Burkina Faso : une association pour les jeunes filles-mères séropositives

, par Sandra

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Burkina Faso : une association pour les jeunes filles-mères séropositives

Sandra : Larissa, bienvenue à l’émission de radio Vivre avec le VIH. Il y a Yann qui est là, Joëlle aussi qui est là pour vous écouter et évidemment tous les auditeurs de l’émission de radio Vivre avec le VIH. Pouvez-vous nous présenter l’association AIM ? Qu’est-ce que c’est ?

Larissa Bado : AIM Burkina est une association apolitique de lutte contre le VIH/Sida basée dans la commune de Ziniaré au Burkina Faso, à une trentaine de kilomètres de la capitale de Ouagadougou. Créée le 5 janvier 2014, elle compte un staff de 5 salariés, 123 adhérents et 47 bénévoles. Environ 85% des adhérents sont des personnes vivant avec le VIH/Sida. Je suis avec un de mes collaborateurs, qui est le secrétaire général de l’association et qui va vous présenter nos activités, je vous le passe.

Sandra : D’accord. Allô bonjour monsieur.

Gartièb Kolani : Bonjour. Donc le projet associatif de notre association couvre principalement la thématique du VIH/Sida et donc les activités ont pour cible prioritaire les jeunes filles-mères analphabètes et puis leurs familles qui sont infectées ou affectées par le VIH/Sida. Ici, on comprend par jeunes filles-mères, les mères non mariées c’est-à-dire les jeunes filles célibataires mais qui ont des enfants. Elles représentent une proportion très importante aujourd’hui ici à Ziniaré. Mais elles ne font pas partie de la vie normale. Elles ne font pas partie de la société parce que la norme, ce qui est valorisé ici, c’est le mariage et donc traditionnellement, la fille-mère n’existe pas. Vous comprenez que nous sommes encore dans une société très traditionnelle donc la fille-mère n’existe pas. C’est le mariage qui est valorisé. On passe de fille à femme c’est-à-dire de la fille célibataire sans enfant vivant dans la cour de son père à, femme mariée dans la cour de son mari et qui peut, à ce moment, avoir des enfants. Ce qui fait que ces jeunes filles sont rejetées par leur famille. Elles se retrouvent dans la rue, dans des situations de vulnérabilité.

L’infection à VIH vient compliquer, vient rendre plus précaire leur situation, ce qui fait que notre association veut vraiment porter la voix de ces jeunes filles pour voir ce qu’elles peuvent faire pour leur rétablissement. Et donc dans nos actions, nous apportons un accompagnement psychosocial, médical et puis économique. Le plan psychosocial, c’est les visites à domicile, les visites à l’hôpital, les groupes de parole qui sont en quelque sorte comme ce que vous faites chez vous, c’est-à-dire les pôles qualité de vie. Maintenant si on prend l’hôpital, il s’agit des appuis ou des subventions, des ordonnances et puis des examens médicaux pour les plus nécessiteux. Parfois nous allons jusqu’à un appui pour le logement de certaines jeunes filles-mères qui sont extrêmement vulnérables, qui n’ont pas de logement. A ce jour, nous assurons le logement mensuel entre 10 et 15 euros pour quelques-unes de nos adhérentes. Nous organisons aussi des causeries éducatives, des projections de films, du théâtre forum à l’endroit des apprentis couturières et coiffeuses. Ici c’est aussi un secteur exposé à la contamination parce qu’elles sont souvent issues de familles très pauvres et non instruites. Ce qui fait qu’elles sont dans une certaine mesure obligées de se livrer à certains hommes pour pouvoir payer leur frais d’apprentissage et puis survivre. Ce qui fait que nous avons des actions ciblées à l’endroit de cette masse-là.

Sandra : Par rapport au traitement VIH, est-ce que les femmes séropositives que vous suivez arrivent facilement à avoir accès au traitement ? Est-ce qu’elles arrivent à bien prendre leur traitement ?

Gartièb Kolani : En réalité, vivre avec le VIH au Burkina, ce n’est pas du tout facile. Les ARV sont gratuits. Il y a le Fonds mondial de lutte contre le sida qui fait un travail important ici. Mais ce sont les examens et puis certaines ordonnances pour les médicaments génériques pour les infections là, qui reviennent très chers. Ce qui fait qu’elles n’arrivent pas du tout à avoir accès à ces médicaments et puis à ces examens médicaux. Maintenant, en ce qui concerne la prise de ces ARV, il y a des difficultés parce que notre cible aujourd’hui ce sont les femmes analphabètes donc la plupart sont analphabètes donc il y a des difficultés même dans l’observance de ces traitements. Pour un peu régler cette situation, nous organisons, comme je l’ai dit tantôt, des groupes de paroles pour voir quels sont les mécanismes qu’il faut mettre en place pour que vraiment l’observance soit correcte.

Sandra : Concernant la transmission de la mère à l’enfant, est-ce qu’elles sont informées pour savoir comment ne pas transmettre le VIH à leur enfant ? Est-ce qu’elles comprennent que le traitement protège d’une contamination pour leur enfant ?

Gartièb Kolani : Oui, ce travail est fait avec le centre médico-social ici. Nous avons un partenariat avec le centre médico-social où nous organisons des séances pour les sensibiliser sur l’importance de la prévention de la transmission mère-enfant. Mais comme je l’ai dit, c’est toujours difficile par rapport à leur alphabétisation. Ce qui fait que, cette année même, nous sommes en train de vouloir mettre en place un petit centre d’alphabétisation qui devrait leur permettre de comprendre la nécessité de toute l’importance de la prévention de la transmission mère-enfant.

Sandra : Est-ce que dans l’équipe radio il y a des questions ?

Yann : Oui, moi je voulais vous dire bravo déjà de s’occuper de cette partie qui est souvent dans l’ombre et vous devez avoir en plus la problématique je pense de ces personnes qui sont très souvent co-infectées par l’hépatite C, comment faire face ?

Gartièb Kolani : Je vous entends mal. Oui, nous avons une cellule de dépistage qui offre des dépistages, en tout cas à ceux qui veulent. Les personnes dépistées séropositives, le referont au département médico-social qui l’enregistre qui offre une écoute et puis un suivi immédiatement.

Sandra : Je vous remercie pour votre participation. Avez-vous un site internet si jamais il y a des auditeurs qui sont intéressés, qui nous écoutent depuis le Burkina ou qui nous écoutent ici depuis la France et qui souhaiteraient vous aider, avoir plus d’informations, comment on fait ?

Gartièb Kolani : Le site internet est en construction. Mais on peut toujours nous joindre par mail aim.info.bf@gmail.com et puis par téléphone 00226 60 80 59 22 ou 00226 73 40 26 67

Sandra : Merci beaucoup, je mettrai les coordonnées sur notre site et très bonne continuation et puis bon courage, peut-être que vous aurez l’occasion de participer à nouveau à l’émission pour savoir où vous en êtes, comment ça se passe pour votre association.

Gartièb Kolani : Nous sommes disponibles dès que l’opportunité se présente.

Sandra : Merci. Au revoir.

Gartièb Kolani : Je vous en prie. Je vous repasse la présidente.

Larissa Bado : Merci beaucoup, merci au Comité des familles, merci à vous Sandra et à la prochaine.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE