Hépatite C : choisir le bon moment pour commencer le traitement

, par Sandra

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Source de l’image : bcpv.eu
Hépatite C : choisir le bon moment pour commencer le traitement

Sandra : La co-infection VIH/VHC, c’est une association de malfaiteurs comme disait souvent notre ami Youcef qui nous a quittés beaucoup trop tôt. Il avait tenté de se débarrasser de l’hépatite C en la traitant. Et donc c’était avec l’interféron. Il n’a pas supporté le traitement et donc il l’a stoppé. Les effets secondaires étaient beaucoup trop lourds pour lui et sa famille en pâtissait. Je ne dis pas ça pour faire peur mais juste pour dire vraiment les choses. Oui on peut guérir de l’hépatite C mais au jour d’aujourd’hui le traitement reste assez difficile à supporter. Cependant de nouveaux traitements vont bientôt être disponibles ou sont déjà disponibles pour certaines personnes. Vous confirmez Philippe Sogni ?

Philippe Sogni : Bien sûr. Il va avoir de nouveaux traitements qui vont être plus efficaces. Mieux tolérés. Bien sûr on va donc augmenter les chances de guérison. Mais bien sûr il faut toujours décider du bon moment du traitement. C’est une décision individuelle prise en discussion avec la personne, son médecin, l’entourage de la personne. Ça restera une décision individuelle, j’en suis persuadée même si le futur en effet s’annonce bien meilleur.

Sandra : Ces traitements sont sans interféron c’est ça ?

Philippe Sogni : Ah ! Vous allez vite et ne donnez pas de faux espoir. La première étape ça va être en effet d’avoir des nouvelles molécules qui sont prises par la bouche avec beaucoup moins d’effets secondaires mais, il est possible que dans un certain nombre de cas, en 2014, on soit encore obligé de donner de l’interféron. Pas pour tout le monde mais, il est possible qu’on soit encore obligé de donner de l’interféron.

Yann : Et l’accès au plus grand nombre, on peut dire durant l’année 2014, début 2015, moi si demain je veux me faire traiter avec ces nouveaux médicaments, je peux commencer à en profiter quand ?

Philippe Sogni : Si je dis qu’on vit comme d’habitude et que la santé publique marche comme d’habitude, ce sera 2014. Vu qu’il y a un certain nombre d’interrogations, je ne sais pas. Mais il y a une proposition de loi qui va être discutée et je pense qu’il faut monter au créneau face à ça, c’est-à-dire que de dire, il va y avoir une mise à disposition uniquement pour un certain nombre de personnes dans l’ATU (Autorisations temporaires d’utilisation). Cette discussion au Parlement, même si elle aboutit, j’espère qu’elle ne sera pas promulguée parce que, c’est un gros problème pour l’accès justement de tout le monde aux traitements. Donc il y a des interrogations. Je ne voudrais pas être très pessimiste là mais je pense qu’il faut être très vigilant.

Tina : L’accès ATU ça veut dire que...

Philippe Sogni : Ça veut dire que pour l’instant, ces nouvelles molécules sont réservées uniquement à des patients très graves avant la mise sur le marché. Patients en attente de transplantation. Ensuite, au moment de la mise sur le marché habituellement la disponibilité est très grande. Je vois quelques discussions qui veulent restreindre cette disponibilité. Donc faisons attention à ça. C’est vrai que d’un autre côté ces molécules vont être très chères. Probablement il y a des discussions de tarif mais restons vigilants vis-à-vis de ça.

Tina : Ce que j’ai souvent entendu des personnes co-infectés VIH/VHC, c’est qu’ils disent que le VHC c’est ce qui est le pire pour eux. C’est plus difficile à gérer que le VIH qui se gère avec la trithérapie mais, le VHC ça a plus d’impacts et finalement c’est plus un facteur de risque de mortalité.

Philippe Sogni : Tout à fait. C’est, et de loin le premier facteur de mortalité chez quelqu’un qui a une co-infection VIH/VHC. C’est l’hépatite C. Le deuxième élément c’est que l’hépatite C avant d’être franchement malade, d’avoir franchement une complication habituellement les symptômes sont très minimes ou assez mal reconnus. Et donc à l’heure actuelle on va proposer des traitements lourds à des personnes qui ne se plaignent de pas grande chose pour l’hépatite C pour empêcher une complication qui va survenir. Donc, ce n’est pas très simple même si on dit on va vous traiter, on va vous guérir dans 50% des cas, malheureusement on n’arrivera pas dans l’autre moitié de cas, pour des symptômes que les patients ont très peu.

Yann : Il y a aussi un rapport avec un certain génotype qui est plus favorable ou pas ?

Philippe Sogni : Ça, c’était vrai. Ça l’est moins avec ce qu’on appelle les trithérapies également, c’est-à-dire ce qui est actuellement disponible pour le génotype 1, qui est le plus difficile et le plus fréquent. On associe de l’interféron et de la ribavirine et un inhibiteur de protéase de première génération. Traitements plus lourds, traitements plus efficaces mais, on est toujours dans la même discussion c’est-à-dire des traitements lourds qui ont pour but de guérir chez des personnes qui ne se plaignent de pas grand-chose dans l’hépatite C mais dont on sait que si on arrive à les guérir, on va les protéger d’un grand nombre de décès dû à l’hépatite C.

Yann : Donc l’idée c’est d’attendre pour ces personnes-là que vous citez, c’est plutôt d’attendre parce qu’on sait qu’une hépatite devient dangereuse en général au bout de 20,30 ans. C’est sûr que plus tôt on la traite, mieux c’est peut-être mais dans ce cas-là il y a une réflexion dans le fait de qui on va soigner en premier.

Philippe Sogni : Il y a une réflexion qui n’est pas une réflexion qui doit être générale. C’est une réflexion à l’échelle individuelle entre la personne, le médecin, son entourage pour choisir le bon moment. Trop tôt, je ne vois pas pourquoi. Trop tard, bah malheureusement c’est trop tard. Il y a un bon moment à décider et bien sûr en prenant en compte les progrès qui vont arriver. Et c’est ça qui en rajoute dans la difficulté à l’heure actuelle. C’est que ces progrès, on en parle beaucoup et on va y arriver mais c’est quand ?

Tina : Et est-ce que le train de vie des personnes co-infectées joue beaucoup ? L’évolution du VHC, dans l’organisme, c’est-à-dire en respectant certaines règles, est-ce qu’on nettement ralentir l’évolution ou finalement ça ne joue pas tant que ça ?

Philippe Sogni : C’est une bonne question parce que le foie ça concentre. Ca concentre et donc s’il y a de l’alcool, s’il y a beaucoup de graisse, s’il y a beaucoup d’inflammation etc. Et si en plus il y a le virus C, bien sûr ça va être plus grave que s’il y a le virus C seul. C’est comme ça. Ça a l’air évident mais pour la vie de tous les jours ce n’est pas si évident que ça. Et encore une fois ça doit être une discussion individuelle.

Transcription : Sandra Jean-Pierre