Gustave, séropositif : « Impossible de retourner m’installer au Burkina Faso à cause du suivi médical »

, par Sandra

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Gustave, séropositif : « Impossible de retourner m’installer au Burkina Faso à cause du suivi médical »

Sandra : De retour à l’émission Vivre avec le VIH, vous êtes avec André, Christian, Mohamed et moi-même Sandra. Maintenant je vous propose d’écouter le témoignage de Gustave. Lui, il a l’a fait face à des lycéens du lycée des métiers, à Enghien-les-Bains. Ils étaient à peu près peut-être une quarantaine d’élèves. Je vous propose d’écouter son témoignage et puis on en discute après.

Début de l’enregistrement.

Gustave : Bonjour, je suis Gustave. Je suis originaire du Burkina Faso, ces derniers temps vous en avez entendu parlé avec la visite du président Macron. Je suis né au Burkina, j’ai grandi au Burkina. J’ai travaillé 25 ans au Burkina avant de venir en France et pendant ma vie au Burkina Faso, il m’est arrivé d’accompagner une de mes petites soeurs qui était séropositive. Elle vivant en campagne avec son mari et puis elle est tombée en phase de sida. Il faut dire qu’il y a une différence entre la séropositivité et puis la phase de sida. La phase de sida, c’est quand vous êtes atteint vraiment de maladies opportunistes qui vous couchent etc. Donc elle est venue chez moi en ville, en vue de l’accompagner, j’ai cherché dans ma ville, c’est la deuxième ville, ce n’était pas la capitale, la deuxième ville du Burkina Faso, qui s’appelle Bobo-Dioulasso. Et j’ai trouvé une association de personnes vivant avec le VIH, une association qui accompagne. C’est ainsi que je l’ai amenée dans cette association. Je me suis affilié à l’association. On partait aux réunions, etc.

Un jour, nous étions de passage au centre de dépistage anonyme et gratuit et c’était les bénévoles qui faisaient l’animation ce jour-là. Pour donner l’exemple, j’ai dit je vais me faire tester aussi. Et c’est comme ça qu’on a pris mon sang. Les résultats c’était deux semaines après. Quand je suis venu prendre les résultats, j’étais séropositif. En fait, j’étais séropositif, je ne sais pas depuis quand, ni comment. Certainement que j’ai dû contracter ça par voie sexuelle, je n’en sais rien. Et puis je vivais avec, je faisais mes occupations, ma vie professionnelle, voilà. Evidemment, il ne fallait pas que ma petite soeur le sache parce qu’elle était très malade et tout. J’ai continué à l’accompagner. Ca a duré 2 ans. On avait réussi à la mettre sous antirétroviraux qui coutaient très cher à l’époque. Aujourd’hui, c’est gratuit, Dieu merci. Malheureusement, au bout de 2 ans et elle n’a pas tenu. Elle est décédée.

Moi, j’ai continué donc mon combat. J’ai continué dans l’association. Je n’étais pas sous traitement parce que mon état de santé était assez bon. Néanmoins, je faisais un suivi médical, un examen tous les 3 mois. Et puis au bout d’un certain moment, j’ai développé un petit ganglion. Je suis allé voir un infirmier qui m’a traité. Plus on me traitait, plus le ganglion grossissait, plus il faisait mal. C’était quand même bizarre. On m’a envoyé en ORL à l’hôpital et ils ont fini par faire un petit prélèvement qui a été analysé dans les labos et c’était un début de cancer. Pour confirmer, le labo a envoyé ça ici. Le résultat est revenu, c’était un cancer, il fallait vite recourir à la chimiothérapie. Jusqu’à aujourd’hui, on ne fait toujours pas de chimiothérapie au Burkina. A l’époque, qu’est-ce qu’il fallait faire ? Soit aller à Abidjan, soit aller au Sénégal, soit venir en France. Abidjan, ce n’était pas possible, ils étaient en guerre civile. Ce n’est pas la peine d’aller mourir d’une balle perdue. Au Sénégal, ça coutait aussi cher que venir en France. Alors je me suis battu et c’est comme ça que je suis arrivé en France, en 2004. Mais au moment où j’arrivais en France, le petit ganglion de départ avait grossi, tout ce côté de mon visage, je n’avais plus de cou, j’étais complètement déformé. Je suis rentré donc à l’hôpital Tenon dans le 20ème arrondissement, et puis, grâce aux médecins, j’ai pu échapper mais il a fallu plus d’une année d’hospitalisation. Et comme je ne connaissais personne, c’était très difficile.

Après l’hôpital, les effets secondaires de la chimiothérapie se sont vite manifestés dans mon organisme. J’ai fait ce qu’on appelle une ostéonécrose. C’est un problème des articulations. Il y a eu des dépôts dans mes articulations. J’ai dû repartir encore à l’hôpital une première fois pour une prothèse de hanche. Une deuxième fois pour une autre prothèse de hanche. Une troisième fois pour une prothèse d’épaule. Donc j’ai 3 prothèses. Dans les aéroports ou dans les services de contrôle, quand je passe, ça sonne toujours (rires). Là, avant-hier, j’étais à l’Hôtel Dieu pour une IRM de cette épaule et bien c’est foutu, il faut une autre prothèse.

Depuis quelques années, j’ai retrouvé ici, étant donné que j’étais militant en Afrique, ici j’ai retrouvé le Comité des familles. J’ai milité dans certaines associations avant d’arriver au Comité des familles. J’ai milité à Act-Up, j’ai milité à Aides, je suis finalement arrivé au Comité des familles qui me correspondait mieux parce que la plupart des premières associations de lutte contre le VIH sont des associations d’homosexuels. On s’entend bien, parce que le virus n’a pas d’orientations sexuelles. Mais après, quand on arrive dans une association où vous pouvez vous identifiez aux membres, vous vous sentez mieux dans cette association. Et c’est comme ça que je milite au Comité des familles. Aujourd’hui, je suis membre du conseil d’administration du Comité des familles. Je suis le secrétaire général. C’est une fonction bénévole. Ce n’est pas du tout rémunéré. J’ai une vie professionnelle, je suis salarié dans une société, je travaille à mi-temps, compte-tenu de mon état de santé qui est fragile. Je ne peux pas travailler à temps plein. Et puis voilà, je mène ma petite vie en France.

Aujourd’hui il m’est impossible de retourner m’installer encore au Burkina Faso à cause du suivi médical. Ici, au moins, j’ai tous les médecins à portée de main. On me soigne, et tout. Je n’aurai pas ça au niveau du Burkina Faso. Ici, mon traitement me revient à, à peu près 1200 euros par mois. Au Burkina Faso, ça, ce n’est pas possible. C’est le salaire du président de la République ou d’un ministre. Ce n’est pas possible (rires). Du coup, je suis obligé donc de vivre ici. J’ai eu deux enfants, deux grandes filles qui sont aujourd’hui mères de famille. Elles sont mariées, elles sont restées en Afrique. Ca ne les intéresse pas de venir en France, Dieu merci (rires). Un moment, j’avais voulu faire venir la plus jeune, elle m’a dit : “mais tu veux que j’aille faire quoi là-bas ?” J’ai dit : “mais peut-être que tu peux te trouver une voie de sortie”. “Et tu vas me faire vivre où ?” “Mais, tu vas vivre avec moi”. “Mais tu nous as dit que tu vis dans un studio de 40m2”. Je dis : “Oui”. “Mais, faut même pas rêver à ça, ce n’est pas possible”. Bon, enfin, voilà. Donc, je suis grand-père aujourd’hui. Ma fille aînée a 3 enfants. Ma deuxième fille a un enfant.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Gustave, au micro de l’émission Vivre avec le VIH qui a témoigné face à des lycéens, dans un lycée à Enghien-les-Bains. Qu’avez-vous à dire André, Christian,
Mohamed, suite à l’écoute de ce témoignage ?

Christian : Gustave c’est vraiment quelqu’un de bien. Je te transmets mon bonjour. C’est quelqu’un de bien que je connais personnellement. De temps en temps on va à la piscine Jean Dame, se rouler dans l’eau, ça fait du bien. Ce qui m’a intéressé dans son témoignage, il est revenu même dessus, vous voyez, en Afrique, avant le traitement, il dit que le traitement était très coûteux. Effectivement, c’était très couteux. Aujourd’hui, c’est presque gratuit. Il dit que ça lui revient dans les 1200 euros. Pour 1 séropositif, ça coûte à l’Etat français presque 40 000 euros par an. Mon traitement, celui que je prends par exemple, Triumeq, il me coute dans les 900 et poussière d’euros. Ca coûte toujours cher. C’est pour ça qu’en Afrique, il nous est impossible de continuer à suivre ce traitement là-bas vu la magouille. On vend les médicaments, il donne au compte-goutte. Il a reconnu, il ne peut pas suivre ces traitements en Afrique, parce qu’il a tous les médecins ici. Nous avons tous les médecins tout autour de nous. Chaque 3 mois, on vérifie le sang, les reins. Aucun médecin africain ne prendra… il faut être soit ministre ou directeur pour pouvoir en arriver là. Je le dis souvent, le centre Pasteur au Cameroun, où il faut aller dépenser beaucoup d’argent pour faire un bilan approximatif. Donc Gustave a dit beaucoup de bonnes choses et je tenais à lui transmettre mon bonjour.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE