Vivre avec le VIH au Sénégal, le récit d’Abdou : « Quand on m’a annoncé ma séropositivité, je pensais que ma vie était foutue »

, par Sandra

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Vivre avec le VIH au Sénégal, le récit d’Abdou : « Quand on m’a annoncé ma séropositivité, je pensais que ma vie était foutue »

- Témoignage d’Abou, qui vit au Sénégal

Bonjour !

Je fais ce témoignage sur mon statut de séropositif tout en espérant qu’il sera utile pour une personne dans la vie, autrement dit me rendre pour une fois utile et ne pas avoir que ma petite vie à moi.

Je menais ma petite vie à moi, car je ne pense pas avoir jusque là fait des choses extraordinaires. Elle se résumait en trois mots : maison, école et stade. Autrement dit je quittais notre maison pour aller a l’école, après l’école je passe par le stade et après le stade, je rentre à la maison.

Et c’est à l’université que j’ai rencontré la jeune fille qui allait me contaminer (par ignorance, car elle aussi ne savait pas qu’elle était séropositive). Et c’est à partir de ce moment qu’à ma petite vie j’y ai ajouté l’hôpital.

Au départ j’ai arrêté d’aller au stade par peur et parce que je ne connaissais pas véritablement ce que s’est être séropositif.

Quand on m’a annoncé que je suis séropositif, je pensais que ma vie était foutue et que je ne retrouverais jamais ma vie toute simple qui n’avait rien d’extraordinaire, mais à laquelle je n’échangerai pour rien au monde .

Dans un premier temps j’ai carrément fuis le stade et dans deuxième temps l’école pour ne vivre qu’à la maison et l’angoisse d’avoir un signe qui pourrait se voir sur mon corps qui ferrait penser que j’ai le Sida comme si sur mon front il était écrit "sidéen attention".

Puis j’ai essayé de voir sur internet s’il y’a des "guérisseurs " traditionnels et je suis tombé sur pas mal d’annonces. Je suis même allé jusqu’à en voir un qui est ici à Dakar, qui m’a proposé des composées d’herbes qu’il fallait prendre (en ce moment, je n’avais pas commencé à prendre les médicaments, car mon taux de CD4 était élevé) et au bout d’un moment, j’ai senti l’arnaque et c’est comme ça que j’ai arrêté.

Puis le temps est passé et entre-temps j’ai rencontré quelque médecins qui m’ont rassuré et m’ont conseillé ne pas arrêter le sport. J’ai commencé petit à petit à reprendre gout à la vie avec l’aide des médicaments que je prenne.
Actuellement j’ai repris mon sport et j’aime autant dire que je ne sens aucune différence que quand j’étais séronégatif.

Je suis célibataire actuellement, sans enfant, mais je ne compte pas le rester pour toujours sous prétexte que je suis séropositif.
Tout cela pour dire que le VIH nous concerne tous et être séropositif ne veut pas dire qu’on est mauvais garçon ou mauvaise fille et surtout ne jamais renoncer à la vie.

Sandra : Merci Abdou pour ce témoignage, d’avoir pris le temps de nous écrire. Peut-être une réaction Yann ou Karl, suite à ce que vous venez d’entendre ?

Yann : C’est d’abord un magnifique témoignage qui me touche profondément et qui est plein d’espoir. Je suis ravi pour ce garçon. Après, c’est vrai que moi aussi j’aurai tellement de questions à lui poser, savoir quel traitement il prend, s’il n’a pas d’effet indésirable. Mais sa vision du VIH elle est mondiale et c’est un très beau message. Merci à lui.

Sandra  : Karl, un mot pour Abdou ?

Karl : Oui, qu’il est positif, qu’il a l’air vraiment de croire en la vie et que c’est un message, je pense, universel pour tous les gens qui sont atteints, et qu’il ne se sente pas différent, hors du monde surtout. Faut qu’il soit dans le monde le plus possible parce que, ce n’est qu’une maladie, ce n’est pas une tare.

Sandra : Tout à fait. Moi, je lui souhaite tout simplement de trouver l’amour, j’espère qu’il y a des charmantes demoiselles qui vont croiser son chemin, sur le site ou même directement dans son pays, et voilà. Tout plein de bonnes choses Abdou et si tu as d’autres expériences à nous raconter, des questions à nous poser, n’hésite pas.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE