L.Thévénin « 1 euro mis dans un appartement de coordination thérapeutique est un gain complet pour la société »

, par Sandra

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Laurent Thévénin, délégué national de la FNH VIH et autres pathologies, Sandra Bazizane, chargée de communication à la FNH VIH et autres pathologies et Mohamed, membre de l’équipe radio Vivre avec le VIH
L.Thévénin « 1 euro mis dans un appartement de coordination thérapeutique est un gain complet pour la société »

Sandra : De retour à l’émission de radio Vivre avec le VIH, et nous allons maintenant parler des ACT, des appartements de coordination thérapeutique avec Laurent Thévénin qui est venu, parce qu’il fait partie de la fédération nationale des hébergements VIH et autres pathologies. Est-ce que vous pouvez vous présenter à nouveau pour ceux qui nous rejoignent ?

Laurent Thévénin : Oui, merci Sandra pour ton invitation. Je suis Laurent Thévénin, délégué national en effet de cette fédération nationale qui s’appelle la FNH VIH et autres pathologies.

Sandra : Evidemment, l’équipe radio est là pour réagir, pour poser des questions, même si moi j’ai préparé toute une batterie de questions. Est-ce que tu es prêt Laurent ?

Laurent Thévénin : Je suis prêt Sandra.

Sandra : D’abord, petite présentation. Au début des années 1990, face à la situation des malades du sida, des associations se mobilisent et créent un dispositif d’hébergements temporaires adapté aux besoins d’un public en grande difficulté.

En 1994, un travail conjoint avec les associations gestionnaires d’hébergement et la Direction Générale de la Santé permet l’émergence d’un dispositif expérimental encadré par une circulaire d’août 1994, les Appartements de Coordination Thérapeutique (A.C.T).

Les A.C.T. proposent un accompagnement global, médical, psychologique et social, un accompagnement qui décloisonne les pratiques et apporte des réponses efficaces à l’urgence sociale des personnes malades, voilà pour ceux qui ne savaient pas.

Et c’est en 1998 que la fédération nationale d’hébergement VIH s’est créée ! Racontez-nous Laurent.

Laurent Thévénin : Oui en effet, vous avez très bien commencé l’histoire Sandra…

Sandra : Oh, je t’ai tout piqué sur votre site ! (rires).

Laurent Thévénin : Cette fédération s’est en effet créée sur l’initiative des acteurs associatifs qui étaient gestionnaires d’hébergement. C’est simplement cette initiative, cette créativité associative qui a fait que ces associations qui historiquement étaient des associations militantes, se sont…

Yann : des hébergements…

Laurent Thévénin : Des hébergements pour les personnes qui n’avaient pas de logement et donc qui vivaient à la rue et qui de surcroît étaient atteintes d’une pathologie chronique, initialement, la pathologie du VIH.

Yann : Qui en plus à l’époque mouraient très rapidement du fait… il n’y avait pas encore les trithérapies qui avaient pu soulager cette pathologie.

Laurent Thévénin : C’est ça. L’accompagnement médico-social comme on l’appelle actuellement n’était pas encore développé pour ce champ qu’on appelle aujourd’hui le champ des personnes à difficulté spécifique dans notre jargon médico-social. Ces établissements, progressivement, se sont ouverts à d’autres pathologies que le VIH à partir de 2002. L’année de 2002 est très importante pour notre fédération puisqu’il y a cette grande loi du 2 janvier 2002, une loi qui rénove l’action sociale et médico-sociale, qui donne un certain nombre de droits aux personnes accompagnées et surtout un certain nombre d’obligations aux établissements gestionnaires. A partir de 2002, ces hébergements, ces établissements d’hébergements pour personnes malades chroniques ont étendu leurs spectres d’activité et maintenant elles interviennent depuis cette date auprès de toutes les pathologies chroniques.

