Hépatite B : êtes-vous vacciné ?

, par Sandra

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Hépatite B : êtes-vous vacciné ?

Sandra : L’hépatite B maintenant.

Karine Lacombe : L’hépatite B elle est un virus qui se transmet de la maman à l’enfant. C’est d’ailleurs le mode de transmission le plus important en Afrique subsaharienne ou en Asie. Il se transmet ensuite en Europe principalement par relation sexuelle. Il se transmet aussi évidemment dans tout ce qui est transfusion avant le milieu des années 90 et à l’occasion de certains actes chirurgicaux qui ont pu avoir lieu dans des hôpitaux là aussi au début des années 90. Donc c’est transmission par les sécrétions sexuelles et par le sang. Il y a un risque théorique de transmission par la salive mais il est extrêmement faible, mais très très faible. On en a retrouvé dans la salive donc on se dit pourquoi ça ne se transmettrait pas par la salive. Mais c’est un risque qui est complètement négligeable. Il peut aussi a priori se transmettre par le lait maternel parce qu’on le retrouve dans le lait mais là aussi, on considère que c’est complètement négligeable. Il faut retenir que ça se transmet par le sang et les sécrétions sexuelles. Là aussi il y a un vaccin qui est relativement efficace, qui protège contre l’hépatite B. C’est pour ça que, les personnes qui sont les plus à risque, en particulier les personnes qui vivent avec quelqu’un qui est infecté par l’hépatite B ou les homosexuels, doivent absolument être vaccinées. Et on a maintenant, et le rapport Morlat le souligne bien, des stratégies vaccinales qui sont plus efficaces que celles qu’on avait avant. On double la quantité de solution vaccinale. Surtout on augmente de une le nombre d’injections. C’est 4 injections avec 2 fois plus de solutions vaccinales qu’avant. Ça a une meilleure efficacité quand on est infecté par le VIH.

Sandra : D’ailleurs mon médecin m’a proposé de me faire vacciner contre l’hépatite B.

Karine Lacombe : On a en France une politique de vaccination large des enfants et on essaye de rattraper les adolescents en particulier ceux qui rentrent dans la vie sexuelle active et tout pour éviter qu’ils se fassent infecter. C’est un virus qui est très transmissible donc on s’infecte en général à l’occasion des premiers rapports sexuels quand on n’utilise pas de préservatif bien sûr. Quand on utilise un préservatif c’est comme tout, le préservatif protège de tout, de toutes les IST.

Daniel : C’est une hépatite chronique c’est ça ?

Karine Lacombe : Quand on est infecté par le VIH on a un risque plus important que l’hépatite devienne chronique. Une fois qu’elle devient chronique, c’est une maladie qui évolue de façon silencieuse sur plusieurs dizaines d’années mais qui à terme, et ce que Julienne disait, quand on est en Afrique, quand on vit en Afrique et qu’on n’a pas accès au dépistage, souvent on arrive à l’hôpital avec déjà des manifestations de l’hépatite. Quand on a ces manifestations il est déjà trop tard parce que l’hépatite sera au stade de cirrhose. On a le ventre qui grossit, les yeux jaunes, on est très fatigué, etc. Donc on est déjà au stade de cirrhose. Il est très important de se faire dépister avant. C’est pour ça que le dépistage de l’hépatite B fait partie du bilan initial de prise en charge des personnes qui sont infectées par le VIH.

Sandra : Julienne tu as l’air de bien connaître les signes des hépatites. Tu as déjà vu des personnes qui souffraient d’hépatites ?

Julienne : Oui.

Karine Lacombe : C’est très commun. En Afrique c’est 10 à 15% de la population qui est porteuse d’une hépatite chronique, indépendamment du VIH. 10 à 15% c’est beaucoup. En France la prévalence est aux alentours de 0,7 % en population générale.

Sandra : Ça n’a rien à voir.

Karine Lacombe : Quand on est infecté par le VIH, c’est 10 fois plus important. 7%. Donc on voit bien qu’il y a un lien quand même entre les deux virus parce que les voies de transmission sont très proches. En Afrique, il n’y a pas de différence entre les personnes infectées par le VIH et les personnes non infectées. En fait, on s’infecte par l’hépatite B par la maman ou dans la toute petite enfance. Donc il n’y a pas de lien avec la contamination par le VIH. Donc en gros 10 à 15% des personnes non-VIH sont infectées.

Sandra : L’hépatite B c’est votre spécialité.

Karine Lacombe : Oui, c’est vrai que je travaille sur la co-infection VIH hépatite B.

Sandra : Donc nous allons profiter de votre expérience. Si vous avez d’autres éléments à rajouter, allez-y.

Karine Lacombe : Oui alors j’insiste beaucoup sur le dépistage de toutes les personnes infectées par le VIH. Ça fait partie du bilan de prise en charge et puis celles qui ne sont pas infectées par l’hépatite B, qui n’ont pas non plus d’hépatite guérie, il faut absolument qu’elles soient vaccinées. Et dans le rapport Morlat, on a les nouvelles recommandations de vaccination. On augmente le nombre de doses et on augmente la quantité de solutions vaccinale par doses. Ensuite quand on est porteur d’une hépatite B avec le VIH, il va être très important d’évaluer l’intensité de la maladie hépatique. On ne va pas prendre en charge de façon identique quelqu’un qui a déjà une cirrhose que quelqu’un qui a juste le virus avec éventuellement un peu de fibrose. La fibrose hépatique c’est un peu la cicatrice du foie quand il est attaqué par le virus. Plus il va être attaqué, plus il va développer de tissus cicatriciels et petit à petit le foie ne fonctionnera plus et ça va être la cirrhose. Donc évidemment, il faut qu’on dépiste avant et surtout qu’on prenne en charge avant la cirrhose. Quand on a la cirrhose, on est à risque de mourir d’un cancer du foie ou de mourir de décompensation de la cirrhose. Là, le foie ne fonctionne plus quand c’est un organe vital, on ne peut plus vivre quand le foie ne fonctionne plus. La chance qu’on a avec l’hépatite B, c’est qu’on a des traitements qui traitent et le VIH et l’hépatite B en même temps par comprimés. Donc important de se faire dépister parce qu’à ce moment-là le médecin choisira des médicaments qui vont traiter et le VIH et l’hépatite B. Donc on n’aura pas plus de médicaments mais on aura des médicaments qui pourront traiter les deux. Et en plus on a maintenant des médicaments qui traitent très bien l’hépatite B. Quand on prend bien son traitement, dans quasi 100% des cas, on a une hépatite B qui est contrôlée et le VIH qui est contrôlé.

Sandra : Et si jamais le foie est beaucoup trop malade et qu’il faut penser à faire une transplantation du foie. Je parle pour l’hépatite B, est-ce que si on fait une transplantation, on est guéri de l’hépatite B ou est-ce qu’il y a encore du virus dans le sang ?

Karine Lacombe : Non alors justement, la chance entre guillemets qu’on a quand on est obligé d’être transplanté à cause d’une hépatite B c’est que, la transplantation va permettre de guérir on va dire de l’hépatite B. Evidemment, on n’arrêtera pas les traitements de l’hépatite B et on aura dans les mois qui suivent la transplantation, des transfusions d’anticorps anti hépatite B. Mais la survie après la transplantation est très bonne. Dans des séries françaises et américaines récentes il y a 100% de survie à 3 ans de transplantation. Le pronostic est très bon une fois qu’on est transplanté.

Sandra : Contrairement je crois à l’hépatite C.

Karine Lacombe : Oui, on en parlera tout à l’heure. C’est malheureusement un peu différent.

Sandra : Des commentaires sur l’hépatite B ?

Daniel : Ça se soigne bien ?

Karine Lacombe : Ça se soigne très bien. C’est pour ça que j’insiste beaucoup sur le dépistage. Sur la vaccination évidemment mais aussi sur le dépistage parce que l’hépatite B peut être très bien prise en charge avec les médicaments actuels. Peut-être un petit mot encore sur le traitement, il y a un autre médicament qui peut traiter l’hépatite B qui s’appelle l’interféron, qu’on utilise pas mal chez les personnes qui n’ont que l’hépatite B et pas le VIH. Mais chez les personnes qui ont les deux virus, l’interféron ne marche pas.

Sandra : L’interféron c’est pour l’hépatite C.

Karine Lacombe : C’est pour l’hépatite B. Ca marche aussi sur l’hépatite B. Le même interféron qui est utilisé pour l’hépatite C. Il a aussi une indication pour l’hépatite B. Quand on est infecté par le VIH, on ne l’utilise pas. En fait la raison c’est que l’interféron, ce n’est pas un médicament contre un virus. C’est un médicament qui va faire bouger les défenses immunitaires. Ce qu’on appelle un immunomodulateur. Le problème avec le VIH c’est qu’on a des défenses immunitaires qui sont diminuées. Le virus va grignoter nos défenses immunitaires petit à petit. Donc comme on en a pas beaucoup en fait l’interféron ne marche pas parce qu’il n’arrive pas à exciter les défenses immunitaires parce qu’il y en a pas beaucoup. Donc c’est probablement pour ça quand on est infecté par le VIH l’interféron ne marche pas très bien. Donc on utilise des médicaments, des comprimés qui traitent et le VIH et l’hépatite B et qui marchent très bien.

Transcription : Sandra Jean-Pierre