Mon enfant est infecté par le VIH, comment lui dire ?

, par Sandra

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Mon enfant est infecté par le VIH, comment lui dire ?

Sandra : Un dernier thème qu’on va aborder malheureusement rapidement mais c’est important parce que c’est une question qui revient souvent. A quel âge je dois annoncer à mon enfant qu’il est infecté par le VIH ?

Catherine Dollfus : Il n’y a pas justement. Il n’y pas un âge. La question est surtout il n’y a pas de secret. Il ne faut pas construire un secret autour de l’enfant et il faut répondre toujours honnêtement et clairement aux enfants à leurs questions en fonction de leurs capacités et ça qui va faire que les enfants vont prendre les choses avec naturel et sans traumatisme particulier et qui ne vont pas parler de n’importe quoi à n’importe qui. Un enfant quand par exemple à 4 ans il dit mais pourquoi je prends des médicaments et mon frère il n’en prend pas, il ne faut pas lui dire parce que tu es malade alors qu’il n’est pas malade et qu’il ne se voit pas malade. Faut pas lui dire que c’est pour que tu grandisses parce que...

Yann : Faut dédramatiser sans mentir...

Catherine Dollfus : Sans mentir. Donc quand un enfant est capable de poser des questions formulées on peut tout à fait expliquer des choses et pour tous les enfants d’âge primaire en gros, on peut déjà complètement expliquer que c’est depuis leur naissance qu’ils ont un petit microbe dans le sang. Alors après les microbes on peut expliquer des choses en fonction des âges, que ce microbe est capable du coup de fragiliser leurs défenses et on peut très bien expliqué par des tas d’images ce que c’est d’avoir des bonnes défenses dans son corps ou pas etc. Donc on a quelque chose de...

Yann : Se faire aider aussi par le service...

Catherine Dollfus : Voilà, avec le service médical qui reprend les choses et qui entourent et après effectivement évolue les choses pour avancer vers, expliquer bah tiens ce microbe dont tu as entendu parler, est-ce que tu sais ce que c’est ? Après il y a un moment effectivement où ce microbe on lui donne un nom et qui s’appelle VIH et que c’est le microbe du virus d’immunodéficience humaine qui est capable de donner le sida mais que justement l’enfant ce n’est pas le sida qu’il a etc. Et ça en gros idéalement quand même c’est bien que l’enfant sache ça entre 8-12 ans. Mais certains enfants vont comprendre très bien, certains enfants à 7 ans et demi et puis d’autres clairement tant qu’ils n’ont pas 11-12 ans, ils ne maitrisent pas aussi le fait d’avoir certaines choses qu’on ne dit pas à n’importe qui et tout ça. Mais il faut vraiment essayer autant que possible que tout ça soit fait avant que l’enfant entre dans la puberté et soit adolescent parce que l’impact et le choc pour lui d’avoir à encaisser tout ce qu’il va avoir à encaisser en tant que processus adolescent avec en plus la découverte de la séropositivité, c’est beaucoup plus explosif pour lui. L’enfant, quand il est à un âge en gros de 6 à 13 ans, il voit bien qu’il prend des médicaments donc il faut qu’il y ait une logique derrière. Si la logique à un sens, elle a un sens. Au fur et à mesure, on reprend ça avec les années qui grandissent et le nom va vouloir dire quelque chose, va représenter quelque chose qui va changer.

Yann : La question qu’on a souvent au Comité et en même temps je pense que les auditeurs et auditrices sont très intéressés, y a-t-il une manière d’annoncer à son enfant sa séropositivité quand l’enfant n’est pas concerné ? On a souvent vu des parents qui attendent et qui ne trouvent plus le bon moment. Parce que soit on rentre dans l’adolescence de l’enfant donc on se dit ce n’est pas le moment. Pour donner mon exemple, je sais que ma fille avait à peu près 4-5 ans, je ne me cachais pas quand je prenais mes médicaments. Donc naturellement elle m’a demandé ce que je prenais, je lui ai dit écoute j’ai une petite maladie du sang donc tant que je prends ça tout va bien. Je crois que lui avoir répondu comme ça elle est passée à autre chose et ça ne l’a pas angoissée dans un mensonge...

Catherine Dollfus : Et c’est le naturel, c’est-à-dire que dès qu’on ne se cache pas, dès qu’il y a un certain nombre de choses qui font partie de la vie et qu’on n’esquive pas, c’est extrêmement rassurant et que l’enfant quand il pose une question qu’on ne dise pas « tiens passe-moi le sel », ça va tout de suite.

Bruno : Ce qui est important aujourd’hui c’est ça, c’est l’image aujourd’hui. Il n’a pas forcément l’image de la mort tout de suite. Donc c’est vrai que moi je prends l’exemple, tant avec l’adolescente que le petit, c’est vrai que le petit c’est lui qui donne les traitements à sa maman. L’image, quand on lui dira, il n’aura pas l’image de quelqu’un de mort. Pareil pour l’adolescente. Quand elle l’a appris, c’est tombé au moment de l’adolescence. Elle était dans 36 000 questions mais en fin de compte, on a parlé deux trois fois et elle avait l’image pas de personnes qui vont mourir demain.

Catherine Dollfus : Juste pour ça, un lien sur la rubrique culturelle, c’est qu’il y a quelqu’un qui a fait un livre qui s’appelle Céleste. C’est l’équipe de Nantes qui a fait un livre justement sur l’annonce de la séropositivité des parents à leurs enfants. C’est un album pour enfant, genre 4-8 ans.

Yann : Il est bien fait, vous l’avez vu ?

Catherine Dollfus : Oui.

Sandra : L’auteur c’est qui ?

Catherine Dollfus : Une psychologue d’équipe de Nantes, le livre s’appelle Céleste, c’est un grand album jaune et il y a en plus à l’intérieur un petit fascicule pour les parents qui leur donne des conseils.

Sandra : La discussion continue sur le site comitedesfamilles.net.

Transcription : Sandra Jean-Pierre