait au traitement.

Sandra : Et il y a certains chercheurs qui malheureusement “claquent leurs économies pour financer leur projet”. Il y a aussi une solidarité qui existe entre chercheurs, c’est le pot commun entre chercheurs.

Léa Gasquet : Dans la recherche publique il y plusieurs personnes que j’ai rencontrées qui m’ont expliquée que dans un même laboratoire, il y avait des groupes de recherche qui pouvaient avoir la chance de décrocher une subvention et du coup ce qui se passe pour que les autres projets de recherche qui ne décrochent pas ce financement puisse quand même avancer, ils font des pots communs, des cagnottes. Donc ils reversent une partie de leur subvention à d’autres projets de recherche au sein du même laboratoire. Voilà comment se déroule cette solidarité et ensuite il y en a qui sont extrêmement motivés et qui mettent de leur argent personnel pour continuer leur projet de recherche, notamment un chercheur que j’avais interviewé et qui m’expliquait que lui, en budget annuel, il avait à peu près 900 euros par personne dans son unité de recherche, ce qui permettait en fait de faire un aller-retour depuis les antilles pour aller voir un colloque par exemple en métropole et basta quoi.

Sandra : Quelques réactions peut-être dans l’équipe radio ?

Inoussa : Est-ce que vous avez pu rencontrer ou en tout cas, les éléments que vous avez interrogé, il y a des coopérations entre labos en dehors de la France. Ca veut dire qu’un labo de France qui mène des projets de recherche avec un labo du Canada ou des pays du sud…

Léa Gasquet : Je n’en ai pas rencontré directement mais en effet ça se fait. Par exemple, quand on décroche un appel d’offre, quand on arrive à avoir son projet subventionné ou bien par l’agence régionale de recherche, ou bien par son équivalent européen, la plupart du temps c’est parce que plusieurs laboratoires décident de bosser dans plusieurs disciplines et parfois plusieurs pays décident de bosser ensemble. Je précise bien que moi je me suis intéressée surtout à la recherche publique et qu’il peut avoir, en dehors de ces financements qui sont publics, mais sur appel à projets, des financements privés. Là aussi, beaucoup de laboratoires qui reçoivent des financements privés. Là encore, il faut que ça puisse intéresser une société privée. Voilà.

Sandra : Maintenant parlons des médicaments. Une question pour l’équipe radio, les faux médicaments, le problème touche principalement les pays émergents (la Chine, l’Inde, la Roumanie ou le Brésil). On parle de pays émergent pour parler de pays dont la situation économique est en voie de développement. Mais pourquoi le problème des faux médicaments touchent principalement les pays émergents ?

Christian : Je n’ai pas une réponse…

Mohamed : Moi, je pense que c’est un effet lucratif. Les gens qui font des faux médicaments, c’est de la contrefaçon comme on fait des tee-shirt ou comme on fait des sacs à main…

Léa Gasquet : Ca, c’est les raisons qui les poussent à faire mais pourquoi ?

Sandra : Alors Léa, vas-y, donne la réponse. Pourquoi ?

Léa Gasquet : C’est principalement un problème dans les pays où en fait, entre la production et la distribution, les maillons sont faibles. Il y a peu de contrôle en fait. Voilà le principal problème pourquoi est-ce que ça touche principalement des pays émergents, pas tous en fait, ça dépend des moyens de contrôler cette chaîne de distribution et de production des médicaments qui sont fabriqués.

Sandra : Et dans les pays de l’occident, donc nous ici en France par exemple, nous sommes touchés aussi par le trafic des faux médicaments. Pour quel type de médicaments selon vous ?

Mohamed : Épilepsie, diabète ?

Sandra : Non.

Inoussa : Moi, je parlerai plutôt des antibiotiques…

Sandra : Non.

Inoussa : Et les compléments alimentaires…

Sandra : Ah, tu brûles ! (rires)

Léa Gasquet : Dans les pays occidentaux, les médicaments qui sont concernés par la falsification c’est des médicaments qui ne sont pas autorisés sur le marché ou alors dont l’accès est un peu compliqué on va dire. C’est-à-dire principalement, c’est des médicaments de confort. Donc c’est du viagra, alors ce ne sont pas vraiment des médicaments mais les compliments alimentaires ou alors les choses pour les sportifs, les anabolisants, ce genre de choses qui ne sont pas remboursés et parfois même interdites. Comparé aux problèmes que ça pose dans d’autres pays où ça concerne des antibiotiques, les anti-paludéens, un tas de traitement qui sont vitaux, c’est… voilà, on n’est pas sur la même échelle quand même, ici, en Europe par exemple.

Christian : Voyez-vous, dans notre pays par exemple, au Cameroun, en Afrique, chez nous, en bordure de route, tu te lèves un matin, tu as mal à la tête, tu vas en bordure de route, tu trouves un bonhomme, tu lui dis j’ai mal à la tête, j’ai mal au ventre, il te donne un truc. Il peut te donner une poudre. Tu crois que c’est de l’amoxicilline, s’il ne te connait pas, il va te donner une poudre de patate ou bien une poudre de manioc. Tu pars, tu bois et ça ne fait rien. C’est bien connu. Je vais quand même poser quelques questions. Quels sont les pays les plus touchés ou alors où est-ce qu’on fabrique ces faux médicaments ? Quels sont leurs composants et est-ce qu’ils peuvent avoir des produits toxiques à l’intérieur ? Je souhaite savoir si on connait les réseaux de distribution ? Parce que moi, j’étais par exemple en Algérie, au Maroc, lorsque j’étais malade, j’avais piqué une crise d’estomac, je voulais un médicament à la vite fait on m’a dit monsieur où est l’ordonnance du… ce n’est pas possible ! En Europe, c’est la même chose !

Sandra : Est-ce que Léa tu peux donner des éléments de réponse ?

Léa Gasquet : Oui, peut-être après je vous expliquerai que moi je me suis aussi intéressée à pourquoi est-ce que c’était un peu une arnaque quand même cette histoire de faux médicaments. Donc les pays que ça touche le plus, comme je disais, un certain nombre de pays où l’accès aux médicaments n’est pas assuré. Il n’y a pas un système de sécurité social qui est suffisamment efficace pour que les gens n’aillent pas chercher des médicaments sur le marché noir. Donc, l’histoire que vous racontiez, moi, j’ai un ami en Guinée qui me racontait la même chose, des petits stands comme ça, un petit peu partout dans la rue et puis on y va, on achète une pilule, deux pilules, voilà. Mais ça, on ne sait pas trop d’où ça vient. On ne sait pas trop comment c’est fait. Qu’est-ce qu’on trouve sur ces marchés ? J’ai discuté avec… je suis quand même restée sur un exemple un peu précis, la Guinée. J’ai discuté avec le ministre de la Santé qui m’expliquait qu’il y a eu une étude qui a été faite, ils ont acheté plein de médicaments sur plusieurs marchés. Qu’est-ce qu’il en est ressorti ? C’est que la plupart du temps, c’est des médicaments qui sont périmés ou bien ce sont des médicaments qui contiennent une faible dose du principe actif. Donc ils sont sous-dosés parce que du coup ça coûte moins cher à produire. Beaucoup plus rarement, il y a des choses toxiques, quelques histoires malheureuses de faux médicaments avec des produits extrêmements toxiques. Heureusement, ce n’est pas fréquent et l’autre option c’est qu’il y ait de la farine de manioc par exemple. Moi, ce que je savais pour la Guinée, c’est que les médicaments concernés c’était beaucoup les antipaludéens, les antibiotiques et des médicaments tout bête comme les anti-douleurs quoi, le paracétamol, etc.

Christian : Ibuprofène ?

Léa Gasquet : Oui voilà, tous les anti-douleurs, ça pose un gros problème, notamment… alors là cette fois-ci c’est en Asie, beaucoup d’antibiotiques, sous-dosés, ce qui fait que ça développe des résistances en fait et que les médicaments sont donc de moins en moins efficaces. Ca c’est pour les problèmes, je ne sais pas si j’ai un peu répondu… ah oui, sur les circuits de distribution, parce que c’était aussi une question, les plus gros producteurs a priori donc de médicaments falsifiés, sous-dosés, etc, c’est la Chine, l’Inde et le Bangladesh.

Inoussa : C’est vraiment un problème de santé publique en Afrique. Vous avez mis le doigt sur ce problème en occident. Mais j’imagine que déjà en occident les médicaments autorisés sur la place du marché sont accessibles à travers les mutuelles, l’assurance maladie universelle, et tout. En Afrique, ce n’est pas le cas. Et pire encore, ce sont ces éléments, quand vous me dites sous-dosés, un antibiotique ou un antipaludéen sous-dosé, non seulement individuellement, ma santé est en jeu mais aussi je développe des résistances et ces parasites, ces bactéries, ces virus résistants vont se retrouver, vont être transmis à quelqu’un d’autre et finalement ça mettre en cause même la politique de santé de tout un pays. Imaginez-vous, les ARV qui ont une faible barrière ou en tout cas on peut développer rapidement une résistance, imaginez-vous, et que je vous assure, moi je viens du Burkina Faso, parfois, j’ai déjà vu, un paquet, comment dirais-je, d’ARV, notamment le Triomune qu’on a retiré du traitement des personnes, qui était vendu par un vendeur ambulant et ce que lui il disait, c’est un antibiotique très puissant. C’est hallucinant quand vous rencontrez ces gens qui sortent de n’importe où, qui n’ont jamais été à l’école ou qui n’ont même pas fait une école de médecine de pharmacie, qui vous vend des médicaments et c’est effarant. C’est vrai que c’est la pauvreté qui pousse et l’ignorance qui pousse nos populations à aller vers ces médicaments mais aussi je pense que c’est le devoir du pouvoir public de mettre les moyens pour lutter contre ces médicaments parce que, c’est même la politique de santé et nationale des pays qui est en jeu, parce que ça va faire écrouler tout ce système qu’on a échafaudé pendant longtemps.

Mohamed : Surtout en Afrique vu les conditions sanitaires…

Sandra : Il n’y a pas qu’en Afrique, malheureusement. Léa ?

Léa Gasquet : Ce qui se passe du coup, pour revenir à l’exemple guinéen. Comment, à l’échelle d’un pays, lutter contre les faux médicaments ? On peut contrôler davantage l’importation des médicaments. Par exemple, typiquement les douanes contrôlent plus les livraisons, les cargos. L’enjeu puisqu’il faudrait déployer d’énormes moyens en fait pour réussir à faire ça efficacement, c’est quand même de favoriser l’accès à ces médicaments. En discutant avec le ministre de la santé, qui venait de ratifier une convention internationale qui s’appelle médicrime, dans lesquels les pays s’engagent en fait à lutter contre les faux médicaments, à la fin de la conversation il me disait quand même, j’ai bien conscience que tant qu’on n’aura pas un système de sécurité sociale efficace, les gens continueront à aller acheter des médicaments dans la rue, parce qu’en fait, ils ne peuvent pas faire autrement. Parce que, dans les pharmacies, c’est trop cher, parce qu’ils n’ont pas une couverture sociale efficace et donc c’est le seul recours.

Et donc, je voudrai parler simplement de quelques chiffres. Le point de départ de mon sujet ça a été ce chiffre, 700 000 morts par an. Donc les faux médicaments feraient 700 000 morts par an. Ensuite, je me suis intéressé d’un peu plus près à ce chiffre mais quand même une de mes grandes conclusions c’est que, ces 700 000 personnes qui meurent par an, malheureusement, elles ne meurent pas parce qu’elles sont directement intoxiquées ou par ces médicaments. Elles meurent en fait parce qu’elles ont recours à ces médicaments faute d’autre chose. Et malheureusement, le constat c’est que peut-être ces 700 000 personnes en fait, qui sont comptabilisées dans les décès suite à la prise de faux médicaments, elles seraient décédées de toute façon faute d’accès aux médicaments pour relativiser un peu ce chiffre. On tient un véritable problème avec ces médicaments mais plutôt que d’incriminer uniquement les personnes qui… les trafiquants quoi, qui fabriquent ces médicaments, etc. Il faut mettre en place des politiques sociales plus efficace. Et donc ce chiffre, qui à l’air vraiment effrayant, en effet, c’est énorme 700 000 personnes, moi voilà, tout est parti de ce chiffre. Je suis allée voir qui a avancé ce chiffre, d’où venait ces estimations. Alors ce chiffre, il était avancé donc dans les campagnes de sensibilisation dans plusieurs pays d’Afrique par l’institut de recherche anti contrefaçon de médicaments. Donc c’est un institut français. Puis, je me suis intéressée à cet institut, c’est vrai que cet institut fait de la sensibilisation contre les faux médicaments et il est financé par Sanofi, alors ça ne veut pas forcément dire que...

Mohamed : Je me demandais qui c’était les personnes concernées ?

Léa Gasquet : Les personnes concernées par ?

Mohamed : Par les 700 000 décès là, ils étaient atteints de quelles pathologies ?

Léa Gasquet : C’est pour ça que j’en viens à ce chiffre…

Mohamed : Ils ne prenaient pas que du viagra ceux-là ! Ce n’est pas du viagra…

Sandra : Juste, tu peux laisser terminer Léa s’il te plait Mohamed.

Léa Gasquet : Non, non, c’est dans le monde. Cette estimation, elle très vaste et très floue. Justement, je voulais savoir plus précisément qui c’était ces gens, de quoi ils étaient morts ? Evidemment, ce n’est pas… En fait, ce chiffre qui est avancé par des instituts qui luttent contre les faux médicaments, donc émane d’estimation d’un sim tank qui s’appelle policy network, qui lui aussi est financé par des grands groupes et qui a souvent pris des positions un peu étranges sur certaines choses. Par exemple, il était financé par un groupe pétrolier et il faisait des rapports très climatosceptiques comme on dit. Donc le réchauffement climatique était un peu une aberration. Et plus j’avançais dans mes recherches pour vraiment recouper les informations sur ce chiffre, sur ces 700 000 morts par an, plus je me disais quand même, il y avait des choses un petit peu floues, un petit peu étranges et puis j’ai contacté l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et j’ai essayé de vérifier ce chiffre et finalement ils m’ont dit c’est vrai que nous aussi on avait dit 700 000 morts par an, pendant longtemps sur notre site internet on pouvait trouver ce chiffre et puis en fait on a retiré ce chiffre parce qu’on a estimé que les études n’étaient pas fiables. On n’a pas vraiment en fait d’estimation du nombre de personnes qui décèdent chaque année suite à la prise de faux médicaments et c’est pour ça que je mettais en avant le fait qu’à part les quelques rares cas d’intoxication directes, le problème c’est qu’ils prennent ces médicaments faute d’autres choses.

Sandra : Inoussa, dernière intervention parce qu’on arrive à la fin de l’émission.

Inoussa : Ce qui veut dire Léa qu’en dehors de cette institution dont tu as parlé qui est financée aussi par des grands groupes, les pouvoirs publics n’ont pas créé d’instrument comme ça de contrôle assez viable pour contrôler la distribution de ces médicaments. Moi, ça m’étonne quand même des pays occidentaux et ça pointe du doigt l’ampleur du problème. Si en occident c’est comme ça, dans les pays en voie de développement comme en Afrique, c’est encore pire ! Les pouvoirs publics en Afrique sont un peu gangrénés parfois par la corruption et autre mais moi je m’attendais à un peu plus de rigueur dans des pays occidentaux.

Léa Gasquet : Ah non, mais dans les pays occidentaux, prenons l’exemple de la France, le circuit de distribution de médicaments est quand même très contrôlé. On ne peut pas acheter des médicaments dans la rue, en pharmacie on sait exactement d’où viennent ces médicaments, enfin, normalement. En revanche c’est sur Internet en fait que dans les pays occidentaux que le problème se pose. Comme les gens, par exemple on revient sur le viagra, n’osent pas acheter en pharmacie du viagra, ils vont en commander sur Internet, c’est plus discret. Là, il y a de fortes chances qui se retrouvent avec des trucs qui sont des faux. Concernant les outils de contrôle, il y a l’unité de contrôle de qualité des médicaments, c’est au niveau international. Donc c’est juste des remontées pour être plus simple, c’est des alertes qui remontent de différents pays, de différents services douaniers sur tels ou tels lots de faux médicaments. En fait ils collectent les informations. Ce que je voulais dire sur la France, c’est que moi dans cet article, je me suis intéressée à un autre problème qui peut émerger, c’est le prix des médicaments qui en compliquent l’accès, qui peut amener certaines personnes y compris dans des pays comme la France où on a un système de sécurité sociale extrêmement efficace à avoir recours au marché noir. Je ne sais pas si j’ai le temps d’expliquer…

Sandra : Non, malheureusement, mais la semaine prochaine on parlera de l’hépatite C justement. Tu en as parlé dans ton article donc on en parlera.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE