Dimitri, séropositif : « En Guadeloupe, je ne connais personne qui ait pu le dire à un membre de sa famille »

, par Sandra

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Carte de la Guadeloupe
Dimitri, séropositif : « En Guadeloupe, je ne connais personne qui ait pu le dire à un membre de sa famille »

Sandra : Dimitri qui est avec nous pour la première fois à l’émission de radio « Vivre avec le VIH » et qui a donc souhaité venir ici pour partager son expérience et c’est ce qu’on va faire on va découvrir qui tu es Dimitri, quelle histoire tu as. Je vais te poser une première question. La première fois que tu as entendu parler du VIH, c’était quand, où, comment, par qui ? Est-ce que tu t’en souviens ?

Dimitri : De mémoire, je pense que c’est au début des années 80, j’ai entendu parler de ça mais vaguement parce qu’on ne savait pas l’importance que ça avait au départ. C’est peut être une à deux années après qu’on a bien compris que c’était vraiment du sérieux et c’était grave. Mais moi j’ai appris ça franchement en 1985. Quand je me suis senti un peu fatigué, je titubais et puis contrairement à ce que les gens peuvent penser je ne bois pas beaucoup. Donc ça m’a inquiété et c’est à ce moment-là que j’ai été voir mon médecin qui m’a envoyé faire des examens et c’est là qu’on m’a appris ça et puis je ne savais pas quoi dire, quoi faire. J’ai dit malheureusement je ne peux pas le retirer moi-même donc je suis obligé de faire avec. C’est un médecin d’un certain âge et puis qui m’a annoncé ça comme ça mais sans brutalité, calmement, comme un père annonce une nouvelle à son fils, que malheureusement ça va être un moment difficile pour moi mais essayer d’être fort et je crois que c’est ce qui m’a fait tenir ici. Moi j’ai voulu être fort aussi parce que je n’ai pas voulu me laisser abattre, j’ai suivi les conseils que les médecins m’avaient donnés, de me reposer, de prendre les médicaments, tous les jours comme je faisais et je pense que c’est ça qui m’a sauvé parce que tous les gens à cette période-là malheureusement n’y sont plus.

Sandra : Cette nouvelle est-ce que c’est quelque chose que tu as appris ici en France ou est-ce que tu étais ailleurs ?

Dimitri : Ici en France.

Sandra : Tu as pu trouver une oreille attentive, compréhensive pour en parler ou tu as gardé cette mauvaise nouvelle pour toi ?

Dimitri : Au début je l’ai gardée pour moi parce que je ne savais pas comment le dire aux autres et puis je ne voulais pas trop embêter les gens avec ça parce que quand on le dit, pour moi c’était qu’on m’apporte assistance, moi je dis que c’est de ma faute donc voilà. En fin de compte ce n’était pas de ma faute. On dit faire l’amour pas la guerre, moi j’ai fait l’amour je n’ai pas fait la guerre. Donc après moi j’ai trouvé les médecins, les psychologues et puis les associations parce que je dis que s’il n’y avait pas les associations, à un moment donné j’étais vraiment très bas moralement quand j’ai commencé à fréquenter les associations, j’ai senti que ça allait mieux voilà.

Sandra : C’était combien de médicaments avant quand tu as commencé ta prise de traitement ?

Dimitri : De mémoire, je crois que je prenais cinq le matin et cinq le soir.

Sandra : Et c’était facile ?

Dimitri : Ah, ce n’était pas très facile parce que le seul médicament qui me dérangeait c’est le Norvir, l’ancien Norvir. Voilà, c’était mortel parce que j’ai eu des effets indésirables et puis là maintenant le nouveau, … j’allais dire merdique (rires) Norvir et c’est beaucoup mieux, moi personnellement, moi je le supporte mieux.

Sandra : Aujourd’hui ta prise de traitement, c’est moins maintenant ?

Dimitri : Oui oui, ça se réduit à trois cachets par jour.

Sandra : Pas d’effets secondaires ?

Dimitri : Non.

Sandra : Là, il y a peut être des personnes qui écoutent l’émission et qui viennent d’apprendre leur statut VIH. Quel est ton message pour ces personnes qui viennent d’apprendre leur séropositivité ?

Dimitri : Malheureusement il ne faut pas s’affoler, malheureusement le cas est là, il faut l’affronter et faire confiance à son médecin et puis aussi d’être à son écoute et puis que lui soit à l’écoute de la personne et puis aussi décrire tous les symptômes qu’on ressent et voilà s’il y a un médicament qui ne va pas il faut le dire, on peut changer le médicament avec l’accord de son médecin et puis aussi de prendre les médicaments aussi tous les jours. Il ne faut pas prendre une fois et puis la semaine d’après on ne le prend pas. Non. Il faut prendre les médicaments comme il faut quoi.

Sandra : Est-ce qu’on peut dire de quel coin tu viens ?

Dimitri : Oui.

Sandra : Donc tu viens de la Guadeloupe.

Dimitri : De la Guadeloupe.

Sandra : Est-ce qu’il y a une différence entre parler du VIH ici en métropole et en parler en Guadeloupe ?

Dimitri : Moi de mon côté je ne connais personne qui ait pu le dire à un membre de sa famille. Je pense que c’est très dur, c’est très compliqué parce que jusqu’à maintenant, pourtant il y a des cas en Guadeloupe, j’ai appris par les informations, très délicat.

Sandra : Toi tu en as parlé à tes proches en Guadeloupe ?

Dimitri : Non.

Sandra Pour quelles raisons ?

Dimitri : Je ne trouve pas le moyen, parce que moi parfois au repas de famille quand j’entends les conversations, ça ne donne pas envie de le dire. Donc les gens qui ont la possibilité de le dire ou qui ont eu l’occasion de le dire, je les félicite parce que moi franchement jusqu’à maintenant je ne vois pas dans quelles conditions je pourrais le dire.

Sandra : Pourquoi qu’est-ce qui se dit sur le VIH ou sur les personnes séropositives ?

Dimitri : Que des choses négatives. Que des propos pas très encourageants.

Sandra : Il n’y a pas de prévention là-bas ? Si pourtant. Enfin je sais qu’on en parle du VIH quand même.

Dimitri : Normalement je pense qu’ils sont obligés d’en parler. Mais moi je ne m’y connais pas trop dans leur façon de dire ou de faire, comment ça se passe parce que moi je n’en parle pas du tout.

Sandra : Mais par exemple quand tu vas en Guadeloupe, s’il t’arrive d’y retourner, est-ce que tu vois parfois des campagnes de prévention comme tu peux en voir ici en métropole. Comme par exemple il y a des campagnes pour d’autres maladies. Donc est-ce que le VIH c’est quand même quelque chose d’assez présent au niveau de l’information en Guadeloupe ?

Dimitri : Curieusement pas du tout, je n’entends pas parler du tout. Sauf, j’entends les trucs comme ça aux informations, en métropole. Ou alors je peux entendre que les gens peuvent parler d’autres personnes qui l’ont des trucs comme ça. Par exemple, s’il y a des associations, ou ceci cela, je ne suis au courant du tout, je ne dis pas qu’il n’y en a pas.

Sandra : Mais tu ne sais pas. Et si jamais il y en avait une tu aimerais y aller ou pas ?

Dimitri : Je ne pense pas.

Sandra : Qu’est-ce que tu souhaites pour les auditeurs de l’émission de radio pour cette année 2015 ?

Dimitri : Déjà je leur souhaite beaucoup de courage et puis faire beaucoup attention. Nous auparavant on ne faisait pas attention parce qu’on était insouciant, on vivait comme ça et la vie était plus agréable, plus facile. Maintenant il y a des embûches partout alors il faut toujours faire attention, regarder ou on met les pieds, essayer de comprendre les choses, déjouer les pièges et il n’y a que comme ça qu’on pourra vivre une vie meilleure.

Transcription : Joëlle Hist