Titine, séropositive, bénéficiaire de l’AME : « Je demande à Valérie Pécresse de voir notre situation »

, par Sandra

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Titine, séropositive, bénéficiaire de l’AME : « Je demande à Valérie Pécresse de voir notre situation »

Sandra : Dans quelques instants, nous aurons l’appel de Pierrot qui va nous raconter ses difficultés à survivre, oui je dis bien survivre au VIH puisque là-bas il n’y a pas de traitement, enfin plus en tout cas. Et là pour l’instant, je vous propose de faire un point sur notre pétition. Souvenez-vous, les membres du Comité des familles ont lancé une pétition contre la suppression des aides aux transports pour les bénéficiaires de l’AME, l’aide médicale d’Etat. C’est la nouvelle présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse qui a décidé de faire voter cette mesure. Du coup tous les bénéficiaires de l’AME maintenant doivent payer plein pot le passe navigo ou leur ticket de transport. Malheureusement, ils ne peuvent pas puisqu’ils n’ont pas de travail. Vous connaissez sûrement les difficultés que c’est quand on arrive dans un pays, quand on arrive en France de trouver du travail et de trouver de l’argent tout simplement, de trouver de quoi se nourrir, se loger. En fait, le transport, cette réduction, leur permettait notamment de faire des démarches pour aller chercher du travail ou d’aller à l’hôpital pour suivre leur traitement. Je pense aux personnes séropositives. Peut-être qu’il y en a qui se disent attendez, c’est juste un ticket de transport, je ne vois pourquoi on en fait tout un plat. Je vous propose d’écouter le témoignage de Titine. Elle, elle est confrontée directement aux difficultés que provoquent cette nouvelle mesure.

Début de l’enregistrement.

Bonjour, je m’appelle Titine du Comité des familles. Je suis arrivée en France dans le mois de novembre, parce que j’ai été hospitalisée à Saint-Louis. Je suis malade.

Ce matin j’avais rendez-vous avec l’assistante sociale pour mes papiers administratifs parce que je viens d’avoir l’aide médicale. On me dit que le transport a été supprimé. Du coup, j’avais seulement deux tickets qui me restaient ce matin. J’ai dormi quelque part. J’ai composté le ticket. Il me reste un seul ticket pour repartir à la maison. Donc imaginez un peu de 9h30 jusqu’à 16h15, où je dois faire le scanner, il y a une grande distance. Le médicament pour le scanner, ça manquait. Donc c’est dans le 20ème que j’ai eu le médicament. J’ai dû marcher pour éviter de frauder, puisque quand tu n’as pas de papier, c’est maintenant tu es en train de faire la demande, faut pas te mettre dans des situations compliquées. J’ai été obligée de marcher de Saint-Louis jusqu’au Comité des familles. J’ai eu mal aux pieds !

Je demande à Valérie Pécresse de voir notre situation parce qu’étant malade, oui, on dit la marche c’est la santé mais ce n’est pas toujours ça. Mais ça se passe dans la tête. Du coup, tu ne peux pas sortir, je n’ai pas les moyens, je ne travaille pas. Sans les papiers, tu ne peux pas travailler. J’ai aussi un problème de santé, du coup, c’est difficile pour moi. Des bonnes volontés m’ont fait le passe navigo mais je ne peux pas le charger puisque je n’ai pas les moyens, je n’ai pas les papiers pour dire que je vais travailler. Je suis obligée de sortir pour chercher à faire quelque chose pour me maintenir en vie.

Donc vraiment, en tant mère, je lance l’appel. Je demande pardon, si je pouvais être mais comme j’ai mon scanner à faire, je ne serai pas de délégation donc je lance l’appel à Cécile Duflot de vraiment revoir le cas pour le transport. Surtout le transport parce que vraiment, sans le transport, tu ne peux rien faire. C’est cet appel là que je voulais lancer.

Sandra : Avant, la région finançait 75% du titre de transport, est-ce que si tu avais ces 75% d’aide, serais-tu en mesure de payer l’autre partie du passe navigo ?

Titine : Oui, parce qu’on m’a dit le mois ça fait 17 euros. Or moi le passe que les bonnes volontés, ça fait 5 zones. 5 zones, je le charge par mois 70 euros, où vous voulez que j’enlève ça quand je ne travaille pas ? Donc c’est compliqué pour moi.

Sandra : Et même pour aller chercher du travail…

Titine : Il faut le passe navigo. Au moins si c’est les 17 euros, je peux me débrouiller pour les avoir, les bonnes volontés souvent me donne l’argent, je peux cotiser pour faire le passe pour le mois et ça m’arrange. Souvent je rate des rendez-vous à cause du transport. Aujourd’hui, j’ai été obligée de marcher. Tout à l’heure, je dois retourner à Saint-Louis pour mon scanner. Là, je vais repartir, je ne sais pas si c’est à pied ou si je fraude. Et si on m’attrape ? Je ne sais pas comment je vais faire. Donc vraiment, c’est important de revoir cette situation de transport.

Sandra : Et si jamais tu loupes tes rendez-vous médicaux, quelles conséquences pour toi ?

Titine : C’est dangereux. Si je n’ai plus mes médicaments ? Mes médicaments, il faut que je les prenne. Ca va agir sur ma santé, c’est un danger pour moi. Il faut être en bonne santé pour être en vie. Donc souvent, quand je rate les rendez-vous vraiment c’est compliqué pour moi. Pour ma santé surtout c’est important. La dernière fois j’ai fait le bilan, on me dit que c’est incomplet parce qu’il y a des rendez-vous que j’ai ratés. Donc je suis encore de refaire le bilan, vous voyez un peu ce que ça donne. Et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas. C’est un cri de coeur que je lance aux autorités de Paris.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Voilà, les conséquences de cette nouvelle mesure votée par Valérie Pécresse, nouvelle présidente de la région Ile-de-France. Ca se passe de commentaire. Simplement, je relance l’appel, n’hésitez pas à relayer notre pétition. Elle est sur le site change.org.

Alexandre : La pétition s’appelle Rétablissez les aides aux transports pour les personnes sans-papiers.

Sandra : Assez simple à trouver. Hier, nous avons rencontré la députée Cécile Duflot, qui nous a annoncé qu’elle signerait notre pétition et qu’elle ferait des courriers pour nous aider à ce que cette loi soit tout simplement supprimée. Donc ça, c’est très encourageant, ça nous donne de l’espoir. Je suis confiante, je pense qu’on va réussir à venir à bout, à obtenir gain de cause. Je ne sais pas s’il y a des réactions ?

Esther : Moi, j’aimerai vous poser la question, est-ce qu’on connait le nombre de personnes qui ont besoin de cette aide ? J’imagine que ce n’est pas beaucoup de gens.

Alexandre : Le nombre de personnes, Valérie Pécresse a dit que la suppression de cette aide allait apporter des gains, des économies de 50 à 70 millions d’euros. On ne sait toujours pas d’où est-ce qu’elle tient ses chiffres. Franchement, je ne sais pas. Pourquoi elle a dit ça ? Parce qu’elle a établi à 110 000 le nombre de bénéficiaire de l’AME dans la région parisienne. Il n’y a pas la moitié de ses bénéficiaires de l’AME qui profite de cette aide aux transports. A partir de là, tu comptes, tu dis 70 euros, tu fais X110 000, je ne suis pas super fort en maths mais je ne pense pas que ça atteigne 70 millions d’euros. Les gens qui sont bénéficiaires de l’AME, ils ne prennent plus les transports. Les 17 euros qui étaient payés avant, ils pouvaient être payés, et ils étaient payés. Donc cette mesure apporte absolument aucune économie puisque les 70 euros ne seront jamais payés.

Esther : Oui et surtout que, je crois qu’il y a à peu près 5 millions de personnes qui voyagent chaque jour en Ile-de-France, peut-être un peu plus. Et je me rappelle un peu des chiffres, j’ai vu documentaire qui passait sur France 5, donc même si c’est 100 000 personnes c’est vraiment un numéro assez petit. Les passagers d’Ile-de-France, si on fait une enquête, la majorité des gens voudront bien aider ce petit nombre de passagers qui vraiment ont besoin. Donc je crois que ce n’est vraiment pas une mesure économique, c’est vraiment une mesure raciste contre les personnes qui n’ont pas déjà des droits parce qu’ils n’ont pas le droit comme les autres, juste parce qu’ils n’ont pas de papiers. Donc vraiment il faut que les politiciens on leur mette un miroir face à eux, face à ce qu’ils disent parce que ce n’est pas du tout des arguments économiques, c’est vraiment des chiffres, un petit nombre de personnes. Quand les politiciens parfois ils essayent de faire croire à la population, on parle de masse d’immigration qui vont venir nous manger presque…

Alexandre : Nous voler.

Esther : C’est vraiment une création monstre et c’est vraiment un mensonge. La population migrante c’est vraiment très petite en France et vraiment c’est des mesures contre ces gens qui viennent ici juste pour sauver leur vie. Je crois que la plupart de la population sera pour aider à payer 70 euros, pour la plupart des gens c’est rien. Mais pour des gens qui n’ont rien du tout, c’est vraiment très cher.

Sandra : J’en profite pour remercier Titine qui a témoigné et j’encourage les autres personnes aussi à témoigner pour que les gens se rendent compte de ce que c’est de vivre dans la précarité. Comme tu dis, la majorité serait d’accord pour venir en aide à ces personnes qui vivent dans la misère, il faut le dire.

Yann : Comme dit Esther, c’est vraiment ignoble. On s’attendrait à ce type de politique d’un gouvernement de droite un peu extrême. Donc c’est vraiment mettre les uns contre les autres, faire croire encore par ce type de loi que bah oui, c’est l’étranger qui empêche de tourner la France normalement. Encore une fois, on gratte, on prend aux plus démunis et aux plus faibles. Ce qui ne fait pas faire une économie à la santé puisque je vous rappelle qu’un rendez-vous loupé ça veut dire un rendez-vous repris, ça veut dire un médecin qui a été bloqué pendant 20 minutes et je crois que Pécresse avait mis en avant le VIH comme combat.

Alexandre : C’était un peu la blague ça d’ailleurs quand elle avait dit le VIH reste mon combat, ah ah ah !

Yann : Enfin, elle n’est pas la seule. Je dirai que la maire de Paris nous soutient mais n’a pas vraiment signé la pétition ?

Sandra : Elle n’a pas signé, elle nous soutient par des paroles…

Yann : Qu’est-ce qu’on entend par soutenir ? Oui, dans une réunion quand on se regarde dans les yeux, je vous soutiens promptement mais soutenir c’est s’engager. Et on remercie les quelques associations comparé à la masse qui nous ont rejoint, vous pourriez être beaucoup plus nombreuses.

Alexandre : Et la première personne qui parle de voleurs et de leurs aides sont trop nombreuses est l’une des personnes les mieux payées en France, c’est-à-dire Valérie Pécresse. C’est tout ce que j’ai à dire.

Sandra : Sur ce, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE