« Portraits de VI(H)ES » : Elodie, 28 ans, séropositive depuis 2012

, par Sandra

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L’histoire d’Elodie à lire dans le livre "Portraits de VI(H)ES" aux éditions Cherche Midi
« Portraits de VI(H)ES » : Elodie, 28 ans, séropositive depuis 2012

Sandra : Continuons avec le témoignage d’Elodie, 28 ans, séropositive depuis 2012.

Pour Elodie, l’annonce s’est faite sur le parking d’un funérarium, un beau matin de février 2012. Elle était venue accompagner une amie qui enterrait sa mère. A la sortie de l’établissement, Elodie a la surprise de voir son compagnon la guetter. Livide, il l’agrippe par le bras. “Tu ne répondais pas sur ton portable ! J’ai essayé de t’appeler trente fois ! Faut qu’on parle, c’est urgent”. Elodie ne comprend pas. Elle n’a pas entendu le téléphone portable vibrer, il était resté dans la voiture. Ils s’écartent de l’assistance, se dirigent vers le parking. Elodie ne peut ou ne veut pas imaginer le pire, car à cette époque elle est sur un petit nuage. Déjà mère d’un premier garçon, elle a refait sa vie avec son nouvel amour, tous les deux voulaient absolument un enfant, et elle est enfin enceinte. De deux mois.

Ce jour-là, sur le parking, le futur père est décomposé. Il éclate en sanglots. “Je suis malade” répète-t-il. Elodie ne comprend pas, elle lui demande ce qui se passe, il lui avait vaguement parlé d’examen médicaux, sans précisions. “Là, il a m’a dit : “J’ai le virus du sida”. J’ai tout de suite compris ce que ça voulait dire pour moi. J’ai pleuré”.

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Quand ils se sont mis en couple, elle et lui, tous deux avait fait le test. Ils n’avaient rien, ni l’un ni l’autre. Elle devine que son compagnon l’a trompée. Mais la colère, ce sera pour plus tard.

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Elodie et son compagnon sont tous les deux séropositifs. Parfois, un couple peut se renforcer en affrontant ensemble une même épreuve. Mais pour eux, déjà, tout se délite. Peut-être parce que la confiance, pour Elodie, a été brisée. Alors leurs chemins divergent. Dans cette grossesse, si difficile, que doit affronter Elodie, lui est fuyant. Elodie doit, tout de suite, prendre un traitement, pour ne pas contaminer l’enfant ; le père n’est pas mis sous traitement immédiatement.

“J’ai mal supporté mon traitement. Je vomissais tout le temps. Pour lui, rien n’avait changé, il était comme avant, en bonne santé apparente. Alors, très vite, il a été beaucoup moins anxieux sur la maladie que moi. Alors que moi, j’étais une loque. Bien sûr, je lui en voulais”.

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Le bébé nait sans encombre. Le petit garçon va bien. C’est l’enfant miracle pour Elodie. Même si, bien sûr, tout est différent cette fois-ci. Elodie sent son lait monter comme pour son premier enfant, ses seins sont lourds et tendus, mais il n’est pas question pour elle d’allaiter : “Je savais que j’étais malade. J’avais si peur de le contaminer.” Elle dit même cette phrase, si dure à entendre : “Je voulais que mon bébé n’ait rien de moi”.

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Elle n’a rien dit à ses parents. “Peur de leur faire mal, de les inquiéter”. Elle ne s’est toujours pas confiée à ses amies, ses copines de toujours, qui sont comme des soeurs pour elle. “J’avais honte. Je savais qu’on allait me demander comment c’était arrivé et c’était douloureux de devoir dévoiler l’infidélité de mon compagnon”. Cela devient pourtant de plus en plus dur à vivre toute seule. Elodie a changé de traitement, elle déclare une allergie, sa peau pèle sur tout son corps.

La première personne à qui Elodie parle du virus, c’est la marraine de son bébé. Ses allers-retours fréquents à l’hôpital la poussent ensuite à dire la vérité à sa famille. “Ca a été très dur. Quand je l’ai annoncé à ma soeur, elle s’est mise à hurler, à pleurer, elle était paniquée pour moi. Un cataclysme. Puis je l’ai rassuré.”

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Elodie a changé de travail. Elle a trouvé un poste dans l’administration d’un lycée. “Au début, bien entendu, je l’ai caché. Et puis avec toutes mes hospitalisations… J’ai alors préféré en parler à mon patron, lui expliquer que tous ces arrêts, ce n’était pas pour des petits bobos sans gravité. Cela n’a rien changé pour lui. Quel soulagement !”

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Elodie travaille désormais comme laborantine. Elle rencontre un homme. Ils se plaisent.
“Quand je lui ai dit, il a juste rajouté : “Et ?”. Pour lui, ça n’a jamais été un sujet”. Ils s’installent ensemble.

Texte écrit par Dohan Bui.

Sandra : Voilà, le témoignage d’Elodie. Je n’ai pas tout raconté, il y a encore d’autres choses. Je vous invite vraiment à lire ce livre “Portraits de vies” aux éditions Cherche Midi. Qu’en pensez-vous Christian et Mohamed ?

Christian : Mais c’est bon parce que la fin est belle. Mais malheureusement je condamne avec toute la fermeté très sincèrement l’infidélité et la polygamie comme chez nous en Afrique. Voilà à quoi ça conduit généralement. Chez nous, nous avons les rois, les chefs, des communautés et eux, ils ont toujours 2, 3, 4 femmes et ils s’en fichent. Si monsieur est malade, il va donner ça à une femme tranquille qui était là dans son coin, qui lui a donné tout son coeur. Il y a beaucoup de femmes qui sont fidèles, qui sont sincères et les hommes aussi. L’infidélité, je condamne ça, ce n’est pas bon, parce que ça conduit toujours à ça. Je connais plusieurs cas. Je connais quelqu’un qui a divorcé aussi de quelqu’un, elle était très calme chez elle, le monsieur… et puis il est allé porter le truc et le donner… on vient toujours le donner à madame qui est tranquille, qui est fidèle. C’est dommage. Je condamne vraiment l’infidélité et la polygamie. Mais la fin de l’histoire d’Elodie qui est très touchante. Elle est très bonne parce que finalement, tu rencontreras toujours quelqu’un qui t’acceptera telle que tu es. C’est ça la vérité. Aujourd’hui, la plupart des séropositifs peuvent rencontrer les séronégatifs et vivre ensemble sans problème.

Mohamed : Je trouve que c’est bien, elle est très courageuse Elodie. C’est bien ce qu’elle a fait dans son parcours de vie et médical. C’est vrai que certes, comme le souligne Christian, les hommes ont tendance, dès qu’ils sont malades, ils rejettent ça sur la femme, “c’est à cause de toi donc ma vie est foutue”. J’ai bien retenu la phrase… il y a certaines personnes qui en couple sérodifférent et qui combattent ensemble pour vaincre cette maladie. Et d’autres qui malgré ça, se détachent et font chacun leur vie malgré la maladie. Mais comme quoi, il ne faut pas perdre espoir puisque dans son combat, elle a réussi à se battre, à continuer sa vie, à rencontrer quelqu’un, c’est très bien. C’est super.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE