La mauvaise santé sexuelle d’une personne séropositive est-elle toujours liée à son infection VIH ?

, par Sandra

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Yann, Bruno et Patrick Papazian

Sandra : La mauvaise santé sexuelle d’une personne séropositive est-elle toujours liée à son infection VIH ?

Patrick Papazian : Absolument pas. C’est vraiment le point. C’est un peu le travail que je fais à chaque consultation, c’est d’essayer de déterminer ce qui relève du VIH et ce qui n’en relève pas, et d’aider la personne à y voir plus clair. J’ai vraiment deux cas opposés en consultation. J’ai la personne qui débarque et qui en gros me dit : “tout est lié au VIH”. Typiquement l’exemple que j’aime bien citer, parce que ça me concerne peut-être, le gay de la quarantaine qui va m’expliquer que sa vie sexuelle est un désastre à cause du VIH et j’adore pouvoir lui dire qu’il a bon dos le VIH et qu’être gay à la quarantaine, il y a forcément à un moment une crise de vie au niveau de sa sexualité. Donc on peut parler de ce sujet-là indépendamment du VIH. Et puis à l’inverse, j’ai des patients et patientes notamment, qui arrivent en me disant que : “le côté VIH est parfaitement digéré, il n’y a pas de problème, tout va bien”. Ah bah oui elles n’ont pas de sexualité depuis 4 ans et puis leur dernier partenaire stable, avec une relation durable, c’était il y a 8 ans, “ah bah oui c’était avant le VIH mais non, non aucun rapport”. Là, évidemment le discours est un peu différent et on peut cheminer différemment. C’est vraiment, trouver juste le point d’équilibre entre ces deux aspects, ce qui est lié au VIH et ce qui n’est pas lié au VIH. C’est ça qui est intéressant en consultation.

Yann : Au sein de l’association, on a souvent entendu des femmes dire qu’elles étaient en manque de désir. Est-ce que vous docteur vous pensez que c’est plus dû au mental, à l’annonce, à l’acceptation de ce météorite qui est le VIH surtout quand on l’apprend ou est-ce que ça peut être dû, vous avez plus de retour que nous, aux médicaments réellement ?

Patrick Papazian : Les deux, mon capitaine. Certains médicaments clairement, je sais en consultation, mais ça je dirai c’est l’expérience de 3 années où certains traitements vont être plus pourvoyeurs de dysfonction sexuelle. Donc il faut vraiment qu’on puisse regarder les choses d’un point de vue très médical, très clinique et à côté de ça, bien évidemment le côté vie avec le VIH, mais je dirai avec en point numéro 1, l’annonce de la séropositivité au partenaire qui est toujours un sujet dans les consultations et notamment chez les femmes. C’est toujours un sujet clé “comment je fais avec ça et du coup je préfère me replier dans une abstinence ou dans une absence de désir parce que ça m’évite d’affronter ça et tout ce que ça peut signifier derrière”.

Bruno : Moi, ce que j’avais trouvé important à remonter dans la commission “santé sexuelle”, c’est vrai que nous dans nos groupes de paroles, souvent, déjà on a dû mal à en parler entre nous, mais encore moins avec les infectiologues, au niveau des rendez-vous. Donc on sait qu’il y a les sexologues, mais c’est vrai que ce que j’avais trouvé bien cette année, c’est d’avoir mis en place les questionnaires pour les patients, pour les médecins, pour avoir vraiment un retour et que nous à partir de là, on voit ce qu’on peut faire parce que c’est vrai que, souvent on a le retour “oui mais nous on ne parle pas de ça avec notre infectiologue”. Donc, soit on nous oriente sur un sexologue… c’est tout un… nous dans la commission, on a mis ce questionnaire dans ce but-là, pour pouvoir répondre à ces attentes.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE