Carole raconte le jour où son médecin lui a annoncé sa séropositivité

, par Sandra

Carole raconte le jour où son médecin lui a annoncé sa séropositivité

Carole : Je suis volontaire à AIDES justement c’est à l’issue de l’association AMVIE qui a fusionné, ça fait 2 ans. Là, j’espérais continuer mon projet, ce qui veut dire mettre en place l’atelier “femme VIH” et qui a des difficultés à se mettre en place.

Valérie : Mais on espère toujours quand même. On espère au sein d’AIDES que ce programme voit le jour parce que pour le moment au sein du département il n’y a pas de programme vraiment ciblé au niveau des femmes concernées. Nous aussi on aimerait qu’elles aussi veuillent bien participer et nous donner des idées et qu’elles participent aussi à la mise en oeuvre de ce programme. Mais c’est vrai que ce n’est pas évident.

Sandra : Avant de voir pourquoi ce n’est pas évident de mettre en place ce que vous voulez faire, on va revenir sur l’association AMVIE.

Carole : Elle a été créée depuis le 1er décembre 2004, c’est ça ?

Valérie : Oui.

Carole : 1er décembre 2004. Je suis rentrée à l’association du fait que c’était que des personnes séropositives qui faisaient des actions pour des personnes séropositives. Donc je me sentais utile.

Sandra : Pourquoi tu te sentais utile ? Pourquoi tu aimais bien venir ?

Carole : C’est du fait qu’on avait entre autres la même vision des choses, ce qui veut dire qu’on a la même pathologie, on discutait de tout et de rien. S’il y avait des problèmes personnels, ils avaient tendance à parler plus aux personnes séropositives que des personnes ailleurs, même de la famille. On se sentait utile.

Sandra : Comment as-tu connu l’association AMVIE ?

Carole : Vraiment banalement, c’était dans la rue et puis c’est du monde qui m’avait vue dans le service au CHU, ils m’ont vue au centre-ville et ils m’ont proposé pour venir visiter l’association. J’étais en compagnie de ma soeur et elle m’a devancée en plus. Elle a été à l’association avant moi et puis voilà quoi, c’est parti de là.

Sandra : Te souviens-tu du jour où tu as appris ta séropositivité ?

Carole : Le jour ? Non, pas vraiment. Mais la période c’était au moment où on faisait la prise de sang pour, comment on appelle ça ?

Sandra : Pour faire un bilan ?

Carole : Non, c’est pour savoir si on est enceinte ou pas. J’ai oublié le nom.

Valérie : Un test de grossesse ?

Carole : Non, non, il y a un nom.

Valérie : Pour savoir le nombre de…

Carole : Oui voilà. Et c’est à ce moment-là qu’ils ont vu que j’étais séropositive. Mais le médecin ne m’a pas dit tout de suite. Il m’a envoyée au CHU, dans le service. Le médecin traitant m’a juste dit qu’il y a juste un petit microbe dans le sang donc pour avoir plus de renseignements, de monter au service.

Sandra : C’était en quelle année ?

Carole : C’était en 1996. Et voilà, je suis allée dans le service. Ils ont refait la prise de sang. Tout de suite après, je crois 2h après, ils sont venus me dire que je suis séropositive. Ils ont dit directement, ils ne sont pas passés par 4 chemins.

Sandra : Savais-tu de quoi il s’agissait ?

Carole : Pas du tout. Moi j’ai laissé le médecin parler (rires). J’ai laissé parler le médecin puis voilà quoi. J’ai dit s’il est en train de parler c’est que c’est peut-être urgent ou je ne sais pas trop quoi. Je n’avais pas trop envie d’entendre quoi que ce soit. Même s’il donnait des explications vis-à-vis du VIH et tout ça. Vu aussi que la façon qu’il parlait, qu’il discutait, c’était des mots de médecins et tout ce qui s’ensuit. Moi je n’ai pas besoin de savoir ça.

Sandra : Qu’est-ce que tu avais besoin de savoir ?

Carole : Avoir des explications oui mais, avec nos mots à nous.

Valérie : Des mots simples.

Carole : Pas des HTC, des je ne sais pas trop quoi (rires).

Sandra : Que s’est-il passé ensuite ? Après ce premier entretien ?

Carole : Je n’ai pas attendu jusqu’à la fin, je me suis levée, je suis partie.

Sandra : Ah bon ? Le médecin n’avait pas fini les explications tu es partie.

Carole : Je suis partie et j’étais avec justement mon compagnon, ce qui veut dire le père de mon fils. Lui aussi n’a rien compris. Il n’a absolument rien compris de ce qu’il expliquait. C’est le lendemain que je me suis dit bon, je vais peut-être aller voir mon médecin traitant, pas retourner à l’hôpital. Il m’a expliqué un petit peu ce qui se passe. Mais même là, je n’avais pas vraiment compris. J’ai dit peut-être c’est quelque chose d’urgent et il faut que je sois sous traitement par rapport à mon fils, par rapport à mon bébé tout ça. C’est un autre médecin qui m’a expliqué vraiment la situation. C’est justement ce médecin qui sortait de France qui m’a expliqué un petit peu la situation et c’est de là que j’ai pris la décision de me mettre sous traitement. Je l’ai pris un petit peu en terme de banalité. C’était plus par rapport à mon bébé. Si c’était pour dire ah oui je suis malade, je suis ceci et puis voilà, je ne vais pas tarder à mourir et tout ça… j’ai pensé plus à mon bébé. La force c’était mon bébé. Même mon compagnon qui était à côté, je l’avais complètement oublié (rires).

Sandra  : Comment ça oublié ?

Carole : Vraiment complètement oublié. Le truc c’est que, quand on envoie quelqu’un à l’hôpital, c’est pour quelque chose. Moi je me suis dit ça, c’est pour quelque chose, c’est quelque chose de grave ou soit… me mettre sous traitement ou me faire suivre par quelqu’un d’autre, je ne sais pas trop quoi. Mais si c’est pour aller à l’hôpital, c’est pour quelque chose de grave. Mais je n’ai pas vraiment réalisé la situation du coup j’ai juste mis en tête c’est mon bébé.

Sandra : Vous avez pris la décision de vous protéger ?

Carole : Non, il n’a pas voulu.

Sandra : Pourquoi ?

Carole : Je ne sais pas.

Transcription : Sandra Jean-Pierre