Témoignages dans un foyer de travailleurs migrants : « Un préservatif c’est quoi ? »

, par Sandra

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Aperçu du foyer de travailleurs migrants Bellièvre à Paris
Témoignages dans un foyer de migrants : « Un préservatif c’est quoi ? »

Sandra : Je vous propose d’écouter maintenant dans cette émission de radio « Vivre avec le VIH » le témoignage de Francis et Sandrine qui ont participé au projet Madeleine. Le projet Madeleine qui consiste à la base à témoigner dans des lycées et collèges pour témoigner de sa vie avec le VIH, raconter comment c’est en vrai. Et là en fait le projet a été exporté jusqu’à un foyer de migrants en fait, donc, ils sont partis dans un foyer de migrants à Paris. Je vous propose de les écouter tout de suite.

Début de l’enregistrement

Francis : Mon pays d’origine c’est le Burkina Faso. Je suis né là-bas, j’ai fait mes études là-bas, j’ai travaillé là-bas. Je suis venu en France parce que j’étais malade et je suis venu pour me soigner. Après mes soins ça a été compliqué. J’ai eu d’autres problèmes et puis finalement je suis resté aujourd’hui je suis Français voilà, mais je retourne de temps en temps au Burkina Faso parce que j’ai mes enfants là-bas. J’ai deux enfants et trois petits enfants, mes filles sont mariées, elles ont des enfants voilà.

Je suis infecté du VIH, je suis infecté de ce qu’on appelle couramment sida. Quand vous avez le microbe, le virus dans le sang et que vous vous portez bien, on dit vous êtes simplement, séropositif vous avez le virus du VIH dans le sang. Moi, j’ai le virus dans le sang, donc je n’ai pas le sida, mais ce qui peut amener le sida, je l’ai dans mon sang. Actuellement, je prends chaque jour des médicaments. Ça fait que le microbe, le virus qui est dans mon sang, il se calme. Il dort. Il me laisse tranquille. Et je fais tout ce que je peux faire parce que je prends chaque jour mon médicament. Chaque jour, matin je prends, le soir je prends, matin je prends, le soir je prends. Tous les jours faut pas rater. Comme ça le microbe il dort, il me colle la paix. Moi aussi, je fais mes activités. Si j’oublie de prendre, il commence à lever la tête un peu. Après je fais longtemps je ne prends pas, il va se réveiller, il va commencer à avoir la force il va commencer à bouger lui aussi. Il va commencer à attaquer. À ce moment moi je vais commencer à tomber malade. Ca sera la toux, etc. Après je vais devenir très faible. Je serais obligé de me coucher. À ce moment on va dire, il a le sida. À ce moment, le microbe, le virus qui est dans le sang, il devient fort. Il combat aussi, il veut prendre la place. Et toujours si je ne me soigne pas, si je reste couché, je dis ah c’est le palu, ah c’est mon oncle qui m’a empoisonné, c’est ma tante qui m’a envoyé un sort etc…mais tant pis pour moi au bout de quelque temps je vais mourir, on va m’enterrer et puis c’est fini. Voilà on ne parle plus de moi. Mais si je pense que ce n’est pas un oncle qui a empoisonné, une tante qui a fait quoi, je me soigne.

Maintenant comme je vous l’ai dit, moi j’ai le virus, si vous me rencontrez dans la rue, est-ce que vous pouvez savoir que j’ai le virus ? Non, ce n’est pas écrit sur mon front. Je n’ai pas l’air malade. Je suis bien portant et puis voilà. Vous aussi, vous êtes des personnes bien portantes. Ce n’est pas écrit sur le front de quelqu’un. Mais chacun doit chercher à savoir. Quelle est ma situation ? Parce qu’on peut avoir le virus dans le sang sans même le savoir. Moi je ne sais pas en quelle année je l’ai eu. Je ne sais pas avec qui je l’ai eu. Après je ne me suis même plus posé ces questions-là. Le premier jour quand on vous dit que vous avez le virus : « Ce n’est pas possible. Comment moi j’ai fait ? Comment j’ai eu ça ? Pas moi. Pourquoi moi, etc ». On se pose des tas de questions, parce que tout le monde se croyait au dessus de ça. Tout le monde croyait que ça c’était la maladie des prostituées, c’est la maladie des vagabonds, c’est la maladie de celui qui change tous les jours de femmes ou des trucs comme ça. On croit que c’est pour eux seulement. Mais non parce qu’après on ne sait pas qui va chez qui, qui fréquente qui, qui voyage et va ou qui fait quoi, on ne sait pas. Et puis voilà un beau jour, on est là-dedans. Donc ce que je voudrais vous dire aujourd’hui c’est que chacun de vous, on vous a donné les adresses des différents endroits, on vous a dit tout ce que vous pouvez faire pour votre santé, sans payer un rond. Il n’y a rien à payer. Ce qui est conseillé, ce qui est bien de faire, c’est que chacun de vous s’arrête un jour, prendre une goutte de sang et puis venir regarder. Après, si vous venez prendre le résultat, il n’y a rien dedans, vous dites : « Ah Dieu merci faut prier », voilà, d’accord ? Et après ça il faut prendre toutes les mesures pour ne pas être contaminé. Vous avez fait votre examen, vous n’êtes pas contaminé c’est très bien. Mais maintenant, Il ne faut pas chercher des problèmes là ou il n’y en a pas. Il y a ce qu’on appelle des capotes. Il y en a partout maintenant. On distribue les capotes à tout le monde. Il faut vous préserver. Vous ça vous permet de vous protéger, ça permet de protéger l’autre personne. Mais c’est vrai ! Parce que vous avez vu que vous n’étiez pas contaminé. Mais si vous prenez votre sang et que vous voyez que vous avez la petite bête là dans le sang. À ce moment, tout de suite, il ne faut pas attendre, il ne faut pas retourner chez vous vous coucher, pleurer, vous cacher et tout. Non. On m’a dit que j’ai ça, je me porte bien encore, je peux marcher, je peux … Il faut tout de suite courir, chercher un centre, un hôpital, dans tous les grands hôpitaux de Paris, il y a ce qu’on appelle le service des maladies infectieuses. Il y a des médecins là-bas. Tout de suite on va vous mettre sous traitement, comme moi aujourd’hui. Et si on vous met sous traitement, il faut prendre tous les jours même quand vous commencez à sentir que ça va, vous travaillez, on ne voit rien, mais il faut continuer de prendre le médicament. Faut pas laisser parce qu’entre temps je vois que ça va mieux etc. … bon voilà en gros ce que je voulais dire. Si on veut parler du sida jusqu’à demain matin, on sera là. Si on veut parler de ma situation, ma situation c’est grand comme ça. Maintenant si vous avez des questions, ou bien si les autres veulent intervenir, ça sera plus concret. On va parler de ce qui vous intéresse.

Sandrine : Je suis Française. Mes parents sont d’origine française aussi donc je vis à Paris. Je suis Bretonne de la région de Bretagne et je travaille à Paris. Et depuis 20 ans, je suis séropositive et ça fait dix ans que je prends un traitement, tous les jours je prends deux comprimés tous les soirs. Du coup je me porte très bien, je n’ai aucune conséquence du fait d’avoir le virus.

Ce que je voulais vous dire, c’est que moi j’ai attrapé le HIV alors que je vivais avec quelqu’un depuis deux ans. On n’avait pas fait de test, on se disait bon ben on s’aime et puis c’est très bien, tout va bien, seulement lui il savait qu’il avait le sida, depuis très longtemps. Mais il ne me l’a pas dit et un jour il est tombé malade, très malade et c’est les médecins qui m’ont dit ben en fait il a déclaré le sida. Il ne s’était pas soigné pendant qu’il était séropositif, il n’avait pas pris de traitement et du coup il était devenu malade. Donc il a fait la tuberculose qui est une maladie qu’on peut déclencher quand on est séropositif et qu’on a ses défenses immunitaires. Vous savez ce que c’est les défenses immunitaires ?

Assemblée : Non.

Sandrine : Quand on est malade par exemple, quand on tousse ou n’importe parfois tout de suite nos ganglions, tout le corps rejette la maladie, tout seul, c’est le système immunitaire. Mais le VIH il attaque le système immunitaire, il vous rend tout faible en fait. Il vous rend tout faible au fil du temps. Donc c’est pour ça qu’on prend un traitement pour garder toujours le système immunitaire fort. Et comme il est fort, du coup les maladies viennent et ne vous attaquent pas en fait. Donc il a déclenché une tuberculose, et c’est à l’hôpital que les médecins m’ont dit, il a le sida. Donc moi je suis allée passer un examen, on m’a dit que moi aussi j’étais séropositive. Donc après, j’ai pris un traitement et ce traitement fait que moi je vis tout à fait correctement et j’ai été contaminé en 1994. Donc ça fait 20 ans. Voilà, donc je compte là dessus pour prendre le traitement le temps qu’il faudra prendre le traitement, mais je vis très très bien.

Une chose très importante, si un jour vous rencontrez une demoiselle, et bref vous n’êtes pas sûr de vous, vous ne savez pas, vous ne savez pas utiliser de capote ou il y a eu un accident. Vous pouvez aller dans toutes les urgences, de tous les hôpitaux de France. Vous allez aux urgences et vous dites que vous avez pris un risque et on va vous donner un traitement d’urgence. Ce traitement, vous le prenez pendant quelque temps, déjà le médecin il va vous poser des questions, il va vous dire : « quel risque vous avez pris ? Est-ce que c’est un petit risque ? Un grand risque ? Est-ce que la personne elle est séropositive, l’autre personne avec qui vous étiez ? Et comme ça il va dire, je vous donne un traitement d’urgence ça vous pouvez aller tout le temps à toutes les urgences de tous les hôpitaux si vous n’êtes pas tranquilles.

Sinon, qu’est-ce que je peux vous dire ? Il faut absolument, si on se sait malade, prendre son traitement et le prendre bien parce que c’est la seule garantie de vivre une vie tout à fait normale avec des médicaments. Il y a des gens qui ont plein de choses, il y en a qui ont du diabète. Il y a des gens qui ont du cholestérol, il y a des gens qui ont de l’asthme. Ils prennent aussi des traitements. Pour le VIH, maintenant il y a des traitements, ils existent, ils sont efficaces et ils n’ont pas d’effets contraignants. On peut continuer à travailler, vivre sa vie. Moi je vis avec quelqu’un depuis 15 ans, un monsieur, et il a pas le VIH. Pourtant on vit ensemble. Parce que le fait que je prenne un traitement, ça le protège lui aussi. Parce que moi du coup le VIH dans mon sang il dort et du coup je ne peux pas le transmettre. Parce que c’est une grande peur de transmettre. Donc on peut avoir une vie, on peut avoir des enfants, voilà. Il faut simplement se faire dépister. Il faut aller dans les centres de dépistage pour connaître sa situation et puis après pas simplement faire attention à la bonne mine des demoiselles ou des dames que vous rencontrez. Moi je suppose que ce n’est pas écrit sur mon front non plus. Voilà, c’est tout.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Francis et Sandrine au micro de l’émission de radio “Vivre avec le VIH”, que je remercie. Donc qui sont partis, témoigner dans un foyer de migrants, ou il n’y avait que des hommes, donc à peu près l’âge moyen c’était trente ans. Il y avait aussi des jeunes de mon âge à peu près, la vingtaine. Et cette séance de témoignages s’est poursuivie après avec une distribution de préservatifs. Et devine quoi Dimitri, quand on a distribué les préservatifs, ces jeunes hommes m’ont dit et qu’ils ne savaient pas ce que c’était. Il a fallu qu’on montre comment se met un préservatif, quelle forme ça avait, ils n’en avaient jamais vu et du coup beaucoup, ont dit et moi ce n’est pas la peine, je n’en ai pas besoin puisque moi je suis ici pour travailler, pour gagner de l’argent, et j’envoie l’argent au pays à ma femme qui m’attend là-bas et quand je retournerai au pays, je me marierai avec ma femme et il n’y a qu’avec elle que j’aurai des relations sexuelles. Alors oh, je vois ta tête tu m’as l’air un peu sceptique par rapport à ce genre de propos.

Dimitri : Ah oui, oui, oh la la, ah oui moi je ne m’attendais pas à entendre, je ne m’attendais pas à entendre ça. Parce que comme je l’ai dit, avant il n’y avait pas d’information, mais maintenant il y a des informations partout. Il faut voir comment on met les préservatifs, on conseille les préservatifs. Maintenant il y a trop de renseignements, trop de conseils, trop d’informations, pour que les gens puissent parler comme ça, non.

Sandra : Alors c’est des personnes qui venaient d’Afrique subsaharienne après je ne sais pas quel pays exactement, il y avait beaucoup de personnes, donc peut être qu’il s’agit de villages reculés, je ne sais pas, où l’information ne passe pas.

Dimitri : Peut-être, mais si l’information ne passe pas, il y a des associations qui pourraient le faire. Il faut le faire parce qu’on est en 2015 maintenant. Ça me parait un peu gros.

Sandra : Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Joëlle Hist