Franck Boccarra : « Ce n’est pas quand on est jeune qu’on a un risque important de faire un infarctus »

, par Sandra

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Franck Boccarra
Franck Boccarra : « Ce n’est pas quand on est jeune qu’on a un risque important de faire un infarctus »

Sandra : J’ai demandé à Franck Boccarra s’il avait constaté une augmentation du nombre de ses patients séropositifs.

Début de l’enregistrement.

Franck Boccarra : Il augmente surtout en prévention primaire. Il y a une prise de conscience non seulement des médecins qui prennent en charge ces patients mais aussi des patients eux-mêmes qui veulent vivre longtemps et vivre bien, sans maladie cardiovasculaire. Donc on a beaucoup de patients qui se présentent pour un avis, pour savoir quoi faire devant une hypertension, un problème de cholestérol où les aider même à se sevrer du tabac. Donc on a une frange de la population qui est consciente du risque qu’ils ont de maladies cardiovasculaires et qui veulent qu’on les prenne en charge. Bien sûr il y a toujours une partie de la population irréductible qui elle, n’en a rien à faire et se dit ça viendra bien un jour puis il faut bien mourir de quelque chose qui est bien sûr terrible. On peut ne pas mourir, on peut avoir des séquelles importantes, souffrir d’un accident cérébral ou d’un infarctus du myocarde, comme l’adage populaire le dit, mieux vaut prévenir que guérir. C’est clair qu’une consultation chez quelqu’un qui a un facteur de risque, qui va durer 20 à 30 minutes, peut permettre de modifier les traitements et essayer d’avoir une approche ou un mode de vie du patient et faire réagir le patient et comprendre le risque que ce patient présente.

Sandra : Est-ce que ce n’est pas aussi parce qu’il y a plus de personnes séropositives qui vieillissent ? Du coup vous voyez un peu plus de personnes séropositives.

Franck Boccarra : Oui, c’est vrai qu’on voit plus de personnes âgées. Et tant mieux parce que les cardiologues travaillent avec des sujets âgés, on travaille peu avec des sujets jeunes. Ce n’est pas quand on est jeune qu’on a un risque important de faire un infarctus. Surtout quand on prend de l’âge. Donc tant mieux, on a de plus en plus de patients de plus de 60 ans séropositifs qui viennent nous voir adressée par leur infectiologue pour prise en charge du risque cardiovasculaire c’est certain. Il ne faut pas oublier qu’on fait nous actuellement dans le service des recherches de jeunes adultes qui ont été infectés par exemple par leur mère lors de la grossesse intra-utérine, lors de l’accouchement. On a une étude actuellement en cours, on regarde le vieillissement cardiaque et le vieillissement métabolique, c’est-à-dire tout ce qui est graisse et diabète, chez des jeunes adultes séropositifs de naissance et on compare ce vieillissement à des sujets jeunes non séropositifs. C’est une étude qu’on appelle COVERTE. Si quelques sujets jeunes non séropositifs nous entendent, je vous donnerai un petit flyer car on a besoin de témoin pour faire cette étude. On a besoin de comparer des jeunes séropositifs à des jeunes séronégatifs et on les suit pendant quelques années en regardant le vieillissement cardiaque et vasculaire ainsi que le vieillissement métabolique. J’en appelle à vous pour que des témoins, peut-être jeunes âgés entre 18 et 25 ans puissent venir nous voir à Saint-Antoine pour avoir cette évaluation cardiaque. En plus ça leur fera un bilan cardiovasculaire et ils aideront la science à comprendre certaines choses en particulier est-ce qu’il existe un vieillissement quand on est infecté depuis la naissance.

Sandra : J’ai 25 ans, donc je peux la faire.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Eh oui, je vais la faire. En plus c’est indemnisé.

Yann : Ah bon !

Tina : Pour des gens séronégatifs.

Sandra : Oui, des gens séronégatifs. Une question pour Julienne et Yann, désolée vous êtes les plus âgés autour de la table, est-ce que votre infectiologue vous parle des maladies cardiovasculaires. Donc toi Julienne je pense que oui puisque...

Julienne : Oui, puisque je suis concernée.

Sandra : Ton infectiologue t’en parle directement, c’est lui qui t’en a parlé ?

Julienne : Oui.

Sandra : Et toi Yann, est-ce que le sujet a déjà été abordé ?

Yann : Non mais ça a été abordé plus « Yann, essayer de perdre un petit peu de poids, ce serait bien pour votre santé générale. » Mais comme je n’ai pas de cholestérol et pas de diabète, pour l’instant ils ne sont pas encore en train de m’alarmer.

Sandra : J’ai demandé à Franck Boccarra s’il avait une bonne relation avec les infectiologues puisque, comment faire pour qu’une personne séropositive se dise je vais aller voir un cardiologue, voilà comment ça se passe à l’hôpital Saint-Antoine.

Début de l’enregistrement.

Franck Boccarra : Oui il y a une très bonne communication parce qu’on travaille depuis presque 15 ans ensemble, donc on travaille main dans la main, on a émis ensemble des arbres comme on dit décisionnels en fonction du nombre du facteur de risque cardiovasculaire, en fonction du niveau du risque du patient, il m’est adressé ou non à ma consultation. Vraiment on travaille ensemble pour comment traiter une hypertension, comment traiter un problème de cholestérol, comment traiter un diabète, ce qui n’est pas habituel chez un infectiologue. Il n’a pas l’habitude de, il n’a pas été formé normalement à traiter une hypertension, un diabète ou un problème de cholestérol. Mais vu qu’on a des échanges scientifiques rigoureux depuis de nombreuses années mais maintenant ils ont appris à prendre en charge différentes pathologies métaboliques et vasculaires pour essayer de réduire le risque d’infarctus du myocarde. Ici en tout cas à Saint-Antoine on a de très bonnes relations.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Daniel pendant que Franck Boccarra parlait tu m’as dit que j’aurai dû te poser la question puisqu’on t’a déjà proposé.

Daniel : Oui alors je n’ai pas de risque cardiovasculaire mais on m’a déjà proposé de faire des examens approfondis auprès d’un cardiologue. D’ailleurs certainement auprès du docteur Boccarra puisque je suis suivi à Saint-Antoine.

Sandra : Et pourtant tu n’as pas, on peut dire quel âge tu as ?

Daniel  : Oui, 35 ans.

Yann : Peut-être que tu es sur un médecin qui veut devancer et qui fait son travail d’une manière très consciente.

Daniel : Oui, espérons.

Sandra : Oui, tout va bien Daniel (rires).

Transcription : Sandra Jean-Pierre