Hépatite C : Pourquoi et quand envisager une greffe du foie ?

, par Sandra

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Yann, Sandra et Philippe Sogni
Hépatite C : Pourquoi et quand envisager une greffe du foie ?

Sandra : Je me suis rendu à une journée de réflexion scientifique qui s’est déroulée le 14 octobre au ministère de la Santé. Et ils ont parlé de la greffe du foie. Dans quel cas la greffe du foie doit se faire ?

Philippe Sogni : On doit envisager. Envisager une greffe du foie à partir du moment où il y a eu une décompensation de la cirrhose où il y a eu une tumeur qui s’est développée sur la cirrhose. Donc un cancer ou une cirrhose qui s’est décompensée, qui s’est déjà compliquée. Pourquoi je dis ça ? Parce que la transplantation a des risques. Et il y a à la fois une balance entre dire cette personne-là a déjà fait une complication donc il est grave et lui va bénéficier d’une transplantation. Et l’inverse, c’est le patient a une cirrhose mais il n’y a pas eu de complication et donc il va avoir plus de risque à faire la transplantation que de ne pas en faire.

Sandra : Et si la greffe du foie réussie, est-ce que ça veut dire que la personne est guérie de l’hépatite C ?

Philippe Sogni : Vous sautez une étape. À partir du moment où on décide la transplantation, il est bien évident qu’en France à l’heure actuelle, quel que soit votre maladie du foie, tout le monde ne sera pas transplanté.

Yann : Il y a plus de demandeurs que de foies disponibles ?

Philippe Sogni : Oh oui deux fois plus.

Tina : Et puis aussi je parle en pensant à un membre du Comité des familles qui justement est dans cette situation de cirrhose, enfin je ne connais plus exactement les détails. Il expliquait que pour pouvoir avoir la greffe il faut que son mode de vie soit sain disons, qu’il arrête l’alcool. Ça paraît logique mais, c’est des conditions qu’on prend aussi en compte pour décider d’une greffe ou non.

Philippe Sogni : À partir du moment on a une maladie grave du foie, on essaye de par tous les moyens d’empêcher tout ce qui va l’aggraver. C’est vrai que la consommation d’alcool c’est quelque chose qui va aggraver, ça fait partie je dirai des traitements aussi comme un traitement antiviral. Il y a des traitements qui sont efficaces et c’est vrai que quand il y a une consommation excessive d’alcool, arrêter l’alcool c’est également un traitement, qui n’est pas un traitement simple.

Tina : Mais c’est aussi une condition pour faire la greffe. Ca n’a pas de sens de faire une greffe si une personne n’a pas encore un train de vie très sain et qui a des difficultés à arrêter l’alcool ou d’autres choses qui ne sont pas bonnes pour son foie.

Philippe Sogni : Je dirai, encore une fois, c’est une décision au niveau individuel, qui est importante. C’est vrai qu’il va avoir à gérer la transplantation, le post greffe et c’est vrai qu’on préfère avoir des personnes pour lequel le traitement vis-à-vis de l’alcool, si bien sûr il y a un problème vis-à-vis de l’alcool, soit réglé avant d’envisager le parcours long et compliqué de la greffe. Si je reviens sur la question Sandra, si on transplante quelqu’un qui a l’hépatite C, avec une multiplication virale, la récidive du virus C sur le nouveau foie, c’est 100%. Ça veut dire que si on transplante quelqu’un qui a l’hépatite C, qu’on n’a pu le guérir avant, si on le transplante, dans tous les cas le virus va revenir sur le foie.

Sandra : Donc il faut prendre un traitement.

Philippe Sogni : Il faudra rediscuter en effet après la greffe un traitement puisqu’on sait que là, la récidive du virus sur le foie greffé ça va encore plus vite.

Sandra : Qui sont les donneurs ? Chez qui on peut prendre du foie ? Il faut que ce soit des personnes en très bonne santé, qui n’ont eu aucun problème ? Est-ce que ça peut être des personnes séropositives avec une charge virale indétectable ?

Philippe Sogni : À l’heure actuelle qui sont les donneurs, c’est des personnes en effet qu’on va supposer en bonne santé et qui dans l’idéal ont exprimé ce souhait. J’ai exprimé ce souhait, il n’y a pas assez de personnes en France qui exprime ce souhait. Je pense que là, il faut le répéter encore partout. Les donneurs c’est essentiellement des personnes malheureusement des personnes qui vont avoir un accident de voiture ou de moto et qui ont exprimé le souhait de donner leur organe. En tout cas qui n’ont pas mis d’opposition mais à ce moment-là c’est plus compliqué parce qu’on va aller vers la famille à un moment donné où c’est très douloureux. Ca fait reposer sur l’entourage qui est déjà dans le souci à ce moment-là, déjà dans le chagrin, on va leur poser une question qui est je dirai très intrusive. Le mieux c’est de le faire avant.

Tina : Concrètement ça veut dire qu’il faut aller dans son hôpital, dire qu’on veut faire...

Philippe Sogni : Ça veut dire qu’il faut que vous ayez un papier par exemple qui le dise. Il suffit que vous l’ayez exprimé, dire je veux...

Yann : Donner mon corps à la science.

Sandra : Il n’y a pas besoin d’une carte de donneur ?

Philippe Sogni : J’ai ma carte de donneur.

Yann : Oui, moi aussi j’avais une remarque à faire. On a quelqu’un du Comité des familles qui, à l’hôpital Pompidou, a eu la chance d’avoir une greffe et dans les priorités c’est aussi d’abord sa motivation de s’en sortir et d’être soigné. Il avait été pris en compte aussi qu’il avait deux enfants en bas âge. Ça, je ne sais pas dans quelle commission ça avait porté, où il y avait eu un poids mais c’est vrai qu’il avait ressenti ça en tout cas comme quoi si l’équipe médicale voulait aussi, c’est certainement parce qu’il avait deux enfants en bas âge.

Philippe Sogni : Ce n’est pas tout à fait ça parce que du coup on pourrait dire je n’ai pas d’enfant et ça ne va pas du tout. Je crois qu’il y a des règles pour la transplantation avec des scores. Des scores qui calculent la gravité de la maladie du foie. Il y a une liste nationale, les personnes sont mises sur cette liste nationale en fonction de la gravité de leur maladie du foie. Mais c’est vrai que quand on va aller pour rechercher des problèmes ou des difficultés pour la transplantation, le fait d’être bien inséré, d’avoir un entourage qui va être aidant, donc d’avoir des enfants mais, pas obligatoirement. C’est vrai que tout ça, ne pas se désocialiser, des éléments qui vont dire on est plutôt dans un contexte favorable. Ça veut dire que la personne sur son score doit être transplantée, mais d’un autre côté il n’y a pas de souci particulier pour cette transplantation. Ce n’est pas quelque chose qui va favoriser la transplantation, c’est quelque chose qui va dire, on ne bloque pas la transplantation parce que la personne est toute seule et c’est dommage.

Transcription : Sandra Jean-Pierre