Yann : Je pense qu’il faut savoir aussi que l’ACT n’est pas limité aux personnes VIH et plutôt des personnes à multiples pathologies. En tout cas, l’époque où, je suis séropositif depuis 25 ans, et il est vrai que l’ACT était vraiment, et c’était ça, sa force aussi, ouvrait ses portes à des personnes qui pouvaient aussi avoir des problèmes d’addiction quelconques, alors qu’eux, avaient presque la double-peine parce que VIH + certaines addictions par exemple. Et vous, vous étiez là pour, pas donner une dernière chance, mais avec un encadrement tellement global que ça permettait aux personnes parfois, avec un pourcentage assez important de retrouver pied et de retrouver une autonomie.

Laurent Thévénin : Oui, tout à fait. C’est un encadrement qui est réellement global puisqu’au-delà de l’hébergement de ces personnes, c’est un accompagnement qui est médico-psycho social. C’est-à-dire que de manière obligatoire, puisque c’est la réglementation en vigueur, chaque équipe d’accompagnement est composée a minima d’un médecin, de personnel paramédical, d’une équipe de travailleurs sociaux de niveau 2 et 3 et de psychologues. C’est bien cet accompagnement multidisciplinaire qui forme, si vous voulez, le coeur du sujet et le coeur de la problématique finalement puisque les personnes qui sont accompagnées dans ces établissements, des problématiques qui sont très intriquées, des problématiques à la fois sociales, des problématiques médicales et aussi des problématiques de logement. Il s’agit de co-construire avec les personnes un parcours à la fois résidentiel, un parcours sanitaire, de soins, de retour aux droits et un parcours social aussi. La question qui avait été soulevée tout à l’heure, des reconduites à la frontière ou des ruptures de droits ou des attentes en préfecture est un sujet qui nous tient particulièrement à coeur puisqu’aujourd’hui encore dans notre fédération nationale, certains de nos adhérents rencontrent ces problématiques avec des ruptures d’accompagnement médico-social, en plein de milieu de l’accompagnement d’hébergement, ce qui est un grand choc naturellement pour les personnes mais ce qui est un choc aussi pour les équipes d’accompagnement qui n’arrivent pas à terme de leur accompagnement.

Mohamed  : C’est ce qui s’est passé je crois dans le début des annés 2000. Parce qu’avant le réseau était assez dense, le réseau appartement lié au VIH ou pas et après, il a été un peu restreint. On a vu que ça s’est un peu dissout, que les appartements sur la région parisienne commençait à s’amoindrir et après c’était plus délégué à d’autres maladies ou à d’autres choses. Mais pas aux personnes, pas au public spécifiquement VIH ou lié à la toxicomanie ou l’alcoolisme. Ils pensent qu’il y a des maisons de sevrage pour cela ou de repos pour soigner et donc ils ont délaissé le logement social pour les malades. Enfin, moi c’est ce que je trouve, par rapport à en 1998, à peu près tu dis. Il y en avait à peu près 200 ou 300 sur l’Ile-de-France. Aujourd’hui, il n’en reste même pas une dizaine.

Laurent Thévénin : En réalité, il en existe beaucoup plus. Année après année, il y a des petites créations de places supplémentaires. C’est un point qui est particulièrement important pour nous, c’est la carence de l’offre. Simplement pour citer qu’un chiffre, aujourd’hui pour 100 personnes correspondants aux critères d’admission, c’est-à-dire atteinte par une pathologie chronique, rencontrant une situation de précarité sociale et financière, n’ayant pas un logement durable, il n’y a que 4 personnes qui peuvent être admis. C’est un taux d’admission est à 4%. En revanche, le nombre de places créées lui ne cessent d’augmenter. Mais il est insuffisant en Ile-de-France, c’est 730 places, d’appartement de coordination thérapeutique, mais ouvert à toutes les pathologies chroniques, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, que pour les personnes qui sont en situation de fin de vie. Pour celles qui peuvent être atteintes de diabète et qui sont à la rue, pour celles qui sont atteintes d’un cancer et qui sont à la rue, pour celles qui sont atteintes d’une pathologie VIH, d’une pathologie hépatique et naturellement aussi pour toutes ces personnes qui sont atteintes de plusieurs pathologies qui est un point très important pour notre fédération puisque c’est un public finalement qui se retrouvent un petit peu rejeté de toutes les cases médico-sociales et toutes les catégories d’accompagnement.

Mohamed : Ca c’est vrai qu’ils sont plus exclues par rapport à d’autres qui ont d’autres pathologies mais est-ce que le nombre est encore assez suffisant, les 700, par rapport à la demande et à l’urgence ?

Laurent Thévénin : Non…

Mohamed : Maintenant, excuse-moi, qu’est-ce qu’ils créent ? C’est des petits Ehpad, des structures… ça ils les prennent sous tutelle, façon de parler, comme ça ils les casent et puis après ils s’occupent des soins à l’intérieur. Mais l’idée des appartements relais c’était une bonne idée je trouve.

Sandra : J’aimerai bien aussi qu’on parle de la province, qu’on ne se focalise pas sur l’Ile-de-France puisque, fédération nationale donc voir aussi quelles sont les différences, les points communs. Est-ce qu’en province ce sont les mêmes thématiques ou est-ce que vous arrivez à répondre à la demande ?

Laurent Thévénin : Non. Pour être très clair, aujourd’hui il manque 10 000 places sur l’ensemble du territoire national métropolitain et ultramarin y compris. Vous l’avez dit Sandra, nous sommes une fédération nationale, nous avons une couverture nationale sur l’ensemble des régions administratives, quelles soient métropolitaines ou ultramarines. Les problématiques sont strictement les mêmes. Il y a aujourd’hui une forte carence de l’offre. Il y a des places créées d’une manière insuffisante et de surcroît, il y a une observation de nouvelles problématiques sociales. Hier, on ne pensait pas que les ACT étaient en capacité d’accompagner par exemple un enfant de 4 mois atteint d’une pathologie cancéreuse, aujourd’hui c’est l’établissement ACT qui le fait. Demain, il y a nouvelle vague d’appartement de coordination thérapeutique qui va être créé uniquement pour le champ du handicap psychique et pour la santé mentale. Donc, on est très satisfait si vous voulez comme fédération nationale de ne pas segmenter l’offre en fonction de la pathologie, qu’on soit atteint d’une pathologie cancéreuse ou VIH, les problématiques peuvent être les mêmes. C’est la problématique des droits, du parcours social, du parcours résidentiel. En revanche, cette ouverture à toutes les pathologies, de facto le nombre de places qui étaient traditionnellement dite généralistes et qui convenaient aux problématiques de pathologies uniques, principalement adultes. Mais aujourd’hui l’offre se diversifie. Nous nous en félicitons. Mais par exemple, il est prévu pour la campagne budgétaire 2017, simplement une création de 270 places supplémentaires pour l’année 2017 alors que nous, nous en demandons 10 000 comme fédération nationale. Vous voyez l’effort encore qui reste à faire en sachant qu’une place de coordination thérapeutique est financée uniquement sur les crédits de la sécurité sociale. Et donc vous comprenez aussi la problématique de la fédération nationale, à demander beaucoup de places et les retours que peuvent nous faire les administrations centrales ou ministère de la santé, mais également les parlementaires qui nous disent attention, on ne peut pas non plus créer beaucoup de places étant donné que vous êtes financés uniquement sur le modèle de la sécurité sociale.

Yann : La question qu’on a envie de vous poser c’est, je sais qu’elle est difficile, mais quelles sont les personnes réellement prioritaires ? Parce que 4 places sur 100, on a envie de se poser la question. Est-ce que ça vaut le coup que je fasse une démarche qui va être longue, astreignante, qui va me demander de, en tout cas si c’est pas une association qui s’en occupe, de contacter toutes les maisons qui peuvent m’héberger. Quelles sont les priorités pour éviter aux personnes de perdre leur temps j’ai envie de dire.

Laurent Thévénin : Là, vous poser également une question importante. Finalement, est-ce qu’on fait pour simplifier le processus d’établissement ? Comment est-ce qu’on fait pour que les personnes ne galèrent pas à envoyer des dossiers médicaux, des dossiers sociaux à une panoplie d’établissement qu’ils ne connaissent même pas ? Aujourd’hui, la fédération travaille sur ce processus de simplification du processus de pré-admission. Naturellement, c’est le gestionnaire de l’établissement, le directeur, son équipe médicale et son équipe sociale qui vont procéder à l’admission. En revanche, pour que la personne soit bien orientée, nous sommes en train d’ailleurs avec l’agence régionale de santé d’Ile-de-France de créer des interfaces d’admission. C’est le cas dans le département du 93 parce qu’il y avait beaucoup trop d’établissements, du coup, les personnes envoyaient une dizaine de dossier à une dizaine d’établissements et attendaient donc une dizaine de réponses, principalement négatives. Aujourd’hui, pour simplifier tout ça, on est en train de regrouper les associations gestionnaires adhérentes à la fédération pour qu’elles puissent s’entendre entre elles, créer un guichet unique d’interface d’admission. Et pour répondre à votre seconde question, il n’y a pas forcément de critères prioritaires au-delà de, une pathologie chronique, une situation de précarité sociale et financière et une absence de logement. En revanche, il y a des projets associatifs. Derrière chaque projet associatif se cache une historique d’une association. Certaines associations ont été construites comme je vous l’ai dit sur le militantisme contre le sida. Donc elles ont un projet associatif qui est principalement tourné autour des personnes atteintes par le VIH. D’autres associations ont une structuration qui est plus tournée vers le champ du handicap psychique. Ce n’est pas qu’elles vont privilégier la personne en situation de handicap, mais elles sont plus compétentes en tout cas sur ce champ. Ce que nous souhaitons à la fédération nationale, c’est que chaque personne puisse trouver une solution d’accompagnement et qu’aucune personne en situation de pathologie chronique atteint par une situation de précarité sociale et financière et sans logement se retrouve à la rue. Et pour y arriver, ce que nous voulons faire, comme il manque 10 000 places, qu’on n’arrivera pas à créer 10 000 places, c’est agir en amont. Et agir en amont c’est quoi ? C’est la prévention. On peut prévenir de 2 manières différentes. Soit la personne est déjà dans son logement, elle a une pathologie chronique, ça va vite elle dégringole, elle perd ses droits, elle perd son emploi, elle n’a plus de revenu, elle est soumise à une procédure d’expulsion locative. Ce que nous souhaitons faire, c’est que les équipes des appartements de coordination thérapeutique puissent se déplacer dans ces logements, qu’ils soient sociaux, publics ou privés peu importe, pour que la personne puissent avoir un retour à ses droits, pour qu’il y ait des procédures bancaires qui soient menées, un retour aux soins, etc. Il y a des expérimentations qui sont en cours. 96% des expulsions locatives des personnes étant menacées d’expulsion locative ne sont plus dans cette procédure lorsqu’il y a une intervention d’une équipe pluridisciplinaire d’ACT à l’extérieur si vous voulez de l’hébergement ACT. C’est ça que nous voulons faire, c’est aller vers les personnes. Aller vers les personnes, c’est aussi se déplacer dans les hébergements sociaux, dans les centres sociaux, dans les centres d’hébergements et de réinsertion sociales. Qui est-ce qui se déplace ? Ce sont les équipes pluridisciplinaires. Donc le médecin, l’infirmière, les travailleurs sociaux, voir les centres d’hébergements sociaux pour mener à bien un retour aux droits, un accès à la santé, des programmes d’éducation thérapeutique, pourquoi pas si la personne en a besoin et surtout la mission principale, c’est un retour vers le logement.

Lorsque les personnes passent par un ACT en Ile-de-France, plus de 60% de ces personnes retrouvent un logement de droits communs, comme vous et moi. Pas un hébergement stable ou un hébergement précaire ou un hébergement durable. Non. Un bail de droits communs, à son nom. Et c’est ça ces résultats qui sont très importants, c’est ce qu’on dit continuellement au ministère en charge de la santé, c’est que 1 euro mis dans un appartement de coordination thérapeutique, c’est une utilité sociale, une utilité médico-sociale et surtout une utilité économique et un gain complet pour la société qui est extraordinaire. Prenons le sujet des expulsions locatives. Une expulsion locative d’une personne malade chronique, aujourd’hui ça coûte environ 10 000 euros en coût pour la société. 10 000 euros, l’ensemble de la procédure. Une intervention pluridisciplinaire d’un appartement de coordination thérapeutique, la personne n’est pas expulsée et ça va coûter maximum 4000 euros à la sécurité sociale. Ce que nous voulons faire tout simplement, essaimer ce dispositif qui est actuellement uniquement expérimental en Rhône-Alpes et en Normandie pour l’essaimer sur l’ensemble du territoire national. Nous n’y sommes pas parvenus…

Mohamed : Excuse-moi, je te coupe, mais je pense qu’ils ne voient pas comme ça eux. Ils ne voient pas 4000 euros. Eux, ils voient, on te coule, on te met à la rue et c’est comme ça qu’ils pensent. Moi, ce que je me demande, c’est pourquoi ils les ont restreint ce réseau d’appartements.

Laurent Thévénin : En fait, ils ne l’ont pas restreint. Il se développe année après année.

Yann : Et puis il y a l’histoire Mohamed. Je pense que tu es resté aussi avant les trithérapies tu vois. Il s’avère que…

Mohamed : Le réseau est restreint, il n’existe presque plus, il est minime.

Yann : Moi, je parle pour le VIH en tout cas, il est vrai qu’à partir de 1995, 1996, il y a eu moins de demandes des personnes touchées par cette pathologie. Avant, rappelle-toi, dans les années 95, les gens mouraient comme des mouches. Donc il y avait aussi une réponse d’urgence.

Christian : Pourquoi les ACT ne sont pas, c’est quand même une fédération, pourquoi vous n’êtes pas visibles partout puisque vous n’agissez pas dans l’anonymat ? Moi, j’étais par exemple à Bordeaux. J’ai flirté avec les toxicomanes, les gens de la rue, puisque je dormais dans la rue, c’était très dur, et là-bas, on a quand même l’impression que c’est lettre morte. On ne sait même pas ce que c’est parce que malade ou pas, on ne vous renseigne pas, on ne vous oriente pas. Et la deuxième question c’est, qui finance les ACT au vu du gros boulot que vous avez ? Parce que vous êtes extrêmement submergés par le flux n’est-ce pas des malades et des migrants, et ce n’est pas fini. Comment est-ce que ça se passe ?

Laurent Thévénin : Pour répondre à votre première question de la visibilité, ce n’est pas propre aux appartements de coordination thérapeutique. Il y a plus d’une trentaine d’établissements socio-médicaux qui ne sont pas connus. Le secteur social, médico-social est un secteur fragmenté qui est peu visible et peu connu. Nous, on s’étonne toujours par exemple qu’un médecin généraliste ne connaissent pas l’offre disponible, sociale ou médico-sociale sur son territoire. Nous sommes toujours très surpris qu’un service de cancérologie, alors qu’on est dans un virage ambulatoire, que les gens sont hospitalisés de moins en moins longtemps, ne connaissent pas l’offre disponible d’appartements de coordination thérapeutique. Nous faisons un travail à la fédération nationale de visibilité pour nos adhérents, pour le système, mais ce travail doit être aussi impulsé par les agences d’Etat. C’est l’Etat qui organise, qui régule, qui finance. Au niveau régional, ça s’appelle agence régionale de santé. Nous espérons avec cette nouvelle loi de santé, la loi de 2016, la loi de modernisant notre système de santé, les prochaines plateformes territoriales d’appui, que l’ensemble de l’offre disponible sur le territoire soit connu de l’ensemble des offrants de santé. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, les acteurs ne se connaissent pas. Ils sont fragmentés dans le champ de la santé mais pire encore pour nous. Ils sont fragmentés entre le social et la santé, entre ce qui relèvent du logement social ou privé, l’organisation du logement, l’organisation de la santé et l’organisation de ce qui s’appelle la lutte contre l’exclusion. Des secteurs qui se parlent très peu, ce qui créent une confusion et ce qui créent une illisibilité de l’organisation ce dont pâtit les appartements de coordination thérapeutiques. En même temps, pour 100 demandes, nous avons que 4 possibilités d’admission. On est très favorable à ce qu’il y ait plus de visibilité mais ce que nous demandons c’est une création d’offre suffisante pour que les demandes d’admission ne puissent pas trouver lettre morte. Il faut quand même le rappeler Sandra, après les ACT, il n’y a pas d’autres catégories d’établissements d’hébergement qui prennent en charge la santé et le social. Soit la personne va aller dans un secteur hospitalier où elle va rester quelques jours, 3 ou 4 jours, soit elle va aller dans un hébergement social où il n’y aura ni médecin ni infirmier et quelques travailleurs sociaux et dans des conditions bien qu’on soit dans un phénomène d’humanisation des centres d’hébergements sociaux, ce ne sont pas les mêmes conditions que dans un appartement de coordination thérapeutique. En sachant qu’à présent, les ACT sont soient en forme, on dit regroupé ou pas, c’est-à-dire que ce sont des appartements dans le parc privé ou public qui s’appelle appartements de coordination thérapeutique où la personne vit toute seule ou à 2 ou maximum à 3 et où c’est l’équipe pluridisciplinaire qui se déplace dans l’appartement.

Sandra : Alors, attend Yann, il faut qu’il réponde aussi à la deuxième question de Christian, comment c’est financé ?

Laurent Thévénin : On est sur un financement sécurité social. Ce sont des objectifs nationaux de dépenses d’assurance maladie qui sont votés tous les ans par le parlement. Donc ce sont aussi nos parlementaires qui décident de l’augmentation du volume de places. Ce n’est pas uniquement l’Etat. C’est aussi vos députés, vos sénateurs qui vont arbitrer tous les ans entre octobre et fin décembre, combien il sera donné en grosses enveloppes, pour aller à l’hôpital, puis au médico-social et puis dans le médico-social il y a le champ du handicap, des personnes âgées et du public en difficulté spécifique dans lequel existent les appartements de coordination thérapeutique mais aussi les établissements pour les personnes en situation d’addiction.

Yann : Au final, la fédération nationale ne va-t-elle pas finalement elle-même s’occuper du dispatching des places ? C’est quoi le projet final ?

Laurent Thévénin : Non, la régulation du secteur médico-social. Pour les places, c’est la direction général de la santé (DGS) qui ventile les places. Donc là sur les 270 places qu’on attend cette année, je rappelle que c’est nettement insuffisant, 270 places pour 10 000 personnes adultes et je ne vous ai pas compté les enfants dans les 10 000 personnes, il y a environ 103 départements, 270 places divisées par 103 départements, vous vous rendez compte de la faiblesse si vous voulez de la création de l’offre. C’est la DGS qui ventile les places, alors en faisant remonter les besoins des agences régionales de santé (ARS), qui sont sur toutes les régions, c’est l’instance de régulation de la santé et nous incitons l’ensemble des associations gestionnaires d’hébergements de bien remonter leurs places à ces fameuses ARS pour qu’elles remontent aux ministères pour qu’il y ait une création de places sur le territoire.

Mohamed : Est-ce l’Etat donne… parce que l’idée elle est louable, mais est-ce que l’Etat vous suit ? S’ils vous donnent des places au compte-gouttes, c’est que l’idée pour eux ne semble pas tellement bonne. Apparemment, c’est secondaire que de s’occuper des handicapés, des vieux… Ils délivrent que 2 places par an. Tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est pas très social.

Laurent Thévénin : Oui, on en veut plus, bien évidemment. Il y a un tout peu plus de places chaque année. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de création d’offres comme dans certains secteurs, où en effet, les créations d’offres sont complètement gelées. Aujourd’hui, sur l’ensemble du territoire nationale, c’est 2200 places. On attend 270 places. En pourcentage, ça fait environ une augmentation de 10% du volume d’accueil mais on est sur des scores qui sont, je le rappelle, très faible, très bas.

Sandra : Une bonne nouvelle quand même, c’est important. La loi Egalité et Citoyenneté adoptée en lecture définitive en décembre 2016 : les personnes sortant d’ACT sont reconnues prioritaires à l’accès au logement social. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

Laurent Thévénin : C’est une excellente nouvelle. C’est un combat d’une année de travaux parlementaires, de défense des intérêts des associations gestionnaires qui sont au service des personnes accompagnées. Encore faut-il qu’il y ait des places attribuées…

Yann : Une optique sociale et tout ça…

Laurent Thévénin : Et ne pas être prioritaire d’une liste d’attente, ce n’est pas l’objectif. En revanche, ce qu’on observait c’est que les personnes qui étaient accompagnées en ACT, n’étaient plus reconnues prioritaires DALO, donc droit d’accès aux logements opposables parce qu’ils étaient déjà en situation d’hébergement. Donc on n’avait pas à mettre les personnes à la rue pour qu’elles soient reconnues prioritaires DALO donc il a fallu mener un certain nombre d’actions parlementaires. On a profité de l’examen du projet de loi égalité citoyenneté pour que les personnes sortant d’ACT soient reconnues prioritaires à l’attribution d’un logement social. Pour nous il s’agit de, quand la personne va mieux, qu’elle puisse retrouver un logement de droits communs.

Yann : Juste pour une petite synthèse, je suis dans une précarité absolue, malade chronique, qu’est-ce que je fais ? Je ne suis pas appuyé par une association parce que je n’ai pas encore rencontré ce monde-là. Dois-je envoyer ma demande d’admission auprès de la fédération ou je continue à faire association par association ?

Laurent Thévénin : Le plus valable pour vous, pour débuter vos démarches, c’est d’être accompagné…

Yann : Par une assistante sociale,...

Laurent Thévénin : Par une assistante sociale, votre médecin généraliste, un acteur de santé, un centre de santé, peu importe. Vous pouvez y aller aussi directement. En revanche, il y a un dossier médical à remplir et un dossier social. Donc, il vaut mieux être accompagné. Théoriquement, une assistante sociale doit connaitre l’offre a minima d’ACT et a minima où elle se trouve sur son territoire. Si elle a été mal formée, si ce n’est pas sa priorité de savoir où les personnes seront hébergées, elle peut aller simplement sur le site de la fédération où on a un système de cartographie en ligne qui va lui permettre de savoir où sont les établissements d’hébergements à proximité, soit du lieu de vie de la personne, soit à proximité de son lieu de soin. Mais l’idée c’est bien qu’il y ait un repérage.

Sandra : Je vais être obligée de conclure la discussion, c’est passionnant mais on arrive à la fin de l’émission. Merci beaucoup, c’était vraiment très intéressant. J’en profite pour dire qu’au mois de juin, il y aura un colloque de la fédération nationale d’hébergements VIH et autres pathologies qui aura lieu au mois de juin, je vous laisse le présenter.

Laurent Thévénin : Oui, tout à fait. C’est une grande étape pour la fédération. C’est une étape de mobilisation de l’ensemble des acteurs qu’ils soient privés à but non lucratif comme public. Tout le monde y ait convié, surtout les personnes accompagnées parce que c’est un axe fondamental pour la fédération, c’est de co-construire les dispositifs d’aujourd’hui et de demain avec les personnes qui sont elles-même concernées, avec les professionnels de l’accompagnement, avec les administrateurs des associations gestionnaires, avec les partenaires publics. C’est le 29 et 30 juin à Tours. Pour tout renseignements, vous pouvez aller sur le site de la fédération nationale et on sera très heureux de vous y convier.

Yann : Et une toute dernière petite chose, pour les personnes qui n’ont pas accès à Internet, on les oublie trop, est-ce qu’il y a un numéro de téléphone où on peut avoir d’autres renseignements sur l’ACT en général.

Laurent Thévénin : Ah oui bien sûr, vous pouvez contacter le siège de la fédération nationale. 01 48 05 55 54.

Sandra : Super. Chers auditeurs, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net.