Anastasie : « La lutte continue toujours pour les femmes »

, par Sandra

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Anastasie : « La lutte continue toujours pour les femmes »

Anastasie  : Je voudrai parler un peu de la journée de la femme parce que je suis une femme. Je suis une mère de famille donc comme je dis toujours, la lutte continue toujours pour les femmes. La femme est un sujet de débat assez important, que ce soit dans les médias, dans le monde politique. Et je pense que la femme a toute sa place, que ce soit dans la politique, dans la vie professionnelle comme mère de famille, comme épouse. Je pense qu’elle doit trouver sa place. Les choses peuvent changer, que ce soit en politique ou dans le monde professionnel pour qu’elles puissent avancer tel que les hommes. Faire plutôt de la mixité que de voir toujours l’homme progresser dans la hiérarchie et que la femme soit derrière quoi.

Sandra : Est-ce que toi au cours de ta vie il y a eu des choses qui t’ont été refusées, que tu n’as pu faire parce que tu es une femme ?

Anastasie : En fait, oui et non. Dans la mesure où quand j’étais jeune, j’avais des projets, des envies, surtout sur le plan des études professionnelles. Malheureusement, je me suis retrouvée mariée et le rêve s’est un peu arrêté là. Mais je n’ai pas attendu qu’on me dise lève-toi, marche, et dépasse et vit ce que tu as envie de vivre, bien que tu sois femme au foyer, mère, tu peux avancer dans la vie. Donc je me suis donné des atouts, à la fois de formation, tout en étant chez moi et ce grand plaisir quand mes enfants ont grandi, de continuer à avoir cette envie de travailler. D’être à la fois une mère comblée par le fait d’avoir des enfants et aussi la possibilité de pouvoir gérer une vie professionnelle. Je pense que c’est important et je me suis donné en fait ce droit, parce qu’il faut parler des droits de la femme, quand la femme ne se prend pas en charge, parce qu’il faut se prendre en charge aussi, par rapport à sa propre vie, par rapport à ses envies ett dire voilà, j’avance et je fais ce que j’aime faire. Alors ce qui me désole un peu, c’est le fait qu’au niveau de l’enseignement pour les filles, on a toujours tendance à orienter la fille vers des métiers qui sont, entre parenthèses, dit de filles. Soit être couturière, sage-femme, etc. Mais aujourd’hui on voit que beaucoup de femmes travaillent par exemple dans la mécanique, font du sport, ce qu’elles ne faisaient pas dans le temps. Et je pense que c’est important. Ca permet donc à la femme de trouver sa place dans la vie de tous les jours.

Moi, ce qui me touche beaucoup cette année par rapport à la famille et aux femmes, je dis la famille parce que la famille, c’est surtout la femme. Elle a un rôle qu’elle joue chez elle, par rapport à l’éducation des enfants. Parfois elle peut donner l’éducation, parfois elle ne peut pas donner cette éducation. Donc souvent elle est confrontée à des difficultés par rapport aux relations mère-filles ou mère-garçons, il faut qu’elle ait le courage de demander de l’aide pour savoir comment elle peut changer son milieu familiale. Je pense que c’est très important parce que les problèmes sont là aujourd’hui. Quand on voit tout ce qui se passe au sein des familles où les mamans sont complètement dépassées par les événements de fugue, de désaccords. La femme se sent seule parfois. D’où la nécessité de se rapprocher des associations qui peuvent les aider à s’en sortir, à mieux s’en sortir.

Sandra : Ah bah justement, en parlant d’associations, tu es venue avec de la documentation, tu m’as parlé d’une association, ça m’a interpellé, la brigades des mères. Qu’est-ce que c’est ?

Anastasie : La brigade des mamans, je ne sais pas si c’est vraiment une association mais c’est un groupe de femmes qui se mobilisent pour défendre les droits des femmes, les intérêts des femmes, tant dans le domaine de la violence familiale, que dans la culture, tout ce qu’une femme peut avoir pour s’en sortir dans la vie de tous les jours. Cette association se trouve à Sevran. Certaines des femmes ont donné leur avis sur la femme. Il y en a une qui disant qu’être femme c’est un combat de tous les jours. Je pense la même chose qu’elle. Puisqu’on a l’impression de se justifier par rapport à tant de choses. Je pense qu’il faut se rapprocher de cette association pour les femmes qui sont intéressées. Je n’ai pas les coordonnées mais ça se trouve à Sevran. Elle disent même qu’elles sont les mères de la République !

Sandra : Est-ce que dans ton pays d’origine, le droit des femmes est mis en valeur ? Y-a-t-il une égalité homme/femme dans ton pays d’origine ?

Anastasie : Je suis née au Sénégal, ensuite j’ai… je peux dire immigré au Bénin, parce que mes parents étaient au Sénégal, ensuite on a dû rentrer au Bénin. Et je parle surtout du Bénin par rapport aux femmes. Les femmes ont une émancipation qui est aujourd’hui beaucoup plus intéressante que dans le temps. Dans le temps de mes parents où la femme en fait était plus la mère au foyer, c’est elle qui s’occupe des enfants, c’est elle qui a la charge de la maison. Et au fil du temps donc à ma génération, nous avons eu cette joie de la scolarisation à la fois les garçons et les filles. Donc on a eu pas mal de femmes qui sont des haut cadres, qui sont aujourd’hui ministres, et qui font beaucoup de la politique, aussi dans le domaine de la magistrature et qui s’en sortent très bien. Alors moi le seul souci que j’ai par rapport aux femmes dites femmes d’aujourd’hui, c’est le fait qu’elles ne se donnent pas assez la main en fait. Elles sont plus dans des désaccords de jalousie qui font qu’elles ne progressent pas dans les hautes sphères de la politique. J’espère qu’un jour ou l’autre, elles comprendront la nécessité de faire avec toutes les femmes, pas simplement vouloir avoir une place et gérer seule une vie quoi.

Je donne un peu de mon expérience dans la mesure où j’étais femme au foyer, j’ai décidé par la suite de faire des formations et de trouver un travail pour pouvoir être une femme comblée complète parce que souvent, le rôle de la femme est vraiment mis dans un contexte qui ne doit pas l’être en fait. Donc, j’ai pu élever mes enfants, j’ai pu travailler, j’ai une retraite !

Sandra : Une bonne retraite ?

Anastasie : Oui, je pense. Mais je me suis beaucoup battu parce que dans le monde du travail, il y a des discriminations, et surtout quand on est noir, surtout femme, plus que les hommes, on doit se battre doublement. Déjà dans l’entreprise, il y a des problématiques mais quand on est noir, c’est encore multiplié par X. Donc ce n’est pas toujours évident de s’en sortir. Mais je m’en suis sorti, je suis fière. Mais je me suis donné les moyens de m’en sortir. Ce qui n’est pas évident quoi, et puis dans les relations hommes/femmes, ce n’est pas facile. Bon, j’ai eu une vie de couple. Au début ça va, après ce n’est pas évident de tout gérer. Mais savoir ce qu’on veut devenir et comment on peut concilier la vie de femmes, la vie de mère et la vie professionnelle. Donc se battre, se battre tout le temps.

Sandra : Tu as travaillé dans un monde plutôt masculin ou pas ?

Anastasie : Non, plutôt féminin. Dans le temps. C’est plutôt un monde féminin, où il y avait je pense 80% de femmes et de femmes combattantes. J’avais pour patron des syndicats. Entre les grèves, bon, j’ai vécu cette période…

Sandra : Tu as déjà fait des grèves alors ?

Anastasie : Ah oui, oui. Mais maintenant ce n’est plus hier. Il y a beaucoup de préoccupations surtout chez les femmes encore. On ne va pas dire aujourd’hui je laisse mon travail pour aller faire la grève, voilà. Le salaire est maigre et la possibilité de s’en sortir n’est pas toujours évidente pour la femme.

Sandra : Quel serait ton message pour les femmes en général ? Si elles doivent retenir une chose, une philosophie de vie, pour toi, qu’est-ce que ce serait ?

Anastasie : Etre femme c’est être soi-même et ne pas avoir peur de transgresser pas mal de choses pour arriver à s’améliorer, et à avancer dans le temps quoi.

Sandra : Transgresser carrément ? T’es une rebelle en fait. On ne dirait pas comme ça.

Anastasie : Ah oui, tout à fait. Non mais je suis douce de coeur mais rebelle, pas dans l’agression, dans le désir de changer les choses et d’avancer en fait. Ne pas se laisser, je vais utiliser un gros mot, martyriser par les hommes (rires).

Sandra : Ohlala ! Mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? (rires)

Anastasie : Ils ne m’ont rien fait mais c’est-à-dire que, certains hommes, c’est tout pour moi et rien pour la moitié quoi. Je pense qu’il y a une complémentarité qui doit être faite entre l’homme et la femme. C’est à la femme de trouver sa place et dans le dialogue. Quand il n’y a pas de dialogue, c’est là que je deviens un peu insupportable (rires).

Sandra : Est-ce que tu te souviens d’un combat pour lequel tu as milité ?

Anastasie : La plupart des victoires que nous avons obtenues c’est sur conditions de la femme, parce que parfois vous avez les femmes qui sont enceintes et qui ne peuvent pas avoir vraiment du temps pour élever leurs enfants. Donc il y a eu ce combat de femmes, il y a aussi sur le plan du salaire, on s’est beaucoup battu sur le plan du salaire. Donc si je dis aujourd’hui, j’ai une retraite qui me convient, c’est grâce à ce combat.

Ce que je voudrai dire aussi par rapport aux jeunes filles d’aujourd’hui. Au niveau de la scolarité, il faut qu’elles sachent ce qu’elle veulent faire. Ne pas se laisser manipuler dans des formations qui ne leur conviennent pas, qu’elles sont obligées parfois de faire et puis de se retrouver à galérer quoi. Donc se donner le droit de dire non, je veux ceci et pas cela. C’est important.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : C’était Anastasie au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. On l’écoutera à nouveau, elle a quelques conseils à nous donner en tant que femme séropositive. Des réactions sur ce qu’elle a dit ?

Antigone Charalambous : Il y a tellement de choses à dire, ça fuse trop là.

Mc Coco : Anastasie, c’est une femme courageuse, j’admire son courage, une femme battante, une femme exemplaire.

Sandra : Si vous êtes comme Antigone, que vous restez sans voix, ce n’est pas grave, vous pouvez réagir sur le site comitedesfamilles.net, laisser un commentaire et nous, ça nous fera très plaisir de vous lire. On pourra réagir aussi, discuter, peut-être que j’en lirai aux prochaines émissions.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE