Le tabou du VIH : choisir d’annoncer sa séropositivité... ou pas

, par Sandra

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Une partie des participants à la méga émission Vivre avec le VIH
Le tabou du VIH : choisir d’annoncer sa séropositivité... ou pas

Rebecca : Comme je me suis présentée tout à l’heure, je n’ai pas dit mon âge, j’ai 35 ans. Ça fait presque 5 ans que je vis avec le VIH. Ma famille n’est pas au courant de ma situation, ni mes amis, et tout le monde dans mon pays. Donc j’ai voulu parler du tabou parce que chez moi, ce n’est pas facile de parler du VIH, même quand tu es avec tes amis filles ou bien, ce qu’on dit “Fada” chez nous, c’est des groupes de jeunes qui se réunissent, comment on appelle ça, devant la maison autour d’un thé et comme ça on discute un peu. Dès que tu parles du Sida, les gens vont commencer à dire : “Tiens, mais pourquoi elle parle du Sida ? Peut-être qu’elle est concernée par cette maladie”. Donc du coup, je ne me lâche pas, je ne parle pas de cette maladie et ça me ronge. Puis je veux partager ça avec les gens et puis voilà, je ne pouvais pas parler de ma situation. Ça me faisait tellement mal. Je ne savais pas comment faire. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai appelé des amis qui sont ici, qui m’ont beaucoup aidé. Depuis que je suis là, comment on appelle ça, à l’association Comité des familles, je me lâche, je parle très bien de ma maladie, je ne vois pas le tabou qu’on trouve autour de cette maladie chez nous. Les gens parlent librement, tu peux t’exprimer comme tu veux et puis voilà, tu vis mieux avec cette maladie. C’est pour cela que je voulais partager mon expérience avec vous, parler du tabou parce que dans mon pays, on ne parle pas trop du VIH/Sida.

Sandra : D’accord. Je vais laisser la parole à Mister X et après je te poserai quelques petites questions Rebecca.

Mister X : Tout ceux qui parlent de tabou ne sont pas des gourous. Ils ne ponctionnent rien ceux qui se penchent sur eux. Les insectes volent, les sectes arborent, les gens ignorants se croyant malentendants. Je parle de tabou et je n’en vois pas la fin. Je parle du matin, où on se lèvera à genoux. Celui d’un jour prochain où les cloches sonneront. Les riverains entendront ce glas de médiocrité qui ressuscitera les sourds et les malentendants. Le tabou du hibou c’est le coucher du soleil sur sa crête, elle effraye la chouette.

C’est un texte que j’ai écrit tu vois pour tous les gens qui s’investissent dans les sujets un peu maudits, les sujets qui font bouger les mentalités tout ça. Ce que je viens d’entendre, je l’ai vécu aussi. En 1987, on a brûlé mon matelas, on m’a mis à la rue, j’ai perdu mon emploi et tout ça. À l’époque je me suis dit, moi on me dit qu’il faut que j’en ai peur, les gens ne savent pas, ils en ont peur, je me suis dit que je vais m’occuper de moi et après faire passer le message pour dire ce que c’est vraiment la maladie. Et c’est vrai qu’on le vit encore à l’heure actuelle. Sauf que maintenant, je l’assume en tant que telle et je vais à l’avant des gens qui ne peuvent pas le dire et je le dis à leur place. J’ai des exemples, on m’appelle parfois pour des gens qui sont dans des bars, et qui se font maltraiter dans les bars. Et donc, je les accompagne, on se donne rendez-vous dans le bar, je les laisse se faire un peu insulter, chamaillé et puis après j’interviens en disant je suis séropositif les gars, alors on va peut-être traiter le sujet ensemble. Et là je parle des différences en disant oui, mais tu toi tu picoles, est-ce que je te prends pour un alcoolique ? Je pense que le statut des gens, ce n’est pas ce qu’on vit, mais ce qu’on représente avec ce qu’on a à l’intérieur. C’est ça qu’il faut arriver à remettre en avant.

Yann : Oui, mais pour l’Afrique par exemple, quelles sont les manières de diminuer la discrimination ?

Sandra : C’est ce que j’allais demander à Rebecca. Qu’est-ce qu’on peut faire selon toi Rebecca pour changer les mentalités, pour que ça change. Il n’y a pas que toi qui est séropositive dans ton pays. D’après toi, quelles solutions ?

Rebecca : Ça ne va pas être facile. D’après moi, quelles solutions ? Parler de la maladie, ça ne peut pas… non je ne pense pas. Il y a des associations aussi qui luttent contre le VIH/Sida dans mon pays. Mais les jeunes ils ne vont pas du tout parce qu’ils ont peur, qu’on les reconnaisse et puis qu’on vienne parler dans la famille. Je ne sais pas quoi répondre parce que c’est vraiment difficile en Afrique, c’est très difficile vraiment.

Philippe : Oui, c’est un tabou qui recoupe celui de la sexualité de manière générale. C’est quand même une maladie qui est liée à la sexualité. Je voulais justement t’interroger là-dessus parce qu’il y a un espèce de paradoxe ou comment dire, je n’ai pas le sentiment que les Africains ont des problèmes avec la sexualité plus qu’ailleurs. Pourquoi est-ce que là aussi il y aurait un autre tabou sur le tabou dans le tabou, qui serait aussi la religion ? Par exemple. Parce que pourquoi le tabou de la sexualité en général, enfin de ce que je connais moi de la religion ici, c’est que la religion, le sexe, le diable, l’enfer, etc. Donc je voulais t’interpeller là-dessus.

Rebecca : Le tabou sur la sexualité ?

Philippe : Sur la religion aussi.

Rebecca : Et la religion. Bah voilà, moi je suis de confession musulmane, donc parler de la sexualité entre famille, chez nous ça ne se fait pas. On ne parle pas de la sexualité et puis, disons quand tu es malade, on te dit que ce n’est pas… tu l’as attrapé, ce n’est pas par les instruments, par des trucs souillés. On va te dire voilà, elle a fait ça c’est parce qu’elle n’a pas respecté la religion. Disons qu’elle est partie à l’encontre de la religion. Je ne sais pas si j’ai répondu à ta question.

Loane : Moi, je voudrai intervenir sur le fait que moi j’ai une fille métisse camerounaise. C’est un exemple que je donne. Moi, à Saint-Brieuc, il y a des Africains à Saint-Brieuc comme partout (rires).

Sandra : Ah bon ? Il y a des noirs en Bretagne ? (rires).

Loane : Et c’est vrai que moi, la plupart, c’est une commune, 50 000 habitants, enfin c’est un village, on se connait tous. Et moi, je suis vu comme la mort par les Africains. Clairement.

Sandra : Encore aujourd’hui ?

Loane : Ah, mais oui ! J’ai travaillé à la CAF, tu le sais bien il n’y a pas longtemps. J’ai un Africain qui le sait de je ne sais qui (rires). Et il est arrivé voir mon chef en disant : “vous embaucher des gens qui sont séropositifs”. Donc vous voyez, ça date de septembre dernier. Donc, mais parce que pour eux je suis la mort. Dans leur pays, c’est considéré comme ça. Enfin moi, c’est comme ça que je le vois. Donc ils disent : “tiens, méfie-toi, tu viens d’arriver, il y a une fille, elle est blanche, elle s’appelle Loane, elle a ça et elle aime les blacks” (rires). Pour être clair. Voilà, c’est vu comme ça et je sais que moi, j’ai vécu des choses affreuses et maintenant si moi je veux ouvrir mon antenne à Saint-Brieuc, c’est justement pour que ces gens-là apprennent ce que c’est ici, comment on le vit, comment on est traité, comment on peut avancer et avoir 4 enfants comme moi en bonne santé. (applaudissements)

Sandra : Bravo. Alors, il y a donc José et puis aussi une demoiselle là-bas qui voudrait intervenir. Rapprochez-vous de la table. Alors José ?

José : Je voulais dire qu’il n’y a pas qu’en Afrique qu’il y a des tabous. Chez moi aussi, parce que comme je dis, j’ai deux casquettes. Une casquette à droite, une casquette à gauche. Donc il faut que je fasse attention à ce que je dis et à ce que je fais. Ça fait 30 ans que j’ai le virus et pour l’instant, personne n’est au courant, mais bon, quand je suis avec vous, je peux me lâcher, je peux dire n’importe quoi. Mais quand je ne suis pas au Comité des familles, il faut que je sache que dans ma tête, je ne suis pas ici, je suis là. Alors donc, mais pour l’instant, les gens sont au courant de pas mal de choses, mais ils ne veulent pas l’admettre. Ils croient qu’il y a que toi qui peut l’avoir et pas eux. Et malheureusement, on peut l’avoir dans n’importe quelles conditions. Et aussi je connais beaucoup de cas, mais tous les cas sont cachés. Parce que j’ai des informations par des professionnels, mais que je garde discrètement parce que bon, ce n’est pas dans mes habitudes de révéler le secret des autres. Mais je pense que ce n’est pas bien d’avoir ce comportement parce que bon, on ne sait pas, peut-être qu’aujourd’hui c’est moi et demain c’est vous. Donc, je demande à ces gens de faire un travail sur eux-mêmes, d’essayer de comprendre et puis aussi pour comprendre les autres.

Loane : Oui, mais moi en fait c’est vraiment de la méconnaissance. Tout simplement. C’est pour ça qu’il faut parler, qu’il faut pouvoir en parler. Moi j’ai un enfant guyanais aussi. Mais c’est la même chose, sauf qu’ils le disent peut-être un peu moins fort et je l’entends moins (rires). Mais voilà, c’est tout simplement ça, c’est de la méconnaissance. Moi, ce que je veux, c’est que les gens puissent en parler et être libres et du coup faire passer le message qu’on peut vivre simplement comme tout le monde.

Sandra : Je vais demander à José de passer le micro aux deux femmes derrière. On continue sur le sujet, qui est le tabou. Présentez-vous aux auditeurs.

Tata Vivi : Oui, bonjour moi c’est Tata Vivi. En fait c’est pour parler du tabou. Moi je suis arrivée en France, j’ai découvert ma séropositivité par rapport au cerficat prénuptial parce qu’avant, pour se marier, il fallait bien faire ce test. Quand je l’ai découvert, j’en ai parlé à ma famille qui l’a bien pris. Donc il ne faut pas dire que c’est les Africains. Il n’y a pas que les Africains. C’est la personne. Ma tante africaine l’a bien accepté et après je ne me suis pas marié, je me suis en couple avec un Français, aux yeux bleus et il a voulu que je fasse le test. Je ne voulais pas. Je lui ai dit, je lui ai montré le test que je suis séropositive. Et là j’avais déjà emménagé chez lui. Il m’a envoyé mes affaires par La Poste. Donc faut que les gens arrêtent de dire que c’est les Africains. Ce n’est pas les Africains. Donc c’est la personne. Faut pas dire que ces gens-là…

Loane : Je peux répondre ? Parce que ce n’est pas ce que je voulais dire…

Tata Vivi : Non, c’est ce que je dis, faut pas dire que c’est ces gens-là…

Sandra : Pas en même temps.

Tata Vivi : Donc même les Français, il était très blond aux yeux bleus qui m’a rejetée ! Parce que je lui ai dit que j’étais séropositive. Donc moi je veux que les gens arrêtent de dire que c’est les Africains. Moi, je suis séropositive, j’ai ma soeur qui est séropositive et elle est très bien accueillie dans la famille. Mais les Africains c’est par rapport à…. Parce que c’est une maladie sexuelle, c’est la sexualité. Ça veut dire que tu n’as pas fait attention à toi, tu as mené une vie de débauche, tu es partie de gauche à droite. C’est pour ça que cette maladie est mal vue par les Africains parce que le sexe c’est une chose malsaine. Donc l’Africain doit, surtout la femme, être fidèle. Elle est faite pour son époux et que pour son époux, jusqu’à la fin de sa vie. Donc une femme séropositive, c’est mal vu. Ce n’est pas une question d’Africains. Parce que moi aussi je suis séropositive, mais voilà, il y a ma famille qui est au courant et je suis toujours bien accueillie, on ne m’a jamais rejeté. J’ai ma petite soeur qui est séropositive, elle vit en Afrique, elle est accueillie dans la famille par tout le monde. Je suis chrétienne. Donc ce n’est pas ça. J’ai eu des enfants en tant que séropositive et je me suis mariée. Donc c’est une question de personne. Qu’on arrête de dire que c’est les noirs ou c’est les blancs. Merci. (Applaudissements)

Sandra : Nombreux veulent participer. On va faire dans l’ordre. Je vous vois. Allez-y, présentez-vous aux auditeurs.

Barbara : Je m’appelle Barbara, je suis Africaine. J’ai grandi ici et je rejoins la dame qui vient de parler. Ce n’est pas une question d’Africain. Mais pour mon vécu personnel, c’est ce que je peux témoigner. J’ai grandi ici, normalement. Je suis entre les deux cultures et j’ai 80% de ma culture qui est africaine et qui est bien ancrée en moi. Je me suis mariée religieusement et à l’époque, j’étais jeune et naïve. Alors moi, j’aimerai bien à travers mon témoignage lancer un appel. Ce n’est pas dans la tête de tout le monde. Tout le monde est informé, tout le monde sait que le sida existe. Ce n’est pas une question d’information. C’est un blocage que les Africains font. Ils sont tout à fait informés. Même jusqu’au milieux des villages, il y a des ordinateurs, les jeunes ils sont sur Facebook et ils savent tout. Ce n’est pas une question d’information, c’est qu’une question de, ils font abstraction parce que ça ne les arrange pas. Parce qu’eux, ils ne veulent pas. Ça leur fait trop peur. Ils ne veulent pas avancer avec cette réalité-là. Donc oui, j’accepte l’idée que des blancs ou d’autres personnes puissent être réfractaires au VIH. C’est vrai, c’est humain. L’inconnu fait très peur. Mais le cas des Africains est très grave. Il est vraiment très grave. On se fait encore rejeter. Tant mieux pour les personnes qui sont acceptées par leur famille. Moi, j’ai pris le parti, j’ai découvert ma séroposivité il y a 20 ans. Ça faisait seulement 10 mois que j’étais mariée. C’était ma première grossesse. Et c’est lors de cette grossesse que j’ai réalisé que j’étais séropositive. Mon mari est décédé trois années plus tard. Ma propre mère de peur, parce que je suis sa seule fille sur 6 enfants, de peur que les gens, elle se doutait bien de quelque chose, il y a des tabous, on n’a pas pu en parler et puis moi, j’essayais de la protéger aussi parce que, par rapport à ce qu’elle a vécu. Mes choix lui ont apporté du malheur donc je ne voulais pas en plus, lui faire porter ce fardeau. Mais la simple idée que j’aurais pu être atteinte par cette maladie, lui faisait tellement peur que moi j’avais pitié d’elle. Je me suis dit, je ne vais jamais lui faire ça. Qu’est-ce qu’elle pourrait faire pour moi de toute façon ? Il n’y a pas de solution. Je ne vais pas en plus lui faire porter un fardeau avec toute la culture, avec tous les problèmes, tout le poids de la culture… ce n’est pas forcément une question de religion, c’est de la culture, la société, les Africains sont beaucoup dans l’apparence. Même si on meurt de faim, il faut sourire, dire à tout le monde “Dieu merci, tout va bien”. Donc pour sauver les meubles, j’ai dû quitter ma ville et partir pour vivre ailleurs. J’ai rencontré des associations qui m’ont soutenue. J’ai pris le parti, c’est un choix personnel, de ni en parler à ma propre famille ni à mon entourage proche. En revanche, quand j’ai rencontré quelqu’un et qu’il a fallu aller loin avec cette personne, c’était un Africain, je lui ai dit et il m’a fait du chantage. Il m’a fait du chantage ! J’ai eu deux enfants avec cette personne et il m’a dit je vais un jour annoncer à ta famille si… alors que c’était mon choix, je lui ai dit pourquoi je ne préférai pas. Donc les situations sont multiples et différentes. Ce que moi je voudrai dire à travers ce témoignage, c’est que les mariages, effectivement dans les mairies, il faut venir avec une attestation prouvant qu’on n’a pas de maladie transmissible…

Sandra : Maintenant ce n’est plus d’actualité ça le test.

Barbara : Ok, c’était mon témoignage.

Sandra : Ensuite Julienne et je crois qu’il y a une personne là-bas qui voulait participer. Ok.

Julienne : C’est pour ça que je suis maman du Comité des familles. Je suis Africaine. Dans deux mois j’aurai 60 ans. Si je dis que je suis maman, c’est parce que moi-même j’ai 10 enfants. J’ai déjà 30 petits enfants. Ce qui fait que, je me suis marié à 14 ans. Cette maladie,on ne me disait pas que j’étais malade, c’était la maladie des autres. Et c’était la maladie des enfants. Finalement, aucun de mes enfants qui courent dehors n’a cette maladie. C’est moi leur maman qui est devant avec la maladie. Ça veut dire que ça ne s’explique pas. Ça veut dire qu’on ne doit pas juger les gens. Chez nous, en Afrique, moi je suis Camerounaise. Ça fait 5 ans que je suis ici. La maladie ici c’était pour les filles libres qui partaient attendre les blancs. Ça ne regardait pas les mamans. Ça ne regardait pas les femmes mariées. Ça regardait les filles libres. Et finalement, comme les gens sont mal informés, moi je dis que c’est une maladie politique, politicienne, comme le mot que j’ai entendu ici, c’est pour ça que j’enlève la casquette de honte et de peur. Ne jugeons pas. Si on commence à faire ce qu’on fait au pays, c’est pour les blancs. Arrivé aux blancs, c’est pour les Africains. Finalement, cette maladie ne va pas partir. C’est nous-mêmes maintenant, comme moi maman, si quand on dit à quelqu’un, que c’est moi qui ai cette maladie, personne ne va… c’est comment ? C’est venu par comment ? Effectivement c’est ça et il faut l’accepter. L’essentiel maintenant c’est de prendre ton traitement. Les gens qui jugent les autres. C’est leur jugement là-bas. Continue ta vie. Le sexe, bien sûr c’est chez nous. Le sexe, qui n’a pas besoin d’enfant ? Je vois le petit livre là, “Comment faire un bébé”. Tout le monde a besoin de bébé. Qui a avalé le bébé par la bouche ? Personne. Ça part par le sexe ! (rires). Et maintenant, pourquoi, quand tu veux l’enfant, tu dois passer par le sexe. Est-ce que quand tu vas faire l’enfant, tu ne sais pas que c’est la maladie que tu vas chercher. Ca veut dire seulement que, prenons soin de nous-mêmes, ne jetons pas la pierre, de gauche à droite, c’est pour les uns, c’est pour les autres. Pour moi, c’est inutile. Enlevons ça, c’est nous-mêmes qui devons enlever cette peur-là, et cette honte-là, si nous on ne quitte pas de là, qui va l’enlever ? (Applaudissements)

Loane : Je voudrai juste dire que je parle de l’Afrique, c’est parce qu’on parle du sujet de l’Afrique. Donc je peux parler que j’ai vécu des discriminations avec des Bretons, avec des blancs, bien sûr. Moi-même, en Bretagne, je vis la même chose parce que c’est comme ça. Ce n’est pas contre les Africains. Au contraire, mon meilleur ami c’est un Africain. C’est juste que je voulais remettre les choses en place. Parce que moi j’ai parlé de ça vis-à-vis de mon parcours et que je ne suis pas du tout contre les Africains. Je pense que certains le savent.

Sandra : Bien sûr. Alors on passe le micro. Tu te présentes aux auditeurs.

Mouna : C’est exactement ce que je voulais dire. Bonjour à tous. Je suis Mouna, Ivoirienne. Ce que je voulais dire, c’est qu’on ne s’écarte pas du sujet. Après, ce qu’elle a dit, c’est ce que je voulais dire aussi, pour dire que tout dépend du sujet. Le tabou. Elle est africaine, elle a parlé dans son pays, c’est qu’elle a vécu, ce que c’est le VIH est un tabou dans son pays. Et c’est par rapport à ça que l’autre elle a répondu. C’est ce que je voulais dire. Moi, j’aurais fait pareil, je veux dire qu’en Afrique, c’est un tabou et tout. En Afrique il n’y a pas de blanc. C’est les Africains. Donc du coup, on se dit, moi-même là, pour ne même pas parler d’elle, moi-même je suis Ivoirienne et tout, franchement je suis séropositive et personne ne sait chez moi. Et quand j’ai su qu’en Afrique, que j’étais séropositive, j’ai un enfant, j’ai le fait mon test, je n’avais rien. Et après, j’avais des petites maladies et tout. Je suis allé faire mon test comme ça. Après j’étais tellement étonnée ! Mais ça, ça n’arrive qu’aux autres ! Comment moi ? Comment j’ai fait pour être séropositive ?! Mais ça c’est pour des filles qui se prostituent et tout. Comment est-ce que j’ai fait pour être séropositive moi ? Et donc, c’est comme ça que j’ai tout fait comme je pouvais, chercher un visa. Je suis venu pour avoir des soins plus trucs quoi, c’est ce que j’avais à dire. Merci. (Applaudissements)

Sandra : On passe le micro au monsieur derrière.

Calos : Je me présente, je suis Calos. Moi j’ai 35 ans. Et je suis arrivé dans ce pays, ça fait presque 3 ans que je suis là. Je suis d’origine camerounaise. C’est ici en France que j’ai su pour mon état. En quittant le Cameroun pour ici, je ne savais pas. C’est en faisant mes examens ici qu’on a constaté que j’étais porteur du virus. Bon, au début quand on m’a dit ça, ça m’a un peu… Faut pas dire à la famille, tout ça parce qu’en disant à la famille, ça va être un peu comme un nouveau morceau qu’on vient de sortir et qu’il faut faire danser des gens. Mais moi au début j’ai pris ça un peu légèrement, c’est un truc qui arrive. Comme la maman vient de dire ça peut arriver par le sexe c’est vrai, mais ce n’est pas seulement par le sexe. Rien que le fait peut-être de prendre des lames de rasoir… ça peut arriver.

Sandra : Alors, on va rappeler les modes de transmission du VIH. Déjà, il faut savoir que le VIH à l’air libre il meurt. Il ne vit pas. En fait, il a besoin du corps humain pour vivre, il n’est pas très fort comme virus en fait. Donc, comment se transmet le VIH par les voies sexuelles, de la mère à l’enfant, par transfusion sanguine et puis par les échanges de seringues.

Steve : Le VHC, il reste 3 semaines à l’air libre.

Sandra : L’hépatite C oui.

Steve : Oui. Et c’est ça l’une des plus grosses contaminations qu’il va avoir, c’est le VHC, qui va peut-être doubler par rapport au VIH.

Sandra : Tu peux dire ton prénom aux auditeurs ?

Steve : Moi c’est Steve. Et puis je voulais dire la première contamination c’est les hétérosexuels. Si c’est seulement les prostituées, il y en aurait 37 millions dans le monde. Donc il y a un paquet de prostituées ! Donc c’est une maladie qui concerne les hétérosexuels. Avant, c’était les toxicos. Ils n’avaient pas de seringue alors ils se piquaient à 15 sur une seringue. Mais maintenant ils ont arrangé ça. La contamination des toxicos c’est zéro. Maintenant faut dire que c’est les hétérosexuels. C’est le mec bien gentil qui est avec sa femme, qui va voir ailleurs et qui contamine. Les gens croient que c’est pour les putes, pour les toxicos, pour les PD. Non, ça n’a rien à voir. Maintenant, c’est les hétérosexuels qui sont la première cause de contamination. (Applaudissements)

Sandra : Alors Julienne, Calos n’avait pas terminé…

Julienne : Je veux ajouter quelque chose sur ce qu’il a dit. C’est un Camerounais. On dit bien les modes de contamination par le sexe. Mais chez nous, il y a les perce-oreilles au marché, qu’on ne stérilise pas. Ça va comme ça. C’est de ça que je crois qu’il est en train de parler. Les perce-oreilles, il y a même les vaccins chez nous. Les jetables là, ça vient d’arriver chez nous. On injecte comme ça, il n’y a pas de stérilisation.

Sandra : Calos n’avait pas fini son témoignage et après je te donne la parole Mister X, pas de problème.

Calos : Moi je laisse le message à tous mes frères africains européens, tous ceux qui portent cette même maladie comme moi, l’essentiel c’est que bon, au début, c’est très grave de prendre des comprimés, c’est très grave parce que quand on te dépose ça, toi-même tu es dépassé, mais le tout c’est de mettre en tête, tiens, on m’a donné un comprimé, je considère que j’ai un palu. Si tu as un palu, tu vas prendre un comprimé pour te soigner. Bon. On te remet ça, il faut prendre. Tu prends tranquillement. Tu laisses la vie passer. Si les gens te parlent de gauche à droite, ce ne sont pas eux qui portent ton destin. C’est arrivé, c’est arrivé. Je dis à tous mes frères et soeurs qui sont là comme moi, qu’on m’a accepté. C’est tout ce que je peux dire. Et remettre tout entre les mains du bon Dieu.

Sandra : Merci pour ton témoignage. Une dernière intervention et puis après on fait une pause si vous le voulez bien.

Mister X : Je voulais intervenir en tant que saltimbanque artiste par rapport au fait qu’on marque une différence de par notre couleur de peau et tout ça. J’ai vécu 5 ans et demi en Afrique quand j’étais gamin mon père était un aventurier, il était au service de l’étranger. Il a passé son temps à le faire. Moi, je pense qu’on est des citoyens du monde et qu’en parlant de couleur et en parlant de différence comme ça on stigmatise et je pense que toi et moi, on n’a pas la même couleur, mais on a le même coeur et on vit tous les jours les mêmes moments et moi je considère que tous ce qu’on est là quoi, un instant et plus un instant qu’on partage, ça nous fait gagner du temps et que c’est tout ça qu’ils font qu’on arrive à dépasser. Ça fait 32 ans que je suis séropositif, j’ai vécu vraiment la grosse vague. Quand je vous dit la grosse vague, c’est que nous, on était des pestiférés, on ne voulait pas de nous nulle part. Personne ne me mettait d’enfant dans les bras. On a brûlé mon matelas, je le répète. J’ai tout perdu, mais j’ai essayé de reprendre tout ce que j’ai appris de mon éducation en Afrique. En Afrique il y a quelque chose de super important qui se passe, c’est qu’on touche la réalité, les enfants c’est ce qu’il y a de plus précieux et quel que soit le mal qu’on vit en tant qu’adultes, on se doit de construire pour donner à nos enfants quelque chose de propre. Et effectivement, il y a des générations qui sont massacrées malheureusement. Mais je pense qu’à l’heure actuelle, on est en 2015, je pense que c’est à nous de se dire, stop. À un moment donné stop. Qu’on soit noir, blanc on s’en fout quoi. L’important pour nous c’est le moment qu’on vit aujourd’hui. Ce qu’on est là tous aujourd’hui, le message qu’on passe positif, autour de nous et les petits détails qu’on donne aux autres pour leur expliquer qu’on est comme eux et à la seule différence, c’est que nous, on a une question… moi, il y a 32 ans, on m’a dit tu vas mourir demain. Et tous les jours je me suis dit, demain c’est demain et on verra ce que je fais aujourd’hui. Si aujourd’hui je fais quelque chose de bien, ça m’apportera le plaisir de vivre demain. Et ça, je le tiens de Camara Laye, Ousmane Sembene qui étaient des écrivains qui m’ont apporté énormément. Donc je voulais aussi le dire à tous quoi. Qu’on est tous artiste un peu au fond de nous-mêmes et qu’être artiste, c’est savoir jongler avec ce qu’on est, en fonction de ce qu’on a en face. Et qu’il y a des fois vaut mieux baisser la tête et avancer en se disant ça ne sert à rien parce que l’important c’est de laisser tomber tout ce qui est un peu imbécilité pour aller vers l’intelligence et l’intelligence, elle se croise dans ce qu’on a dans les tripes quoi. Et ça, c’est les instants précieux. Tout ça, c’est ce qui nous fait avancer tous. Et qu’on ait le sida, qu’on ait autre chose, qu’on ait une jambe de coupée, qu’on ait quoi que ce soit, on rencontre tous ces problèmes de discrimination, de par notre différence. Parce que la différence à l’heure actuelle dérange les autres. Parce que les autres ont envie de vivre sereinement, tranquillement, sans avoir affaire aux problèmes des autres. C’est simplement ça. Donc si nous on est intelligent et qu’on montre l’exemple, et je peux même vous dire un truc qui parait obsolète, un jour je me suis dit, est-ce que la maladie c’est complètement obsolète, est-ce que la maladie n’est pas là pour montrer au monde que les gens malades sont peut-être beaucoup plus précieux et intelligents que ceux qui ne le sont pas parce qu’on est conscient de la réalité de notre quotidien et qu’on le vit à la seconde ? Donc je vous laisse là-dessus. Je pense que c’est important. Maintenant, je trouve super intéressant que les gens puissent s’exprimer et dire ce qu’ils ont dans le coeur sans se dire qu’ici il y a des gens qui vont les mordre ou les bouffer ou leur sauter dessus donc c’est très important que ça puisse exister. Merci à tout monde. (Applaudissement)

Sandra : On va bientôt clore le sujet sur le tabou. Tu voulais parler Pascal.

Pascal : Je visionne beaucoup de choses en ce moment sur Internet, qui me choquent un peu aussi par-dessus le marché. Et on parle de prostitution, il y a plusieurs types de prostitution. Pour moi la prostitution ça s’étend après sous différentes formes, surtout maintenant avec Internet, on peut aussi se prostituer, on peut mettre des annonces comme on veut, de différentes manières, dans différents lieux, etc. Il y a les magazines, plein de choses possibles. Et le gros souci c’est qu’il y a aussi la polygamie de l’Afrique. Ça, on oublie d’en parler. C’est comme une sorte de tabou, mais ça existe encore malheureusement la polygamie sous différentes formes. Il y a même des hommes qui vivent sous cette forme-là, qui sont même homosexuels et qui sont même bisexuels, qui ont des hommes et des femmes. Partout où ils se déplacent par exemple en France, ils ont différentes personnes et c’est aussi comme ça que se propage la maladie.

Sandra : Mais la polygamie ce n’est pas qu’en Afrique. C’est partout.

Pascal : Non, on peut la trouver partout.

Zina : Je voulais finir par quelque chose de positif. Je me rends compte que j’ai vraiment énormément de chance parce que le VIH, je l’ai eu en 1991, donc ça fait 24 ans si je compte bien. Vraiment, je n’ai eu aucun rejet, j’en ai parlé à ma famille, personne ne m’a rejetée. J’ai eu des histoires sentimentales avec des hommes séronégatifs, je leur ai toujours dit d’office. Zéro problème. On ne m’a jamais rejeté. Donc je voulais terminer par une chose positive pour dire qu’on peut aussi vivre ça sans tabou et très bien et c’est mon cas. Je ne renie en rien le témoignage des autres, mais justement je me dis que j’ai énormément de chance.

Sandra : Et puis n’oublions pas, le meilleur moyen pour se protéger du VIH c’est le préservatif. Ou s’abstenir Rebecca tu dis. (rires). Ça, ce sera un autre sujet !

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE