Marre de se perdre dans les hôpitaux !

, par Sandra

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Exemple de l’enfer de la signalétique hospitalière
Source de l’image : http://verbeathym.blogspot.fr/2013/11/apres-plus-dun-dattente-marisol.html#gpluscomments
Marre de se perdre dans les hôpitaux !

Sandra  : Coup de gueule d’un médecin d’origine franco-suédoise. Il s’agit d’Eric Chapeau Aslund. Il a choisi d’exercer la médecine différemment notamment en s’impliquant dans la communication scientifique et médicale dans le respect de l’éthique et des valeurs humaines. Il est passionné par les nouvelles technologies et par le concept de santé durable. Il est auteur de l’essai Communication Sida, paru en 1994 et a participé à la réalisation d’ouvrages sur la santé, l’environnement et à la rédaction d’articles de presse et de reportages. Voilà pour ceux qui ne connaissaient pas Eric Chapeau Aslund. Dernièrement il a écrit une lettre à Marisol Touraine, qui est titrée ainsi. Marisol à l’hôpital je perds la boussole. Un petit jeu de mots. Je vais vous lire sa lettre, il a écrit une longue lettre, je ne vais pas tout lire mais vous pouvez la voir sur son blog d’expression libre qui s’appelle Verbe à thym.blogspot.fr Je commence à lire la lettre :

« Madame la ministre,

Il y a une question qui me préoccupe depuis très longtemps. C’est un problème qui participe à la maltraitance ordinaire non seulement des patients et de leurs proches mais aussi des équipes soignantes et de toutes celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, doivent entrer dans un centre hospitalier, une clinique ou un quelconque centre de soins ou de convalescence.

Vous aurez sans doute compris que je veux parler de la signalisation (et de la signalétique) dans les établissements médico-sociaux ou dans les centres d’examens complémentaires.

Je me suis perdu à l’Hôpital européen Georges Pompidou, je me suis perdu au CHR d’Orléans, je me suis perdu à l’Hôpital de la Timone etc.

Bref ! Je me suis perdu, car tout est mal indiqué et même avec le plan parfois délivré par le bureau d’accueil ou de renseignement de l’établissement, comme à Georges Pompidou ou à la Salpêtrière, JE ME SUIS QUAND MÊME PERDU !

Enfant, j’étais toujours vainqueur des courses d’orientation les plus ardues, en ville ou en forêt. Adulte, je sais rapidement me repérer dans toutes les grandes villes du monde que j’ai visitées. MAIS JE ME PERDS DANS LES HÔPITAUX FRANÇAIS.

Il y a bien longtemps, lorsque j’étais étudiant en médecine au CHU de Tours, nous étions sollicités du matin au soir, dans la salle des infirmières, dans les couloirs, à l’extérieur des bâtiments et parfois même dans la chambre des malades, par des visiteurs égarés. Comme il était souvent très compliqué d’expliquer le bon chemin, il nous paraissait plus simple et surtout plus élégant d’accompagner les visiteurs et de les guider dans le dédale hospitalier, parfois jusqu’au but.

Plus de trente ans après, je constate que rien n’a changé. On se perd toujours aussi facilement, même dans les hôpitaux les plus modernes, même avec les plans fournis.

N’a-t-on jamais mesuré la panique et l’énervement des visiteurs. N’a-t-on jamais mesuré l’exaspération des professionnels qui sont hélés des dizaines de fois chaque jour par des personnes égarées et qui doivent interrompre leurs tâches. N’a-t-on jamais mesuré le temps perdu à leur expliquer le bon chemin ou bien à les accompagner.

Tout ceci participe à l’épuisement des professionnels. Tout ceci aggrave l’inquiétude des patients, augmente le désarroi des proches et agace tous les visiteurs en donnant l’impression de pénétrer dans une vaste « pétaudière » que personne ne contrôle plus.

Pourtant des solutions existent.

En 1983, invité à visiter un hôpital suédois au sud de Stockholm je remarquais de multiples rubans de couleurs parcourant les couloirs dudit établissement. Le médecin suédois qui organisait la visite m’expliqua alors que chaque ligne de couleur correspondait à un service ou à une unité de soins ou de consultation. Il m’expliqua aussi que depuis la mise en place de ce système très peu couteux, la très grande majorité des visiteurs ne se perdait plus et que l’on pouvait répartir et canaliser les flux de visiteurs de façon à ne pas perturber ni ralentir le fonctionnement de la structure.

Quelques semaines plus tard, rencontrant le directeur du Centre hospitalier universitaire de Tours ,je lui relatais en long et en large l’expérience suédoise que j’avais observée. Après m’avoir longuement écouté, le directeur me répondit que la Suède n’était pas la France, que nous avions d’autres méthodes et termina sur une allusion au fait que tout n’était pas si rose en Suède puisque le nombre de suicides y était plus important qu’en France. Tout cela pour expliquer qu’il y a en France une résistance au changement et que toute amélioration du système, même non coûteuse, et qui de plus économise du temps, de l’énergie et donc de l’argent à tout le système, est impossible.

Serez-vous la Ministre des hôpitaux ou des centres de soins ou d’examens où l’on ne se perd plus ?

Je vous propose de travailler avec vous et avec vos services pour faire du futur hôpital d’Orléans un modèle en terme de signalisation.

À bon entendeur !

Je vous prie d’accepter, Madame la Ministre, l’expression de ma respectueuse et dévouée considération. »

Voilà. Alors Daniel, toi, tu vas régulièrement à l’hôpital ou pas ?

Daniel : Oui.

Sandra : Est-ce que tu te perds ?

Daniel : Non.

Sandra : As-tu visité plusieurs hôpitaux ?

Daniel : Plusieurs hôpitaux et je pense que je dois être doué pour les jeux d’orientation (rires).

Sandra : Quels hôpitaux as-tu pu voir au cours de ta vie pour une consultation ?

Daniel  : Pour une consultation, à Saint-Antoine par exemple. Ça va, on nous délivre un plan à l’accueil et il est assez fidèle, donc il n’y a pas de problème.

Sandra : Donc pour toi Eric Chapeau Aslund exagère ?

Daniel : Peut-être.

Sandra : Ou alors il n’est pas doué ?

Daniel  : Voilà (rires).

Sandra : Julienne, toi, est-ce que tu te perds dans les hôpitaux ?

Julienne : Oui.

Sandra : Ah, dis-nous tout, qu’est-ce qui se passe quand tu vas à l’hôpital régulièrement ?

Julienne : Je ne suis pas habituée mais là où je me fais traiter, je ne perds pas. Mais quand on m’envoie à la Salpêtrière je ne sais même pas là où je vais, je me perds tantôt en haut, tantôt en bas. Je ne sais plus où aller.

Sandra : Même avec le plan ?

Julienne : Le plan ? Il y a une différence entre nous et vous. Vous, vous êtes déjà habitués au plan, vous voyez les flèches. Nous, ça se perd même dans la tête. On te dit là-bas, arrivé à un certain moment, tu regardes et ! Ce n’est pas plus là-bas, tu rentres derrière. C’est-à-dire ça tourne.

Sandra : Alors es-tu d’accord avec le médecin qui vient de râler ?

Julienne : Pour nous les étrangers c’est difficile.

Sandra : Et vous, vous en pensez quoi qui travaillez dans un hôpital, est-ce que vous vous perdez régulièrement ? (Rires)

Karine Lacombe : Je suis assez bien placée pour savoir que c’est un problème qui est récurrent parce que pendant longtemps j’ai eu un bureau qui est à côté de la porte d’entrée d’un bâtiment. Donc régulièrement on me prenait pour le concierge et donc j’étais dérangée au moins 5, 6 fois par jour par des patients avec leur plan, qui cherchaient, qui tapaient à ma porte sur laquelle était bien écrit médecin mais on me prenait vraiment pour la concierge ou la standardiste. Oui, je pense que c’est vrai. C’est vrai qu’à l’APHP, j’ai vu que ça avait été aussi le cas dans plusieurs hôpitaux de province où les directions ont essayé de mettre en place un système à base de numéros de porte et de couleurs bâtiment. Donc ça me fait résonance avec ce que vous venez de dire par rapport à ce médecin suédois qui dit que certains bâtiments ont des files de couleur. Maintenant, dans les hôpitaux, au moins pour l’APHP, tous les bâtiments sont répartis par groupe de couleurs et non de bâtiments. Donc pour s’y retrouver il faut savoir le nom du service évidemment, le nom du bâtiment, la couleur et la porte. Et à partir de ça, vous avez les 4 clefs pour vous retrouver dans les hôpitaux de l’APHP. Mais j’avoue, Daniel parlait de Saint-Antoine, c’est vrai que l’hôpital Saint-Antoine est un petit hôpital donc c’est plus facile je pense de s’y retrouver. Mais quand on va à la Pitié-Salpêtrière par exemple où je vous rappelle que les internes qui se déplacent entre les bâtiments la nuit se déplacent en vélo, donc c’est pour montrer la taille de l’hôpital, effectivement c’est difficile de s’y retrouver. Et c’est vrai que j’ai entendu dire que l’hôpital européen George Pompidou qui est quand même l’hôpital le plus moderne que l’on ait à Paris, en tout cas le plus récemment construit, tout le monde se plaint de se perdre dans les couloirs de cet hôpital.

Sandra : C’est un réel problème.

Karine Lacombe : Je pense qu’effectivement que c’est un problème d’autant plus qu’il y a beaucoup d’hôpitaux dont la porte d’entrée principale, change. Ça a été le cas récemment à Saint-Antoine. Donc là aussi c’est compliqué. Et moi l’expérience que j’ai des hôpitaux parisiens c’est que parfois j’ai dû mal à trouver l’entrée principale.

Sandra : Moi, je me rends régulièrement pour rencontrer des médecins qui ne peuvent pas venir à l’émission et puis je fais les interviews donc sur leur lieu de travail et ça m’est arrivé d’être en retard parce que tout simplement je me suis perdue. Donc c’est vrai que ce n’est pas évident. Marisol Touraine, si vous nous entendez, faites quelque chose, on n’en peut plus de se perdre. À part Daniel qui est un expert alors, à chaque fois je vais y aller avec toi du coup. N’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra Jean-Pierre