Rubrique culturelle : coup de gueule des sans voix, Sinémensuel / Yann démissionne avec Les vilards !

, par Sandra

PNG - 294.4 ko
Rubrique culturelle : Coup de gueule des sans voix, Sinémensuel / Yann démissionne avec Les vilards !

Yann : On a reçu, tu avais invité une journaliste de Sinémensuel, pour parler des tracas avec le tarif des médicaments exorbitants et tout ça. Donc, j’avais encore envie de mettre un petit coup de projecteur sur ce journal qui fait mal et ça fait du bien, Sinémensuel, au prix exorbitant de 5 euros. Ce mois-ci, c’est un coup de gueule des sans voix. Les sans voix, c’est des gens comme nous. Vous allez voir dans ce journal qu’il y a aussi bien des infirmiers, des chômeurs, des kiosquiers, des ouvriers spécialisés, un panel de gens qui donnent leur avis sur la politique depuis 30 ans et c’est très très fort. Je vais vous lire un tout petit extrait d’un témoignage de Laurence, 50 ans, infirmière libéral.

Comment dire à une vieille dame que je vais venir moins souvent ? Le métier change, les hôpitaux gardent les malades moins longtemps. Avec le vieillissement de la population, les gens maintenus à domicile ne sont plus en état, ont besoin d’aide et n’en n’ont pas. On rend tout un tas de petits services par empathie. Aller à la pharmacie, à la boulangerie, poster une lettre. On court partout. On travaille le dimanche. Tôt le matin, tard le soir. En décembre, la sécu me convoque à mon cabinet. Je suis ciblée me dit-on. Aujourd’hui, une jeunette débarque m’expliquer qu’il faut faire des économies. Sans blague !? Puis, elle me sort une plaquette avec des photos de plaies, de pansements. Des photos de plaies ? Et se lance dans un laïus : “Il ne faudrait pas refaire des pansements tous les jours. Un jour sur deux ou sur trois, cela suffit”. Elle est venue m’expliquer mon boulot en quelques sortes, des fois que je ne saurai pas juger, que je jetterai les pansements par les fenêtres, que je m’en servirai en gaspillant sur des plaies qui n’en seraient pas. Je me suis énervé. Je lui ai demandé si elle allait aussi m’expliquer comment aller dire à une vieille dame que je vais venir moins souvent, qu’elle coûte trop cher, qu’elle se dépêche de crever. C’est ça qu’elle est venue me dire ! Au bord des larmes, elle me dit qu’elle se fait jeter de partout. Je lui annonce que ce n’est pas fini, que ça retombe sur elle. Mais à un moment, ça suffit d’expliquer aux gens que tout est de leur faute, que les malades ont tort et que ceux qui s’en occupent sont des irresponsables. Elle part en claquant la porte mais sans oublier de me laisser la putain de plaquette.

Yann : Un petit exemple voilà d’un coup de gueule. Mais il y en a un autre, parce que je vous avais quand même fait l’honnêteté de vous dire que je ne n’avais pas été voter aux primaires et je vois que Odillon, 30 ans, chef opérateur intermittent a beaucoup mieux expliqué que moi ce dégoût qu’on a maintenant de la politique.

J’étais adolescent en 2002, quand la question du vote utile a émergé face à Jean-Marie Le Pen. Depuis 12 ans que j’ai le droit de vote, je n’ai jamais voté pour un candidat qui me plaisait réellement. Cette fois, j’ai décidé que je n’irai pas voter. Pourtant, j’ai soutenu l’idée qu’il fallait faire front contre le Front National puis contre Sarkozy, parce que tous les gouvernements ne se valent pas et qu’il est plus simple de résister à un pouvoir oppressif quand on vit dans un milieu d’intello de gauche que quand on est pauvre, isolé ou musulman par exemple. Le milieu des intermittents est solidaire et facilement mobilisable. Nous, nous pouvons lutter. Ce quinquennat a montré les limites de cette stratégie. J’avais voté Hollande pour éviter d’en reprendre 5 ans de plus avec Sarkozy. Je ne le referai pas. Je savais qu’Hollande n’était pas le mec le plus à gauche du PS. Mais je n’avais pas prévu un bilan pareil. La loi El Khomri, la loi Macron, l’état d’urgence, le recul de la PMA, ne pas avoir sanctuarisé comme promis le statut des intermittents. Un paquet de déception voyez-vous. Une trahison en fait. A force de voter utile, le moins pire est de pire en pire. Je me construis désormais dans l’opposition. Homo, métis, intermittent. Je fais partie d’une minorité sexuelle, raciale et sociale, sans être radicalement anti démocrate. J’ai pris conscience que les intérêts des minorités sont très peu représentés dans notre système politique. A quoi bon participer à cette mascarade ?

Yann : Voilà, je vous conseille vraiment de vous rapprocher de ce journal ce mois-ci parce que ça fait du bien de lire des gens qui pensent comme nous, qui sont vraiment dans la réalité du monde. Dès que j’allume la télé et que je vois ces hommes politiques qui se plaignent de leurs conditions catastrophiques comme quoi on les assassine de mots qu’ils ne méritent pas… on n’en peut plus !

J’ai envie de terminer sur une touche en vous disant qu’ici on embrasse tous Nadine, Stanis, Francine, tous nos correspondants qui sont loin et qui nous manquent. Qu’est-ce que j’ai d’autres à vous dire ?

Sandra : Je vais juste rebondir, il est temps que je m’abonne à Sinémensuel, vraiment, parce que c’est de la qualité. Tu parlais des infirmières et infirmiers, et je pensais faire une émission justement là-dessus, pour parler du boulot incroyable que font ces personnes, parce que je suppose que vous, en tant que personnes séropositives, vous en rencontrez et je pense que vous êtes d’accord…

Yann : Notamment à l’hôpital de jour où quand on est hospitalisé et là vraiment on se rend compte qu’effectivement elles ont une responsabilité énorme parce que, vous savez, moi je les vois quand il faut donner les médicaments et qu’elles sont comme ça en train de courir… on voit qu’une infirmière a normalement à peu près 11 personnes à s’occuper. Actuellement, en 2017, elles en sont à 16,5. Donc, ce n’est pas rien. Et la nuit, imaginez quand il y a un problème, qu’il faut attendre l’arrivée de l’interne. Enfin bon. On sait que l’hôpital est mal mais il ne faut pas taper sur ces gens-là quoi.

Sandra : C’est clair. Je te laisse poursuivre.

Yann : J’avais envie d’embrasser toutes les personnes qui souffrent d’une manière ou d’une autre, ce soir j’ai le coeur tendre même si je suis un petit peu révoltée sur pas mal de choses. Je vais terminer ma rubrique en vous disant que, voilà, pour la faire simple, c’est deux frangins, quasi-bretons, alors je n’ai pas bien compris le quasi-breton ce que ça voulait dire. P’tre que Morgane du Comité des familles St-Brieuc nous expliquera ce qu’est un quasi-breton. En tous les cas, ils essayent de faire des musiques à mieux vivre et des textes forts. Celui-là s’appelle “Démission”. En gros, on n’en veut pas de vos miettes, de vos abonnements à la misère. C’est un vrai coup de gueule. C’est une utopie peut-être mais en tout les cas, qui n’a jamais pensé un jour dans son cursus de travailleurs de se dire, si j’allais planter mes carottes sur un petit terrain et peut-être vivre moins dans la consommation mais avoir le temps de lire mes 3 livres que j’ai envie de lire par semaine et que je n’ai pas le temps ! Voilà donc on envoie avec ce petit groupe, qui a son premier album, qui s’appelle Les vilards.

Diffusion du titre “Démission” du groupe Les vilards.