Les médecins généralistes sont-ils suffisamment formés pour suivre des personnes séropositives ?

, par Sandra

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Philippe Morlat
Les médecins généralistes sont-ils suffisamment formés pour suivre des personnes séropositives ?

Sandra : Il est recommandé dans le rapport Morlat que les médecins généralistes proposent davantage le dépistage VIH à leurs patients. D’après les témoignages que j’ai pu entendre des personnes concernées par le VIH, peu de médecins généralistes sont suffisamment informés pour faire par exemple une annonce de séropositivité à une personne. Je ne les accable pas, ce sont des médecins généralistes pas spécialistes. Mais du coup, maintenant que cette recommandation est faite, quels outils donner aux médecins généralistes pour les aider à proposer le dépistage à leurs patients ? Et à qui ils vont proposer ? Est-ce qu’ils vont se contenter de proposer seulement aux populations dites à risque ? Dans ce cas est-ce qu’ils ne risquent pas de passer à côté de personnes qui s’ignorent séropositif ?

Début de l’enregistrement.

François Bourdillon : Oui il y a un fossé entre la recommandation et la pratique régulière d’un cabinet de médecine générale. La difficulté de ça c’est que les médecins généralistes reçoivent des bibliothèques entières de livres de santé avec toute une série de recommandations. Nous on fait la recommandation qu’il faut s’appuyer sur les généralistes, que ce soit eux qui proposent les tests et qu’il y a un travail à faire dans ce domaine. Nous avons fait l’expertise en disant qu’il y a des objectifs à atteindre. C’est au pouvoir public de décider quel type de stratégies.

Philippe Morlat  : Justement, vous faites allusion aux personnes qui vont passer à côté, les personnes qui n’ont pas particulièrement un comportement à risque ou etc, c’est justement on cible pas mal si vous voulez, des situations cliniques, des situations biologiques. Les circonstances de la vie, le contact d’un patient avec un médecin même chez quelqu’un qui n’appartient pas à une population à risque devrait permettre de récupérer en quelque sorte les choses. Il y a du travail, il y a des formations à faire.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Une question pour vous, pensez-vous qu’aujourd’hui les médecins généralistes sont suffisamment informés pour dépister leurs patients ? Julienne tu me dis non.

Julienne : Non parce que j’ai même rencontré un généraliste dernièrement. Il y a même des généralistes qui n’arrivent même pas, qui sont encore comme nous qui venons de l’apprendre. Moi je pense que les chercheurs qui cherchent à bien connaître le VIH/Sida, c’est dans la mémoire. Finalement quand tu es encore bloqué, que tu ne peux même pas toucher la personne contaminée, ça dérange. Il y a certains généralistes qui sont encore pauvres dans tout ça. Je parle comme ça, je suis l’Africaine qui vient d’arriver, quand on nous dit un docteur viendra vous expliquer quelque chose. Finalement il ne maitrise pas bien la situation les généralistes.

Daniel : Comme le disait François Bourdillon, effectivement je pense que les médecins traitant, les médecins généralistes sont noyés dans l’information puisqu’ils doivent recevoir de l’information concernant toutes les maladies possibles et inimaginables, toutes les recommandations concernant les cancers, concernant beaucoup de choses. Pourquoi ils s’intéressaient plus au VIH plus qu’à une autre maladie ? Ce qu’il y a c’est qu’il y a certainement des priorités suivant les chiffres épidémiologiques. Dans certains cas j’imagine qu’il faut accorder une priorité. Par exemple pour le VIH c’est le cas déjà dans les recommandations du ministère. Ensuite je pense que c’est quand même un travail collectif. C’est-à-dire qu’on a déjà dans le milieu associatif des actions ciblées vers les populations à risque en priorité. Le médecin traitant lui il aura un impact un peu plus général donc il va s’adresser à la population en général. Mais ça reste quand même indispensable qu’il soit formé puisqu’il est susceptible de faire l’annonce aux nouvelles personnes contaminées et que je pense que ça reste un moment clé de tout ce qui va se passer par la suite pour le malade.

Sandra : Fati as-tu un médecin généraliste ? Est-ce que tu lui as déjà parlé du VIH ou pas ? Elle me fait oui de la tête. Et comment a-t-il réagi ?

Fati : Moi j’ai eu 3 généralistes. Le premier était un peu, il a sursauté, je ne sais pas s’il était surpris d’entendre que j’étais séropositive alors que je suis en forme. J’ai dit mais si c’est vrai. Il m’a demandé depuis quand. J’ai expliqué et devant moi il était un peu paniqué.

Sandra : Et les autres ?

Fati : Le deuxième n’était pas surpris d’entendre. Le troisième pareil que le premier. Celui de 1991, quand il m’a vu il a dit vous avez quel problème de santé. Moi je n’ai pas hésité j’ai dit je suis séropositive et il a sursauté devant moi. Il a vu qu’il m’a un peu choqué, il est resté tranquille silencieusement et j’ai dit ça va aller, ça ira. C’est comme ça. Ils ne sont pas tous formés.

Sandra : Il y a encore du travail. Vos réactions sur le site comitedesfamilles.net ou bien par téléphone au 01 40 40 90 25.

Transcription : Sandra Jean-Pierre