Quand AIDES débarque en Martinique...

, par Sandra

Quand AIDES débarque en Martinique...

Sandra : Parlons de la fusion entre AMVIE [1] et AIDES [2]. Comment ça s’est passé ? Comment ça s’est décidé ? Pourquoi AIDES a réussi à faire disparaitre l’association AMVIE ?

Valérie : Ma soeur était souvent au bureau. Moi j’étais souvent à l’extérieur du bureau. Ce que j’ai eu en retour c’est à savoir que quand même il y avait des problèmes de personnes. Ça n’a rien à voir avec l’association. C’est un problème de personnes. C’est-à-dire qu’il y a des personnes qui étaient prêtes à travailler et d’autres pas. Toutes les personnes qui étaient prêtes à travailler avaient des problèmes personnels. Les problèmes personnels prenaient le dessus sur le travail du bureau et à un moment on ne se comprenait plus. Donc après il y en a beaucoup qui sont partis et ce qui fait qu’après on était très minime au sein de la structure. Après mettre en place des actions pour qui ? Et comment ? Donc à un moment donné, le président était perdu, il travaillait pratiquement seul. Bien sûr il y avait qu’un petit noyau. Il y avait ma soeur, plus un autre collègue et le président qui étaient constamment au bureau. Il y a une autre qui venait de temps en temps. À partir de là quand on m’a parlé de la fusion, c’est-à-dire que le président a vu avec le président d’AIDES pour voir dans quelle mesure il pouvait fusionner au lieu de fermer l’association. C’était plus préférable pour nous qu’il fusionne de manière à ce que l’association continue à persévérer.

Carole : En ce qui me concerne, je n’ai pas vraiment grand-chose à dire. Seulement que je ne me retrouve pas du tout par rapport aux 2 associations. À AMVIE on faisait des actions, on était sur pas mal de choses avec les personnes concernées. On allait chez elles, on allait à l’hôpital, de part et d’autre, leur rendre visite et tout. Mais à AIDES ce n’est pas pareil. Disons c’est 2 politiques différentes. La politique d’AIDES et celle d’AMVIE ce n’est pas du tout pareil. Moi, je ne me retrouve pas du tout.

Sandra : Il n’y a plus rien de AMVIE vraiment ?

Carole : Presque pas.

Valérie : Je dirai comme ma soeur. 2 politiques différentes. C’est-à-dire il y a la politique avec AMVIE, c’était quand même le regroupement des familles et quand il y avait un parent ou même un jeune qui ne comprenait pas sa séropositivité, nous, étions là quand même pour l’aider, pour mieux accepter si on peut dire accepter son état. Mais c’est vrai qu’à AIDES on a aussi ce volet-là mais ce n’est pas aussi appuyé, aussi voyant puisque c’est vraiment très vague. On ne le fait pas pour dire très visible puisqu’à AIDES c’est plus que la mise en place des, comment dire ça, l’association AIDES on est plus sur…

Sandra : Les priorités d’AIDES ?

Valérie : Les priorités en quelque sorte.

Sandra : Quelles sont les priorités d’AIDES ?

Valérie : C’est les difficultés que rencontrent en général… Comme prenons l’exemple, en ce moment il y a le mariage pour tous. Donc en fin de compte c’est la mise en place des…

Carole : Plaidoyers.

Valérie : Plaidoyers voilà. Nous sommes plus sur les plaidoyers. Donc voir là où se trouvent les difficultés et voir dans quelle mesure on monte au pouvoir public pour pouvoir mettre en place des programmes, des actions. Je ne dirai pas des lois mais des règlements. Ça dépend en fin de compte du problème. Voir dans quelle mesure monter au pouvoir public pour que ça se mette en place.

Sandra : C’est quoi le rapport entre le mariage pour tous et l’association ?

Valérie : Non, il n’y a pas de lien puisque, ça rentre dans la politique de AIDES pourquoi, parce que, dans les milieux gays il y a des personnes aussi séropositives. Ils ont des droits. AIDES faisait partie des associations, à part AIDES il y en a d’autres aussi, qui ont lutté pour ce droit. Donc par rapport à cela, AIDES est partisan de ceux qui ont lutté pour le droit du mariage pour tous. Ça rentre aussi dans le domaine. Quelqu’un qui est séropositif en tant que homosexuel, il est déjà mal vu en tant que gay et maintenant en tant que séropositif, c’est 2 fois plus de problématiques. Moi je ne suis pas ni pour ni contre. Moi je suis pour le droit de chacun. Chacun est libre de vivre leur vie comme il l’entend. Si ça leur permet en quelque sorte de pouvoir améliorer leur situation de vie, ce n’est pas plus mal qu’autre chose. Mais si ça permet aussi que les personnes séropositives en tant que gay de pouvoir supporter leur sérologie, pourquoi pas. Mais c’est plus dans ce cadre-là en fin de compte que AIDES est monté en créneau pour pouvoir mettre en place le mariage pour tous. Là je parle de ma vision des choses par rapport à ce qu’on a pu discuter avec des personnes gays, des personnes séropositives et qui sont aussi des gays, par rapport à ce qu’ils m’ont dit, par rapport à ce que j’ai eu comme retour, c’est ce qui ressortait par rapport à ceux qui luttaient pour le mariage pour tous.

Sandra : Est-ce que le mariage pour tous n’a pas un peu empiété sur tous les autres projets que vous aviez pour l’association ?

Carole : Je dirai non pas vraiment. S’il y avait beaucoup plus de volontaires, beaucoup plus de bénévoles, parce qu’en ce temps-là c’était des bénévoles, des militants. S’il y avait beaucoup plus de militants, les actions allaient toujours continuer. Mais vu la fusion et il n’y a pas que moi qui ne s’y est pas retrouvé du tout vis-à-vis d’AIDES et AMVIE, pas mal de personnes sont parties.

Sandra : Mais pourquoi être parti plutôt que de lutter pour permettre que certaines activités de AMVIE puissent tenir le choc ?

Carole : C’était des personnes qui étaient mal, qui cherchaient à se retrouver vis-à-vis de l’association. Quand on faisait les actions extérieures, les sorties kayak, plage, etc, on se retrouvait mais quand il y a quelqu’un qui a des problèmes, on discutait entre nous. En ce qui concerne AIDES, ce n’est pas pareil. Quand on a commencé à faire des sorties avec eux, c’est un blocage total.

Sandra : Et pourquoi ? Quel blocage y a-t-il ?

Carole : Est-ce que c’est par rapport à la vision des choses au niveau d’AIDES, parce qu’on dit à tout moment que AIDES c’est une association de “PD”. Est-ce que c’est par rapport à ça ? Je ne sais pas. Est-ce que c’est par rapport à eux-mêmes, ce qui veut dire qu’ils ne se retrouvent pas du tout au sein de l’association, je ne sais pas non plus.

Valérie : Il y a des actions qui ne rentraient pas dans la politique d’AIDES c’est clair. Ça ne rentrait pas du tout dedans. Quand on dit ça ne rentre pas dans le programme, ça peut être pour d’autres associations qui n’ont pas, bien sûr qui sont pour la lutte, mais c’est une association de plaidoyers. Donc on va plus relever les problèmes qui existent et voir dans quelle mesure faire monter en créneau les difficultés et faire les actions qui reviennent à des publics cibles. Les publics cibles c’est les usagers de crack, les prostituées et encore pour les gays. Donc c’est vraiment pour des publics cibles. Donc ça n’a rien à voir avec toute la population. Il y a toute la population sur un volet mais ça ne rentre plus sur des publics cibles alors qu’à AMVIE, c’était tout public, il n’y avait pas de public cible. Donc je pense que c’est au niveau de la politique en elle-même. Les gens ne se retrouvaient plus parce qu’il n’y avait pas le regroupement famille comme on faisait à AMVIE et ça, ça n’existe pas vraiment à AIDES, ça peut exister mais faut vraiment que ce soit les personnes concernées et leurs familles qui viennent mettre leur véto en fin de compte. Et ça, ils ne le font pas. Quand AIDES est rentré sur le département, il faut bien dire que sur chaque département, on a des problématiques différentes. Ça n’a rien à voir. Ce sont des pathologies identiques mais qui sont vues différemment sur différents départements. Et ici il y a quand même une vision des choses différentes. Bien sûr quand AIDES rentre en Martinique, ils rentrent avec leurs bagages mais il faut bien dire qu’ils rentrent sur un département. Mais nous en tant que Martiniquais on doit pouvoir aussi dire voilà et nous, on sait ce qu’on a besoin, on sait ce qu’on veut. Mais si la population, même s’il y a 2 ou 3 personnes qui sont prêtes à vouloir monter en créneau et pouvoir mettre en place certaines choses, si les personnes même, je dis bien les personnes, il n’y a pas que les membres volontaires qui sont déjà validés, qui font partie de l’association qui doivent mettre leur véto. Il y a aussi la population qui doit se dire qu’ils ont besoin de ça, ils ont besoin de quelque chose de bien particulier. Les personnes concernées aussi doivent aussi se mettre là parce que c’est une association de santé communautaire aussi, surtout. Donc il faut aussi qu’eux s’impliquent. Mais ce n’est pas évident qu’ils s’impliquent. Ils ont déjà du mal à accepter leur sérologie et pour voir après s’impliquer et mettre leurs actions et dire vraiment voilà c’est ce qu’on a besoin. Si on n’a pas ce retour-là, c’est vrai que ce n’est pas évident non plus. À AMVIE on avait aussi ce problème. Il fallait les chercher, il fallait vraiment les inciter à pouvoir participer. Parfois on mettait des affiches, c’était toujours les mêmes personnes qu’on voyait et jamais d’autres. Donc c’est vrai que ce n’est pas aussi évident. Donc il faut qu’eux aussi soient là et disent on a besoin de ça et aussi qu’ils s’impliquent. Et là pour le moment on n’a pas vraiment ce retour. Il y en a oui qui sont prêts mais d’autres qui sont très cachés.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Notes

[1Association Martinique Vivre Ensemble

[2AIDES est une association de lutte contre le sida