Act-Up Paris : « Franchement, cette campagne présidentielle 2017 est-elle à la hauteur ? »

, par Sandra

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Act-Up Paris : " Franchement, cette campagne présidentielle 2017 est-elle à la hauteur ? "

Sandra : La manifestation à laquelle nous avons participé avec Act-Up. Moi, Yann on y était. On écoute ça, ça dure 17 minutes et puis on réagit mais très rapidement parce qu’on va arriver après à la fin de l’émission.

Début de l’enregistrement.

Act-Up : Oui, l’épidémie du sida est une épidémie politique. Voilà ce qu’il nous faut réaffirmer aujourd’hui. Notre lutte est politique et elle est malheureusement nécessaire aujourd’hui. Car fêter notre anniversaire, aujourd’hui celui d’Act-Up New York, grande soeur modèle, c’est nécessairement avoir le coeur serré parce que beaucoup n’a pas encore été fait mais aussi ; et c’est indissociable de cela, parce que beaucoup n’ont pas pu voir ce qui a été fait. C’est à eux et elles, amis, amante, soeurs de coeur, soeurs de lutte que nous pensons en tout premier lieu aujourd’hui.

Ce qu’il reste à faire : Diminuer les contaminations et pour cela plus de campagnes de prévention, un meilleur recours au dépistage. Plus de traitements mieux tolérés et un jour, un remède et un vaccin. Une meilleure couverture sociale et une meilleure prise en charge de santé. Plus de droits, plus de solidarité pour toutes. Enfin, aucune stigmatisation, aucune pénalisation, aucune répression. Encore faut-il le mettre en oeuvre ! Ce qu’il reste à faire, c’est avant tout une question de moyen et de volonté et elles sont politiques. C’est pourquoi il est essentiel de se mobiliser ce soir, un mois avant les élections présidentielles, deux mois et demi avant les élections législatives. Dans ce cadre-là, de quoi nous parle-t-on ? Que nous propose-t-on ? Franchement, cette campagne est-elle à la hauteur ?

Cela doit nous conduire à nous mobiliser, dans les rues, à travers les exemples d’Act-Up New-York et de beaucoup d’autres militants aux Etats-Unis et dans bien d’autres régions du monde, nous savons que nous mobiliser nous l’avons déjà fait, que nous le faisons et que nous pourrons le faire. Alors ce soir n’est qu’un échauffement. Revenons aux sources. Epidémie politique, lutte politique. Act up = AIDS Coalition To Unleash Power. Soyons-en à la hauteur. Nous verrons probablement de nouvelles défaites, mais nous aurons aussi de nouvelles victoires. D’autres reprendront le flambeau et en allumeront de nouveaux.

Contre le sida, tu n’as pas le choix ! Bats-toi, bats-toi ! Act-Up ! Act-Up !

Les labos comptent leurs sous, nous comptons nos mortes !

Le Sud compte ses mortes, le Nord compte leur sous !

Sida, hépatites, les brevets tuent !

Des génériques, pas des monopoles !

Sandra : Pourquoi tu es là aujourd’hui ?

Bruno : Parce que je suis un militant du Comité des familles et toutes les bonnes occasions pour parler de la cause, j’essaie d’être présent. C’est vrai que le Comité des familles, association créée pour et par les personnes séropositives et ceux qui les aiment…

Sandra : Et tu es venu avec ton gamin.

Bruno : Oui, on sort de l’école il est…. (rires).

Sandra : Pourquoi vous êtes là aujourd’hui ?

Vincent : A l’appel d’Act-Up, on se mobilise avant les élections pour faire valoir le droit des personnes séropositives, parce que je suis aussi militant au Comité des familles et que c’est important qu’on soit tous là !

Mikaël Zenouda : Je suis le président d’Act-Up Paris. Act-Up Paris a organisé ce rassemblant sous forme de picketing pour commémorer la première action d’Act-Up New-York qui a eu lieu jour pour jour il y a 30 ans. Donc le 24 mars 1987.

Sandra : C’est un devoir de mémoire.

Mikaël Zenouda : C’est un devoir de mémoire pour tous les activistes qui ont lutté contre l’épidémie, pour les séropositifs surtout. Ce sont les premiers concernés qui se sont élevés contre l’inaction des pouvoirs publics et pour rappeler qu’aux Etats-Unis, comme dans tous les pays et même en France, la lutte n’est pas finie, l’épidémie court toujours, les contaminations se font toujours en masse et en France, à l’échelle de 6000 contaminations par an, ce qui n’est pas rien.

Sandra : Faire cette manifestation un mois avant les élections présidentielles, c’est fait exprès ? Est-ce que vous vous dites que vous allez interpeller les politiques ?

Mikaël Zenouda : On pense évidemment aussi aux politiques puisque les décisions sur le système de santé sont prises par le gouvernement en place. Et le rapport de force est toujours installé entre les malades représentés par eux-même ou par les associations et les pouvoirs publics. Sans la pression qu’on leur met, ils ne bougeraient pas.

Sandra : Est-ce que vous avez prévenu quelques politiques ou pas du tout ?

Mikaël Zenouda : On a communiqué sur internet et auprès de plusieurs médias.

Sandra : Les médias ont-ils répondu à l’appel ?

Mikaël Zenouda : En tout cas, les médias LGBT sont présents. Après bah, c’est comme toutes les problématiques de santé, s’il n’y a pas un gros événement avec des représentants politiques, ça n’attire pas ou beaucoup moins. Mais on continue de se mobiliser dans la rue pour au moins se mobiliser, faire entendre nos voix auprès du grand public, des passants, qui n’entendraient pas ces revendications dans la sphère médiatique. Donc on vient vers eux pour leur faire connaitre la réalité du sida en France.

Gwen : Je suis activiste depuis les années 90. J’ai été membre d’Act-Up Paris dans les années 90 et voilà, là je suis plus dans des collectifs féministes et lesbiens.

Sandra : Pourquoi aujourd’hui tu es là ?

Gwen : Je suis là parce que parce que déjà d’une part c’est une commémoration puisque ça commémore la première action qui était déjà un picketing d’Act-Up New-York, qui a été un peu l’ancêtre de tous les groupes qui ensuite ont lutté contre le sida dans la communauté gay. Ca, c’est la première chose. La deuxième chose c’est de façon un peu ponctuelle, par rapport à la politique actuelle et la campagne présidentielle où le sida est complètement oublié, ça, ça me parait extrêmement problématique et de façon plus générale, parce que de toute façon, les moyens qui sont mis dans la lutte contre le sida aujourd’hui ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Sandra : Et alors qu’est-ce que tu penses de ce type de mobilisation ? Je sais qu’Act-Up ont prévenu les autres médias mais pour l’instant en tout cas, il n’y a pas d’autres médias. Qu’en penses-tu ? Est-ce que ça vaut le coup de faire ce type de manifestation ?

Gwen : Oui et non. Ce n’est pas parce que tu n’arrives pas à mobiliser énormément que tu dois t’abstenir d’agir et d’ailleurs, d’une certaine façon, les premières actions ont bien lancé la lutte comme ça à quelques-uns. Donc je pense que la visibilité même minime est toujours nécessaire. Elle te permet éventuellement de gagner des soutiens, de sensibiliser les gens qui passent. Donc, ce n’est pas inutile. Après, c’est sûr qu’il faudrait réfléchir à des façons plus efficaces de mobiliser plus loin, plus fort, mais je pense qu’ils font ce qu’ils peuvent.

Quentin : Je suis étudiant. Je passais par là en fait.

Philippe : Je ne suis plus étudiant et puis voilà.

Sandra : Aujourd’hui, il y a une manifestation pour parler du VIH, est-ce que ça vous parle ou pas ?

Quentin : Personnellement, ça ne me touche pas forcément parce que je n’ai pas de cas autour de moi. Après la cause oui, forcément. C’est bien qu’ils fassent ça. C’est vrai que, c’est dangereux tu vois, faut faire attention.

Sandra : Tu sais comment il faut se protéger du VIH ?

Quentin : A priori oui. Capotes et c’est tout ?

Sandra : Oui. Savez-vous que si une personne séropositive prend correctement son traitement, elle ne transmet pas le VIH ?

Quentin : Je ne savais pas.

Philippe : Moi non plus, je ne savais pas.

Sandra : Bah voilà, je vous le dis. Ca fait partie des nombreuses victoires dans la médecin par rapport au VIH. Si jamais il y a un de vos amis ou frères, soeurs, qui vous annoncent qu’il est séropositif, quels seraient vos premiers mots pour cette personne ?

Quentin : Tu poses une vraie question là !

Sandra : Ca peut arriver !

Quentin : Ouais, ouais, carrément.

Philippe : Bah qu’il n’est pas tout seul et qu’on est là pour lui, pour l’accompagner et puis voilà, ce sera ça déjà les premiers mots.

Quentin : Je crois que, instinctivement je dirai désolé ou un truc comme ça tu vois. Je sais que ce n’est pas ce qu’il faut dire mais ma réponse c’est ça. Je serai triste.

Sandra : Non mais, c’est des bonnes réponses. Je crois que les réponses que les personnes séropositives détestent entendre c’est plus “comment tu l’as eu ?”.

Quentin : Ouais mais après, je pense qu’avec le temps, je lui poserai la question. Pas direct, faut être poli, faut être gentil. Mais avec le temps. S’il veut en parler. Je ne sais pas comment gérer ça.

Gabriel : Je suis étudiant à Paris.

Yazid : Je travaille à Bordeaux.

Sandra : Ah ! Qu’est-ce que tu fais là ?

Yazid : En week-end.

Yanis : 21 ans, bientôt 22, lundi prochain et je suis étudiant.

Sandra : Aujourd’hui, il y a une manifestation organisée par l’association Act-Up pour parler du VIH. Si je vous dis VIH, est-ce que ça vous parle ?

Gabriel : Oui, vaguement c’est vrai. Ca me rappelle le sida. Mais c’est vrai que je ne pourrai pas vous mentionner la signification exacte.

Yazid : Pareil, je pense qu’on m’a déjà dit ce que ça voulait dire mais je ne saurai pas dire. Par contre je sais que ça concerne le sida.

Yanis : Je crois que c’est le terme technique pour le sida.

Sandra : Non, le sida, c’est le stade final de maladie. Le VIH, entre guillemets, juste avoir le virus dans le sang. Savez-vous comment se transmet le virus du VIH ?

Gabriel : Par voie sexuelle.

Yazid : Par le sang.

Gabriel : Pas la salive. Les gens peuvent croire mais attention, pas la salive.

Yanis : La transpiration.

Sandra : Non. Heureusement !

Yanis : Oui, c’est vrai.

Sandra : Donc oui, par voie sexuelle, de la mère à l’enfant, aussi par les échanges de seringue et voilà, je crois que vous avez tout dit. Savez-vous que si une personne séropositive prend correctement son traitement ne transmet pas le VIH ?

Gabriel : Avec vos questions je me sens un peu ridicule.

Sandra : Non, mais il n’y pas de souci ! Maintenant vous savez. Si quelqu’un de votre famille ou un de vos potes vous annonce j’ai truc à te dire, je suis séropositif. Quels seraient vos premiers mots ?

Gabriel : Perso je ne lui parle plus ! Non, je rigole. On va le soutenir évidemment et puis voilà.

Yazid : Je reste bouche bée mais je lui parlerai quand même (rires). Et puis, faudra le soutenir. Mais comment ?

Yanis : Comme disait mon cousin, le soutien, lui faire comprendre que rien ne change et qu’il ne sente pas seul.

Yazid : Mais comment est-ce qu’on peut l’aider en plus de ça ?

Sandra  : En étant là tout simplement. Surtout en ne posant pas la question comment tu l’as eu. C’est là, c’est là. Point final. Et en restant en fait comme avant.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Et voilà, c’était une petite immersion pour ceux qui n’ont pas pu être présents à la manifestation. Un mot pour chacun parce qu’on est vraiment à la fin de l’émission.

Christian : Des productions comme celle-ci, on ne peut pas faire ça au Cameroun simplement parce que les gens sont marginalisés, discriminés. J’ai les larmes aux yeux. Il faut davantage informer, sensibiliser et aider les gens à se dépister et mettre à disposition un certain nombre de médicaments. J’ai envie d’ajouter “Sida, hépatites, cancer”. L’épreuve est très dure à surmonter, je t’assure. Quand on voit les migrants qui arrivent, plein de personnes qui souffrent de ce mal, qui ont de la peine à être logé, c’est très dur Sandra et on a même envie d’aller p’tre au suicide. C’est très dur.

Yann : C’est vrai que la présence du monde associatif était faible mais je te dirai que moi j’ai vite compris que j’allais être un distributeur de flyers pour rencontrer les passants, ce qui a été plutôt le cas et comme le président d’Act-Up, c’est bien qu’il y ait de visibilité même si les politiques n’ont pas répondu. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils viennent se faire tirer les oreilles. Mais ce n’est pas inutile du tout et si on doit en refaire, je pense que le Comité sera toujours là.

Mohamed  : Je suis content qu’Act-Up soit toujours là, toujours sur le coup et assez vigilant. Ils sont toujours présents sur les grandes actions du 1er décembre ou Solidays. Je les remercie ainsi que le monde associatif. Que feraient les malades sans eux ?

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE