Françoise Anselme : « Le médecin du travail a des missions extrêmement réglementées »

, par Sandra

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Françoise Anselme : « Le médecin du travail a des missions extrêmement réglementées »

Sandra : Est-ce que tu sais à quoi sert ce médecin du travail ?

Yann : Ah je pense que ce médecin du travail sert à faciliter à l’employé sa qualité de travail, en premier lieu. Ça peut être une oreille pour les patients qui ont le type de pathologie comme nous et qui ont besoin de se confier, s’ils vivent des discriminations. Moi après, je suis de la vieille école où je me dis toujours que le médecin du travail travaille beaucoup avec la DRH et tout ça…

Sandra : Tu penses que c’est un indic quoi, une taupe ! (rires)

Yann : Non, non. Je n’irai pas jusque là parce qu’il y a de très bons médecins du travail qui veulent justement défendre l’employé, qui sont là par conviction aussi. Il ne faut pas l’oublier. Je me suis dit, j’aurais bien le temps d’en parler si un jour je rentre dans une problématique sévère de santé ou que mon boulot, j’ai vraiment besoin d’un autre poste. Mais je dirai le mieux c’est que je puisse trouver un autre boulot parce que là, ça fait 4 ans et comme ce n’est pas quelque chose qui me passionne je suis plus ou moins en recherche.

Sandra : Ton boulot idéal ce serait quoi ?

Yann : Moi, je travaillais pas mal dans ce qui est humain, c’est-à-dire avec le rapport avec les gens. J’ai fait un an et demi la Croix-Rouge française où je m’occupais de personnes SDF, mais j’ai fait 1000 boulots et j’en ai fait un très dur, mais qui est une très bonne école de la vie, qui est la restauration. J’ai commencé par ça quand j’étais jeune. Étant donné que c’est très difficile, le travail mais surtout de supporter les cons qui ont l’impression d’être les rois du monde à partir du moment…

Sandra : Tu étais serveur ?

Yann : Ouais, toi aussi tu as ?

Sandra : Non, mais mon frère est cuisinier, il me raconte des anecdotes.

Yann : Cuisinier c’est encore autre chose parce que tu as un petit peu la caste du… c’est une brigade la cuisine. Il y a aussi toute cette hiérarchie. Nous, le plus difficile, c’était par exemple le gars qui te siffle.

Sandra : Avant c’était plus comme ça, mais maintenant je crois que ça s’est calmé.

Yann : Ah mais tu as tous les cas de figure. Surtout que moi, j’ai démarré dans le sud de la France sur Nice où les gens ne sont pas d’une grande élégance et politesse pour la plupart. Donc dans ce cas là, il faut tout de suite les remettre en place ceux-là.

Sandra : Oui, le client n’est pas roi. Ce n’est pas vrai ça.

Yann : Surtout bien lui faire comprendre que là il doit se tromper parce qu’il est ni en train d’appeler son chien, ni en train d’appeler son chat. Il faut tout de suite être très ferme et voire le servir le plus lentement possible de manière à ce qui ne revienne pas.

Sandra : Ah oui !

Yann : Ah c’est notre petite vengeance ! (rires)

Sandra : Comme les caissières qui passent les articles lentement parce que la personne n’a pas dit “Bonjour”. Tout simplement. (rires)

Yann : Tout simplement, exactement !

Sandra : Les bonnes combines ! (rires). Je vous propose d’écouter la suite de l’entretien avec Françoise Anselme et Françoise Lebrun.

Début de l’enregistrement.

Joëlle : À quoi sert le médecin du travail ?

Françoise Anselme : Le médecin du travail est un médecin (rires). Je tiens quand même à le préciser. On a un rôle et des missions qui sont extrêmement réglementées, qui sont dans le Code du travail. Donc le rôle du médecin du travail c’est exclusivement préventif. Ça consiste à éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail. Notamment en surveillant leurs conditions d’hygiène au travail, des risques de contagion, leur état de santé, etc. Il ne s’applique qu’aux salariés puisque les libéraux n’ont pas de médecin du travail, c’est une médecine qui est destinée seulement aux salariés. Et en fait, dans nos missions, ils sont comme je vous dis réglementés avec des articles que vous pouvez retrouver, par exemple l’article R 46-23.1. Après je vous fais grâce de tous les numéros, vous pouvez rechercher si vous voulez.

Sandra : Merci.

Françoise Anselme : On est conseiller, donc conseiller, ça c’est très important. On n’est pas décisionnaire, on est des conseillers, mais à la fois de l’employeur, des travailleurs, des représentants du personnel et des services sociaux et notamment, je vous passe la liste parce qu’elle est grande, mais notamment sur l’amélioration des conditions de vie et de travail dans l’entreprise, l’adaptation des postes, des techniques et des rythmes de travail à la santé physique et mentale des salariés. Notamment en vue de préserver le maintien dans l’emploi des salariés. Et puis protéger aussi les travailleurs contre l’ensemble des nuisances qui peuvent être présentes dans l’entreprise. Ça peut être les risques d’accidents de travail, des risques d’accident d’exposition à des agents chimiques, biologiques, etc. En fait, nous, on fait partie, donc c’est un réseau en fait pluridisciplinaire, le terme est très à la mode, mais on est au sein d’une équipe qu’on coordonne et dans les équipes de santé au travail, il y a les médecins du travail, mais il y a aussi les infirmières de santé au travail, il y a les intervenants au risque professionnel, ce qu’on appelle les IPRP, il peut avoir des ergonomes, psychologues. Des professionnels de santé qui travaillent autour de la santé au travail et qui sont là au sein d’une équipe, accompagner le mieux possible les salariés. Ce qui est très important de souligner c’est que le médecin du travail est soumis à des obligations déontologiques. Donc on est soumis au secret professionnel, par conséquent quelqu’un qui nous dit qu’il a un cancer, un cor au pied ou un VIH positif, ça reste au sein de notre cabinet en entretien singulier. On peut tout à fait être poursuivi et c’est tout à fait normal, pour avoir trahi ce secret professionnel, comme n’importe quel médecin. D’autre part, on a un travail, puisqu’on est habilité à conseiller les uns et les autres, on a aussi une habilitation à proposer des mesures individuelles ou voire collectives pour que tout se passe le mieux possible au niveau du poste de travail, de l’organisation général, etc. Et par conséquent quand on a un état de santé d’un salarié qui nécessite ce qu’on appelle des restrictions ou des limitations d’aptitude par exemple quand on a mal au dos, je fais très schématique, mais quelqu’un qui aurait mal au dos, genre hernie discale ou quelque chose comme ça, qui devrait avoir une limitation au port de charge, la station debout, nous on est habilité à marquer ce genre de choses sur le certificat d’aptitude, mais sans aucunement faire allusion au diagnostic puisque c’est de l’ordre du secret médical et à discuter justement avec l’employeur pour savoir de quelle façon il peut adapter le mieux possible le poste de travail du salarié en question.

Sandra : L’employeur doit obligatoirement vous écouter ?

Françoise Anselme : L’employeur doit nous écouter et de façon réglementaire si le poste ne peut pas être adapté, il doit mettre les choses par écrit pour que ce soit opposable en cas de litige et en cas de saisine de l’inspection du travail. Mais après un conseil est un conseil. On a un rôle qui est quand même assez on va dire important au sein de l’entreprise puisqu’on est en communication permanente avec les syndicats quand on est en réunion de représentativité paritaire avec les employeurs etc. On est au coeur d’un système où on est là pour le bien du salarié et pour faire que les choses avancent dans le bon sens pour qu’il soit maintenu au poste le plus longtemps possible même s’il doit , soit adapter le poste ou soit changer de poste s’il y a besoin. Ça, c’est vraiment en fonction de l’état de santé, c’est du cas par cas en permanence.

Fin de l’entretien.

Sandra : Françoise Anselme, médecin du travail et Françoise Lebrun, coordinatrice du COREVIH Haute-Normandie, au micro de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Voilà Yann, maintenant tu en sais un peu plus sur le rôle du médecin du travail.

Yann : Absolument. On les remercie parce que c’est quand même beaucoup plus clair et ça confirme, même si j’avais très peur, ça confirme quand même qu’ils sont d’abord là pour les employés, les salariés. Même s’ils travaillent comme elle le disait avec un petit peu tous les bords de l’entreprise, c’est-à-dire l’employeur, les syndicats, mais voilà, la grande partie c’est de mettre en place des choses pour que l’employé soit le mieux dans son travail.

Sandra : Tout à fait. Elle a bien précisé que si jamais le médecin du travail trahit le secret professionnel, si elle balance au patron, le médecin du travail peut être poursuivi, ce qui est tout à fait normal.

Yann : Normalement il n’y a pas de peur à avoir.

Sandra : Voilà, normalement pas de peur à avoir. On peut tout à fait se confier au médecin du travail. Il est là pour ça en fait. Donc il ne faut pas hésiter. Après, c’est une question de confiance. On le sent ou on ne le sent pas. C’est sûr que le VIH, je dirai que c’est délicat.

Yann : Pour ma part, je me confie déjà tellement partout que je me suis dit, la bulle du travail, on va stopper (rires).

Sandra : Bah tu sais, il ou elle a peut-être Facebook, ton médecin du travail.

Yann : Oui c’est vrai. En plus Facebook, il suffit de taper mon nom de famille.

Sandra : Bah oui, j’ai toujours trouvé ça courageux de ta part.

Yann : Je me suis posé la question après parce que des gens comme toi m’ont dit quand même tu es culoté, tu y vas direct avec ton nom et tout ça. Mais je te dis, 30 ans de VIH, ça modifie l’esprit et la vision de la maladie aussi. C’est pour ça que je ne jette jamais la pierre aux personnes qui viennent de l’apprendre, le temps de le digérer et tout ça. En 2015, ça reste très difficile. Je leur dis toujours moi, c’est parce que j’ai du recul, faut pas croire que je suis un surhomme.

Sandra  : Non, je le sais bien (rires). Pour réagir à l’émission, je rappelle, c’est le 01 40 40 90 25 ou bien le site comitedesfamilles.net pour réagir sur ce sujet, n’hésitez pas, parce qu’on en reparlera dans d’autres émissions.

Yann : Il y a une partie qui me touche aussi beaucoup c’est que je suis incapable de vivre dans le non-dit ou le mensonge donc voilà quoi…

Sandra : Mais ce n’est pas vivre dans le mensonge de ne pas parler de ses problèmes de santé à ses collègues en fait.

Yann  : Non, non. Mais il y a des gens qui arrivent à le conserver, à garder ça pour eux et je ne crois pas que ça les épanouissent vraiment beaucoup de garder ce poids. Après je respecte, chaque personne a le droit de divulguer. Ça dépend de plein de choses, de la culture. Mais pour moi, c’est une manière d’être en phase avec moi et avec les autres aussi. Tu te rappelles ce membre qui avait dit, de toute façon, moi quand on me rejette pour ma séropositivité, c’est un peu comme un filtre à con, ça me permet d’éviter d’entamer une relation avec quelqu’un qui n’est pas vrai ou qui n’a pas la connaissance de ce qui est vraiment cette maladie. Donc on peut lui apporter la connaissance, c’est une chose, mais si elle est fermée, on passe et puis il y a des gens très bien sur la Terre.

Joëlle : C’est aussi une sorte de protection contre des décisions peut-être plus de la direction parce que certaines professions où la révélation de la séropositivité amène obligatoirement des adaptations de poste par exemple, la catégorie du personnel hospitalier. Donc c’est obligatoire d’adapter le poste ou le personnel militaire également.

Sandra  : D’en parler au médecin du travail tu veux dire ? Oui, c’est nécessaire parfois pour…

Joëlle : D’en parler uniquement au médecin du travail.

Yann : Non, mais il y aussi le cas des personnes qui ne disent pas forcément à leurs enfants, parce qu’ils attendent le bon moment ou quoi que ce soit. Je trouve que le dire à son enfant, surtout quand on est en pleine santé, il n’y a pas mieux comme prévention. Bien sûr l’enfant va se poser des questions “comment tu l’as eu ? Est-ce que c’est papa ?” On n’est pas obligé d’étaler sa vie intime en famille. En tous les cas pour moi, c’est une des meilleures préventions, c’est-à-dire ne chope jamais cette cochonnerie.

Sandra : Il existe, comme l’a souligné Joëlle, des professions où une personne séropositive n’a pas la possibilité de faire telle pratique ou telle profession. Ça existe. Mais ça, on en parlera prochainement soit à la prochaine émission. On essaye Joëlle et moi d’inviter quelqu’un qui puisse vraiment bien parler sur ce sujet. Ce n’est pas vraiment de la discrimination, enfin, je m’exprime peut-être un peu mal, mais c’est juste que comme l’ont dit, ça vous l’entendrez prochainement, Françoise Anselme et Françoise Lebrun, parfois ça peut être un risque pour la personne séropositive en fait. Donc il faut penser à ça aussi.

Yann : Autrement, tu crois qu’il y a des métiers où notre statut…

Sandra : Oui, les militaires… les métiers de la sécurité…

Yann : La restauration ?

Sandra : Non, je ne crois pas. Il n’y aurait pas de raison.

Yann  : Je ne savais même pas qu’il y aurait des métiers…

Sandra : Enfin en tout cas comme l’a dit Joëlle, c’est adapté. On en dira plus la semaine prochaine, on vous dit tout !

Transcription  : Sandra JEAN-PIERRE