Prévention VIH/Sida auprès de jeunes migrants à Marseille

, par Sandra

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Gustave explique à des jeunes migrants comment s’utilise un préservatif masculin
Prévention VIH/Sida auprès de jeunes migrants à Marseille

Sandra : Vendredi 11 décembre, un membre du Comité des familles et moi sommes allés à Marseille ! Pour ma part, c’était la première fois que j’y mettais les pieds et j’ai découvert une ville très contrastée. D’un côté les quartiers nord, des quartiers pauvres mais riche en solidarité, en convivialité. Et puis les quartiers sud, les quartiers chics, je n’ai pas eu le temps vraiment de m’y balader, la prochaine fois peut-être et au centre, bah le centre ville et on voit vraiment la délimitation entre le nord et le sud, c’est fou ! Bon mais ce n’est pas pour du tourisme que j’étais là-bas mais pour une action de prévention auprès des jeunes migrants à Marseille, où Gustave a donné son témoignage de personnes vivant avec le VIH. Ecoutez :

Début de l’enregistrement :

Gustave : Je vais aujourd’hui dans le cadre de cette causerie, vous parler de la maladie dont il a parlé, ce qu’on appelle le Sida, ce qu’on appelle le VIH. Je ne suis pas médecin donc je ne vais pas vous parler en terme technique, etc. non. Je suis simplement une personne séropositive. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que la personne a le virus du Sida dans son corps. Il a le virus du Sida dans son sang. Mais il n’a pas le Sida, il a le virus, c’est-à-dire la graine qui donne la maladie.

Si vous prenez vos médicaments normalement, le médicament il recouvre la graine, la maladie. Il reste tranquille dans votre corps. Il ne vous embête pas mais vous prenez le médicament chaque fois. Une fois par jour, 3 fois par jour, selon ce que le médecin a décrété.

La meilleure chose pour se protéger aujourd’hui, c’est le préservatif. Il y a un modèle féminin et un modèle masculin. Tout le monde sait comment ça se porte ? Tout le monde sait ? Est-ce que vous savez ou pas ? Vous ne savez pas ? Vous ne connaissez pas ? D’accord, on va en parler, on est là pour parler de ça. Pas de problème.

Ca, c’est pour les hommes. Ca, c’est pour les femmes. Pour les hommes, on va commencer par ça, c’est le plus simple, d’accord ? Quand vous allez avoir un rapport sexuel, quand vous allez vous coucher avec une femme. Tout le monde doit avoir ça à porter de la main. Les filles doivent avoir ça dans leur sac à main toujours, les garçons doivent avoir ça toujours dans la poche de la veste quelque part. Il faut avoir ça toujours, il ne faut pas être en panne de ça. C’est gratuit, on distribue partout. D’accord ? Si vous êtes une fille, et que vous avez un partenaire qui va avoir des rapports avec vous, il dit : “Ah je n’ai pas de préservatif, j’ai oublié”. Vous dites : “Non, ce n’est pas grave, il y en a dans mon sac” (rires).

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Après l’intervention, j’ai demandé quelques informations sur ces jeunes, pour savoir d’où ils viennent et qui les aident dans toutes leurs démarches. On écoute ça.

Début de l’enregistrement.

Kasser Korhili  : Je suis responsable pédagogique de formation dans une structure associative qui s’appelle le CIERES où on a en charge des publics jeunes, de 16 à 25 ans, pour la plupart primo-migrants.

Sandra : CIERES, ça veut dire quoi ?

Kasser Korhili : C’est Centre d’innovation pour l’emploi et le reclassement social.

Sandra : Je vois qu’il y a écrit partout “l’école de la deuxième chance”, c’est ça ?

Kasser Korhili  : Nous sommes dans les locaux qui sont gérés par l’école de la deuxième chance, dans le cadre d’un partenariat sur une action de formation que nous menons avec cette école.

Ces jeunes migrants arrivent chez nous au CIERES dans le cadre d’une demande et d’un besoin en terme de formation linguistique mais pas que, ils sont aussi dans le cadre de ces actions en besoin de maîtriser les codes sociaux et culturels du pays d’accueil et dans ce cadre-là, tout ce qui est relatif à la fois aux questions de logement, aux questions de santé et globalement tout ce qui passe à l’accompagnement et l’insertion sociale, est nécessaire à ce public-là. Donc s’agissant de tout cela, il me semble assez important pour ce public-là primo-migrant d’être au fait de situer l’enjeu, déjà les spécificités de cette maladie. Dans le public que nous accueillons, nous avons un public qui arrive de région rurale, de région urbaine, avec des niveaux de scolarisation très différents. Ca va de jeunes non scolarisés à des jeunes scolarisés jusqu’au secondaire et donc, on ne peut pas préétablir quel est leur rapport de connaissances par rapport aux enjeux de cette maladie. Et le fait de pouvoir bénéficier d’un atelier autour de ces questions-là, non seulement autour de la maladie en elle-même, mais aussi au regard des dispositifs mis en place qui concerne la prévention de cette maladie-là, est, à mon avis, complètement pertinent

Pour la plupart des personnes que nous accueillons, ils sont aussi suivis selon, s’ils sont demandeurs d’asile par des CADA, des centres d’accueil pour demandeurs d’asile, par des MECS, des maisons d’enfants à caractère sociale, par des FGT, des foyers de jeunes travailleurs. Et toutes ces structures-là mettent à disposition des accompagnements aux questions de santé.

Ce que nous apportons fondamentalement, c’est l’accès à la maitrise du français et de savoirs fondamentaux et surtout la possibilité pour eux de construire, reconstruire ou de transformer un projet d’insertion professionnel.

Sassi Ben Moussa : Président de l’association CAP MÉDITERRANÉE qui fait des actions plurielles en méditerranée, à Marseille, qui est membre de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives à Paris. Notre association est jeune, elle a été créée en 2010. Notre action c’est, on calque les actions nationales de la FTCR, on a nos actions propres à nous qui sont l’aide scolaire, l’accompagnement des personnes atteintes de maladies du VIH et des IST. On fait aussi des sorties pour les familles qui n’ont pas assez les moyens. On est un peu dans les actions sociales avec l’accompagnement juridique et tout.

Le fait de faire venir Gustave, c’était une bonne idée parce que là les jeunes étaient vraiment en contact avec une personne séropositive. D’abord c’est pour tirer un trait rouge sur tout ce qui est tabou, tout ce qui est préjugé sur le Sida. Il a bien expliqué tout ça. Les jeunes ont bien compris qu’on ne se contamine pas en se touchant, en mangeant ou en buvant ensemble. Je pense que son action complète la nôtre. Nous aussi on travaille avec un public migrant, qui a aussi plein de préjugés sur cette question-là et je pense que ces jeunes qu’on a vu aujourd’hui, serviront de relais et vont certainement sensibiliser autour d’eux sur cette maladie.

Sandra : Quand Gustave a fait la démonstration des préservatifs, masculins et féminins, on aurait dit que les jeunes n’avaient jamais vu de préservatif ?

Sassi Ben Moussa : Il faut dire que ces jeunes-là sont des primo-arrivants. Ils arrivent d’Afrique, de l’Asie, du Maghreb pour des raisons qu’on sait tous, c’est des migrations économiques, ils n’ont rien à manger chez eux… tous ces problèmes. Ces jeunes, je ne sais pas s’ils ont des pratiques sexuelles ou pas. C’est vrai, pour la quasi-totalité, c’est pour la première fois qu’ils voient un préservatif et ça veut dire qu’ils ont peut-être des relations sexuelles à risque. Le fait de ricaner un petit peu, c’est parce que peut-être ils se retrouvent fille/garçon et ils n’aiment pas trop se dévoiler.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Et enfin, j’ai demandé à Kasser Korhili du CIERES et à Sassi Ben Moussa, de CAP MÉDITERRANÉE, s’ils avaient un message pour les partisans du Front National, ou Marine Le Pen directement… puisqu’une des mesures du Front National est de stopper les financements aux associations de personnes migrantes.

Début de l’enregistrement

Sassi Ben Moussa  : En tout cas, si j’ai quelque chose à dire, ce n’est sûrement pas au Front National, mais à ses électeurs pour leur dire que le droit à la citoyenneté existe, égalité - fraternité c’est pour tout le monde. Ce serait bien qu’ils réfléchissent deux fois avant de voter. Concernant les immigrés, en majorité maghrébins aussi, les associations sont un grand support pour ces gens-là, peu importe leur date d’arrivée ou leurs âges. Les associations d’immigrés ont la connaissance de la communauté. Ils savent très bien ce qui a dans la communauté, des codes, des choses comme ça. Nous par exemple, on agit beaucoup sur le champ VIH/IST, on a des partenaires avec des associations françaises comme Aides et d’autres associations et ce qu’on a remarqué, ces associations-là, apportent leur expertise et nous, on apporte notre connaissance de la communauté et ça a très bien marché sur le plan de la prévention.

Kasser Korhili : Je n’ai rien à dire précisément à cette personne-là mais globalement, par rapport à cette situation, tout ce que je veux resituer, c’est que nous sommes bien dans un espace social et politique qui est une république et pas basée ni sur l’identité raciale, ni sur la couleur de peau, ni sur la religion mais qui est basé sur un concept de citoyenneté autour d’un contrat social. Et donc, la question n’est pas la question de la migration. La question est quid de l’évolution de ce contrat social, qu’est-ce qu’on en fait ? Est-ce qu’on décide de mettre en place un projet de co-existence pacifique et avenante entre la multitude de diversité entre les régions, les origines ethniques et religieuses ou bien est-ce qu’on met les gens en conflit entre eux pour diviser pour mieux régner.

Fin de l’enregistrement

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE