La première chronique féministe d’Alexandre Bordes !

, par Sandra

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La première chronique féministe d’Alexandre Bordes !

Alexandre : Aujourd’hui, nous sommes le 8 mars, et le 8 mars, c’est la Journée Internationale de la Femme ! Stooooooop ! Je vous arrête mesdames, qui hurlez sans doute « NOOOON, La journée des DROITS DE LA FEMME, MERCI ! », sur le papier cette journée a été instaurée par l’Organisation des Nations-Unies, et elle s’intitule bien « Journée Internationale de la Femme ». C’est ainsi dénommé par le site des Nations-Unies. Prêtons-nous au jeu de l’Histoire, et retrouvons ensemble les fondements de cette journée.

Quelles sont les mères en quelque sorte de la Journée Internationale de la Femme ? La question s’est posée jusque dans les années 70. En effet, jusque là, la légende urbaine voulait que cette journée soit une commémoration du 8 mars 1857, date d’une manifestation de couturières à New-York. Or, aucun journal, aucun organisme ne fait mention de l’existence de cette manifestation. Mais alors, quel âge a réellement cette journée ? Je ne sais pas si vous savez autour de la table ?

Antigone Charalambous : La toute première était en 1911 et l’idée a été lancée par l’internationale des femmes socialistes en 1910.

Alexandre : 1910, exactement. Donc on va arrondir à 106 ans, par rapport à 1910 même si officiellement, c’est 1911. La Journée Internationale de la Femme a 106 ans. Selon Françoise Pick, historienne, « c’est en août 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer ». Il y a deux ans, le Journal du CNRS écrivait, je cite : « La date du 8 mars n’est pas avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ». En 1910, les objectifs et les enjeux de cette première Journée étaient déjà clairs : rendre hommage aux mouvements en faveur des droits des femmes et aider à obtenir le suffrage universel pour les femmes. Un an plus tard, ça se précise, le 19 mars la Journée Internationale de la Femme est réellement célébrée, en Allemagne, Autriche, Danemark et Suisse, avec des revendications telles que le droit de vote, l’accès à l’emploi en fonction publique, le droit à la formation professionnelle, et bien entendu l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail.

On va finir par trouver d’où il vient, ce 8 mars ? En 1913, selon le site de l’ONU, c’est dans le cadre de mouvements pacifistes pré-guerre que les femmes ont fait des marches en Europe, proche du 8 mars. Avançons en 1917, année théâtre de la révolution russe. Le 8 mars de cette année, date à laquelle les ouvrières russes de Petrograd, future Saint-Pétersbourg, entrent en manifestation. À cette date, le bolchevisme prend son envol. Alors oui, « Journée Internationale de la Femme », c’est le nom couramment employé, mais la démarche que peut avoir votre collègue féministe à vous dire sur un ton méchant que c’est « Les droits des femmes », pas vrai Sandra ?

Sandra : Ah ! N’importe quoi, je ne vois pas de quoi tu parles ! (rires)

Alexandre  : Si, si. Cette démarche donc a peut-être bien plus de sens et d’intérêt qu’un simple caprice sémantique. D’ailleurs c’est l’occasion pour moi de revenir sur ce que j’ai dit au tout début de ma propre chronique : sur le papier, le nom complet de cette journée était à l’origine « Journée des Nations-Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ». Voilà, les premières marches du siècle étaient pacifistes et féministes, donc on va tout foutre dans une seule journée, ça fait gagner du temps à tout le monde. Non, blague à part, si le nom officiel est « Journée Internationale de la Femme », il est logique de la part des principales associations féministes de s’opposer à cette appellation. Journée des Droits de la Femme, ça permet de ne pas oublier les tenants et les aboutissants de cette journée. Cela permet d’éviter de faire comme ces différentes enseignes qui n’ont définitivement pas trop compris le délire et qui pense que la « Journée de la Femme », c’est un peu comme Pâques et Noël, c’est une autre fête à fric, mais exprès pour les fans de shopping.

Allez, j’vous fais un petit florilège, ce mardi 8 mars, pour la Journée de la Femme, Marionnaud vous offre un bracelet pour tout achat ! Un bracelet rose avec des coeurs, avec un peu de chance ! Pour la journée de la femmes, Festi’Femmes invite Jean-Marie Bigard ! Texto loves Women ! Pour l’achat d’une paire de chaussures, un vernis offert ! Salon repassage et pole dance à Angoulême, repassons en nous amusant, mesdames ! La Halle vous souhaite une bonne fête et vous offre 30 % de réduction sur toute la gamme féminine ! Mesdames, aujourd’hui, le réseau Evalys est gratuit pour vous. Et si c’est une conductrice qui vous transporte, merci de bien vouloir lui souhaiter une… Bonne fête ! Mais merde, la Journée des Droits des Femmes, c’est pas la fête du muguet ! Bonne fête de quoi ? Bonne fête ! Et bon courage pour ton embauche, oublie pas de dire que ton mec est stérile !

Une amie chère m’a tenu ce discours, que l’on peut comprendre, sur cette journée. Elle m’a dit, Je trouve cette journée super sexiste. Il ne devrait pas y avoir une journée spéciale pour la femme. Alors qu’il n’y en a pas pour l’homme. Et je trouve ça encore plus dommage d’avoir une journée spécifique pour "faire entendre notre voix" en 2015 en France. Ce à quoi j’ai répondu que je trouvais ça important qu’une telle journée existe pour rappeler un peu qu’il existe justement en 2015 encore de grosses inégalités entre hommes et femmes, notamment en termes salariaux, pour ne citer que l’exemple le plus évident. Si une telle journée n’avait pas besoin d’exister, ce serait merveilleux, bien sûr. Si tous les jours, toute la population française, pour ne citer qu’elle, se réveillait en se disant « c’est vrai que les différences de salaires, le harcèlement au travail, dans la rue, c’est d’une connerie sans nom, c’est un scandale »… Non. Je vous dis qu’on y est pas encore. On en est même loin.

Vous me répondrez sans doute qu’on est en 2015, que la population n’a plus besoin d’une journée symbolique pour y penser toute l’année. Que les gens n’ont pas besoin d’une journée symbolique pour comprendre enfin qu’il y a autant de différences entre un cerveau féminin et masculin qu’entre deux cerveaux masculins ! Prenez le cerveau de Trump, par exemple, heureusement qu’il y a Sarah Palin dans le même camp parce que je commençais à douter sérieusement des facultés féminines à balancer autant de conneries que les hommes, excusez le langage. En 2015, les gens ont vraiment besoin de ce symbole là, de cette journée pour se rappeler que oui, on peut se faire refuser une candidature parce qu’on prend pas la pilule ? Attendez, on est en France quand même. La France. Ce merveilleux pays dans lequel 27 % des hommes pensent qu’un violeur est moins responsable si sa victime était sexy. Ca veut dire quoi sexy ? Ca veut dire qu’un pédophile peut passer devant une école et, c’est open bar ? Pardon, j’extrapole, mais avant de conclure, j’aimerai préciser deux choses. C’est grâce à des mouvements féministes précurseurs comme les Suffragettes, en Angleterre, que le droit de vote s’est instauré en Europe à partir des années 1910. 1906, Finlande, 1913, Norvège, 1915, Danemark et Islande, 1918 on quitte l’Europe, Canada, Arménie, Royaume-Uni (mais seulement au-dessus de 30 ans, pour les plus jeunes, il faudra attendre 1928), Russie, Pologne, Azerbaïdjan, Autriche, Allemagne, 1919, USA, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Suède, etcaetera, les femmes du monde entier exigent le droit de vote, et en France, ça arrive quand ? En 1944. On en aura mit du temps. Depuis 1980, maintenant, on a eu l’Irak en 1980, le Liechtenstein et l’Afrique du Sud pour les femmes métisses seulement, aux Samoa en 1990 ainsi que dans le dernier canton suisse refusant le droit de vote aux femmes, en 94 pour les femmes noires d’Afrique du Sud, 99 au Qatar, 2002 au Bahreïn, Oman en 2003, Koweït en 2005, Bhoutan en 2008, et le dernier né, l’Arabie Saoudite en 2011. Quand au Bruneï, si vous connaissez le pays, l’égalité a toujours été totale puisque personne n’a le droit de vote. Au moins, c’est réglé depuis le début. Le Vatican, vous savez comment ça fonctionne, hein, etcaetera, etcaetera. Tout cela pour vous dire que le combat féministe n’est jamais terminé. Et lorsque l’on voit la merveilleuse annonce de Century 21 cherchant un couple de gardiens, tenez-vous bien, salaire proposé : Elle, 1400 net mensuel, Lui, 1600 net + treizième mois et mutuelle, tu te dis que ça n’est jamais fini. Non, le féminisme n’est pas du machisme dans l’autre sens. Le féminisme, c’est de l’égalitarisme, au minimum en attendant que les femmes aient véritablement les mêmes droits que les hommes, ne souffrent plus des préjugés du quotidien. Le féminisme, c’est aussi se demander pourquoi les femmes ont accès gratuit dans certaines boîtes alors que les mecs doivent payer ! Le féminisme va dans les deux sens, simplement celui de la femme a tellement d’obstacles devant lui que oui, il faut se battre pour leurs droits, pour la fin des bribes de cette société patriarcale dans laquelle nous vivions, et dans laquelle il est encore dur de sortir.

Chères femmes du Monde, je ne vous souhaite pas bonne fête. C’est la saint Jean, y’a peu de chances que vous vous appeliez Jean, donc non. Par contre, je vous souhaite un bel avenir. Ou au moins, un avenir avec autant de chances de faire vos preuves que moi. Un avenir dans lequel on ne va pas vous traiter de salopes parce que vous dénudez vos jambes ou vos cheveux, et dans lequel à l’inverse, on ne va pas vous cracher dessus parce que vous avez une nappe sur le crâne. Je ne vais pas vous souhaiter le même salaire que le mien, par contre, je suis journaliste, à temps partiel, ma cruauté a des limites. Bref, pour finir sur le tweet de Theluciole, Une vraie meuf, ça doit faire quoi, alors ça doit rien du tout, si on a envie de se raser le crâne et de se déguiser en gaufre, c’est notre problème. Vive les gaufres !

Sandra : Merci Alexandre (rires). Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’es pas content de ton salaire ? J’ai entendu une petite revendication !

Alexandre : J’en étais sûr ! (rires). Je rigole évidemment. Je suis très satisfait de ma condition.

Sandra : Approuvez-vous la chronique d’Alexandre ?

Antigone Charalambous : En très grande partie, avec une seule correction, il ne s’agissait pas de la Russie, il s’agissait de l’Union soviétique pour le droit...

Alexandre : Ca a été voté juste avant que ça devienne l’Union soviétique. Mais après du coup, c’était l’URSS après, en effet, pour les détails.

Antigone Charalambous : C’était juste histoire de le dire en fait (rires).

Sandra : Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net