Vieillir avec le VIH : « Quand je me regarde dans la glace, je me dis, ce n’est pas moi »

, par Sandra

JPEG - 514.4 ko
Vieillir avec le VIH : « Quand je me regarde dans la glace, je me dis, ce n’est pas moi »

Sandra  : L’heure avance, on va rapidement parler du sujet vieillissement, on va partir en Bretagne et puis on en parlera dans les prochaines émissions. Mais je voulais simplement déjà diffuser le premier témoignage d’un patient. J’explique rapidement. En fait, il y a eu un colloque qui s’est tenu à Saint-Brieuc, un colloque spécial pour les patients à Saint-Brieuc en Bretagne et où il y a eu plusieurs sujets qui ont été abordés. D’ailleurs la sexualité a été abordée et puis le vieillissement, je vous propose d’écouter ce patient qui a pris la parole en public.

Début de l’enregistrement.

En fait nous à l’époque on nous a dit : “tu vas mourir”. Donc on a a appris a vivre en se disant on est mort donc on vit en étant mort quelque part et parce qu’on a accepté le phénomène, on a assimilé le phénomène de mort je pense que, le plus difficile pour moi, je parle pour moi parce que c’est important, c’est de parfois prendre un bain. Le truc simple une douche. Et puis t’as une glace, la lumière elle est ouverte et puis dans la glace tu ne te vois pas. Tu vois l’aboutissement de tout ce combat, la maladie qui te pompe les matières grasses, les côtes qui sortent, tout ça et en fait tu regardes en face de toi et tu vois la mort dans ton miroir. Tu te dis putain, j’ai un problème, je sors de mon bain, je me bats, tout va bien et quand je regarde la glace je me dis putain, ce n’est pas moi. Quand on commence à être touché par quelque chose, on prend conscience de la réalité de la beauté, de la vie de ces instants, de toutes ces choses qui te font vibrer et du coup tu n’assimiles plus la mort comme étant quelque chose que tu vas subir mais qui t’aide. C’est complètement hallucinant, mais qui t’aide justement à sourire le lendemain et à avoir le sourire du matin. Le petit quelque chose de plus et je pense que c’est difficile pour nous de parler de vieillissement parce que quelque part dans notre tête, on a vieilli bien avant, bien avant les étapes que le corps t’aurait imposé et que parfois tu te dis, moi je vais avoir 50 ans. Bah je les ai eus. (rires).

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Voilà, donc c’est une personne concernée, je n’ai pas son identité, je ne sais pas comment il s’appelle, mais bon, donc c’est une personne séropositive qui a souhaité participer, prendre la parole. Une réaction rapide à ce témoignage ?

Wilson : Oui, effectivement, il parlait des problèmes du vieillissement, justement il employait un terme tout à l’heure, une phrase, “pomper les matières grasses”. Alors je dirai que c’est quelque chose qui revient le plus souvent, des personnes touchées par la maladie qui ont toujours, il y a des effets collatéraux de la maladie, il y a des conséquences, d’autres c’est le vieillissement, d’autres ça leur fait pousser le ventre, d’autres ils ont les courbatures. En fait il y a toujours quelque chose, il n’y a pas quelque chose de spécifique que la maladie donnerait à tout le monde mais une diversité de choses. À chacun sa petite chance ou son malheur avec cette pathologie. Mais ce qui est sûr, c’est un air de déjà entendu.

Rosita : Moi je réagirai en disant que pour moi je n’ai pas la même pensée, c’est-à-dire que le vieillissement je le mets de côté, moi je me mets dans des activités sportives. Vraiment j’essaye de faire depuis un certain temps beaucoup de sport, pour enlever ces idées de vieillissement parce que c’est vrai que beaucoup de gens le disent, j’entends les gens le dire et que moi personnellement je ne le vis pas comme ça et que je me dis, je fais beaucoup d’activités et du coup je ne me sens pas du tout dans le même esprit. Me sentir vieille non. Pourtant j’ai plus de 50 ans mais quand les gens me voient ils me disent que non, tu fais très jeune, et j’ai 55 ans. Mais voilà, et du coup chez moi, j’ai d’autres problèmes qui font que… donc je pourrai dire à chacun son truc, à chacun sa maladie voilà.

Wilson : Un petit conseil à donner aux personnes qui sont touchées en fait, et donc qui souffriraient justement du vieillissement prématuré ou d’un amaigrissement un peu anormal, ce serait que les personnes qui sont de gabarit menu, de corpulence menue, qu’elles fassent du sport, qu’elles mangent bien. Ce qui est sûr c’est que quand on est assez enveloppé, la capacité au virus de faire partir nos graisses n’est pas la même chose que quand on est menu de corps. Donc lorsqu’on est menu, lorsqu’on est petit corps, je pense qu’il y a un régime sportif à mettre dans son quotidien, dans sa vie. Il y a un effort à faire selon moi dans cette épidémie, en terme de corpulence, de physique.

Rosita : Je dirai que tout le monde peut s’y mettre, parce qu’à la longue on ne sait pas ce que ça peut produire je pense que tout le monde a à faire un peu d’exercice et puis un bon régime alimentaire.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE