Le VIH vu du web : André Mama Fouda veut le dépistage VIH obligatoire au Cameroun

, par Sandra

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André Mama Fouda
Le VIH vu du web : André Mama Fouda veut le dépistage VIH obligatoire au Cameroun

Alexandre : Fin juin, le ministre de la santé du Cameroun André Mama Fouda a voulu rendre obligatoire le dépistage VIH pour toute personne en consultation dans un hôpital. Sur le papier, pour la lutte contre le VIH, on peut dire que ça pourrait avoir son utilité, c’est un raisonnement qui se tient. Mais en y réfléchissant bien, on se rend compte qu’il y a un certain nombre de problèmes qui sont relevés. Ainsi, un blogueur a écrit un long point de vue sur le site journalducameroun.com. Il a interrogé divers membres du corps médical, des spécialistes camerounais installées en Belgique, qui se disent pour la majorité d’entre eux pour le moins étonnés par cette mesure. Un médecin du travail a par exemple avancé que l’administration d’un acte médical devait respecter l’autonomie et le consentement du sujet.

L’article se base en outre sur les documentations et recommandations de l’ONUSIDA relatives au 90/90/90, vous le savez, cet objectif des 90 % des personnes au courant de leur séropositivité, 90 % de ces personnes traitées et 90 % de ces personnes en charge virale indétectable. Rien ne dit, dans le rapport de l’ONUSIDA, qu’un test de dépistage doit être obligatoire. Ainsi, Journal du Cameroun cite le texte : « Les approches coercitives violent non seulement les normes fondamentales des droits de l’homme, mais elles entravent également l’espoir de mettre fin à l’épidémie du sida. Comme l’expérience à travers le monde l’a montré de manière répétitive et concluante, les approches coercitives éloignent les personnes des services dont elles ont vraiment besoin ». Fin de la citation. L’Organisation Mondiale de la Santé, l’OMS, prône cinq éléments majeurs à retenir par tout organisme de conseil et de dépistage, à savoir le consentement éclairé, la confidentialité, les conseils, les résultats corrects et des connexions faites avec la prévention, les soins et le traitement.

L’article se range totalement de ce point de vue, et craint que les gens, qui ne désirent pas pour une raison X ou Y se voir imposer un test de dépistage, arrêtent de se rendre à l’hôpital et ainsi retourner voir des guérisseurs traditionnels, avec des conséquences sur la santé publique. Si un individu se rend à l’hôpital et émet un refus catégorique à l’idée d’avoir un test de dépistage, va-t-on le forcer ?

Je vous vois venir à me demander « mais pourquoi refuser un test de dépistage ? ». J’ai plusieurs mots pour une seule réponse, la peur, le déni, le « ça sert à rien » voir le « je ne veux pas savoir ». Le fait qu’on puisse penser avoir de grands risques d’être infecté mais de préférer ne jamais le savoir, parce qu’on aurait la sensation de n’être malade qu’à partir du moment où on en est informé catégoriquement. Ce n’est, bien sûr, que mon avis.

L’auteur pose divers type de questionnement et fait d’ailleurs quelques erreurs de langage, des erreurs guère étonnantes car fréquentes à l’écrit comme à l’oral. Il met au même niveau VIH et SIDA qu’il distingue de la séropositivité, et se demande si, au lieu de continuer d’associer VIH = SIDA = Mort imminente, les médias, notamment, pouvaient communiquer sur un SIDA guérissable mais une séropositivité incurable. L’idée serait de rendre les gens mieux disposés à se soumettre à un test et à suivre un traitement. Mais avec cette idée on retomberait possiblement dans le risque de ces dernières années, celui de la banalisation du VIH et de l’oubli de ce dernier, ce qui aurait des conséquences bien plus néfastes sur la prévention.

Nous faisons face à un problème multiple : continuer la prévention, réussir à convaincre les gens de se dépister, sans les forcer, et crier haut et fort qu’on peut vivre avec le VIH tout en essayant d’éviter un effet banalisant, qui peut amener à des jeunes qui pensent que la maladie est guérissable. Ce qui n’est pas vrai, pas actuellement.

Revenons-en au dépistage obligatoire. Ce n’est pas exclusif au Cameroun, et c’est un sujet très ancien. On peut remonter et parler du CNS, le Conseil National du SIDA, qui dans un avis datant de 2004 s’était déjà exprimé sur le sujet. Pourquoi favoriser un dépistage volontaire plutôt qu’un dépistage obligatoire ? Je cite : « Tout accident d’exposition au sang du fait d’un acte de soin est par nature imprévisible. Dans la mesure où le dépistage du soignant aurait pour objectif de protéger le patient, il devrait donc être réalisé avant chaque intervention du professionnel de santé pour garantir la sécurité maximale du soigné, ce qui dans les faits est irréaliste. De toute façon, il existe un délai entre le moment de la contamination et le moment où l’on est capable de détecter l’infection. C’est d’ailleurs durant cette période « silencieuse » que la quantité de virus est la plus forte et que le risque de transmission est le plus élevé. L’argument de la protection du patient par le dépistage obligatoire du personnel soignant a donc des limites évidentes, d’autant que toute mesure de contrôle obligatoire peut inciter une partie de la population concernée à chercher à y échapper.

Enfin, le recours au dépistage régulier comme substitut aux pratiques de prévention favorise un sentiment de fausse sécurité. L’instauration du dépistage obligatoire des soignants risquerait donc d’attribuer indûment à cette méthode la propriété d’un moyen de prévention. Mis en confiance par des résultats négatifs répétés, le personnel soignant risque de se déresponsabiliser vis-à-vis de sa pratique, amenant à une baisse de vigilance à l’égard des précautions universelles. » Le CNS ajoute par ailleurs que le dépistage obligatoire serait contraire à la Résolution de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies du 19 avril 1996, montrant qu’en plus du non-respect des droits et de la dignité de l’éventuel patient, des études ont montré qu’une prévention coercitive ou répressive réduirait la participation et aliénerait les personnes exposées à l’infection”. C’était le CNS en 2004, c’était la Résolution de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies en 1996. Mais on peut remonter encore plus loin dans le temps, un temps où les fantômes du dépistage obligatoire existaient déjà.

Dans le journal l’Express, le 25 novembre 1993, le journaliste Gérard Badou publiait un long article intitulé « les mirages du dépistage obligatoire » et expliquait les problèmes d’une telle mesure qui était déjà imaginée à l’époque, ceux qui ont vécu avant les années 90 se souviennent peut-être des slogans du Front National appelant à la création de sidatorium et du dépistage systématique. Je cite l’article : « Selon les partisans des tests obligatoires et généralisés à l’ensemble de la population, trop de personnes dites « à risques » passent à travers les mailles du réseau de dépistage volontaire. « Ce qui importe, explique le sénateur Jacques Sourdille, c’est qu’il y ait le moins possible de porteurs du virus dans la population. » On ne peut que s’associer à ce souhait. L’erreur est de croire que le dépistage obligatoire puisse conduire à ce résultat. En effet, cette méthode ne tient pas compte d’un certain nombre de réalités scientifiques, dont la principale est la « fenêtre de séroconversion ». En clair, l’expression signifie que, lorsqu’une personne est infectée, il s’écoule une période, qui peut atteindre trois mois, pendant laquelle la présence du virus est indétectable. Le sujet, se croyant séronégatif, peut alors, en toute ignorance, contaminer ses partenaires sexuels. D’après des estimations citées par le « New England Journal of Medicine », ce taux de faux négatifs atteindrait 3% des individus soumis au dépistage. Soit, rapporté aux 7 millions de tests pratiqués chaque année en France, 210 000 personnes transformées en inconscientes « bombes à virus ». Voilà qui permet de mieux comprendre à quelle fausse sécurité aboutirait le dépistage de masse. »

Tous ces chiffres étaient énoncés à l’époque, je rappelle que l’article a 23 ans, ils ont évolué depuis, évidemment, et dans le bon sens puisque par exemple il n’est pas nécessaire d’attendre plus que 6 à 8 semaines pour être certain de son résultat. Mais faut-il remettre, comme l’a initié le Cameroun, ce débat sur le dépistage obligatoire au goût du jour pour autant ? À vous, chers auditeurs, de me le dire.

Sandra : Merci Alexandre pour cette chronique alors là je vais demander à l’équipe radio un défi. Il ne reste pas beaucoup de temps à l’émission et il faut qu’on parle de l’association Sol En Si donc si vous souhaitez réagir là, en quelques mots, rapidement.

Christian : Je vais faire court parce qu’il faudrait qu’on revienne dessus. Le dépistage volontaire obligatoire pour que finalement comme moi, comme je travaillais dans une chaine de radio privée comme on l’a toujours fait au Cameroun pour que dès qu’on sait que tu es victime du VIH, après ton patron par derrière te pointe du doigt et que les auditeurs qui ont l’habitude de te suivre et qui ne savent pas de quoi tu es victime se mettent à te regarder d’un mauvais oeil. C’est l’un des plus mauvais ministre de la santé que nous ayons eu au Cameroun ce monsieur-là. Je vous assure ! Je vous avais pris l’exemple la dernière fois d’une amie auditrice qui se mourrait de l’hépatite. Vous savez que l’hépatite on ne traite pas ça au Cameroun. Après l’émission, la dame est venue nous voir. J’ai pris la dame, je suis allé avec elle chez Mama Fouda en voulant rencontrer ce monsieur. Mais il fallait simplement évacuer la femme pour qu’elle vienne en Europe. Il n’a pas pu débloquer cette petite somme minable. Elle s’est battu par ses propres moyens. Elle est venue en France. Aujourd’hui, elle se porte très bien. Je vous donne encore une autre information, il m’a été dit, parce que je n’ai pas encore réuni toutes les informations dessus mais on a injecté le VIH. Si cette histoire-là est vraie, le dépistage obligatoire c’est pour injecter. On m’a dit qu’on a injecté ces derniers temps à plus de 1000 personnes à Yaoundé un sang infecté du VIH ! C’est quoi ça ?!...

Sandra : Alors, je réagis rapidement. Ce sont des informations à vérifier ce que tu viens de dire. Mohamed, très rapidement s’il te plait ?

Mohamed : Moi c’était pour dire que non seulement le dépistage était relativement important. Mais je comprends la colère de Christian. Mais ici aussi en France il y a eu des dérives, au niveau du sang contaminé. Après il faut voir l’accès aux soins. Il ne s’agit pas seulement d’être dépisté et de ne pas pouvoir se faire soigner. C’est pour ça que le dépistage est important…

Christian : Mais ça doit être volontaire pas obligatoire.

Sandra : Le débat continue sur le site comitedesfamilles.net. N’hésitez pas à laisser vos commentaires.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE