Le VIH vu du Web : qui est le pays mauvais élève de la lutte contre le VIH/Sida ?

, par Sandra

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Alexandre et Mohamed
Le VIH vu du Web : qui est le pays mauvais élève de la lutte contre le VIH/Sida ?

Alexandre : Souvenez-vous, il y a trois semaines, l’un de nos invités, Quentin, nous demandait des chiffres plus précis, sur la situation du VIH en France, les chiffres en fonction des différentes communautés touchées. Cela tombe bien, l’OMS et l’INVS, l’Organisation Mondiale de la Santé et l’Institut National de Veille Sanitaire, ont la semaine passée publié une actualisation de leurs données sur les chiffres du VIH en France et en Europe. 142 000 nouveaux cas de VIH ont été déclarés en Europe en 2014, ce qui constitue un record pour la région. Qui sont les vilains petits canards de la lutte contre le VIH, on retrouve sans surprise la Russie, qui comptabilise 60% de la totalité des nouvelles infections à elle seule. Pourquoi la Russie ? Dans de précédentes émissions, j’expliquais pourquoi la politique de prévention du pays était désastreuse et risquait de faire atteindre le million de personnes contaminées d’ici à 2020. Je vous invite, si vous avez raté cela, à écouter les émissions du 19 mai et du 10 novembre 2015 disponibles en podcast sur le site Internet comitedesfamilles.net. On parlait des chiffres, ils augmentent ensuite dans les pays de l’Est, la Bulgarie, la Hongrie, la République Tchèque, la Lituanie ou la Slovaquie. Dans ces divers pays, on peut atteindre des taux de SIDA multipliés par deux, un stade SIDA atteint directement dès le diagnostic initial. À l’Est, les hétérosexuels semblent les plus touchés, ainsi que les usagers de drogues, encore, alors qu’en France ils ne représentent qu’un unique pourcentage des nouveaux cas. Les principaux touchés par le VIH en 2014 en Europe sont les populations migrantes. Oui MAIS, ils se contaminent en majorité après leur arrivée sur le continent (je précise l’air de rien). L’exclusion sociale dans un pays serait ainsi un des facteurs qui pousserait aux comportements à risques. À l’inverse, dans la plupart des autres pays de l’Union Européenne, qui voient pour leur cas l’incidence du VIH diminuer, en plus de la Norvège, du Liechtenstein et de l’Islande, les 3 états de l’espace économique européen, ils ne représentent en tout et pour tout que 21 % de la totalité des nouvelles contaminations. La France, par exemple, reste à peu près stable, 6584 personnes ont découvert leur séropositivité en 2014. C’est 350 cas de plus que l’année 2013, mais toujours 1000 cas de moins que 10 ans auparavant, on semble donc sur la voie de la stabilisation. En France, il faut savoir que c’est l’Île-de-France qui a toujours été la région la plus touchée, la plus concernée par le VIH. Déjà car c’est la région la plus peuplée, donc forcément, ça joue. 2900 nouveaux cas ont donc été comptabilisés en Île-de-France, soit autant que dans le reste de la France métropolitaine, les DOM représentent quant à eux environ 500 cas.

Quels sont maintenant les deux principaux groupes à risques, ça n’évolue pas, les HSH (les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes) représentent 42 % des nouvelles contaminations, et les femmes hétérosexuelles nées à l’étranger arrivent en deuxième position avec 23 %. Je vous invite ici à retourner écouter la chronique d’il y a trois semaines sur l’enquête aMASE, et le fait que les personnes migrantes se contaminent en majorité après leur arrivée dans leur pays de destination en Europe.
Sur les 11 dernières années, le nombre de cas chez les jeunes HSH de 15 à 24 ans a été multiplié par 2,3. De 200 en 2003 à 480 chaque année désormais, une augmentation due au dépistage insuffisant selon le Professeur Jean-Michel Molina, qui est à la base de l’essai IPERGAY et de la consultation PrEP à l’hôpital Saint-Louis. En bref, en Europe, l’Est reste la région la plus touchée, avec une population majoritairement hétérosexuelle, à l’inverse des pays de l’Ouest. Chez eux, c’est la communauté des HSH qui reste prédominante. Cela justifie, selon l’OMS et l’ECDC (le Centre européen de prévention et contrôle des maladies), l’idée d’adopter des approches de dépistage et de prévention adaptées à chaque région. Le principal ennemi reste le diagnostic tardif, l’ignorance de sa sérologie, qui est la principale raison de la propagation continue de la maladie. Pour plus d’informations, je vous invite à aller regarder tous ces chiffres sur le site de 20minutes.fr et le site le quotidiendumedecin.fr qui ont publié tout cela la semaine dernière.

Sandra : Ok, donc là ce sont des chiffres qui concernent uniquement l’Europe, c’est ça ?

Alexandre : Ce sont des chiffres concernant la France et l’Europe qui ont été publiés par l’OMS et l’INVS.

Sandra : D’accord. Ce serait intéressant d’avoir un jour les chiffres du monde.

Alexandre : Les chiffres mondiaux vont je pense venir à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le SIDA, ils vont sortir et je vous les ferai partager dans la foulée.

Sandra : Parce que ce serait intéressant d’avoir des données, par exemple sur la Chine, l’Inde…

Alexandre : Après sur la Chine, je ne suis pas certain que les données officielles soient véritablement publiées par les institutions chinoises en tout cas.

Sandra : La Corée du Nord…

Alexandre : Voilà, ce sera peut-être complexe je pense. Mais bon, on verra.

Sandra : Mohamed, j’ai vu que tu as été surpris quand Alexandre a dit que c’était la Russie le plus mauvais élève, tu ne t’attendais pas à ça ?

Mohamed : Non, pas du tout !

Sandra : Tu pensais que ce serait quel pays d’Europe ?

Mohamed : Pas spécialement, j’ai l’impression que la médecine est toujours en train d’évoluer, que les recherches avancent, que les recherches avancent bien même, et qu’il y a toujours un espoir pour arriver à éradiquer ce fléau. Je dis aussi que la Russie n’est pas un pays pauvre, ce n’est pas un pays qui n’a pas les moyens de pousser ses recherches. C’est peut-être, après la constatation, on cherche toujours le remède, ils doivent maintenant se mettre, parce que c’est très grave pour le peuple russe, pour la personne humaine et pour la vie. Donc ils doivent se remettre pour la prévention, pour la recherche, il faut trouver les solutions pour que ça baisse, à défaut de s’arrêter complètement un jour ou l’autre.

Alexandre : Ce que l’on disait dans les anciennes émissions que je vous invite à découvrir, ou à redécouvrir pour certains, c’est que le problème de la politique de prévention en Russie, à cause d’un certain obscurantisme religieux qui monte, la prévention se dégrade au plus haut point. Heureusement, Michel Sidibé, le [Directeur Exécutif (ndlr)] de l’ONUSIDA a engagé un processus pour relancer la prévention avec notamment Dmitri Medvedev, mais en attendant, il y a quand même une grosse dégradation de la politique de prévention et de santé au niveau de la lutte contre le SIDA et le VIH.

Mohamed  : Donc ça veut dire que de plus en plus le politique doit de plus en plus être responsable, prendre sa responsabilité, et toutes les mesures nécessaires pour que justement, les arrières-pensées, les tabous, les côtés religieux etc. ne doivent pas intervenir dans une situation pareille.

Alexandre : Et différencier totalement la question religieuse de la question de la santé. Je pense que l’on sera tous d’accord là-dessus.

Sandra : Oui parce que je crois qu’en Russie, ils disaient que l’on pouvait guérir, pas en priant, mais je ne sais plus, c’était quelque chose comme ça ?

Alexandre : C’était comme ça que raisonnait la personne qui a écrit un article à charge sur la Russie. Son avis à lui, c’est qu’en Russie, ils raisonnent de cette manière-là. C’est-à-dire qu’ils se disent que c’est par le jeûne et la prière qu’on va lutter contre le VIH, c’est comme ça qu’ils essaient de vendre le truc. Il y a des personnalités religieuses là-bas qui s’engagent totalement contre l’utilisation de préservatifs ou ce genre de prévention. Quand l’obscurantisme religieux d’un pays augmente, augmente, augmente, petit à petit, la politique de prévention se casse littéralement la figure. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer en Russie, et c’est pour ça que la ministre de la santé russe avait annoncé que si ça continuait comme ça, d’ici à 2020, on aurait un million de contaminés en Russie. Un million, c’est juste énorme. Et après, il y avait le fait aussi que Poutine, suite aux pénalisations faites par le reste des pays de l’Union Européenne suite à l’annexion de la Crimée. Poutine avait lancé le fait de remplacer tous les médicaments génériques dont ceux qui permettent de traiter le VIH, il avait décidé de lancer un grand projet pour remplacer tous ces médicaments et créer des médicaments uniquement russes. Et le problème c’est que ça, c’est la même chose : c’est par des considérations politiques et géopolitiques qu’au final les malades russes patissent de ce genre de considérations politiques, géopolitiques, économiques, et toutes ces questions-là. Et je pense que la géopolitique, la religion, n’ont absolument rien à voir dans la question du VIH, il faut juste penser aux malades, à essayer de les traiter de la meilleure façon possible, les considérations économiques, c’est la même chose, il faut juste arrêter de penser économie, religion ou géopolitique quand on parle de malade. Il faut juste penser à les guérir. Ou à les traiter dans le cadre du VIH.

Sandra : Et bien réagissez sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Alexandre Bordes