Grèce : la santé n’est plus un droit mais un luxe

, par Sandra

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A l’hôpital Didymóteicho, à Evros, nord-est de la Grèce, août 2012.
http://www.voxeurop.eu/fr/content/article/2964101-les-robin-des-bois-de-la-medecine-grecque
Grèce : la santé n’est plus un droit mais un luxe

Sandra : Antigone tu n’es pas venue en fait avec ta casquette de sexologue thérapeute de couples. Tu es venue pour nous parler du système de santé en Grèce et aussi faire un parallèle avec la France, savoir s’il y a des similitudes ou pas. Ce sera notre débat du jour et pour cela, Joëlle nous a préparé quelque chose un résumé sur ce qui se passe en Grèce.

Yann : Oui parce qu’on en avait beaucoup parlé déjà. Tu en avais beaucoup fait état Sandra à la radio.

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Sandra : Oui on en avait déjà parlé. Vas-y Joëlle qu’as-tu à nous dire sur le système de santé en Grèce ?

Joëlle : En 2014, Sida info Service avait interviewé Valantis Papathanasiou, professeur de psychologie sociale à l’université d’Aix Marseille, auteur de l’ouvrage VIH/Sida et responsabilité.

Il a brossé un tableau noir de la situation du système de santé en Grèce et de la situation des personnes séropositives au VIH.

Il faut tout d’abord savoir qu’en Grèce, 1 personne sur 3 est sans couverture santé. L’étude pointe que des coupes budgétaires de 40% sur les hôpitaux sont prévues. Conséquence : une baisse significative du nombre de professionnels de santé et notamment de médecins. Selon une université grecque 70% des personnes interrogées déclarent ne pas pouvoir acheter les médicaments prescrits.

L’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) évalue à 26 000 le nombre de professionnels de santé susceptible de perdre le travail. Certains hôpitaux sont en pénurie de personnel, de matériel médical et ont des retards de livraison de médicaments.

Le professeur Valantis Papathanasiou explique ensuite les cas de nouvelle infection au VIH ont fortement augmenté ces dernières années.

Le principal problème affectant les personnes séropositives est selon le professeur qu’aucune action de prévention n’a été mise en place auprès des personnes pourtant les plus vulnérables face au risque de transmission du VIH.

Pire : des mesures de santé publique imposant un contrôle spécifique à destination de certaines populations touchées par le VIH ont été mises en place. Par exemple un décret imposant un « contrôle spécifique » et des « mesures de dépistage » ont été mis en place par un décret de 2013 à l’encontre des professionnels du sexe, des migrants et des usagers de drogue, le décret 39a. Ce décret était encore en vigueur à la fin 2014 malgré sa dénonciation par des organisations internationales, l’OMS et l’ONUSIDA (le programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida) en première ligne.

Reste à savoir si le parti Syriza, qui a remporté les dernières élections, rediscutera les accords du plan de sauvetage de la Grèce conclu avec la troïka (FMI, Banque centrale européenne et commission européenne). Ces accords prévoient une réduction drastique des dépenses publiques de santé.

Yann : Les questions qu’il faut savoir, merci Joëlle pour ton petit résumé qui fait froid dans le dos. L’avantage c’est de se dire quand le 25 janvier, c’était ça le … où tu as été voter. Raconte-nous ce prénom Antigone, ne serait-il pas grec ?

Antigone Charalambous : Il est tout à fait grec et le nom de famille aussi Charalambous. Donc du coup oui je suis allée exercer…

Yann : Est-ce qu’il y a encore des prostituées, des consommateurs de drogues emprisonnés ?

Antigone : Alors… oui de ce point de vue là, les choses n’ont pas du tout changé. Tu parles de… ?

Yann : Je parle du décret, tu sais, de l’ancien ministre Andreas Loverdos qui avait rendu obligatoires notamment les tests, pour ces personnes-là.

Antigone : Le dépistage oui.

Yann : Ça, c’est une des premières choses qu’a faites votre nouveau président ? De changer…

Antigone Charalambous : Premier ministre.

Sandra : Alors, je vais juste vous interrompre deux minutes. Il y a Bernard Escudier qui nous appelle, qui vient aussi pour parler de la Grèce, pour parler sur ce sujet. Bonjour Bernard, bienvenue à l’antenne.

Bernard Escudier : Oui, bonjour.

Tous : Bonjour.

Sandra : Donc avec nous il y a José, Yann, Antigone Charalambous, Joëlle et moi qui sommes là et puis tous les auditeurs. On laisse terminer Antigone Charalambous sur la question de Yann et puis t’interviens.

Yann : Je te demandais si l’ancien ministre de la Santé Andréas Loverdos, sa loi a été…

Antigone : Le fameux décret.

Yann : Le décret a été enlevé par le nouveau gouvernement ?

Antigone : Je ne vais pas mentir, je ne sais pas si officiellement justement… ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas forcément appliqué ou applicable.

Yann : Alors toi tu as eu déjà des retours de changements positifs avec la nouvelle, c’est quoi c’est une gauche un peu radicale ? C’est quoi ?

Antigone : Alors il faut quand même mettre dans le contexte. Ça ne fait même pas 2 mois que ce gouvernement est au pouvoir. La question quand même qui se pose parce que ce tableau noir, que Joëlle a un petit peu rapporté, …

Joëlle : J’ai vu d’autres choses bien pires, je pourrai…

Antigone : Absolument. Mais je pense que quand dans un pays de quasiment de 11 millions de populations, on a trois millions de personnes qui ne sont pas assurées, donc qui n’ont pas de couverture maladie, et donc 1,5 million de chômeurs, qui donc progressivement, ce million-là n’aura plus de couverture maladie aussi progressivement donc on a droit à une allocation de chômage en Grèce pendant un an, c’est important de le dire. Donc progressivement en fait ça s’échelonne, ce million et demi va se rajouter s’il ne l’est pas déjà, parce qu’on a aussi les chômeurs de longue durée qui eux rentrent progressivement dans les non-couverts par une assurance maladie. Il est important de noter en effet le nouveau gouvernement est en place et en tout cas nous promet qu’il va faire ce qu’il peut, et j’aimerai bien quand même souligner le “ce qu’il peut” parce qu’il ne peut pas faire grand-chose.

Bernard Escudier : Là, moi je voudrais intervenir.

Sandra : Oui, Bernard Escudier ?

Bernard Escudier : Avant les élections de janvier et donc l’arrivée au pouvoir de Syriza, j’ai rencontré la députée Katrivanou à Athènes qui s’occupe des droits de l’homme et aussi des affaires de santé et je lui ai posé la question justement du décret permettant le contrôle des personnes avec le HIV et elle s’était engagée assez rapidement à lever ce décret. Il est vrai qu’à ce jour le décret est toujours en application. Par ailleurs j’ai vu que l’ouvrage qui a été fait par le grec Valantis Papathanasiou …

Sandra : Est-ce que tu peux parler un peu plus fort Bernard ?

Bernard Escudier : Oui donc, le grec qui a écrit un ouvrage sur VIH/Sida et responsabilité, il a pointé les responsabilités du Keelpno, qui est la direction des maladies infectieuses en Grèce pour le gouvernement, et il a mis en cause justement ce décret et il a mis en cause aussi je dirais la direction de Monsieur Papadimitriou. Monsieur Papadimitriou est la personne qui a organisé ces contrôles dans la rue avec le ministre qui est au pouvoir et je dois dire sur l’antenne que Papadimitriou est toujours directeur du Keelpno sous Syriza donc la personne qui a organisé de manière pratique et de manière institutionnelle ces arrestations est toujours là et ce Mr Papadimitriou est toujours Vice-président de l’Institut Pasteur aussi hellénique. Madame Katrivanou m’avait dit qu’une fois arrivé au pouvoir, il lèverait cette ambiguïté. Je vois que les choses ne sont toujours pas réglées. Mr Papadimitriou est toujours donc dans l’enceinte de l’Institut Pasteur et aussi dans l’enceinte du Keelpno et fait ce qu’il veut. Voilà où est le point de l’histoire deux mois après.

Sandra : Juste Bernard on va laisser réagir Antigone Charalambous et Yann.

Antigone Charalambous : On va dire qu’à l’époque en fait en 2012 justement avec l’application du décret, le rôle du Keelpno n’avait pas été juste de s’exécuter, mais il avait été plus loin, c’est-à-dire qu’il avait donné publiquement des noms de patientes séropositives, les fameuses femmes qui ont été littéralement persécutées.

Yann : Non, mais ce type il est indécrottable quoi. C’est-à-dire qu’il est appuyé en plus par les pays européens, non il faut vraiment faire quelque chose.

Sandra : Oui Bernard ?

Bernard Escudier : L’institut Pasteur que les organisations internationales essaient de faire partir, la présidente du conseil d’administration, de tout le réseau international de l’institut Pasteur a dit qu’il fallait que Mr Papadimitriou parte, il est toujours là parce que Mr Papadimitriou est nommé par le ministre de la recherche grec. Le ministre de la recherche grec, actuellement ce que je dis, ce sont des news très très récentes, la direction de l’Institut Pasteur m’a dit, qu’ils ont demandé à nouveau le départ de ce monsieur, mais le ministre de la recherche grec n’a pas encore été reconnu dans tous ses pouvoirs par le Parlement donc ça dure ça dure et pendant ce temps le conseil d’administration de l’Institut Pasteur grec s’est réuni et a décidé de mettre à la porte toutes les personnes qui étaient favorables, je dois le dire, au nouveau gouvernement de monsieur Tsipras. Donc les personnes qui sont en place dans le conseil d’administration de l’institut Pasteur hellénique, dont Monsieur Papadimitriou, sont assez nombreuses parce qu’ils ont été nommés par le précédent pouvoir et de manière très légitime et très démocratique ils sont en train de faire le ménage. Donc l’autorité de Syriza et de Mr Tsipras est mise en cause à l’intérieur des institutions de santé grecques. C’est pour ça que je voulais intervenir aujourd’hui parce que bon il y a le réel, le juridique et puis après il y a les drames qui se jouent, qui se nouent tous les jours dans les rues d’Athènes.

Sandra : Oui tout à fait. Merci Bernard Escudier. Et au fait tu ne t’es pas présenté aux auditeurs de l’émission en fait tu parles et on ne sait pas qui tu es. Donc est-ce que tu peux juste te présenter aux auditeurs de l’émission de radio ?

Bernard Escudier : Je suis un ancien militant des droits des gays et des lesbiens, je suis aussi un ancien militant d’association de lutte contre le Sida à Marseille, à Paris et en Grèce. Je vis entre la France et la Grèce et j’étais aussi très très lié aussi pendant plus de 20 ans avec un chef de service qui travaille directement sous les ordres de Mr Papadimitriou.

Sandra : Et donc alors qu’en conclure sur le système de santé en Grèce ? Est-ce que finalement les Grecs vont pouvoir avoir un système de santé meilleur ?

Antigone Charalambous  : On a parlé quand même de choses très précises, il est très important de les souligner, c’est tout à fait correct et juste. Le problème est donc que ça rentre dans une politique qui est bien plus générale parce que là on voit les conséquences directes, mais ce n’est pas juste en fait une question de ministère de santé, de décisions du ministère de santé, c’est des politiques économiques bien plus générales qui sont comme des causes de causes de tout cela et donc c’est pour ça que je disais que la marge de manœuvre n’est pas forcément suffisamment grande, c’est parce qu’en fait toutes ces mesures ont été prises, de coupes budgétaires, de regroupement d’hôpitaux, (vous réalisez ce que cela veut dire que de regrouper des hôpitaux) de fermeture des hôpitaux, surtout à partir de 2011. On a quand même 7 hôpitaux généraux qui ont été fermés en Grèce, les hôpitaux qui continuent a être fermés, qui ont une programmation en fait, une planification est faite jusqu’en 2015, de 7 autres hôpitaux donc en province et aussi jusqu’à la fin de 2015 les 3 hôpitaux psychiatriques de Grèce vont être fermés et regroupés c’est-à-dire que les personnels pour une grande partie vont être licenciés, répartis par-ci par-là, enfin les conséquences sont tout à fait directes. Un exemple tout à fait concret et présent, un des grands hôpitaux en fait généraux d’Athènes, le Sismanoglio dans son service d’hématologie, avait en fait un service d’hématologie, qui n’était pas en fait dans l’hôpital maintenant il a été relogé dans l’hôpital avec les préparateurs de laboratoires qui se retrouvent .à avoir leur statut de reconnaissance d’emploi pénible qui n’existe plus. Leur emploi pénible en fait n’est plus reconnu, n’est pas reconnu comme pénible si vous voulez et donc du coup ils bénéficiaient de deux heures de moins de travail. Ils avaient donc des tâches qu’ils devaient accomplir dans ces heures-là, parce justement leur emploi était qualifié de pénible et de particulièrement difficile et dangereux donc maintenant leur statut est passé à emploi exécutif, je ne sais pas ce que ça veut dire, voilà une attaque directe quand même au droit du travail, qui ont directement un impact sur la santé, des employés et aussi des patients. Ce qu’on demande à ces personnes-là de faire est complètement, j’ai envie de dire, surhumain. Ce n’est qu’un exemple, le service d’hémato je parle du service d’hémato, justement comme on parle aussi beaucoup du VIH, je pense que ça va parler à plusieurs personnes. Si je pouvais ajouter pour revenir au VIH, les personnes directement que l’on a vu exploser, vraiment dont on a vu justement le taux de contamination exploser, sont les usagers de drogues, surtout par voie intraveineuse. C’est simple, tous les programmes d’échange de seringues qui existaient en Grèce et qui rentraient dans la politique sanitaire de réduction des risques ont vu leur budget complètement supprimé.

Sandra : Il y a Yann qui veut intervenir puis ensuite Bernard Escudier je te donnerai la parole.

Yann : Non non, c’était sur le fait que j’avais aussi lu qu’il y avait un problème par rapport à l’accès aux seringues et tout ça enfin le prix a multiplié et vu le coefficient pour vivre qu’ont les Grecs en général si en plus, tu dois acheter 3 euros ta seringue, je comprends que la question se pose et que les échanges de seringues se font quoi.

Sandra : Bernard, pour terminer ?

Bernard Escudier : Pour terminer ? Bon. Ce que j’aurais voulu ajouter c’est que la situation dans les camps de rétention des migrants qui sont aux frontières en Grèce, pose un gros gros problème de santé actuellement, énorme parce que les Grecs, le gouvernement grec, même précédent, même actuel n’ont pas les moyens de gérer cela, donc toujours la question de HIV. La question aussi des drogués qui sont complètement livrés à eux-mêmes et abandonnés dans les rues c’est dramatique. En effet tous les programmes d’échange de seringues sont suspendus. Si on se promène dans le parc Alexandros, la nuit c’est incroyable je dirais la situation sanitaire, l’abandon des personnes. Il y a des problèmes très concrets, je ne sais pas trop ce que font les associations de Médecins sans frontières, Médecins du monde, je ne les vois jamais. En revanche je vois des militants d’associations grecques, qui interviennent, sont pour la vie praxis ou autres ou même des personnes menées par … Marcos qui travaillent sous les ordres de Papadimitriou, qui depuis des années essayent de faire de la prévention dans les parcs. Mais je ne vois pas d’associations qui pourtant emploient bon nombre de médecins payés très chers.

Alors tout à l’heure j’ai entendu des problèmes de macro-économie, d’économie, tout ça, c’est bien gentil, mais aussi Madame Katrivanou et d’autres personnes s’étaient engagées à ce que les questions de santé soient examinées dans les prisons de santé à Korydallos ou qu’elles soient examinées justement dans ces camps de détention, je crois que rien n’est fait. Moi je ne me cacherai pas derrière l’économie. Je crois au politique, et je crois à une autorité verticale, c’est-à-dire que les politiques doivent être tenues pour le respect de leurs engagements et ce n’est pas le cas et j’en suis désolé.

Sandra : Antigone.

Antigone Charalambous : Le parti Syriza a fait une campagne en effet préélectorale de promesses très ambitieuses, mais il ne faut pas que l’on oublie en fait que l’on est sous un mémorandum. Concrètement, l’économie en fait de la Grèce n’est pas décidée par le gouvernement grec. Elle est décidée par la Troika.

Bernard Escudier  : Une loi qui permette un contrôle sur les personnes malades du VIH dans les rues ce n’est pas une question d’économie ! L’intervention de médecins dans les prisons à Korydallos ou dans les camps de détention ce n’est pas une question d’économie ! Je suis désolé…

Sandra : Bernard, laisse Antigone répondre.

Antigone Charalambous : En fait je suis tout à fait d’accord avec Bernard, avec l’intervenant c’est simple. A Korydallos, il y a deux médecins, c’est une des prisons les plus surpeuplées d’Athènes, il y a une place en fait pour 69 lits et ils sont à 220 et quelques.

Bernard Escudier : Tout à fait.

Antigone Charalambous : D’accord, voilà. Il y a un ou une infirmière qui essaie de faire ce qu’elle peut voilà. Et donc oui c’est directement lié à la politique en fait et aux décisions économiques qui sont prises. Quand…

Bernard Escudier : Mais les institutions de l’Union européenne n’interviennent pas. Même la Croix-Rouge internationale, la représentante qui s’appelle, dont je ne me souviens plus du prénom, qui est venue il y a deux ou trois ans, il a fait des inspections comme on faisait à Auschwitz ou Birkenau. Tout était propre, tout était bien rangé, puis il est reparti. Alors donc je pense que toutes ces institutions, ces associations font beaucoup de bla-bla, font beaucoup de documents, s’engraissent aussi parce que tout ça se sont des crédits publics qui viennent de l’Europe, mais dans le réel la Grèce est complètement abandonnée. Moi je crois que si on veut défendre une démocratie, en Grèce ou en France ou en Europe il faut aussi tenir ses engagements. Dans certains cas il faut faire aussi en sorte que les décrets d’application concernant les maladies VIH, soient levés.

Sandra : Ok merci. Merci Bernard. Antigone.

Antigone Charalambous : Il est difficile en fait de demander à l’Union européenne de trouver une solution en sachant que c’est l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le FMI qui ont exigé ces coupes. Il faut savoir que le premier mémorandum, c’est-à-dire un contrat en somme signé par le gouvernement grec à l’époque Mr Papandréou, n’a jamais été présenté au Parlement grec. Il a été signé avec donc le fameux premier plan d’aide, sauvetage aussi appelé, qui a été donc imposé d’une certaine façon avec des conditions. « On va vous aider donc si vous promettez de privatiser en fait toutes vos entreprises publiques » et donc votre service de santé publique, n’est-ce pas ? Et donc les premiers à se voir complètement disparaitre sont tous les programmes de protection sociale.

Sandra : Bernard, juste une dernière intervention parce qu’après il faudra qu’on aborde d’autres sujets. Je te laisse, on va dire le mot de la fin sur ce sujet.

Bernard Escudier : Une question c’est que, bon l’économie je veux bien l’entendre, tout le monde l’entend même à la maison il faut savoir faire un budget, mais Papadimitriou ce n’est pas une question d’économie. Mr Papadimitriou est un homme qui est en place depuis 30 ans au Keelpno. Il est aussi vice-président et ça, c’est une question de volonté. Quant à l’ambassadeur de France ça fait très longtemps qu’il est informé. Il est aussi informé que l’institut Pasteur demande son départ pour des questions, je dirai de respect des droits de l’Homme. Ça n’a strictement rien à voir avec l’économie tout ça. Ou alors, je crains qu’à l’intérieur de l’ambassade de France, à l’intérieur de l’État français, il y ait des intérêts économiques tellement puissants que ça leur passe au-dessus de la tête et justement de la question des droits de l’Homme. Moi je pense qu’il y a un discours économique et après il y a un discours aussi moral et politique. Il serait temps que les Français et les Grecs se mettent aussi à l’entendre ce discours-là. C’est facile de se cacher derrière un discours économique.

Sandra : Merci beaucoup Bernard, merci d’avoir participé.

Yann : Je pense à ce peuple, cette beauté de paysage, tout ce que la Grèce nous a amené donc j’ai envie que ce soit littérature, arts, alphabet, chiffres et j’en passe.

Antigone Charalambous : On a aussi de beaux exemples de résistance aussi. On ne va pas refaire l’histoire ici, mais quand même pour parler aussi de la résistance actuelle, face à cette hécatombe sanitaire, c’est exactement ça, c’est une hécatombe. Je ne sais pas comment on peut qualifier autrement 3 millions de personnes qui ne sont pas couvertes par la sécurité sociale qui n’ont aucune assurance, se sont donc développés des centres médicaux qu’on appelle sociaux donc organisés par la communauté civile par les professionnels de santé qui donnent de leur temps. Absolument tous, absolument tous, de leur temps bénévolement, qui essaient tant bien que mal de subvenir aux besoins, qui sont souvent du premier secours. Parce que souvent même si un médecin écrit une ordonnance encore faut-il après que le malade puisse donc aller chercher ses médicaments. C’est pour cela que ce sont vu développer aussi des pharmacies sociales. Dans ces pharmacies sociales des ONG comme les médecins sans frontières, c’est vrai qu’ils sont assez présents. Ce qui est important d’avoir à l’esprit, c’est que ce sont des mesures d’urgence qui ont tendance à se pérenniser et il ne faut surtout, surtout pas que l’on accepte que ça soit pérenne. C’est pour cela qu’il faut aussi encore que des employés et des salariés du secteur sanitaire et hospitalier essaient de s’organiser tant bien que mal parce que vous imaginez ce que certains, impayés depuis des mois, travaillant dans des conditions qui sont quand même juste inhumaines, s’organisent et essaient justement de résister et de se faire entendre. Il est important de garder quand même à l’esprit que c’est les salariés qui vont quand même essentiellement apporter les choses et la communauté civile à côté d’eux, quand elle s’organise en vue d’une résistance.

Yann : Et puis savoir surtout que nous on n’est pas à l’abri que dans 5, 10 ans de vivre exactement la même crise.

Transcription : Joëlle Hist