Le VIH vu du web : Et si la capote craque ? / Eradication VHC d’ici 2020 ? / Coup de coeur pour le spectacle « Entre eux deux »

, par Sandra

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Monsieur le ministre Alexandre Bordes à l’émission Vivre avec le VIH, pour sa rubrique le VIH vu du web
Le VIH vu du web : Et si la capote craque ? / Eradication VHC d’ici 2020 ? / Coup de coeur pour le spectacle « Entre eux deux »

Sandra : Dans quelques instants, Morgane va nous appeler et pendant ce temps, Alexandre je te propose de commencer ta rubrique le VIH vu du web.

Alexandre : Tout d’abord, j’aimerai donner quelques précisions sur certains éléments relatif à la pénalisation de la transmission du VIH. Nous en avions parlé lors de l’émission du 16 juin dernier avec Michel Celse du Conseil National du SIDA, mais il y a quelques points à éclaircir. Tout d’abord, je le disais la semaine dernière, en France, s’il n’y a pas de contamination, il n’y a pas de plainte. Dans les textes de lois, il y a néanmoins des ouvertures qui pourraient amener à, un jour, la condamnation d’une personne pour exposition simple. Nous parlons de protection physique, contre la transmission du VIH, pour le préservatif. Celui-ci est également la seule protection juridique valable. Mais si jamais il y a transmission de VIH malgré l’utilisation d’un préservatif ? S’il y a par exemple, un accident de capote ? Le président du CNS Patrick Yéni a répondu à la question dans une interview du blog Seronet, et il est question également de charge virale indétectable. Je cite : « Nous ne savons pas ce qui se passera lorsqu’il y aura des procédures engagées pour transmission ou exposition concernant des personnes qui n’utilisent pas de préservatifs, mais qui sont traitées efficacement. Certains juristes nous ont expliqué que s’il y avait transmission malgré l’usage du préservatif, il s’agirait d’un cas de force majeure qui est exonératoire de la responsabilité ». Pour le cas d’une contamination malgré une charge indétectable, ce qui, rappelons-le, n’est jamais arrivé à notre connaissance pour le moment, le professeur Yéni explique que ce serait considéré comme un aléa qui n’exonèrerait, lui, absolument pas de la responsabilité. Voilà, désormais, vous savez tout en ce qui est du registre de la pénalisation, mais cela reste une affaire à suivre et évolutive.

Sandra : Merci pour ces précisions, c’est rassurant de savoir que si on met un préservatif, et que ça pète, et qu’il y a transmission, on n’est pas tenu responsable. C’est quand même assez rassurant je trouve. Mohamed, qu’est-ce que tu en penses ? As-tu quelque chose à dire ?

Mohamed : Rien de spécial à dire. C’est bien, je constate l’évolution, c’est très bien.

Sandra : On passe à ta deuxième info.

Alexandre : Parlons du VHC. Le Virus de l’Hépatite C, petit historique, est une maladie qui est très répandue, en 2004 on estimait à 367 000 personnes atteintes par la maladie en France. Sur ces dernières, la moitié l’ignorait. Depuis, les différentes politiques de réduction des risques, l’amélioration des traitements etc. ont diminué considérablement le nombre de contaminations. Vous le savez sans doute, la principale arme contre le VHC est depuis plus de 20 ans l’interféron, qui pouvait dans le meilleur des cas guérir, et dans le pire des cas laisser de graves traces, dépressives par exemple. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de reparler de l’impact de certains traitement sur la santé mentale des patients dans une émission future. Revenons au VHC. Depuis plus 2013, le laboratoire Gilead a commercialisé des traitements révolutionnaires contre l’hépatite C. Révolutionnaires car courts, très bien tolérés, et avec un taux de guérison dépassant les 90% pour un traitement complet de douze semaines. Dans plus de 90% des cas, VHC, out, pas ou peu de complications sur la durée, les cirrhoses éventuelles, les greffes nécessaires, rien. Avec un tel traitement généralisé, qu’est-ce qui nous empêche alors de mettre à plat le Virus de l’Hépatite C de manière définitive ? La réponse est évidente, le prix. L’accès à ce traitement était d’ailleurs au centre des préoccupations au 9ème congrès sur l’hépatite en début de mois. Médecin du Monde avait l’année dernière attaqué le brevet du traitement, le Sovaldi, en contestant le fait que la molécule soit assez innovante pour nécessiter un brevet, et en dénonçant son prix exorbitant. En gros, l’intégralité du traitement en France coûte plus de 40 000 euros, et atteint les plus de 75 000 dollars aux Etats-Unis. Le Figaro avait même comparé dans un article le coût de revient du traitement à 41 000 euros du laboratoire Gilead à son coût dans les pharmacies. Bon, d’après eux, le prix de vente est deux cent fois supérieur au prix de fabrication. Quels sont donc les obstacles à la disparition de l’hépatite C avant 2020 ? Le nombre de malades conséquent, 170 millions estimés dans le monde, le coût du traitement limitant l’accessibilité aux cas les plus graves, l’absence de génériques, même si la concurrence va nécessairement s’installer et faire diminuer les prix.

En Suisse, le traitement n’est remboursé que pour les hépatites C à un stade avancé ou intermédiaire, par exemple. Vous imaginez vous, médecin, hépatologue, annoncer à votre patient que le traitement efficace est impossible car sa maladie n’est pas assez avancée ? C’est un peu le problème, l’accès de ces fameux traitements, puisqu’il en existe désormais plusieurs, à la totalité des personnes concernées, indépendamment de l’état de leur maladie. Tous les articles dont j’ai tiré mes informations, toutes les sources sont disponibles, je les publie sur notre compte Twitter dès maintenant.

Sandra : Nous continuons ta rubrique, on t’a coupé, je crois que tu as une dernière information à nous partager. Et puis après on fait une pause musicale.

Alexandre : Oui en effet, c’est surtout un avis personnel. La semaine dernière, nous avons invité dans notre studio Valérie Dontenwille. La metteure en scène de la pièce de théâtre “Entre Eux Deux”. Cette pièce était présentée au public et aux différentes associations les 21 et 22 janvier derniers, et nous y étions, Sandra, Yann, Mohamed, moi, et d’autres membres du Comité des familles. L’avis qui va suivre est personnel, ma parole ici n’engage que moi, et moi seul. Bon, là c’est le moment où vous vous dites “Heeeen, il a pas aimé, il va dire des trucs méchants”, et baaaaah non. Les deux personnages sont vrais, le talent des deux principaux comédiens est indéniable. Je ne vais pas vous raconter tout, par simple espoir que cette pièce puisse continuer à se jouer, et par simple envie de vous pousser à profiter de cette mise en scène. Dans une mare d’angoisse, le spectateur se sent projeté et compressé de plus en plus. Nous savons, évidemment, que le VIH va intervenir dans le couple. Chez qui, l’homme, ou la femme ? Les deux ? Aucun des deux ? Moi, spectateur, j’ai vu la fusion de deux êtres, de deux âmes, puis l’apparition comme un mur de brique en plein milieu d’une maladie mais surtout des peurs qui l’accompagnent, qui peuvent séparer, déchirer. L’incertitude avant le résultat du dépistage nous est balancé, excusez-moi des mots, en pleine gueule, et on stresse, on stresse comme jamais, avec eux.

Et c’est ensuite à travers l’essence même de ce couple que l’on voit, que l’on aime, que les préjugés que l’on peut avoir avant s’envolent. Parce que c’est ça au final. Ce mur de briques qui sépare les gens, qui sépare les personnes séropositives des autres, ce sont juste des mots, des vestiges du passé, des pensées absurdes. Et est-ce que ce mur est présent lorsqu’on parle à une personne lambda, sans connaître sa sérologie ? Non. Pour quelle raison serait-il présent, et pour quelle raison une personne séropositive ne serait pas une personne lambda ?

“Entre Eux Deux”, c’est du théâtre, mais aussi de la danse, de la prévention, beaucoup de prévention, à travers l’apprentissage, car c’est à travers la connaissance que l’on efface les préjugés, que l’on efface les risques d’en prendre, des risques. Le message est subtil et il est double. Il est préventif, il vous dit, vous ne l’avez pas ? Voilà ce que c’est. On l’attrape comme ça, comme ça. On ne peut pas aller dans tel pays, dans tel pays. Tels métiers sont proscrits. On nous surnomme comme ça. On doit prendre un traitement lourd. C’est une épreuve. Voilà le message. Mais il prend aussi une autre tournure. Il rend leur humanité à ces personnes lambda. Séropositives, certes, mais lambda quand même, lambda surtout. Une humanité qu’elles se sont parfois elles-mêmes enlevées. Je reviendrai pour d’éventuelles prochaines dates d’une pièce de théâtre que, pour conclure, je conseille très vivement.

Sandra : Moi aussi j’ai un avis sur cette pièce, je vous invite à le lire sur le site crockenscene , pour les encourager, parce que je partage à peu près ton avis Alexandre, j’ai vraiment passé un très bon moment. Et toi Mohamed, tu étais avec nous quand tu as vu cette pièce, qu’en as-tu pensé ?

Mohamed : J’ai pensé qu’elle était très bien pour passer un message de prévention, par rapport aux jeunes et que, la maladie n’était pas encore éradiqué et qu’il y avait encore pas mal de choses à faire. J’ai trouvé ça très bien qu’on fasse un mélange un peu de théâtre et de musique et de dialogue, pour faire une ouverture par rapport à ce problème qui est vraiment lourd, le VIH.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE