Le VIH vu du Web : Moins de bébés naissent avec le VIH en Côte d’Ivoire / Un magazine avec du sang de séropositifs / Le million de malades en Russie

, par Sandra

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Yann, Sandra Nkake, Jî Drû, Christine Hamelin et Elise Marsicano
Le VIH vu du Web : Moins de bébés naissent avec le VIH en Côte d’Ivoire / Un magazine avec du sang de séropositifs / Le million de malades en Russie

Alexandre : Il y a 20 ans, le VIH/SIDA était si abominable que personne ne croyait que l’on pouvait vivre avec. Qui a dit ça ? Et bien il s’agit de la directrice exécutive du Centre Solidarité Action Sociale de Bouaké, Penda Diagola Touré, en Côte d’Ivoire. En effet d’après le site Internet Starafrica, le pays enregistre une baisse significative dans le taux de naissances séropositives, une baisse qui ne serait pas sans rapport avec l’implication du Centre SAS, d’après sa directrice. Celui-ci a été créé en 1995 et se spécialise depuis lors dans la prise en charge et l’aide des personnes atteintes du VIH/SIDA et de leurs familles, mais particulièrement des enfants.

Sandra : Et bien c’est une bonne nouvelle ! Alors quelques réactions peut-être sur ce sujet ? Est-ce que quelqu’un connaît la situation des personnes séropositives en Côte d’Ivoire ? Sinon les auditeurs vous pouvez nous laisser un message sur le site comitedesfamilles.net. Yann ?

Yann : Je pense que ça doit être comme une grande partie de l’Afrique où les chers présidents disent que dans leur pays, tout est fait pour avoir accès aux soins, et qu’en réalité ce n’est pas tout à fait ça parce que soit on a accès aux médicaments, ce qui se passe pour le Cameroun parce que c’est surtout le pays que je connais, et par contre il faut après payer ses analyses alors, je ne vous cache pas que pour la bonne observance, vu les moyens que coûtent les analyses et tout ça, très souvent, ils diminuent leur traitement pour pouvoir attendre jusqu’à faire la prochaine analyse donc on sait qu’un traitement qui est mal pris peut même faire des résistances. Et donc voilà tout n’est pas réglé. Pour la Côte d’Ivoire personnellement, je ne sais pas,mais je pense que ça ne doit pas être le grand pied.

Sandra : Donc là, tu penses que cette nouvelle qu’il y aurait moins d’enfants qui naissent avec le VIH ne serait pas tout à fait vrai ?

Yann : Ah non, non, je ne vais pas jusque là, je suis un grand optimiste, donc j’y crois.

Sandra : Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net. Deuxième info, Alexandre.

Alexandre : Un magazine imprimé avec du sang de personnes séropositives. Et bien ça existe, ça vient même de sortir. Le 1er mai dernier, Slate révélait la publication du nouveau Vangardist, c’est le nom de ce trimestriel masculin autrichien un peu particulier. Le magazine se couvre donc de rouge, on apprend que pour 28 doses d’encre pourpre, une dose de sang infecté a été utilisée. La première question que l’on se pose évidemment c’est le but de la manœuvre. Selon l’agence de pub à l’origine de ce concept, c’est pour « mettre fin à la stigmatisation sociale du VIH ». Et selon le directeur de Vangardist, je cite : « Si vous tenez une copie infectée du magazine entre vos mains, vous allez être en contact avec le virus comme vous ne l’avez jamais été... Cela vous fera réfléchir et vous penserez différemment après. Sur ce sujet, l’avenir est entre vos mains. »
Si vous vous posez la question, le magazine a été fabriqué selon des processus méticuleux afin que « le fait de toucher une copie papier n’entraîne aucun risque d’infection et [soit] sûr à 100% ».

Sandra : Bah dis donc ! Qu’est-ce que vous en pensez de cette idée, un magazine, oui Sandra ?

Sandra Nkaké : Je n’ai pas très bien compris l’intérêt en fait.

Yann : Je crois que c’est un gros coup de pub pour le journal.

Jî Drû : L’intérêt c’est qu’on en parle, c’est le principe de la publicité et de ce genre de publicité basée sur une provocation mystérieuse.

Yann : Surtout que l’on sait que le sang, ou le virus en lui-même, dès qu’il est à l’extérieur il meurt donc.

Jî Drû : Bien sûr, mais après c’est pour que les gens en parlent et puis pour essayer d’interpeller les gens.

Yann : Et mince on en a parlé du coup !

Jî Drû : Non, mais après c’est toujours les mêmes phobies, la phobie du sang, la phobie de la maladie, la phobie de...

Sandra Nkaké : Mais peut-être aussi que ça peut permettre à ceux qui ne le savent pas que ce n’est pas un virus qui se transmet par les mains par exemple, par le toucher, par le contact, par un bonjour, par un regard, par le fait de lire un journal et de s’informer.

Sandra : Eh oui parce qu’il y a encore des idées reçues hein.

Jî Drû  : Après je propose que pour le prochain numéro ils engagent que des chômeurs séropositifs, peut-être que ça ferait plus de publicité encore.

Sandra : Qu’est-ce que vous en pensez Christine et Élise de cette initiative ?

Elise Mariscano : Moi je trouve ça assez intéressant en fait justement parce que comme disait Sandra, nous on sait effectivement quels sont les modes de transmission du virus, mais il y a plein de gens qui ne les connaissent pas et de dire qu’on peut toucher un journal avec du sang de séropo et qu’on ne risque rien, je trouve que c’est un coup de pub, mais ça n’est pas inintéressant. Sur la représentation que la majorité des gens ont du virus, je trouve que c’est plutôt une bonne idée.

Sandra : Vous l’auriez acheté ?

Elise Mariscano : Je pense que oui. Après ça dépend du contenu aussi !

Sandra : Oui oui, c’est vrai, c’est pas tout hein.

Alexandre : C’est un magazine spécifiquement pour hommes malheureusement, mais les femmes peuvent l’acheter totalement aussi.

Sandra Nkaké : Pourquoi malheureusement ? C’est bien aussi.

[rires]

Christine Hamelin : On a le droit de l’acheter quand même !

Alexandre : Heureusement !

Sandra : Mais de toute façon, ça n’est pas français ?

Alexandre : C’est autrichien.

Sandra : Voilà, donc moi je ne comprends pas l’allemand, donc c’est mort. J’aurais bien voulu, mais non. Allez, on passe à ta dernière info Alexandre ?

Alexandre : La question, c’est, le million de malades sera-t-il atteint en 2016 en Russie ? Le chef du centre fédéral russe de lutte contre le sida Vadim Pokrovski a alerté la presse jeudi dernier, et ses propos ont été rapportés via l’AFP sur le site RTBF. En résumé, plus de 930 000 personnes sont porteuses du virus actuellement, soit deux fois plus qu’en 2010. La Russie est l’un des rares pays au monde où le nombre de malades ne fait qu’augmenter, il pourrait même atteindre les deux à trois millions d’ici 4 à 5 ans si aucune mesure drastique n’est prise. Alors qu’en Allemagne, on atteint tout juste le millier de nouveaux cas chaque année, 30 000 contaminations ont eu lieu en Russie durant le premier trimestre 2015, preuve qu’il y a un sacré problème qui se situe où ? Premier élément de réponse, dans la prévention. Le site Internet rapporte que si au-delà du Rhin on apprend très tôt aux enfants que le préservatif n’est pas facultatif, au pays de Vladimir Poutine l’Église Orthodoxe s’oppose totalement à ce type de prévention. Ainsi, la contamination par le biais de rapports hétérosexuels est en constante augmentation et concerne 41% des nouveaux cas. La transmission touche des jeunes de 25 à 35 ans qui meurent lorsqu’ils ont environ 35 ans, toujours selon Vadim Pokrovski.
Selon l’OMS, la Russie est le pays avec le taux d’infection le plus élevé en Europe avec presque 56 habitants pour 100 000.
À titre de comparaison, le nombre de séropositifs en France est estimé à 150 000 personnes sur près de 70 millions d’habitants, et 930 000 pour 144 millions en Russie.

Sandra : Et vive la Russie ! Est-ce que vous connaissiez la situation de la Russie concernant le VIH ?

Yann : Cela fait partie des pays dans lesquels tu n’as pas le droit de rentrer dans le pays si tu es séropositif, même avec une ordonnance, même avec tes médicaments, ça me fait penser à la Chine, enfin il y en a encore énormément.

Sandra : Il y avait aussi l’île Maurice, que l’on a découvert il n’y a pas longtemps.

Yann : Île Maurice, les États-Unis, c’est au passage d’Obama que la loi a changé, mais enfin, on n’est pas bien reçu partout quoi.

Caroline  : Et avec toutes ses mesures, la situation ne change pas ?

Sandra : C’est-à-dire ?

Caroline : Je veux dire avec ces mesures de restrictions prises en Russie, est-ce que la situation ne devrait pas changer. Parce qu’on suppose qu’ils se renferment pour ne pas prendre de nouveaux cas qui viennent d’ailleurs.

Sandra : C’est bien que le problème est dans leur pays, il n’y a pas de prévention, comme l’a dit Alexandre, c’est ça ?

Alexandre : Le problème c’est qu’ils ne s’occupent pas de leurs propres cas à l’intérieur. Ils refusent que les séropositifs étrangers viennent, mais ils ne s’occupent pas de leurs propres séropositifs à eux entre guillemets.

Yann : Ce qui leur permet d’étouffer un petit peu…

Sandra Nkaké : En fait je pense aussi que l’emprise de l’Église Orthodoxe est très forte, et qu’avant même de s’attaquer au VIH il y a aussi le problème de la contraception et de l’accès à la contraception, et de comment on gère sa vie de famille, sa sexualité, qu’il y a un énorme tabou en Russie, et qu’effectivement, quand on est par exemple une jeune fille ou un jeune homme, et que l’on veut avoir des rapports libres et pas forcément passer par le mariage et éventuellement ne pas forcément se reproduire, c’est assez compliqué.

Sandra : J’avais vu dernièrement un reportage sur la Russie dans lequel ils parlaient du mariage, là-bas c’est très important, et du coup les gens se marient assez jeunes, mais en fait comme ils se marient vite et jeunes, et bien il y a beaucoup de divorce en fait, du coup.

Alexandre : On parlait de l’Église Orthodoxe, mais justement ça n’est pas près de s’arranger puisqu’elle a une emprise de plus en plus forte sur le pays. Donc l’Église Orthodoxe a de plus en plus de pouvoir au niveau du pays.

Sandra : Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription  : Alexandre Bordes