Archive 2013 : vivre avec le VIH en Martinique, Carole raconte son parcours

, par Sandra

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Archive 2013 : vivre avec le VIH en Martinique, Carole raconte son parcours

Sandra : Souvenirs, échange avec Carole et Valérie, deux soeurs qui vivent en Martinique ! Je les avais rencontrées lors de mon séjour en Martinique, en 2013. Carole fait partie du réseau des correspondants de l’émission Vivre avec le VIH, du Comité des familles, et même si aujourd’hui on a peu de nouvelles, on pense toujours à elle. Je vous propose de l’écouter, avec sa soeur Valérie.

Début de l’enregistrement

Sandra : Te souviens-tu du jour où tu as appris ta séropositivité ?

Carole : Le jour ? Non, pas vraiment. Mais la période c’était au moment où on faisait la prise de sang pour, comment on appelle ça ?

Sandra : Pour faire un bilan ?

Carole : Non, c’est pour savoir si on est enceinte ou pas. J’ai oublié le nom.

Valérie : Un test de grossesse ?

Carole : Non, non, il y a un nom.

Valérie : Pour savoir le nombre de…

Carole : Oui voilà. Et c’est à ce moment-là qu’ils ont vu que j’étais séropositive. Mais le médecin ne m’a pas dit tout de suite. Il m’a envoyée au CHU, dans le service. Le médecin traitant m’a juste dit qu’il y a juste un petit microbe dans le sang donc pour avoir plus de renseignements, de monter au service.

Sandra : C’était en quelle année ?

Carole : C’était en 1996. Et voilà, je suis allée dans le service. Ils ont refait la prise de sang. Tout de suite après, je crois 2h après, ils sont venus me dire que je suis séropositive. Ils ont dit directement, ils ne sont pas passés par 4 chemins.

Sandra : Savais-tu de quoi il s’agissait ?

Carole : Pas du tout. Moi j’ai laissé le médecin parler (rires). J’ai laissé parler le médecin puis voilà quoi. J’ai dit s’il est en train de parler c’est que c’est peut-être urgent ou je ne sais pas trop quoi. Je n’avais pas trop envie d’entendre quoi que ce soit. Même s’il donnait des explications vis-à-vis du VIH et tout ça. Vu aussi que la façon qu’il parlait, qu’il discutait, c’était des mots de médecins et tout ce qui s’ensuit. Moi je n’ai pas besoin de savoir ça.

Sandra : Qu’est-ce que tu avais besoin de savoir ?

Carole : Avoir des explications oui mais, avec nos mots à nous.

Valérie : Des mots simples.

Carole : Pas des HTC, des je ne sais pas trop quoi (rires).

Sandra : Que s’est-il passé ensuite ? Après ce premier entretien ?

Carole : Je n’ai pas attendu jusqu’à la fin, je me suis levée, je suis partie.

Sandra : Ah bon ? Le médecin n’avait pas fini les explications tu es partie.

Carole : Je suis partie et j’étais avec justement mon compagnon, ce qui veut dire le père de mon fils. Lui aussi n’a rien compris. Il n’a absolument rien compris de ce qu’il expliquait. C’est le lendemain que je me suis dit bon, je vais peut-être aller voir mon médecin traitant, pas retourner à l’hôpital. Il m’a expliqué un petit peu ce qui se passe. Mais même là, je n’avais pas vraiment compris. J’ai dit peut-être c’est quelque chose d’urgent et il faut que je sois sous traitement par rapport à mon fils, par rapport à mon bébé tout ça. C’est un autre médecin qui m’a expliqué vraiment la situation. C’est justement ce médecin qui sortait de France qui m’a expliqué un petit peu la situation et c’est de là que j’ai pris la décision de me mettre sous traitement. Je l’ai pris un petit peu en terme de banalité. C’était plus par rapport à mon bébé. Si c’était pour dire ah oui je suis malade, je suis ceci et puis voilà, je ne vais pas tarder à mourir et tout ça… j’ai pensé plus à mon bébé. La force c’était mon bébé. Même mon compagnon qui était à côté, je l’avais complètement oublié (rires).

Sandra : Comment ça oublié ?

Carole : Vraiment complètement oublié. Le truc c’est que, quand on envoie quelqu’un à l’hôpital, c’est pour quelque chose. Moi je me suis dit ça, c’est pour quelque chose, c’est quelque chose de grave ou soit… me mettre sous traitement ou me faire suivre par quelqu’un d’autre, je ne sais pas trop quoi. Mais si c’est pour aller à l’hôpital, c’est pour quelque chose de grave. Mais je n’ai pas vraiment réalisé la situation du coup j’ai juste mis en tête c’est mon bébé.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Carole et Valérie qui était à ses côtés au micro de l’émission Vivre avec le VIH. C’était en 2013. Elle racontait comment elle a appris sa séropositivité et si vous voulez entendre l’intégralité de son témoignage, je vous invite à aller sur le site comitedesfamilles.net

Ecouter l’intégrale de l’émission Vivre avec le VIH en Martinique

Sandra : Mohamed, as-tu une réaction particulière à ce que tu viens d’entendre ?

Mohamed : Non, rien de spécifique. Aux Antilles, ça se passe différemment, apparemment la patiente ne comprenait pas trop les termes médicaux…

Sandra : Après c’est elle, c’est une expérience, c’était en 1996… c’était une autre époque qu’aujourd’hui.

Mohamed : C’est vrai. Au niveau des grossesses, c’était encore délicat. Là maintenant, c’est plus souple, celui qui a le VIH il peut concevoir, se projeter, avoir un enfant.

Sandra : Tout à fait. Grâce aux traitements, on peut avoir...

Mohamed : C’est ça qui l’a fait basculé dans le positif, c’était plus la naissance de son gosse.

Sandra : A l’époque, les médecins conseillaient malheureusement d’avorter parfois.

Mohamed : Voilà, ils disaient c’est trop tard, il va être contaminé, il n’y a rien à faire, il va souffrir. Enfin, c’est un peu comme ça qu’ils parlaient. Maintenant, il y a des procédés, des combinaisons pour qu’ils ne développent pas la maladie. Donc l’espoir est de mise.

Sandra : On va écouter un dernier rap, donc avec l’artiste Zankifo. Il a fait un hommage à Ali, qui était… enfin qui est toujours, mais c’est juste que maintenant, il ne participe plus à l’émission. Mais il participait très régulièrement à l’émission, donc à l’époque qui s’appelait Survivre au sida. On écoute et vous allez découvrir qui est Ali, grâce à ce beau texte de l’artiste Zankifo, qu’il a aussi écrit à l’occasion de l’événement le Méga couscous des familles vivant avec le VIH.

Diffusion du titre Zankifo.

Sandra : Zankifo ! Voilà, un beau texte aussi je trouve. C’est bien cette jeunesse hein ?

Mohamed : Oui !

Sandra : Zankifo a rencontré Ali et Ali lui avait raconté son parcours, de jeune délinquant, il est passé par la prison, paf, il a attrapé le VIH, toxicomanie, bon. Et ça l’a touché, et du coup il a couché ce texte et voilà.

Mohamed : C’est bien.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE