« Les séropositifs sont considérés comme des pestiférés »

, par Sandra

« Les séropositifs sont considérés comme des pestiférés »

Sandra : Comment parle-t-on du VIH en Martinique ?

Carole : C’est toujours sujet tabou. On n’arrive pas vraiment à discuter. Depuis après, c’était une interview ou quoi ? Un reportage ! Où il y a eu Gerald Guerdat qui s’est présenté en tant que personne séropositive, mais comme c’est la Martinique et il n’est pas sur le territoire, tu vois. On en a entendu parler oui mais voilà.

Sandra : C’est qui ?

Carole : Il fait partie de AIDES [1]. Il était là juste pour mettre en place certaines choses quand on a fait la fusion. Il s’est présenté en tant que personne séropositive, à la radio, à la télé, tout ça. Mais vu qu’il n’est pas sur le territoire pour moi c’est vraiment de passage quoi. Même malgré ça, en Martinique, ce n’est pas bien vu.

Sandra : Mais pourquoi ? Qu’est-ce que les gens pensent ?

Carole : Ah mais c’est comme si c’était des pestiférés, ils ont la peste, ils ont ceci, ils ont cela. A chaque fois on leur fait savoir. Les personnes qui ont le cancer sont pires que nous. Moi je ne vois pas l’utilité de fuir quelqu’un de séropositif. La plupart du temps on est là en train de discuter de tout et de rien, mais quand on parle de la séropositivité il ne faut pas en parler, il ne faut pas ceci, cela. Ça ne les intéresse pas.

Valérie : Ca dépend de l’accueil qu’ils ont au départ. Parfois ça se passe très bien quand on en parle puisqu’ils me posent des questions mais il y en a d’autres, ça ne les concerne pas du tout. Ils disent pour eux ils se préservent, ils mettent leurs préservatifs, ils ont d’autres moyens de contraception. Donc ça ne les intéresse pas du tout quoi. Ils ne veulent même pas savoir, même pas en entendre parler ou bien ils ont encore l’image qu’on donnait au départ. C’est-à-dire qu’il ne faut pas boire dans un verre etc. Ils sont toujours sur, comment on appelle ça encore ? C’est-à-dire tout ce qu’on avait déjà dit au départ. On ne savait pas encore comment ça se transmettait. Donc ils ont toujours cette image. Même si on vient à leur dire non, ce n’est pas ça, ça reste toujours.

Sandra : Il n’y a pas assez de prévention en Martinique ? Pourquoi les personnes ont toujours cette image ?

Valérie : Je pense que c’est la mentalité en fin de compte. Ça n’a rien à voir avec tout ce qu’on parle comme prévention. On a quand même deux associations. C’est vrai qu’on n’en parle pas peut-être assez mais ils ont quand même des documents, ils ont quand même la possibilité d’aller vers des associations, même dans les dispensaires ou autres pour en parler, pour en discuter et même discuter avec des personnes qui sont concernées mais quand la personne ne veut pas, elle ne veut pas.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Notes

[1AIDES est une association de lutte contre le sida