Le VIH vu du web : non, le vaccin contre le VIH/Sida n’existe pas / Des drones aux service des malades

, par Sandra

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Au Malawi, le drone de l’Unicef fonctionne à l’énergie solaire. Il pourrait revenir moins cher que les voitures et motos utilisées actuellement pour acheminer les tests de dépistage contre le VIH.
© REUTERS/Fabrizio Bensch
Le VIH vu du web : non, le vaccin contre le VIH/Sida n’existe pas / Des drones aux service des malades

Alexandre : Vous vous en souvenez peut-être, en octobre dernier nous recevions les représentants du labo Biosantech, ils devaient nous parler d’une piste de vaccin thérapeutique contre le VIH. Nous avons eu des nouvelles qui ont été relayées dans différents articles de presse courant mars. Tout d’abord c’est à l’aide d’effets d’annonces grandiloquents, il faut le dire, que les médias ont donné les nouvelles sur la fameuse TAT OYI, la protéine à la base du vaccin. Un vaccin VIH donne des résultats encourageants, selon Têtu, La Provence avec son « SIDA : premiers espoirs de guérison ». Pour vous dire, même les Inrocks s’y mettent avec leur petit mot : « Un vaccin contre le SIDA enfin efficace ? ». À lire tout ça, forcément, ça interpelle. Et alors, si ça interpelle une personne séronégative, imaginez l’effet que cela peut avoir sur une personne séropositive. Je vous le dis, un effet néfaste.

Revenons-en à ce projet de vaccin, nous en étions restés au fameux essai thérapeutique 2a. Grosso-modo, le produit n’est pas toxique, et on a déterminé quel dosage était susceptible d’être efficace. Désormais il faut confirmer ces résultats sur une cohorte plus importante de patients. Sauf que, pour pouvoir continuer les essais, encore faut-il des financements, et pour obtenir des financements, encore faut-il de la communication. Et dans un sujet aussi délicat que celui du VIH, lorsque l’on communique un peu tôt, on s’expose à une levée de boucliers. Pourquoi en reparler maintenant ? Parce que depuis octobre dernier il y aurait eu de nouvelles avancées. On le rappelle, en 2013, 48 patients ont été testés, 12 d’entre eux à la dose idéale. Je cite Science et Avenir : « Selon les données présentées (mercredi 16 mars 2016) par Biosantech dans le groupe qui a testé la dose à 33 microgrammes, 60% des volontaires ont eu un rebond virémique très atténué » . Un résultat très favorable donc. Et plus important encore, au moins trois patients (1) n’ont toujours pas d’ADN viral détectable dans leur sang deux ans après la vaccination, ce qui signifie que le vaccin élimine aussi les cellules réservoirs du VIH (des cellules infectées dans lequel le virus est latent et qui peuvent le relâcher dans l’organisme). Aucun traitement n’est actuellement capable d’éradiquer le VIH de l’organisme et de détruire totalement ces cellules réservoirs. C’est là que réside la véritable promesse de ce vaccin qui représente « une avancée majeure dans la cure anti-VIH » estime Isabelle Ravaux des hôpitaux de Marseille. Une promesse toutefois jugée sans réel fondement par le directeur de l’Agence nationale de recherches sur le Sida, Jean-François Delfraissy, furieux de cet effet d’annonce. »

Biosantech l’annonçait en octobre dernier, un article dans une revue scientifique, la seule chose qui pourrait leur donner du crédit auprès d’une partie de la communauté scientifique, allait être enfin publiée. Le labo l’a confirmé en mars, donc, il n’est qu’une question de jour avant que l’article ne soit publié. L’un des principaux chercheurs Erwann Loret n’a par ailleurs pas été grandiloquent sur les résultats, on ne parle absolument pas de guérison, mais d’avancée de son côté. Malheureusement en terme de VIH, il faut être prudent, et malgré tous les titres gorgés d’espoir de ramasser des clics, calmons-nous. Les recherches sont encore en cours. En attendant, la bataille de communication, entre une société qui a besoin de crédibilité ET de fonds, donc de com, au détriment de la crédibilité, et une ANRS elle-même en train de faire des recherches sur le vaccin, continue. Les médias en profitent un peu, au détriment des patients qui attendent, et on les comprend, des résultats rapides sur leur propre situation.

Mohamed, qu’en penses-tu de ce vaccin ? Je ne sais pas si tu avais écouté l’émission Biosantech…

Mohamed : Si, si j’ai écouté mais ils disent à peu près les mêmes propos que toi. Ils étaient assez enthousiastes d’annoncer ça mais après les laborantins sont restés réticents là-dessus. Ils ont dit déjà que ce ne serait pas dans un proche futur et que ça risquerait de mettre du temps pour l’éradiquer réellement, pour obtenir le vaccin. Ils n’ont pas encore la façon de l’éradiquer définitivement.

Alexandre : Bah après le problème, c’est le temps qu’il faut entre la découverte d’une avancée thérapeutique et sa mise en circulation entre guillemets. En gros, ce qui s’est passé avec ces différentes annonces, c’est qu’il y a eu une conférence de presse. A l’issue de cette conférence de presse, il y a eu les financeurs du laboratoire Biosantech qui se sont montrés évidemment bien plus enthousiastes que nécessaire et le chercheur Erwann Loret a été beaucoup plus mesuré. Le problème, c’est que d’un côté il y a les financeurs qui sont en recherche de financement justement, c’est un petit peu le business j’ai envie de dire et à côté de ça, il y a le chercheur qui connait le sujet et du coup va être beaucoup plus mesuré car lui est beaucoup moins dans cet objectif de communication.

Mohamed : Voilà, c’est ça que j’ai compris, qu’il ne voulait pas se lancer dans quelque chose qui n’était pas certain de pouvoir… c’est pour ça qu’il a retenu l’information des autres et pour l’instant c’est au stade de…

Alexandre : Pour l’instant ce sont des bonnes avancées mais ça a été fait sur une cohorte de 48 patients, divisée en 4, 12 patients qui avaient un placebo, 12 patients qui avaient une charge virale extrêmement élevée, ça n’a pas marché, 12 patients qui avaient extrêmement basse, ça n’a pas marché et 12 patients qui avaient la bonne charge virale et ça a marché pour un certain pourcentage d’entre eux.

Mohamed : Oui mais là le détail qui reste à combler c’est que là ils ont fait un peu ces essais thérapeutiques sur des personnes VIH depuis longtemps. Mais ils voudraient toucher le public des séronégatifs je pense.

Alexandre : Non.

Sandra : C’est un vaccin curatif.

Alexandre : C’est une fois que tu as le VIH, pas avant.

Sandra : Ce n’est pas un vaccin préventif.

Mohamed : Oui, mais ils l’ont testé que sur des personnes VIH.

Sandra : Oui, parce que là c’est un vaccin curatif. Cette recherche en tout cas. Il y a d’autres recherches où ce sont des vaccins préventifs.

Mohamed : Oui et c’est plus le public séronégatif qui s’attend à des avancées je pense.

Sandra : Je ne sais pas.

Mohamed : Ce serait une grande avancée pour tout le monde mais il faudrait voir pour ceux qui sont séronégatifs et voir si éventuellement ils pourraient trouver quelque chose pour qu’ils ne soient pas contaminés en ayant un acte sexuel.

Alexandre : Hormis le préservatif et la PrEP, on n’a rien qui puisse prévenir réellement de la contamination VIH.

Sandra : Mais toi Mohamed, tu y crois au vaccin VIH ?

Mohamed : Oui je pense, mais je ne sais pas s’il sera sous forme de vaccin. Je ne pense pas qu’il sera fiable à 100% mais je crois que d’ici quelques années, ils vont le sortir. Je pense, vu les avancées.

Sandra : On suivra ça de près et si jamais un jour à l’émission je dis “ca y est, on a trouvé le vaccin”. Arrêtez moi, je n’ai pas envie de faire des effets d’annonce. Je n’ai pas envie d’être comme ces journalistes qui ont envie de faire du buzz et s’en fichent après des conséquences.

Alexandre : La seule chose certaine de toute manière, c’est que ça ne sortira pas dans l’année.

Mohamed : Puis faut voir sur la durée. Ils devraient faire des essais sur 6 mois, sur 1 an.

Alexandre : Toutes ces recherches, sont des recherches en cours. Elles mettront énormément de temps. Ne vous attendez pas à avoir cette année, l’année prochaine dans deux ans. Il n’y aura pas de résultat à court terme en tout cas.

Mohamed : Il y a déjà des progrès, faut rester optimiste.

Sandra : C’est vrai. On y va pour ta deuxième information Alexandre.

Alexandre : Le téléphone portable peut-il être un engin médical ? Alors dis-moi, est-ce que tu penses que le téléphone ça va être un engin médical ?

Mohamed : Pas un engin mais un outil pratique par exemple pour quelqu’un qui ne connait pas le problème, s’il arrive à le visionner ou à parler à son collègue, afin qu’il puisse appliquer des soins ou ce qu’il a faire, ça peut être bénéfique oui.

Alexandre : Tu as compris le principe je pense. La semaine passée je vous parlais de télémédecine, justement, Seronet a révélé un accord entre ONUSIDA (le programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA) et Orange. Quel est le but de cet accord signé le 8 mars dernier ? Selon Michel Sidibé, Directeur Exécutif de l’ONUSIDA, je cite : “Ce partenariat permettra aux pays de bénéficier d’une technologie de pointe et qui présente un bon rapport coût-efficacité afin de fournir de meilleurs services aux personnes vivant avec le VIH”. L’entité des Nations-Unies va donc désormais utiliser une plateforme Internet mobile, celle d’Orange, permettant aux professionnels de santé de communiquer avec les patients faisant partie du programme de soin. Ces dernières auront uniquement besoin d’un téléphone de base, sans connexion Internet, ni application, le sms ou l’appel suffit. Et ce dans le but d’évaluer la perception de la qualité des services de santé.

Fin mars, il y aura donc la phase pilote à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Elle va durer 4 mois et comptera 1000 personnes.

Mohamed : Alors, j’ai compris qu’Onusida allait être lié avec Orange.

Alexandre : En fait, Onusida va créer une plate-forme mobile qu’elle va mettre à disposition des patients et ce sont les professionnels de santé qui vont appeler les patients qui sont traités pour savoir quel est leur perception de leur traitement, de leur prise en charge…

Sandra : En gros, pour prendre de leur nouvelles quoi.

Alexandre : C’est grossomodo pour prendre de leur nouvelles, pour savoir si tout se passe bien au niveau de leur prise en charge.

Mohamed : Oui mais ce n’est qu’un avis consultatif ? Est-ce qu’ils seront aptes à donner des conseils ?

Alexandre : Ce sont des professionnels de santé donc ils seront aptes à donner des conseils dans le cadre du VIH.

Mohamed : Et les détenteurs de portable pourront appeler pour demander, pas seulement pour leur suivi, pour leur évolution dans le traitement mais pour des conseils.

Alexandre : Pour l’instant, c’est surtout l’évolution dans le traitement. Mais c’est un bon début je pense.

Mohamed : S’il y a une bonne écoute, une bonne équipe écoutante je pense. A suivre. Parce que les gens qui ont le VIH ne savent pas trop comment faire au niveau de la maladie.

Alexandre : Ca peut permettre de parler à des spécialistes à distance. Je pense que ça peut être bénéfique.

Sandra : Oui, par exemple si on n’arrive pas à prendre son traitement j’imagine, qu’on a des oublis, se rassurer, que faire si j’oublie mon traitement. Ca peut être une bonne idée. N’hésitez pas en tout cas à réagir sur le site comitedesfamilles.net, donnez votre avis, on lira vos commentaires dans les prochaines émissions. Alexandre, ta dernière information ?

Alexandre : On parlait de téléphones portables utiles dans la lutte contre le VIH, est-ce que tu vois Mohamed d’autres engins, qui peuvent être utiles dans la lutte contre le VIH ?

Sandra : Waw, elle est dure ta question.

Alexandre : Je sais, je sais.

Mohamed : Pas spécialement mais… maintenant que le dépistage on peut le faire à domicile, est-ce qu’il ne serait pas préférable, p’tre pas après chaque rapport sexuel mais de le faire au moins assez régulièrement pour voir si on est infecté ou pas ?

Sandra : De toute façon, après chaque rapport sexuel ça ne sert à rien, on ne voit pas…

Mohamed : Oui, moi je préconiserais que chacune marche avec… autotest nomade (rires).

Alexandre : Alors moi je pensais à des drones (rires). Alors en quoi les drones peuvent être utiles dans la lutte contre le VIH ? C’est pourtant vrai. Petit voyage au Malawi, 17 millions d’habitants environ, 10% de la population estimée porteuse du VIH. Les enfants ne sont évidemment pas épargnés par ce fléau. En 2014, selon le site I-Télé, 40 000 enfants sont nés avec le VIH, la moitié n’a pas disposé de traitement, et un quart d’entre eux est décédé. Pourtant, les dépistages sont effectués très rapidement chez les enfants à la naissance, seul problème, 8 laboratoires sont capables d’analyser ces prélèvements dans le pays, et l’acheminement de ces derniers se fait donc à moto, un trajet particulièrement long. On compte en effet 11 jours, ainsi que 8 semaines d’attente pour les résultats.

D’où le drone. Selon I-Télé, l’Unicef, le Fonds des Nations-Unies pour l’enfance, et le gouvernement malawite ont décidé de tester le transport de prélèvements sanguins par les airs. Pour plusieurs raisons. Réduire le temps d’acheminement, évidemment, et aussi réduire les coûts. Si un drône est un investissement, qu’on estime à 7000 dollars , le transport à moto est estimé à un million de dollars par an. Avec un drone fonctionnant à l’énergie solaire, on imagine de considérables économies d’énergie, de temps, pour favoriser la prévention. Les tests doivent maintenant établir de la résistance du drone aux conditions extrêmes, pour possiblement élargir son utilisation aux autres pays.

Qu’en penses-tu ?

Mohamed : C’est une bonne idée de se servir du drone. Ce sont des moyens très pratiques pour un gain de temps, par rapport à la guérison et par rapport à la maladie. On peut aussi faire livrer le traitement. Je pense qu’il y a des gens qui n’ont pas l’accès aux soins, où que c’est loin et que ça demanderait plus de temps comme tu dis, en bateau, en vélo ou en moto, qu’avec le drone, il peut être disposer comme ça. Maintenant, c’est toujours le même problème, savoir d’où ça part et ou ça arrive. S’il y a un bon suivi, c’est jouable. S’il y a un suivi médical, parce qu’il ne s’agit pas de prendre les médicaments et de les prendre n’importe comment. Faut qu’il y ait un suivi, un bilan ou à domicile ou le faire expédier et puis savoir la connaissance de sa maladie.

Alexandre : C’est ce qui inquiète dans cette idée, comme je le disais la semaine dernière. C’est le suivi thérapeutique. Comment gérer ça. Et il faut s’assurer qu’il y ait toujours un médecin, un infectiologue qui soit derrière et qui regarde bien.

Sandra : Mais vous imaginer plus tard des drones…

Mohamed : Mais ça va venir ! Ils ne vont pas tarder. C’est plus pratique, ils gagnent du temps avec ça ! Il y a des gens qui vont être formés et après il n’y aura plus d’incident. Aujourd’hui ça tombe dans les pavillons, sur les têtes des gens. D’ici quelques temps, ce sera au top.

Sandra : Après quelques accidents voilà, ce sera réglé (rires)

Alexandre : C’est pour la science !

Mohamed : C’est aussi pour l’armée ! Ils veulent s’en servir des drones.

Alexandre : Ils s’en servent déjà.

Sandra : En tout cas, je trouve ça bien de mettre la technologie aux services des gens, des malades. A suivre. Merci pour ta chronique Alexandre, n’hésitez pas à réagir sur le site comitedesfamilles.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE