Burkina Faso : Christine Kafando, séropositive depuis 22 ans, lutte pour les enfants infectés par le VIH

, par Sandra

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Christine Kafando, lors de la conférence de presse ONUSIDA à l’Hôtel de Ville de Paris
Burkina Faso : Christine Kafando, séropositive depuis 22 ans, lutte pour les enfants infectés par le VIH

Sandra : Vous êtes avec Yann, Christian, Mohamed et moi-même, pour l’émission Vivre avec le VIH. Maintenant nous allons écouter la suite du témoignage de Christine Kafando.

Au mois de juillet, s’est déroulée une conférence de presse organisée par l’ONUSIDA à l’Hôtel de ville de Paris. Etaients présents :

Michel Sidibé, directeur exécutif d’ONUSIDA
Anne Hidalogo, maire de Paris.
Michèle Boccoz, ambassadrice française de la lutte contre le VIH/Sida
Christine Kafando, fondatrice de l’association Espoir pour Demain.

Cette dernière est aussi la première femme séropositive à avoir témoigné à visage découvert dans son pays, le Burkina Faso. Nous avons eu le plaisir d’écouter une première partie de son discours à l’émission du mardi 17 octobre : “Ca fait 20 ans que j’avale les antirétroviraux. Ca fait 22 ans que je suis dépistée séropositive et ce n’était pas facile en ce temps. Je veux juste partager avec vous une expérience pour dire d’où on est parti et être aujourd’hui face à vous tous, grâce à tous les acteurs qui nous accompagnent.” C’est comme ça qu’elle a commencé sa prise de parole à l’hôtel de ville et je peux vous dire qu’elle a capté l’attention de tout le monde. “J’ai été d’abord stigmatisée par le personnel de santé. Vous imaginez ceux qui doivent nous accompagner, c’est eux qui nous jettent. Et ensuite, stigmatisée par l’entourage, la famille, les amis, ainsi de suite. Et on se disait, on prend notre mal en patience en attendant le jour J. Le jour de la mort.”. Et finalement, cette femme burkinabè a survécu, elle a pu avoir accès aux traitements et non seulement aujourd’hui elle est vivante, mais elle a aussi décidé de se battre, d’agir pour la génération suivante. Je vous propose d’écouter la suite du témoignage de Christine Kafando.

Début de l’enregistrement.

Christine Kafando : C’est comme ça que j’ai fondé l’association Espoir pour demain, pour permettre à ses enfants et aux femmes enceintes séropositives de pouvoir accepter le VIH et vivre positivement avec. Quand j’ai créé l’association, au tout début, on était 3. Au bout de 4 ans, une année, on était à 50 enfants séropositifs enregistrés avec leur famille. Quelques temps après, il y a eu le programme prévention transmission mère-enfant qui est arrivé avec l’AZT. Il fallait donner l’AZT à la femme enceinte, elle accouche et basta. Le traitement n’était pas à long terme donc du coup, ça ne servait à rien de donner le traitement, l’enfant naissait et il reprend du virus de sa mère. C’est comme ça qu’on a tâtonné avec les autorités et le système de santé, pour pouvoir mettre en place des programmes pour l’élimination de la transmission mère-enfant. Je pense que la lutte contre le VIH/Sida, le parent le plus pauvre, c’est le volet pédiatrique et le volet prévention transmission mère-enfant. Aujourd’hui si on est là, c’est parce qu’on s’est occupé de nous. Donc à notre tour de mettre beaucoup l’accent sur la prévention transmission mère-enfant et de mettre l’accent ensuite sur la prise en charge pédiatrique. Dans mon pays, la prise en charge pédiatrique, est très limitée. Les ARV de seconde ligne c’est très rare d’en trouver. Les enfants passent rapidement en échec thérapeutique parce qu’il n’y a pas plus d’accompagnement tant au niveau communautaire, tant au niveau médical. Il ne suffit pas d’avaler des médicaments. Il y a autre chose qui accompagne le médicament. Mais tout ça, ça n’existe pas ! Du coup, ces enfants, font des résistances et n’ont plus la chance de vivre, simplement parce que le système est défaillant. Pas de réactif pour faire les examens, pas de traitement de seconde ligne et ainsi de suite. Donc vraiment, c’est comme si on se bat et paf, on nous ramène à la base. Je voudrais interpeller tous les acteurs ici présents de mettre l’accent sur la prise en charge pédiatrique et la prévention de la transmission mère-enfant.

Je ne veux pas terminer ici sans dire merci à mon grand frère, Michel Sidibé, parce qu’effectivement, il a si bien dit. Ces 3 90, au début on s’est dit ça c’est un rêve, on ne peut pas… nous, on va lutter, mais bon, ce n’est pas sûr qu’on puisse vraiment éliminer le VIH, je n’y crois pas. Et puis petit à petit, je me suis rendu compte que depuis le témoignage à visage découvert que j’ai eu à faire avec le président de la république Burkinabé, avec la photo qu’on a eu à faire. Là encore, il a fallu batailler parce que les gens voulaient truquer pour mettre juste ma photo à côté de lui et faire un copier-coller. J’ai dit “il n’en est pas question”. Moi, ma photo n’ira pas à la présidence si je ne suis pas moi-même à la présidence. Il est président mais il ne sait pas. Ils le prennent comme ils veulent mais moi en tout cas, tant que je ne suis pas à côté, je ne ferai pas de photo. C’est comme ça qu’on m’a appelé à la présidence et j’ai fait la photo avec lui. Et la première personne qui lui a expliqué c’est quoi les CD4, la charge virale, c’était moi, n’étant pas médecin. Et là il était sur sa chaise et me dit “mais comment vous faites ?”. J’ai dit “Je vis. Je vis, que voulez-vous que je fasse ? Je sais que je vais vivre encore plus”. Il dit mais “comment ça ?”. “Parce que vous allez mettre en place un système pour que tout le monde puisse avoir accès aux médicaments, tout le monde peut se soigner et là ce sera un soulagement pour moi et ça va prolonger ma vie. Il a dit ok. Il appelle son adjoint pour lui dire essaye de voir qu’est-ce qu’on peut faire pour les antirétroviraux, la réduction des coûts des antirétroviraux, la gratuité des examens, et tout. Et c’est comme ça que mon plaidoyer a commencé dans mon pays.

L’association que j’ai créé a 664 enfants séropositifs. 300 enfants nés de mères séropositives et parmi ces 300 enfants, on a perdu un seul enfant. Ces enfants sont tous bien-portants. Et là, on a un soutien français qui nous a accompagné pendant 5 ans avec la nutrition pour les enfants et les antirétroviraux pour certains enfants. Les enfants et mères séropositives ont bénéficié du traitement. Elles ont eu des enfants qui sont nés non-infectés. Il y a environ 800 femmes séropositives dans l’association que nous accompagnons chaque jour sur tous les plans, psychologique, médical, nutritionnel. On essaye de faire en tout cas avec ce qu’on peut. Au début, on avait un budget annuel de 150 000 euros environ. Aujourd’hui, je n’ai que 20 000 euros pour accompagner ces enfants. Je voudrais interpeller ici, voir dans quelle mesure vous pourrez jeter un regard spécial sur les enfants dont j’accompagne parce qu’en ce moment, beaucoup de gens sont là et connaissent le territoire, c’est difficile.

Et avant de prendre l’avion pour venir ici, j’étais avec le secrétaire permanent du conseil nationale de lutte contre le sida, en présence de l’ONUSIDA, je leur ai dit, “si vous ne vous bougez pas, il n’y aura plus de peuple”. On pense qu’on avance mais si on ne fait rien, on va reculer 10, 20 ans en arrière. Tout le monde a sa responsabilité.

Et je voudrai dire un grand merci aux associations françaises présentes dans cette salle, notamment, Sidaction qui accompagne pas mal d’associations dans les pays en voie de développement dont le Burkina bénéficie et aussi Aides qui depuis très longtemps, depuis le début a accompagné des associations, sans oublier Act-Up. Act-Up m’a formée en son temps et ils m’ont permis de rencontrer des grands scientifiques comme le professeur Jean-François Delfraissy et puis en son temps Michel Kazatchkine, plein d’autres partenaires avec qui j’ai discuté pour pouvoir avoir accès aux traitements, pour pouvoir comprendre la recherche, pour pouvoir aider tous ceux qui sont avec nous dans ce pays et dans les autres pays. Donc merci à ces associations. Le combat n’est pas terminé. Moi, je réaffirme mon engagement, ma détermination. Christine Kafando ne s’arrêtera jamais. Je ne quitterai jamais la lutte contre le sida tant qu’on ne voit pas le bout. Faites ce que vous voulez, qu’il y ait de l’argent ou pas, moi je reste à vie dans le VIH/Sida. On ne peut pas me déstabiliser dans ce domaine-là. Je compte sur vous tous ici présents pour m’accompagner dans mon engagement, ma détermination et moi aussi je ferai mon possible pour vous accompagner dans ce que vous voulez atteindre, dans vos objectifs communs.

Je vais terminer en vous invitant au Burkina Faso. Madame la maire, monsieur le directeur exécutif de l’ONUSIDA, madame l’ambassadrice, pour que je vous montre le Burkina et ce que nous avons fait, que je lui montre les réalités. Ceux qui doivent décider souvent ne connaissent pas la réalité. Moi, je suis sur le terrain. Quand on fait quelque chose, on va sur le terrain, on voit ce qui se passe avant de dire quelque chose.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Christine Kafando que j’ai eu le plaisir de rencontrer à l’Hôtel de Ville de Paris au mois de juillet. Quelle femme, n’est-ce pas ?

Mohamed : Elle a la patate !

Sandra : Ah ouais !

Yann : La niak ! Il en faudrait dans tous les pays. Félicitations madame !

Sandra : Ah oui vraiment, je ne sais pas quoi dire comme commentaires. J’espère qu’Anne Hidalogo, Michèle Boccoz vont aller au Burkina pour voir la réalité. C’est vrai qu’on entend ce qui se passe dans les pays d’Afrique, etc, mais, j’imagine que si on voit la réalité à quel point les hôpitaux sont…

Yann : Elle doit même peut-être travailler avec notre ami Inoussa Sawadogo, très impliqué dans la lutte.

Mohamed : Certainement. Il faisait bien son travail lui aussi.

Yann : On l’embrasse fort, il doit écouter l’émission par le site. Je sens la vitalité et le combat que tient cette femme et tous ces acteurs au Burkina. Félicitations et merci pour accentuer la prévention et donc diminuer les contaminations dans votre pays.

Christian : Le combat qu’elle mène, je voudrai savoir, elle est toujours au Burkina ?

Sandra : Oui.

Christian : Ces réseaux de personnalités qui luttent pour le VIH, ils vont aller dans son pays, on ne va pas leur montrer les vraies choses. On va montrer exactement une autre face de la chose. Quand les autorités du pays savent qu’on va recevoir telle ou telle personnalité, les données changent. On masque tout et on vous sert sur un plat en or ce que vous voulez voir. Pourtant, les réalités sont là et désastreuses.

J’espère que le message qu’elle a lancé, tous les présidents africains d’autres pays d’Afrique vont véritablement prendre le pas aussi pour veiller et lutter pour que les uns et les autres puissent continuer à prendre bien le médicament. Dans presque tous les pays d’Afrique, les prises de sang, les bilans sont coûteux. Ils ne font même pas les prises de sang comme il faut. Il faut faire 1 an dans ton pays pour économiser une grosse somme d’argent et aller faire un bilan. Tu as vu Sandra, il a fallu qu’elle rencontre monsieur le président, elle a fait de belles photos avec ce monsieur. Merci beaucoup Christine Kafando pour le combat que tu mènes. Le message est clair et bien passé. Vraiment que le bon combat continue.

Sandra : Merci, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net si vous avez d’autres réactions.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE